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ETHIQUE ET JUDAISME

In ETUDES ET REFLEXIONS on janvier 15, 2013 at 2:08

ETHIQUE ET JUDAISME

I . Le concept biblique d’éthique

Pour bien comprendre les relations entre éthique et judaïsme  , comme si ces deux termes pouvaient apparaître éloignés , implique avant tout une définition de l’un et l’autre , sachant qu’en ces domaines aucune définition ne saurait être exhaustive . L’on définira ainsi le judaïsme comme la forme de pensée et de civilisation qui fait du choix de la vie sa raison d’être  dont il ne préjuge pas de ses fins , sauf celle de la perpétuation inter- générationelle du vivant ( Dt , 30) . Quant à l’éthique , on ne saurait mieux faire que de la rapporter à la définition de Spinoza  qui la qualifie par l’amour du prochain . Ce qui conduit à l’observation suivante : cet amour là est précisément celui qui est enjoint par la Loi d’ Israël , nommée Thora , dans les termes suivants ,effectivement  repris  par Spinoza : «  Et tu aimeras ton prochain comme toi même » ( Lv , 19, 18) . D’où ce constat : si l’éthique se qualifie sûrement par l’amour du prochain , elle est donc inhérente au judaïsme  dont elle devient l’une des références essentielles , et sans doute la seule convaincante pour la raison que nous allons reconnaître . Il s’agit néanmoins , et en premier lieu, d’ en comprendre le sens  et de mesurer par là même combien sa mise en pratique est plus difficile que ne le laisserait prévoir une pseudo –éthique confiant au narcissisme moral .

Anthropologiquement l’ être humain y est considéré  comme un être de pulsion , la plus prégnante étant celle qui le rabat sur lui même et  l’érige en son propre objet de considération et d’amour , possiblement réversible  d’ailleurs en haine de lui même ( Gn , 2, 18  ) . Ce n’est pas que la pulsion en son énergétique soit jugée mauvaise en soi . Tout dépend de son orientation . Le vocabulaire  hébraïque dispose alors de deux termes pour la désigner , selon sa vection vitale ou au contraire selon sa vection morbide ou destructrice : avat et taava . Ava désigne l’appétence , le désir , la vitalité et la vivance . Elle est l’une des expression du yetser hatov , de la pulsion du bien , du bon , de la vie . Taava  désigne au contraire l’envie , la convoitise , la cupidité dont l’on sait depuis les analyses de Hegel ou de Lacan qu’elle ne se satisfont pas de l’acquisition de l’ objet possédé par autrui et convoité en tant que tel puisqu’elles portent  en réalité sur le désir du désir  d’autrui , un désir impossible à satisfaire, puisque purement présomptif et fantasmatique . La régulation de ces deux modalités de la pulsion fera l’objet de deux injonctions non redondantes dans la Thora  L’une se trouve dans la première formulation du Décalogue et est  exprimée par la locution prohibitive : lo tah’mod ( Ex ,  20 , 17) , et l’autre dans la seconde formulation du même Décalogue et se trouve exprimée  cette fois par la locution prohibitive ; lo tit’avé ( Dt ,5, 18 ) . On comprend ainsi que la première est propédeutique de la suivante , beaucoup plus intériorisée , pour ne pas dire inconsciente  et qui  requiert un savoir spécifique et un long apprentissage . C’est sur ce fond que se détache à présent le commandement positif : «  Et tu aimeras ton prochain … »  lequel doit être replacé dans son énoncé complet : «  Ne te venge pas ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple et tu aimeras ton prochain comme toi même : je suis l’ Eternel » .L’aptitude à un pareil amour exige que l’on se départisse au préalable de telles dispositions de l’esprit qui en empêchent  la manifestation , laquelle ne saurait être impulsive . Que cette injonction  se trouve ensuite élevée au coefficient divin atteste , à partir de ses points d’appui initiaux  , de son universalité .

II Ethique et conduites

On mesure par là à quel point une telle éthique est à la lettre bouleversante pour ne pas dire révolutionnaire . L’envie et la cupidité égo-centrent  violemment l’individu qui s’y laisse prendre et inversent  , à cette échelle déjà , le vecteur du vivant vers l’état chaotique antérieur , celui du   « tohou va vohou » ( Gn , 1, 2 ) . Le commandement ( mitsva ) d’amour  replace l’être humain , considéré comme être vivant et devant satisfaire aux conditions de sa perdurable viabilité, à nouveau dans la direction de la vie . D’où le dégagement de cet égo-centrage forcené et létal puis l’ouverture de l’être en direction d’autrui , et cela sans aucun abandon de sa propre subjectivité . Il va de soi également qu’autrui , envisagé  selon sa subjectivité singulière , est assujetti , réciproquement , au même commandement car une éthique asymétrique , se voudrait -elle sublime et sacrificielle , n’en serait plus une . Aucune responsabilité , quels qu’en soient les mobiles et les intentions , ne peut se concevoir comme le dissolvant  d’une autre responsabilité . Cependant l’éthique de l’amour ainsi entendu ne saurait rester à l’état de programme angélique ou pire encore de vœu pieux . Elle doit devenir effective et probante par des conduites congruentes dans tous les domaines de l’existence . C’est pourquoi l’énoncé de référence ne doit pas être isolé du contexte et de la séquence qui lui confèrent  sa signification et son amplitude , soit dans ce même chapitre 19 du Lévitique , les 17 versets qui le précèdent et les 19 qui le suivent . Ils prescrivent tous non pas des normes abstraites mais des normes incarnées dans des conduites , attestant du choix de la vie précédemment souligné ,et pouvant être regroupées en quatre catégories concernant : les père et mère , l’activité économique , l’état de droit , le rejet de toute malveillance et malfaisance , notamment par le mésusage de la parole qui  caractérise l’être humain es qualités .  Ethique proprement révolutionnaire  au regard de ce qui passe pour tel dans d’autres formes de pensée ou de société puisque ne souffrant aucune sélection , aucune restriction , de ce fait récusant l’esclavage , tant celui des corps que de l’esprit , et intégrant l’étranger , le guer , non pas aux marges du peuple mais dans son intime proximité ( kerev) ; un étranger accueilli comme tiers et auquel il est demandé , en réciprocité vitale , de considérer  le citoyen qui lui fait hospitalité comme son propre « autrui »  .C’est à cette condition que l’hospitalité humaine , envers le proche ( karov) et envers l’éloigné ( rah’ok )( Es , 57 , 19 )  , se fait également hospitalité envers  la présence divine , la Chekhina .

  1. E. LEVINAS : « ce qu’il y a d’humain dans l’Homme est la responsabilité qu’il a de l’Autre ». Cette éthique se lit dans le visage de celui qui est vulnérable, dépendant, âgé, malade… Comment peut on légaliser l’euthanasie?
    La tradition doit s’opposer à cette dérive entachée par les moeurs du moment…

  2. […] texte de Raphaël Draï : « éthique et judaïsme » a paru dans études et réflexions le 15 janvier […]

  3. […] _______________________________________________ – Le texte de Raphaël Draï : « éthique et judaïsme » a paru dans études et réflexions le 15 janvier […]

  4. […] ne pas penser à Raphaël Draï, et à Éthique et judaïsme, cet homme aimable, si courtois et si cultivé, qui ressentait dans sa chair les attaques iniques […]

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