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ETATS JETABLES, ETATS DURABLES – Article Actu J du 18 Juillet

In ActuJ, ARTICLES, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 19, 2013 at 12:18

A propos du renversement de Mohamed Morsi par l’armée égyptienne, au nom du « vrai » peuple d’Egypte, l’observatrice sagace qu’est Fiamma Nirenstein faisait observer que l’on ne pouvait parler de « coup d’Etat ». Pour qu’il y ait coup d’Etat, il faut qu’il y ait un Etat. L’Egypte en a t-elle encore un? La comparaison vaut d’être tentée avec l’Afrique du Sud tandis que ce pays se prépare au départ de Mandela vers de plus vertes vallées. Depuis le renversement de Hosni Moubarak, motivé par la main de fer qu’il exerçait sur la terre des pharaons, l’on pensait que l’Egypte allait s’engager vers la démocratie réelle. Qui dit démocratie dit – un peu vite – élections. Les nouvelles autorités organisèrent donc les scrutins législatif et présidentiel requis. Ils menèrent les « Frères Musulmans » au pouvoir suprême et Mohamed Morsi devenait leur homme de paille. Fanatique et manoeuvrier, il dirigea l’Egypte vers un régime prioritairement islamique. Très rapidement une grande partie du peuple égyptien, revendiquant un « pluralisme » dont malheureusement seuls les Juifs sont absents,le prit en aversion.D’où derechef ces nouvelles convocations de foules sur la place Tahrir devenue le haut -lieu d’un printemps arabe sans vraies fleurs ni fruits consommables. Durant ce temps, l’économie égyptienne relevait de l’encéphalogramme plat. Les touristes évitaient sphynxs et pyramides, préférant leur sécurité aux extases de la Vallée des Rois. Quant à elle, l’armée renâclait après le limogeage du Maréchal Tantaoui, comme quoi le parricide, même en uniforme, ne paie pas. Pour la première fois depuis le règne de Nasser, pris entre ces conceptions idéologiques et confessionnelles incompatibles, tandis que l’accroissement quotidien de sa population dévore ce qui s’y  crée de PIB, l’Etat égyptien se liquéfiait. Un jeune général, Abdel Fatah’el Sissi, porté par les clameurs populaires, décréta que Mohamed Morsi avait fait son temps, que les Frères étaient devenus un vrai danger. La menace des chars fit le reste. Sauf que les « Frères » ne l’entendent pas de cette oreille. Retranchés sur leur propre place emblématique, brandissant des Corans maculés de sang, ils menacent les nouvelles autorités de mille morts et ruines. Dans ces conditions, qui voudrait investir le moindre kopeck dans ce four à chaux, hormis le Qatar dont les émirs sont convaincus que tout s’achète! Le peuple égyptien, jusqu’ici phare du monde arabe, se clive. Deux Egyptes se font face désormais. Nul ne sait ce qui résultera de leur confrontation. Une guerre civile? La différence est notable avec l’Afrique du Sud. Ce n’est pas que Nelson Mandela n’aurait  pas eu à assouvir plus que de la rage contre les suppôts de l’Apartheid. Des décennies de prison défalquées d’une simple vie humaine, cela se paie. S’il avait été un autre que lui même, les lendemains de l’indépendance de son pays eussent entraîné des exterminations collectives et un immense exode paniqué de la population blanche, comparable à celui des années 60 pour l’Algérie. La sagesse, celle qui caractérise les véritables hommes et femmes d’Etat, l’emporta sur la vindicte et la rancune. Main dans la main avec un autre sage, Frederik de Klerk, le dernier président blanc, Mandela organisa la transition de leur pays commun vers un avenir partagé, une fois aboli, bien  sûr, le régime intolérable de l’Apartheid qui osait se réclamer de références bibliques. Trop de pays avaient basculé dans le chaos après leur libération du régime colonial, au point de mimer le régime violement combattu. Une émouvante et inventive politique de réconciliation fut ainsi conçue au titre de « la justice transitionnelle ». Pour aussi dur que cela s’avéra, les tortionnaires et leurs victimes furent incités à se rapprocher, à se parler, à tenter non pas de se comprendre mais de discerner  quelles  logiques politiques infernales avaient distribués de tels rôles entre eux. Il en résulta qu’un grand nombre de blancs demeurèrent dans ce qui restait leur pays, les Juifs notamment en dépit de ses bouffées anti-israéliennes – triste Durban! L’économie générale en bénéficia. L’Afrique du Sud pu se prévaloir d’une indépendance qui n’était pas d’apparence. L’équipe nationale de rugby, les chanteurs populaires et les prières conjointes firent le reste. Mandela s’était transformé en icône. A présent, il quitte doucement ce monde, laissant son exemple en héritage. Puissent ses successeurs ne pas le dilapider. Pour s’en convaincre, ils n’auraient qu’à ne pas quitter des yeux l’Egypte, la Syrie, la  Libye, la Tunisie aussi hélas, et peut être bientôt l’Algérie. Rien n’est plus destructeur, des autres d’abord, de soi ensuite, que le fanatisme.

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