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Bloc-Notes – Semaine du 5 au 11 août

In BLOC NOTES on août 22, 2013 at 8:33

5 août.

Robert Attal , 5 aoôut 34

Pour qui est né en Algérie, et plus particulièrement dans la communauté juive de Constantine, le 5 août reste une date horrifique. Ce jour là, en 1934, un pogrom d’une sauvagerie inouïe, exécuté par des musulmans fanatisés, faisait des dizaines de victimes, atrocement mutilées, tandis que les autorités civiles étaient en vacances et que, faute d’ordres,  ou mus par des sentiments obscurs, les forces militaires restaient l’arme au pied. On a beaucoup glosé sur cette page sanglante qui marquera l’histoire de l’Algérie. Sur les circonstances et les causes d’une pareille sauvagerie, bien des explications ont été avancées. Aucune ne rend compte justement d’une orgie aussi assassine, ni le ressentiment d’une partie de la population dite indigène, ni les effets délétères de la crise économique qui affligeait ce département français. Reste l’explication par la haine confessionnelle et religieuse. Durant des siècles, les Juifs de cette partie du monde se trouvaient régis par les dispositions de la Shariâ qui faisait d’eux des «dhimmis»,  appartenant à une minorité prétendument «protégée» parce que procédant d’un des peuples reconnus par les nouveaux conquérants comme « peuple du Livre ». En Algérie, sous ce régime là, les Juifs, y compris ceux qui occupaient des positions «  privilégiées », vivaient dans la peur continuelle des exactions, des vols, des viols. La conquête française  les fit accéder à un statut plus égalitaire  dont les lendemains ne pouvaient certes se prévoir complètement. Les musulmans ne les y suivirent pas tout en leur reprochant leur «  manque de solidarité ». Ce grief, récurrent, y compris de nos jours, a surtout été forgé après- coup pour justifier d’autres horreurs et atroces attentats à venir dont les cibles furent également des Juifs, des cibles décidées es qualités. Cercle vicieux. Car les Juifs d’Algérie, eux, au moment où se déclancha en novembre 1954 ce qu’il faut bien appeler la guerre d’Algérie, une guerre affreuse qui dura plus de sept ans, forgèrent leur opinion avec en fond de tableau mental  précisément le pogrom du 5 août. C’est ce fond traumatique non résorbé que fit résonner de manière plus traumatique  encore l’attentat  du Casino de la Corniche à Alger ou l’assassinat de  Raymond Leyris. Mis à part quelques  militants communistes ou trotskystes, l’immense majorité des Juifs d’Algérie choisirent la France. L’horreur du 5 août  1934 avait prévalu sur celle de l’abrogation du décret Crémieux par le régime de Pétain. C’est tout dire. Dans les rapports compliqués et parfois tumultueux entre l’Algérie indépendante et la France, les autorités algériennes ne cessent d’inciter la République française à la repentance pour son passé colonial. La réciproque est plus difficile à entendre, surtout lorsqu’il s’agit pour ces mêmes autorités de regarder en face, comme il se doit, ces crimes qu’aucune « cause » ne peut justifier.

 

7 août.

Berlusconi

Silvio Berlusconi retoqué par la Cour de cassation italienne risque de se retrouver en prison. Proverbes et adages se pressent en foule : « La roche tarpéïenne est proche du Capitole », « Plus dure sera la chute », etc… Mais nous sommes en Italie où l’on sait réfréner l’expression extrême des sentiments les plus irréversibles. En raison de son « grand âge » (74 ans!) le « Cavaliere » échappera sans doute au sort qu’a connu en France Bernard Tapie pour ne citer que lui – et heureusement. Malgré tout, le « Cavaliere » qui, en dépit de ce même « grand âge », s’adonne à ces soirées qu’ailleurs l’on qualifie de libertines, n’a pas voulu faire tomber le nouveau gouvernement si fragilement installé de son pays. Donnant-donnant? Dans l’Union européenne l’Italie est à part. Après le désastre du fascisme, elle s’est dotée d’un régime pire encore que celui de la IV République en France. Les combinaisons politiciennes s’y accordent à celles des coffres-forts et des comptes en banques exotiques. Soit. Mais l’Italie  demeure aussi le pays d’une immense créativité culturelle. Les notions de Renaissance, au sens du XVème siècle, et celle, plus politique, de Risorgimento, y sont toujours incitatrices. Ce qui fait que rien non plus ne s’y prend vraiment au  tragique. Il est fort à parier que si Berlusconi était réellement emprisonné, sa cellule ne  tarderait pas à devenir un haut lieu de la vie carcérale nocturne de la péninsule.

8 août.

 

Baudelaire

Repris les deux volumes de la «Correspondance» exhaustive du poète le plus « infernal » de la littérature française : Charles Baudelaire. Les lettres de la fin du second tome, lorsque l’auteur des « Fleurs du mal » est sur le point de rendre sa plume avec son âme, rejoignent les premières de son adolescence. Les demandes d’argent, principalement à sa mère, pour éponger dettes et protêts forment l’essentiel de ses demandes suppliciées par ce qu’il appelle «l’humiliation des petits besoins». La comparaison se fait d’elle même avec cet autre endetté perpétuel que fut Balzac mais leur commune compulsion à l’endettement n’est pas de même nature. Chez Balzac elle est plus sultanesque, presque néronienne. Il s’agit de brûler  sa vie comme l’Empereur incestueux avait mis le feu à sa ville. Baudelaire est un mendigot addictif. Dans son endettement, c’est son abaissement perpétuel qu’il semble rechercher. On a peine à croire que le même homme a pu écrire tant de lettres avilies et ces « Salons » où il démontre son extraordinaire intuition esthétique. Il devient difficile de suivre Valéry lorsqu’il fait de Baudelaire une sorte de nouveau Malherbe, mettant de l’ordre dans la foire poétique du romantisme.  Nul n’ignore l’influence de Poe sur l’auteur des « Fleurs du Mal ». On ne croit pas si bien  dire : Baudelaire ou le puits (sans fond) et le pendule (du suicide à feu lents). Valery n’a pas tort d’observer également que Victor Hugo  publia quelques une des plus grands œuvres poétiques précisément après la mort du fils de Mme Aupick. Les livres de comptes journaliers d’Hugo, repris dans l’édition Massin, révèlent au contraire à quel point pour le proscrit océanique  « un sou était un sou ». Ecrire à destination de l’avenir glorieux n’empêche pas de se préoccuper du lendemain  trivial.

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