danieldrai

Archive for septembre 2013|Monthly archive page

Paracha Berechit – Commentaire de Raphaël Draï (zal)

In RELIGION on septembre 30, 2013 at 9:04

1.Shabbat Chalom

(Gn, 1, 1 et sq.)

Cette paracha inaugure la lecture ou plus exactement la relecture du H’oumach, du Pentateuque. Son commentaire ne saurait être à la mesure intellectuelle d’un seul homme. Sur la seule lettre Beth qui est à l’initiale du mot « Beréchit », le tout premier de ce texte, les analyses s’ajoutent aux gloses depuis près de trois mille ans! Pourquoi, par exemple, le Beth est-il ici doté d’un point central, d’un daguesh? S’agissant d’un récit de création, l’on pense aussitôt à l’ouvrage monumental du biologiste Stephen Jay Gould lorsqu’il évoque à propos de l’évolution du vivant ce qu’il qualifie lui même d’«équilibre ponctué». Le reste à l’avenant. La gageure semble d’autant plus considérable que cette paracha qui débute par  la création de l’Univers et de l’Humain se poursuit par ce qu’il faut bien appeler une série de catastrophes dont l’Humain ne semble toujours pas s’être remis: la résistance de la terre, nommée en l’occurrence erets, à la Parole divine l’incitant à produire de l’arbre- fruit; la  transgression du premier couple au Jardin d’Eden et les sanctions qui s’ensuivent;  puis le fratricide commis par Caïn, enfin,  last but not least,  la perversion de l’ensemble du vivant, à l’infime exception de Noé. De quoi décourager le lecteur le mieux intentionné et le conduire à s’interroger sur les intentions véritables de l’auteur d’un récit aussi débridé, aussi sanglant, aussi désespérant. Et pourtant..

Car il est possible d’aborder le livre de la Genèse dans un autre état d’esprit, de reconnaître qu’il ne s’agit pas d’une histoire édifiante, d’une histoire sainte, au sens infantile. Il faut tenir ensemble ces deux idées-forces: oui, il s’agit de la création de l’Univers et de l’Humain; et oui, l’Univers est susceptible de se désaxer et l’Humain de courir à sa perte. Nous voici prévenus et un être averti en vaut plusieurs, tous ceux en lesquels il se transformera au cours d’une existence heureusement prolongée. Dans ces conditions pourquoi la dominante de ce récit reste telle vitale, les catastrophes dont il vient d’être question se réduisant à des accidents, plus graves les uns que les autres mais réparables tout de même? Précisément parce que transgressions, meurtres, perversions se produisent après que la Création a eu lieu et que celle-ci y résiste.  Quelle est la source de cette résistance au pire? Les deux viatiques cumulés, sous forme de deux bénédictions intégrées, dont le Créateur dote le vivant en général et l’Humain en particulier.

Il faut relever en effet que la fameuse bénédiction «Croissez et multipliez» ne s’adresse pas initialement à l’Humain mais à la gent animale selon les termes mêmes de La Genèse: «.. Dieu créa les cétacés énormes et tous les êtres animés qui se meuvent dans les eaux (…) puis tout ce qui vole au moyens d’ailes, selon son espèce; et Dieu considéra que c’était bien. Dieu les bénit (vayvarekh otham) en disant: «Croissez et multipliez …»(Gn, 1, 21 et sq). On a bien lu: le règne qualifié d’«animal», comprenant ces cétacés gigantesques (taninim), est appelé à se multiplier et à croître, ce qui donne une première idée de l’espace d’accueil originel de la Création divine.

Quant à l’Humain, conçu, créé et conformé non pas à l’image optique de Dieu mais corrélativement (etsel) à Lui (Gn, 1, 27), la bénédiction dont il est doté est formulée quasiment dans les mêmes termes: «Croissez et multipliez», avec toutefois une donnée supplémentaire: celle qui l’institue désormais comme responsable de l’ensemble du Vivant. Cette responsabilité-là sera celle qui régira sa situation spécifique dans le Gan Eden, dans le makom, pour le dire en hébreu, ou dans le topos, pour le dire en grec, adéquat à  son existence (Gn, 2, 15). Une responsabilité  qu’il ne parviendra pas à assumer puisqu’au lieu d’observer la loi qui commandait son existence pérenne, il transgresse l’injonction divine et s’expose  à la mortalité inévitable.

Cependant, les sanctions qui en découlent sont à proprement parler non des punitions afflictives et infâmantes  mais au contraire le moyen de se relever et de reprendre une histoire déjà gravement accidentée, justement parce qu’elle l’a été. Il en ira de même avec le meurtre d’Abel par Caïn. Le fratricide n’est pas dénié mais la naissance du troisième frère, celle de Chet,  vient ouvrir une «issue» comme l’eût dit Kafka,  au genre humain et conserver son sens vital à la valeur de fraternité, celle dont bien plus tard Moïse et Aharon sauront faire preuve et qui leur permettra de surmonter bien des obstacles sur la route d’Israël.

Il n’empêche que la fin de la paracha décrit la dégradation de la «civilisation» d’alors, dont toutes les voies étaient perverties, conduisant à des destinations destructrices, au point que le récit n’hésite pas à évoquer un «regret» de Dieu, si ce n’est sa tristesse d’avoir conçu une  pareille création dont la liberté s’est dévoyée parce qu’elle s’est dissociée de sa responsabilité native. Une création dont les ressources ne sont pourtant pas épuisées et qui  va retrouver grâce à Noé et aux siens, le fil  de la Vie.

Raphaël Draï zatsal, 30 Septembre 2013

Bloc-Notes de Raphaël Draï – Semaine du 10 Septembre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on septembre 28, 2013 at 9:39

10 septembre.

Pioche

Les déclarations de François Fillon sur le Front National font des vagues à l’ UMP. Les ennemis de l’ancien Ier ministre mettent en cause son ambiguïté, si ce n’est son cynisme. Pour tenter d’accéder au pouvoir, François Fillon n’hésite plus à copiner avec le Diable. L’essentiel à ses yeux est de tenter le rassemblement des Droites selon le même schéma – pour ne pas dire la même lubie – politique: les électeurs et les électrices du FN ne lui appartiennent pas. Ce sont de bons français mais déçus, insécurisés par les politiques menées en France depuis des décennies.  Il y a belle lurette que ce parti n’est plus tabou ni ses leaders maintenus en quarantaine. Si Jean-Marie le Pen charrie toujours des effluves sulfureuses, sa fille Marine est devenue partie intégrante du PAF. Alors pourquoi se cacher derrière son petit doigt  et faire la fine bouche! Mais François Fillon dont l’ambition légitime est entachée d’un ressentiment torpide vis à vis de ses rivaux à l’ UMP –  le  patent:  Jean-François Copé, et le masqué: Nicolas Sarkozy – risque de commette une erreur fatale, celle de croire que dans une alliance avec le FN, Marine Le Pen, Gilbert Collard et Florian Philippot se contenteront de lui passer les plats et qu’il finira par les réduire à rien, comme Mitterrand l’avait réussi  naguère avec le Parti communiste. En cas d’alliance, officielle ou tacite, avec le FN, c’est François Fillon qui ne tardera pas à porter le petit tablier et la coiffe de la soubrette. Les leaders actuels de l’UMP l’ont bien compris. De Juppé à Raffarin, s’ils ont décidé de maintenir et même de renforcer le barrage anti-FN ce n’est pas seulement pour des  raisons éthiques. En cas de rupture du barrage actuel, ils ne doutent pas  qu’ils seront rapidement noyés. Pourtant la stratégie de François Fillon reste relayée par ses soutiens au sein de l’ UMP. La sape du parti se poursuit ainsi à grands coups de pioche  alors que la côte de popularité  de François Hollande est au plus bas. Le président de la République imaginait reprendre du poil de la bête avec une intervention en Syrie. Quoi qu’il en laisse paraître et déclarer, il en est maintenant à tenter de sauver la face.  La question vaut alors d’être posée qui dépasse largement les intérêts boutiquiers de l’ UMP et les ambitions égotistes de sa chefferie pour toucher à la pérennité  de la démocratie française, toujours privée de véritable opposition: n’est-ils pas temps de liquider cette UMP fantomatique pour fonder un autre parti, sans les «fillonnistes» qui devraient se compter vraiment et qui perdraient beaucoup de leur force d’obstruction? De toutes façons François Fillon ne tiendra aucun compte des «primaires» prévues au sein de ce parti qui n’est encore le sien que par fiction. A quelques  mois des municipales et des européennes, le projet paraît à la fois urgent et irréalisable. Pour toutes ces raisons l’année électorale  2014  s’annonce comme une année fatidique.

11 Septembre.

220px-BT2013_-_Chancellor_Merkel_after_first_Prognosis3.JPG

Angela Dorothea Merkel candidate à un troisième mandat pour le poste de chancelière. Rien de ce qui  concerne l’Allemagne ne peut laisser indifférent. Ce qu’il est convenu d’appeler l’amitié franco-allemande ne peut s’installer comme une routine. Le couple franco-allemand est celui par lequel l’Europe, par ailleurs trop composite et trop discordante, conserve quelque consistance. Quel rapport précisément entre l’Allemagne et la Grèce, entre la France – fut ce dans son état actuel et l’Espagne! A force de vouloir s’agrandir et se mettre aux dimensions des Etats -Unis, l’Europe s’est exposé à la gigantomachie. Certes,  la construction européenne  a préservé la paix mais au prix d’une atonie générale et d’une babélisation paralysante. Elle ne peut se survivre qu’en dégageant devant chaque défi le plus petit commun dénominateur de ses membres. Elle dispose d’une monnaie commune mais non d’une politique économique commune, d’où le désastre grec et les tiraillements franco-allemands  subséquents. Les Etats-Unis le savent et en jouent. Poutine n’est pas en reste. Le moins que l’on puisse dire d’Angela Merkel c’est que son apparence  extérieure la fait confondre avec une ancienne directrice d’école. Il est sûr qu’elle ne fait pas couper ses invraisemblables jaquettes chez Dior. L’anti-Ségolène! Pourtant, elle apparaît d’ores et déjà comme l’un des meilleurs leaders que l’Allemagne d’après-guerre ait connus. Dès le début de son quinquennat, François Hollande a cru qu’il pourrait la contourner. Angela se retrouve en tête des sondages pour la consultation à venir. Pour l’électorat germanique, la situation française autorise la leçon de choses et la comparaison édifiante. A la différence du président de la République Française, la Chancelière  a compris que l’autorité réelle ne découle ni des passages à la télé, ni des guerres post-coloniales, ni des effets d’annonce mais des résultats effectivement obtenus dans le domaine de l’économie et de l’emploi. Il y a longtemps que la France n’est plus en mesure de donner des leçons à l’Allemagne Merkelienne même si elle renâcle à en recevoir. Laurent Fabius l’avait justement expliqué un jour où le sens de la véritable formule  spirituelle  lui  était venu: «Les Français doivent comprendre que les Allemands sont vraiment Allemands et non pas des Français parlant allemand ». Avec ses maigres 23% d’opinions favorables, François Hollande devra remâcher son frein avant de taper du poing sur les  tables de Bonn ou de Bruxelles.

12 septembre.

JOHN Ford

Par le moyen du «câble», visites intermittentes de la cinématographie mondiale. Cette fois revu tranquillement: «Qu’elle était verte ma vallée» le film magnifique de John Ford sorti en 1942, en pleine guerre, et tiré du roman de Richard LLewellyn. La différence saute aux yeux, c’est le cas de le dire, entre le cinéma daté et le cinéma intemporel. Le cinéma daté, et fortement, paraît pour l’essentiel celui des années 70 avec ses acteurs en costume moulants, leurs bouclettes et leurs rouflaquettes trapézoïdales, ou  leurs actrices aux chevelures tellement laquées qu’elles semblent de plâtre, et leurs faux-cils renoircis. Faux-cils, fossiles! Le film de John Ford est en «noir et blanc» mais il ne s’agit pas de deux couleurs primaires ou rudimentaires. Le blanc et le noir font les jeux contrastés ou  modulés de la lumière et de l’ombre, du jour et de la nuit, de la neige et des puits de mines. Pour un metteur en scène, il y faut plus que le sens inné des éclairages: celui des phases de la vie. L’économie des moyens incite à leur usage en virtuose. Un film intemporel  ne se réduit pas à un scénario plus ou moins palpitant simplement converti en images pelliculées. Un film de cette sorte traduit une histoire qui appelle plus de visions  encore que celles créées par son  auteur initial. John Ford permet de voir plus largement, plus profondément, la vallée charbonneuse et le destin des êtres  sortis du regard de Llewellyn, même s’il donne ou s’il redonne envie de lire le livre que celui-ci a écrit. De l’ensemble ressort enfin cette prenante image du Père dont on prétend qu’elle a déserté l’univers d’aujourd’hui: le Père intraitable, flanqué de la Mère courageuse, qui distribue lors des repas l’autorisation de parler afin de marquer l’ordre des générations, y compris pour ses grands gaillards de rejetons, et qui va saouler sa colère parce que le plus jeune a décidé de ne plus retourner à l’école; le Père respecté jusque dans les révoltes qu’il suscite chez les siens parce que son temps n’est pas celui des fils et de la fille, tous entonnant à l’unisson ces cantiques gallois  qui font s’ouvrir les cieux au moment même ou les mines se ferment.

PARACHA VE ZOTH HABERAKHA

In RELIGION on septembre 17, 2013 at 1:54

44 Vaet'hanane2

( Dt, 33 et sq )

Formellement, cette paracha est la dernière de la Thora. Substantiellement, elle forme charnière entre celle qui la précède et celle qui la suit: la parachat Beréchit, laquelle constitue la première, toujours au sens formel, du Pentateuque. Cette charnière  se reconnaît à la conjonction « et »  rendue par la lettre vav qui préfixe l’expression Habérakha: la bénédiction. L’entame de la Thora doit donc se lire « Et voici la bénédiction ». Si, sur le plan de l’énonciation, cette bénédiction commence dans et par la parole actuelle de Moïse, son origine et sa cause se trouvent dans les événements et les enseignements qui la précèdent, non seulement depuis Moïse mais depuis le Beréchit initial. L’entame de la paracha doit alors se comprendre ainsi « De ce fait, voici la bénédiction … et voici vers où elle mène …».

Pourquoi ne s’agit-il pas de simple stylistique? Parce qu’une bénédiction ne se réduit pas à son énoncé immédiat. Elle s’adosse à une expérience déjà constituée en patrimoine intellectuel et spirituel, en expériences multiples, en épreuves cumulées. Pour les  plus difficiles, elle en évite la récidive. Surtout elle ouvre sur un futur justifiant les termes de la prière relative à la bonté du Créateur « qui renouvelle chaque jour l’oeuvre de la Création ». Avant de quitter le peuple d’Israël, Moïse parachèvera son viatique par une bénédiction de cette sorte. Bien sûr elle n’est pas la première du genre. Celle dispensée par Jacob à ses fils la précède (Gn, 49, 2 et sq). Ce qui n’empêche pas  l’originalité de la bénédiction nouvelle.

Pour bien discerner le signification et l’impact de la bénédiction spécifique délivrée par Moise, il faut en rapporter chaque à élément à celle dispensée par Jacob. Cependant, si dans les deux cas, il s’agit en effet d’une bérakha au sens biblique, autrement dit de la reconnaissance par l’Humain de la Présence divine à travers ses manifestations concrètes en ce monde- ci, la bénédiction délivrée par Moïse est bien deutéronomique, au sens global du « Sépher Dévarim » qu’elle conclut. Elle « secondarise » la bénédiction prononcée par Jacob à destination de sa descendance. Avec deux différences.

La première  est, si l’on peut dire, d’échelle. Jacob a béni une famille. C’est vers un peuple qu’est dirigée la bénédiction de Moïse. Ensuite, Jacob a béni ses enfants dans la situation qui était la leur à ce moment. Depuis, cette situation, en toutes ses dimensions, a évolué. Pour le comprendre il n’est que de se reporter à la bénédiction concernant Chimôn et Lévi. En reprenant les mots de Jacob  à ce sujet, il faut vraiment se convaincre qu’ils participent d’une bénédiction: « Chimôn et Lévi.. digne couple de frères: leurs armes sont des instruments de violence. Ne t’associe pas leurs desseins, ô mon âme.. » (Bible du Rabbinat ). Considérons le chemin parcouru que souligne la bénédiction de Moïse: « … uniquement fidèle à ta Parole ils enseignent tes lois, gardiens de ton Alliance, ils enseignent tes lois à Jacob et ta doctrine à Israël.. ». La comparaison de ces deux formulations atteste qu’il est une progression possible dans l’ordre du sacerdoce spirituel, qu’aucun élargissement des aires de la conscience n’est interdit à quiconque y oeuvre. En ce sens, la bénédiction  délivrée par Moïse n’est pas à proprement parler un testament mais un nouveau programme à l’intention d’un peuple  qui doit désormais inscrire cet idéal sinaïtique dans la réalité, démontrer que ce n’est pas une utopie, au sens dégradé du terme.

Mais Moïse doit déférer à la Parole divine qui lui a enjoint de mourir, sans que nous sachions très bien la portée de ce terme pour un être ayant accédé à un si haut degré de spiritualité. Le Créateur lui même confirme qu’ils se parlaient « face à face ». Lorsqu’un être humain pleinement et simplement humain accède à de degré, qu’est ce qui véritablement meurt en lui qui ne lui survivrait d’aucune manière? Ce qui survit à Moïse n’est rien d’‘autre que son exemple puisque nul ne sait où son corps est inhumé. Cet exemple se résume en un mot: l’homme était humble (ânav), et le texte hébraïque avait ajouté cette précision «très humble». Comme si l’humilité pouvait souffrir des degrés! Pourtant il faut bien en accepter l’idée tant il est des humilités contraintes ou pire: feintes. Elles ne sont que des narcissismes inversés.L’humilité n’est pas l’effacement de soi, au contraire. Elle désigne la capacité pour l’être capable d’un face à face avec l’Eternel de se mettre également en retrait lorsque les circonstances l’exigent, sans en ressentir la moindre diminution à compenser aussitôt. La lumière à laquelle s’allume une autre lumière ne diminue pas. Elle continue d’illuminer et d’étendre la zone de visibilité d’un univers physique et  spirituel.

S’agissant de la sépulture de Moïse, nous ne  disposeront désormais que de ces seules indications: elle se trouve quelque part dans la vallée de Moab, face à Beth Péôr. Ces indications ne sont pas seulement géographiques. Elles signifient que l’exemple de Moïse interdit la répétition des événements tragiques auxquels sont associées les deux  indications topographiques précédentes, à quoi correspondent les deux voies toujours frayées de la régression humaine à quoi elles se contentent de faire allusion. Et ce n’est pas pour rien que les deux mots qui concluent la Thora sont « Col-Israël »: tout Israël, l’«ensemble-Israël», sans que personne n’y soit oublié,  qu’il fût vivant ou simplement souvenir  dans la continuité de la Vie. Et c’est dans un même souffle, en liant la paracha  «Vézoth Habérakha»  à  celle  qui recommence la Thora qu’il faut lire «  Col- Israël – Beréchit »: tout Israël est pour la Création.

                                                                                     R. D.

Bloc-Notes : Semaine du 3 Septembre

In ARTICLES, BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on septembre 15, 2013 at 2:08

3 septembre.

le boeuf écorché

Le hululement  fiscal monte vers le Ciel: «Cette fois, tout le monde va trinquer!». La plainte n’est pas nouvelle. Elle procède sans doute d’un malentendu. Aucun pays ne peut vivre sans fiscalité, mis à part quelques émirats ou sultanats qui disposent d’une rente pétrolière en apparence inépuisable; et surtout aucune économie moderne non plus, si la modernité se reconnaît aussi au sens de la solidarité entre couches sociales favorisées et moins favorisées ou carrément miséreuses, et entre générations. Qu’est ce qu’un étudiant, de ce point de vue, sinon une  sorte d’enfançon, de nourrisson social! C’est pourquoi la notion de contribution est insérée dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. A condition d’en respecter la signification, le mot est préférable à celui d’impôt. Une contribution est volontaire, participative. C’est la main mise à la poche, certes, mais surtout la main mise à la pâte,  pour pétrir le pain quotidien  demandé dans toutes les prières d’inspiration  monothéiste. Et surtout, en termes plus économiques cette fois, une contribution n’est pas une dépense en pure perte. Elle constitue à sa manière un investissement, lequel comme tout investissement doit être suivi d’un « retour » qui d’ailleurs  n’est pas forcément financier, qui se ressente en mieux être, en épuration de l’atmosphère physique et sociale. C’est ce que le gouvernement Ayrault ne réussit pas à démontrer, en dépit d’efforts parfois pathétiques de « communication ». Mettre  en cause le quinquennat précédent – celui de Nicolas Sarkozy cumulé à celui de François  Fillon -ne  marche plus. Répétons le: nul n’est contraint d’accéder aux plus hautes responsabilités dans l’Etat. Y prétendre oblige à les assumer. Voilà prés de dix- huit mois que François Hollande est président de la République, comme il l’a recherché. Autant dire qu’il a consommé près d’un tiers de son  propre quinquennat. Il est temps de démontrer, si la chose est encore possible, que ces nouvelles ponctions fiscales  doivent être vraiment honorées du titre de « contribution », au sens précédemment explicité. De démontrer qu’il ne s’agit pas d’un racket à l’échelle nationale, qu’elles ne sont pas destinées à financer l’accession et le maintien au pouvoir d’une coalition  sans créativité et sans véritable vision de l’avenir, que le  «socialisme» paie  mais ne se paie pas ;  que le chômage recule autrement que sur des calculettes de bonneteurs. Patients, les responsables du Front National ne cessent d’avancer leur longue fourchette prés de la marmite du Pouvoir. Et ce ne sont pas les dernières déclarations de François Fillon qui les en éloigneront. François Fillon qui a commencé sa distribution de vieux pain aux pigeons de France et de Navarre.

4 septembre.

Hariri

Alors, frappe ou non? Obama se tâte, se palpe. Après son fameux discours du Caire  sur le thème de la  réconciliation de l’Amérique avec le monde arabe, comment pourrait –il de gaîté de cœur donner l’ordre de matraquer la Syrie – qui est moins isolée que le Quai d’Orsay  ne l’annonce – à coup de Tomahawks et autres engins frappeurs ? D’autant que la Russie de Poutine ne lâche  toujours pas son allié de la région, donnant ainsi une leçon de réalisme mais aussi de solidarité en direction d’autres coalitions. Comme il était à craindre, la diplomatie française après s’être placée en pointe d’une action punitive se retrouve à la remorque des Etats Unis. Elle attend un éventuel «  feu vert » du Congrès pour se  faire embarquer (embeded) sur les navires US. La France est expressément désignée comme « ennemi » par Bachar El Assad, ce qui n’est pas une menace en l’air si l’on se souvient des coups de boutoirs assénés par le régime syrien contre les intérêts français dans la région et plus particulièrement au Liban. Les assassinats de  l’ambassadeur Delamare en 1981 et même celle de Rafik Hariri, proche ami de Jacques Chirac, en 2005 sont encore dans les mémoires. Nul ne doute que si les Etats -Unis le décidaient, l’armée syrienne, ou ce qui en subsiste, ne résisterait pas plus qu’en leur temps Kaddafi ou Milosévic. Mais les champs de force en présence sont- ils analogues ? Il faudrait que John Kerry convertisse à ses vues punitives son homologue Lavrov, ce qui ne va pas de soi. De plus, comme l’a fait observer le député Alain Marsaud, de nombreux nationaux français se trouvent dans  la zone potentielle des combats et ne sont toujours pas évacués, à la différence des nationaux américains. Et l’Iran qui poursuit sa politique nucléaire! D’un côté l’eau lourde et de l’autre, si l’on ose dire,, l’eau de boudin.

6 septembre.

Rosenzweig

Dans la sombreur du  temps, des éclats de lumière, d’intelligence, de vraie culture. Michaël de Saint-Chéron vient heureusement de réunir en un volume ses études et interviews consacrées à Rosenzweig, Levinas et Ricoeur sous le titre: « Du Juste au Saint, Ricoeur, Rosenzweig, Levinas » (DDB). Pour ceux qui connaissent son parcours, Michael de Saint-Chéron est ce qu’il faut appeler un passeur, un vrai. Des auteurs de prédilection dont il parle avec ferveur mais aussi avec lucidité,  auxquels il faut joindre entre autres Malraux et aussi, bien sur,  Elie Wiesel, il donne envie de les mieux connaître encore, de les lire ou de les relire le crayon à  la main. Deux lignes de force parcourent ces textes, écrits ou transcrits : la place d’autrui, du fameux Autre  dont il est plus facile de parler que de lui parler, face à face – je pense à un jeune maghrébin, voyageur clandestin du TGV et que les contrôleurs ne réussissent pas à verbaliser parce qu’il ne possède  aucun document d’identité, des contrôleurs qui ne savent mieux faire que de le remettre à la police,  et puis la sainteté. Pour Levinas, la sainteté se corrèle à la capacité d’accueillir le visage dénudé d’autrui,  ce qui n’est pas à la portée du premier venu. Ricoeur le rappelle qui fait droit aussi d’une certaine  manière à la sainteté – si le mot n’est pas hyperbolique – du « moi ». Pourquoi choisir entre Levinas et Ricoeur!  Ils forment un ensemble épistémologique et spirituel. Depuis deux millénaire au moins Hillel l’a déclaré: «Si je ne suis pour moi qui le sera? Et si je ne suis que pour moi qu’est le moi? Et si ce n’est à l’instant, quand?». Cet adage est cité à satiété sans qu’on comprenne toujours qu’il incite à vivre en réelle indivision avec nos prochains, à titre non temporaire et,  si l’on ne sait comment s’y résoudre, à ne pas trop lambiner pour l’apprendre. Comme cette marche là est élevée! Avec Michaël de Saint-Chéron, l’enseignement est d’amitié et de compagnonnage au long cours, une amitié  de pensée et de cœur  qui le lie à ceux dont il parle et  qu’il  dispense généreusement à ceux qui le lisent.

HOLLANDE S’EN VA T’EN GUERRE, SAISON 2

In Uncategorized on septembre 15, 2013 at 1:24

Raphaël Draï 1942-2015 (zal)

Après bien des atermoiements, il semble qu’une frappe essentiellement américaine, aux cibles encore inconnues, tentera, quoi qu’en dise, de renverser le clan Assad en Syrie ou ce qu’il en reste. Par l’organe de son président la France se montre, au moins verbalement, la plus  déterminée à «punir» les hors–la loi, qui ont  franchi les lignes ultra-rouges en usant – telle est l’accusation – de l’arme chimique contre leurs ennemis, causant de nombreuses victimes civiles. Donc, après les opérations conduites avec succès au Mali, François Hollande veut repartir en guerre contre un régime honni. Pourtant, si l’actuel dictateur de Damas est devenu infréquentable il faut respecter l’ordre des facteurs dans une équation explosive, juridique, politique et éthique. Recourir au gaz sarin, surtout dans une confrontation où les combattants ne se distinguent pas toujours des non-combattants, est moralement odieux. Encore faut-il en apporter les preuves devant l’instance juridique compétente: le Conseil de…

View original post 578 mots de plus

HOLLANDE S’EN VA T’EN GUERRE, SAISON 2

In ActuJ, ARTICLES on septembre 15, 2013 at 1:17

Après bien des atermoiements, il semble qu’une frappe essentiellement américaine, aux cibles encore inconnues, tentera, quoi qu’en dise, de renverser le clan Assad en Syrie ou ce qu’il en reste. Par l’organe de son président la France se montre, au moins verbalement, la plus  déterminée à «punir» les hors–la loi, qui ont  franchi les lignes ultra-rouges en usant – telle est l’accusation – de l’arme chimique contre leurs ennemis, causant de nombreuses victimes civiles. Donc, après les opérations conduites avec succès au Mali, François Hollande veut repartir en guerre contre un régime honni. Pourtant, si l’actuel dictateur de Damas est devenu infréquentable il faut respecter l’ordre des facteurs dans une équation explosive, juridique, politique et éthique. Recourir au gaz sarin, surtout dans une confrontation où les combattants ne se distinguent pas toujours des non-combattants, est moralement odieux. Encore faut-il en apporter les preuves devant l’instance juridique compétente: le Conseil de Sécurité de l’ONU, bloqué, depuis prés de deux. C’est alors que la politique, autrement dit le rapport des forces combiné au champ des intérêts, avouables ou non, reprend la main, une main gantée de fer. Certes, suivant une représentation «réaliste» des relations internationales, il n’est pas inconvenant de reconnaître que les Etats, ces «monstres froids», ont des intérêts non moins glaciaux qu’il  est inutile d’enrubanner. Il faut juste de ne pas l’oublier, au passage, lorsqu’il s’agit de l’Etat d’Israël qui n’a pas voulu interférer dans ce conflit mais qui soutient le principe d’une frappe «correctionnelle», l’usage de l’arme chimique constituant un précédent intolérable. Si François Hollande s’en va de nouveau en guerre, ses mobiles moraux sont patents. Les froids intérêts de la France ne le sont pas moins. Depuis des siècles, la région correspondant au Liban et à la Syrie actuels, sans parler de Jérusalem, a toujours fait partie des chasses gardées de la France, puissance initialement chrétienne  puis coloniale; une région défendue contre les armées de l’Islam puis, une fois le monde arabe  entré en régression historique, contre d’autres puissances coloniales. Chacun sait le rôle délétère joué par le Foreign Office au début du XXème siècle dans la dévolution machiavélique de territoires aujourd’hui âprement disputés, sans solution à court terme, entre le Mouvement sioniste et les leaders du nationalisme arabo-musulman. En 1916 – année cruciale, à ne jamais oublier- la République française et la Grande Bretagne, aux termes des accords Sykes-Picot, se partagèrent cette région du monde, sans tenir aucun compte d’ailleurs des aspirations du peuple juif. La partie correspondant au Liban et à la Syrie actuels  tomba  dans l’escarcelle française. Une fois la SDN constituée, le «deal» entre ces deux nations impériales fut converti en droit. Chacune obtint mandat international sur ces deux lotissements géants, la grande Bretagne ne cessant de lorgner vers la  partie attribuée à Paris. Durant la deuxième Guerre mondiale, le territoire syrien fit l’objet de violents combats entre  forces gaullistes et fores vichystes. La Grande Bretagne tenta de les exploiter à son profit. Pour de Gaulle, la préservation des intérêts français en Syrie fut déclarée cause nationale. Il n’y céda pas d’un pouce. Lorsque le Liban et la Syrie devinrent des Etats indépendants, la France s’efforça d’y préserver ses influences, notamment dans le cadre de la francophonie. Mais aux yeux d’Assad- père,  il fallait non seulement bouter la France hors de  cette zone mais incorporer le Liban à la «mère» syrienne. Lors d’un voyage en Beyrouth en 1998, il m’a été donné de voir à quel point cette  annexion se voulait  méthodique. Il fallait ainsi que la France retrouve sa pleine place. Elle joua le double jeu tant que le clan Assad semblait «indéboulonnable». La situation s’est profondément modifiée depuis le début de la guerre civile. La France cherche désormais à infliger au criminel Bachar el Assad le sort de Khaddafi et, faisant valoir ses titres à la reconnaissance du peuple syrien, à rétablir sur place son influence multi-séculaire. Cependant, comme ses forces militaires ne sont plus et à la hauteur de ses ambitions diplomatiques, surtout depuis le vote négatif au Parlement britannique, face au barrage russe, aux viscosités du G20 et aux réticences de l’opinion publique française, François Hollande qui voudrait pouvoir retirer  ses marrons du feu reste suspendu au vote du Congrès des Etats-Unis et cherche fébrilement le parapluie européen. Courageux, mais pas téméraire! Mais qui peut prévoir les  décours d’une guerre?

Raphael Draï  – Actu J Semaine du 11 Septembre

LA TERRIBLE LECON SYRIENNE (Actu J – 3 Septembre)

In ActuJ on septembre 8, 2013 at 10:33

Devant les Ambassadeurs de France réunis la semaine dernière, le ton du président de la République se voulait martial: il fallait enfin «punir» le régime syrien pour son utilisation de la diabolique arme chimique contre ses opposants dans les faubourgs de Damas.

«Punir»: politiquement ce verbe pèse lourd. Jusqu’à preuve du contraire, la Syrie est un Etat indépendant et souverain, membre de l’ONU. Selon la charte de cette organisation, nul Etat n’a le doit d’en menacer un autre. Si ce dernier s’est mis en marge de la légalité internationale, il appartient au Conseil de sécurité de prendre les mesures de force indispensables pour l’y ramener mais sans mettre en cause son existence. Bien sûr les membres de la nouvelle «Triplice» (Etats Unis, Royaume Uni , France) peuvent arguer du blocage de cette instance pour recourir aux mesures indispensables à la survie de populations civiles menacées par leur propre Etat. Dans ce cas, compte tenu de ce que les opposants  au sein du Conseil de sécurité sont la Russie et la Chine, passer outre serait prendre le risque d’une grave crise internationale. Pour toutes ces raisons il convient de prêter attention aux propos du ministre de la Défense d’Israël qui invitait ses concitoyens à tirer pour eux mêmes les enseignements de la situation syrienne. Selon ses dires, une telle situation se produit rarement en un siècle: sous nous yeux nous voyons un Etat disparaître et de nombreux autres engagés vers un affaiblissement dissolvant. Il y a quelques années la Syrie passait pour un des Etats les plus forts du Moyen Orient, tenu d’une main de fer par un clan: les Alaouites. Bien sûr son principale allié: l’URSS avait disparu mais la Russie de Poutine avait pris le relais. Cette même Syrie exerçait de fait un protectorat impitoyable sur le Liban et y réduisait la zone d’influence «historique» de la France notamment. Avec l’Etat d’Israël, la  revendication du Golan se voulait imprescriptible mais aucun affrontement majeur ne s’y était déclanché depuis la guerre de Kippour. Ce qui n’empêchait pas les ferments de division et bientôt de dissolution de miner ce pays à la fois arabe et laïc. L’implosion et le basculement se produisirent en 2011. Le clan Asad y a réagit par une violence féroce: au moins 100.000 morts depuis deux ans, sans aucun respect des droits de l’homme et du droit de la guerre. Toute la région est  à présent entraînée dans ce trou noir : l’Iran soutient le clan Assad mais la Turquie travaille à son élimination. Au moment où ces lignes sont écrites, on ne sait toujours pas si, au vu du rapport des  experts de l’ONU, Barack Obama lancera l’opération punitive annoncée à son de trompe. Mais les enseignements de la situation syrienne s’avèrent d’ores et déjà d’une extrême clarté, à commencer pour l’Etat d’Israël. Pour quelles raisons les Etats disparaissent-ils, plus particulièrement dans cette région du monde? D’abord parce qu’ils sont issus de découpages coloniaux qui correspondent  moins à la nature des peuples concernés qu’aux intérêts des puissances coloniales de l’époque, en l’occurrence la France et la Grande Bretagne à la suite des accords Sykes – Picot de 1915. Les effets néfastes de ces charcutages aberrants dont sont issus pratiquement tous les autres Etats du Moyen Orient, dans leur instable configuration (Liban, Jordanie, Irak, Etat d’Israël, sultanats etc;), se font moins sentir lorsque les populations ainsi manipulées ne se trouvent pas, en outre, divisées pour des raisons tribales ou confessionnelles .Si la Syrie est menacée de disparaître, l’une des causes  essentielles doit en être cherchée dans le schisme pérenne chiite- sunnite et dans sa militarisation. D’où, certes, cette leçon vitale pour l’Etat d’Israël: plus l’environnement international est instable, plus l’unité de la nation en question doit être sauvegardée et renforcée dans ses dimensions cruciales: sociales, économiques, intellectuelles. Non seulement parce que les divisions de cette sorte suppurent d’elles mêmes mais parce que d’autres Etats qui y ont intérêt savent les manipuler à leur avantage supposé. Ce jeu, la Syrie l’a joué au Liban entre les différentes confessions livrées  à une atroce guerre civile. A présent, elle en meurt. De ce fait, à supposer que son existence soit formellement préservée, ce pays intimement disloqué, serait-il libéré du clan Assad et remis entre des mains plus dociles, s’inscrira dans la catégorie des pseudos-Etats arabes «printaniers», à la suite de l’Egypte, de la Libye et de la Tunisie. Sous couvert de démocratie, le temps des nouvelles mises en tutelle y succède désormais à celui de la décolonisation. A bon entendeur …

                                                                                   Raphaël  Draï

BLOC NOTES – Semaine du 26 août au 1er septembre

In BLOC NOTES on septembre 8, 2013 at 10:17

27 août.

Sorbonne

Chaque parti ou mouvement politique y va de son «université d’été»! On peut se demander si la qualification de ces réunions militantes n’est pas abusive et usurpée. Par définition, et sauf dangereuse dérive, l’Université est le lieu où se diffusent tous les savoirs, précédant leur confrontation critique conduite par des enseignants validés. En va t-il de même pour ces rassemblements dans lesquels militants et militantes, souvent idéalistes, surtout lorsqu’ils sont encore jeunes, mais aussi carriéristes et ambitieux à la Julien Sorel ou à la Rastignac, sont confortés dans leurs certitudes partiales, dans leurs préjugés obtus et reçoivent devant des pastis tassés des surdoses d’adrénaline idéologique? Ce qui se ressent ensuite dans les débats télévisés, souvent réduits à des combats de coqs ou de poules aux ergots empoisonnés où aucun des intervenants ne tente de comprendre le point de vue de son interlocuteur ou de son interlocutrice, dégurgitant  les slogans inculqués par des «coachs» vénaux et sans véritable  pensée. La démocratie française gagnerait au contraire à instaurer, durant cette période où les cœurs sont aussi bronzés que les épidermes, des universités d’une tout autre sorte,  dignes de ce nom, dans lesquelles des hommes et des femmes sans attaches partisanes convieraient des parlementaires, des syndicalistes, des militants et des militantes de tous bords, de toutes obédiences, de toutes allégeances,  à abandonner pour un jour ou deux leurs tics, leur conditionnements, leurs manies, leurs lubies, leurs haines parfois, pour limer leur cervelle à ce fameux Autre dont il est plus facile de parler dans les colloques mondains que de lui parler face à face, sans se départir d’aucune courtoisie et en défendant des idées qui valent d’être appelées de ce nom. On dira que c’est là céder aux bons sentiment, cotiser à un utopisme suranné. Sans doute, pour une part mais pour une part seulement. Car il faut bien que le «Principe responsabilité» cher à Hans Jonas et dont on se gargarise ait des applications pratiques. Au temps où le totalitarisme menaçait la paix mondiale et les libertés publiques, la démocratie apparaissait comme son irremplaçable alternative. Par quel régime remplacerait- on la démocratie si elle finissait par mourir sous de pareils mauvais traitements?

 

29 août.

missiles

Il a l’air fin  notre président de la République après le refus du Parlement britannique d’autoriser des frappes contre le régime d’Assad! A la télévision David Cameron, dépité, avait l’air d’un renard qu’une poule aurait pris. Du coup Barack Obama retrouve le tropisme inversif du déplacement des écrevisses. Il tempère les ardeurs guerrières de John Kerry et sollicite  avant tout l’accord du Congrès. Je ne sais ce que  Raymond Aron aurait écrit devant une pareil théâtre d’ombres…  A présent de deux choses l’une: ou bien le Congrès ne donne pas son accord, ou le fait en termes tellement restrictifs qu’il faudrait inventer la notion de «frappette» pour caractériser l’action envisagée, strictement limitée dans le temps et dans l’espace. Une «frappette» à laquelle le régime syrien a eu tout le temps de se préparer. Dans ces conditions, la présidence américaine risque tout simplement de perdre la face. Ou bien, frappe ou «frappette», une véritable guerre se déclenche dont nul ne peut prévoir les issues car rien n’assure qu’une grave crise internationale n’en résultera pas. Quoi qu’on pense du régime criminel d’Assad, aucune action de force menée par des Etats souverains ne peut  viser le territoire syrien sans l’accord préalable du Conseil de sécurité. Aucune coalition ne fait le droit  d’elle même. Une action de force engagée avec une couverture juridique  taillée sur mesure  serait assimilable à un acte de guerre, à une agression. S’il y survivait, elle mettrait Assad en mesure d’y répliquer  en toute légalité et légitimité. Le monde à l’envers! Mais la France pousse à la roue. Elle veut à tout prix retrouver son influence véritable dans la région. En tous cas l’opinion publique française a du mal à suivre: la Syrie est si loin des usines mortes d’Arcelor-Mittal..

 

1er Septembre.

Vieux

Deux romans très sombres et glauques qu’il vaut mieux  lire au soleil en prenant de la distance. Le premier d’Alessandro Piperno est intitulé «Persécution». Il relate l’inexorable émiettement d’un professeur de cancérologie, appartenant à la haute bourgeoisie juive de Rome, face à une accusation  de pédophilie, ou presque, émanant de la petite amie de son fils, âgée de douze ans. En réalité, c’est dans un piège pervers et mortel auquel l’éminent professeur s’est exposé  par jeu ou par inconscience. Le roman décrit à longueur de pages son délitement devant une situation dont il ne saisit pas le sens, surtout lorsque la machine judiciaire italienne commence à le broyer. Au fur et à mesure de la lecture, l’envie prend de lui appliquer une de ces gifles qu’il faut infliger aux baigneurs qui se noient pour les sauver et nous sauver avec eux. Et puis l’on finit par se demander ce que nous ferions à sa place, peu à peu dépouillés de tout ce qui nous fait  être: nom, famille, image de soi. Kafka à la sauce «carbonara»! La fin est hélas pitoyable et prévisible. Il n’en va pas autrement avec le personnage principal  du roman de Philip Roth que Gide eût qualifiée de «sotie»: «Le rabaissement». Cette fois il s’agit d’un célèbre acteur de théâtre sur lequel l’âge s’abat comme une masse d’assaut, au point qu’il ne sache plus jouer, qu’il n’en ait plus le goût, qu’il humilie ses propres méninges – car tel est le sens réel du titre original: «The Humbling». Il rencontre alors une jeune femme qui a épuisé toutes les perversités mais qui tente un «come back» dans l’amour pur et le dévouement vertueux. Ce qui lui redonne le goût de vivre et  même de remonter sur scène. Sauf que… Là encore le roman se termine en suicide. Chacun sait à quel point l’humain est fragile surtout lorsque, comme le dit Philip Roth «chaque année l’on prend de l’âge». Pour ces deux romans une question se pose: pourquoi tant de scènes graveleuses? Figures désormais obligées d’une école ou d’une époque littéraire non pas réaliste ou naturaliste mais si l’on peut dire génitaliste? Courage de dire et de montrer ce qui a été si longtemps tu et dissimulé? Cela fait longtemps également que toutes les censures ont été levées… Il faut être attentif  à un autre «rabaissement», celui de la littérature, lorsque sous ses grands airs elle cède à la morbide pornographie.