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LA TERRIBLE LECON SYRIENNE (Actu J – 3 Septembre)

In ActuJ on septembre 8, 2013 at 10:33

Devant les Ambassadeurs de France réunis la semaine dernière, le ton du président de la République se voulait martial: il fallait enfin «punir» le régime syrien pour son utilisation de la diabolique arme chimique contre ses opposants dans les faubourgs de Damas.

«Punir»: politiquement ce verbe pèse lourd. Jusqu’à preuve du contraire, la Syrie est un Etat indépendant et souverain, membre de l’ONU. Selon la charte de cette organisation, nul Etat n’a le doit d’en menacer un autre. Si ce dernier s’est mis en marge de la légalité internationale, il appartient au Conseil de sécurité de prendre les mesures de force indispensables pour l’y ramener mais sans mettre en cause son existence. Bien sûr les membres de la nouvelle «Triplice» (Etats Unis, Royaume Uni , France) peuvent arguer du blocage de cette instance pour recourir aux mesures indispensables à la survie de populations civiles menacées par leur propre Etat. Dans ce cas, compte tenu de ce que les opposants  au sein du Conseil de sécurité sont la Russie et la Chine, passer outre serait prendre le risque d’une grave crise internationale. Pour toutes ces raisons il convient de prêter attention aux propos du ministre de la Défense d’Israël qui invitait ses concitoyens à tirer pour eux mêmes les enseignements de la situation syrienne. Selon ses dires, une telle situation se produit rarement en un siècle: sous nous yeux nous voyons un Etat disparaître et de nombreux autres engagés vers un affaiblissement dissolvant. Il y a quelques années la Syrie passait pour un des Etats les plus forts du Moyen Orient, tenu d’une main de fer par un clan: les Alaouites. Bien sûr son principale allié: l’URSS avait disparu mais la Russie de Poutine avait pris le relais. Cette même Syrie exerçait de fait un protectorat impitoyable sur le Liban et y réduisait la zone d’influence «historique» de la France notamment. Avec l’Etat d’Israël, la  revendication du Golan se voulait imprescriptible mais aucun affrontement majeur ne s’y était déclanché depuis la guerre de Kippour. Ce qui n’empêchait pas les ferments de division et bientôt de dissolution de miner ce pays à la fois arabe et laïc. L’implosion et le basculement se produisirent en 2011. Le clan Asad y a réagit par une violence féroce: au moins 100.000 morts depuis deux ans, sans aucun respect des droits de l’homme et du droit de la guerre. Toute la région est  à présent entraînée dans ce trou noir : l’Iran soutient le clan Assad mais la Turquie travaille à son élimination. Au moment où ces lignes sont écrites, on ne sait toujours pas si, au vu du rapport des  experts de l’ONU, Barack Obama lancera l’opération punitive annoncée à son de trompe. Mais les enseignements de la situation syrienne s’avèrent d’ores et déjà d’une extrême clarté, à commencer pour l’Etat d’Israël. Pour quelles raisons les Etats disparaissent-ils, plus particulièrement dans cette région du monde? D’abord parce qu’ils sont issus de découpages coloniaux qui correspondent  moins à la nature des peuples concernés qu’aux intérêts des puissances coloniales de l’époque, en l’occurrence la France et la Grande Bretagne à la suite des accords Sykes – Picot de 1915. Les effets néfastes de ces charcutages aberrants dont sont issus pratiquement tous les autres Etats du Moyen Orient, dans leur instable configuration (Liban, Jordanie, Irak, Etat d’Israël, sultanats etc;), se font moins sentir lorsque les populations ainsi manipulées ne se trouvent pas, en outre, divisées pour des raisons tribales ou confessionnelles .Si la Syrie est menacée de disparaître, l’une des causes  essentielles doit en être cherchée dans le schisme pérenne chiite- sunnite et dans sa militarisation. D’où, certes, cette leçon vitale pour l’Etat d’Israël: plus l’environnement international est instable, plus l’unité de la nation en question doit être sauvegardée et renforcée dans ses dimensions cruciales: sociales, économiques, intellectuelles. Non seulement parce que les divisions de cette sorte suppurent d’elles mêmes mais parce que d’autres Etats qui y ont intérêt savent les manipuler à leur avantage supposé. Ce jeu, la Syrie l’a joué au Liban entre les différentes confessions livrées  à une atroce guerre civile. A présent, elle en meurt. De ce fait, à supposer que son existence soit formellement préservée, ce pays intimement disloqué, serait-il libéré du clan Assad et remis entre des mains plus dociles, s’inscrira dans la catégorie des pseudos-Etats arabes «printaniers», à la suite de l’Egypte, de la Libye et de la Tunisie. Sous couvert de démocratie, le temps des nouvelles mises en tutelle y succède désormais à celui de la décolonisation. A bon entendeur …

                                                                                   Raphaël  Draï

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