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HOLLANDE S’EN VA T’EN GUERRE, SAISON 2

In ActuJ, ARTICLES on septembre 15, 2013 at 1:17

Après bien des atermoiements, il semble qu’une frappe essentiellement américaine, aux cibles encore inconnues, tentera, quoi qu’en dise, de renverser le clan Assad en Syrie ou ce qu’il en reste. Par l’organe de son président la France se montre, au moins verbalement, la plus  déterminée à «punir» les hors–la loi, qui ont  franchi les lignes ultra-rouges en usant – telle est l’accusation – de l’arme chimique contre leurs ennemis, causant de nombreuses victimes civiles. Donc, après les opérations conduites avec succès au Mali, François Hollande veut repartir en guerre contre un régime honni. Pourtant, si l’actuel dictateur de Damas est devenu infréquentable il faut respecter l’ordre des facteurs dans une équation explosive, juridique, politique et éthique. Recourir au gaz sarin, surtout dans une confrontation où les combattants ne se distinguent pas toujours des non-combattants, est moralement odieux. Encore faut-il en apporter les preuves devant l’instance juridique compétente: le Conseil de Sécurité de l’ONU, bloqué, depuis prés de deux. C’est alors que la politique, autrement dit le rapport des forces combiné au champ des intérêts, avouables ou non, reprend la main, une main gantée de fer. Certes, suivant une représentation «réaliste» des relations internationales, il n’est pas inconvenant de reconnaître que les Etats, ces «monstres froids», ont des intérêts non moins glaciaux qu’il  est inutile d’enrubanner. Il faut juste de ne pas l’oublier, au passage, lorsqu’il s’agit de l’Etat d’Israël qui n’a pas voulu interférer dans ce conflit mais qui soutient le principe d’une frappe «correctionnelle», l’usage de l’arme chimique constituant un précédent intolérable. Si François Hollande s’en va de nouveau en guerre, ses mobiles moraux sont patents. Les froids intérêts de la France ne le sont pas moins. Depuis des siècles, la région correspondant au Liban et à la Syrie actuels, sans parler de Jérusalem, a toujours fait partie des chasses gardées de la France, puissance initialement chrétienne  puis coloniale; une région défendue contre les armées de l’Islam puis, une fois le monde arabe  entré en régression historique, contre d’autres puissances coloniales. Chacun sait le rôle délétère joué par le Foreign Office au début du XXème siècle dans la dévolution machiavélique de territoires aujourd’hui âprement disputés, sans solution à court terme, entre le Mouvement sioniste et les leaders du nationalisme arabo-musulman. En 1916 – année cruciale, à ne jamais oublier- la République française et la Grande Bretagne, aux termes des accords Sykes-Picot, se partagèrent cette région du monde, sans tenir aucun compte d’ailleurs des aspirations du peuple juif. La partie correspondant au Liban et à la Syrie actuels  tomba  dans l’escarcelle française. Une fois la SDN constituée, le «deal» entre ces deux nations impériales fut converti en droit. Chacune obtint mandat international sur ces deux lotissements géants, la grande Bretagne ne cessant de lorgner vers la  partie attribuée à Paris. Durant la deuxième Guerre mondiale, le territoire syrien fit l’objet de violents combats entre  forces gaullistes et fores vichystes. La Grande Bretagne tenta de les exploiter à son profit. Pour de Gaulle, la préservation des intérêts français en Syrie fut déclarée cause nationale. Il n’y céda pas d’un pouce. Lorsque le Liban et la Syrie devinrent des Etats indépendants, la France s’efforça d’y préserver ses influences, notamment dans le cadre de la francophonie. Mais aux yeux d’Assad- père,  il fallait non seulement bouter la France hors de  cette zone mais incorporer le Liban à la «mère» syrienne. Lors d’un voyage en Beyrouth en 1998, il m’a été donné de voir à quel point cette  annexion se voulait  méthodique. Il fallait ainsi que la France retrouve sa pleine place. Elle joua le double jeu tant que le clan Assad semblait «indéboulonnable». La situation s’est profondément modifiée depuis le début de la guerre civile. La France cherche désormais à infliger au criminel Bachar el Assad le sort de Khaddafi et, faisant valoir ses titres à la reconnaissance du peuple syrien, à rétablir sur place son influence multi-séculaire. Cependant, comme ses forces militaires ne sont plus et à la hauteur de ses ambitions diplomatiques, surtout depuis le vote négatif au Parlement britannique, face au barrage russe, aux viscosités du G20 et aux réticences de l’opinion publique française, François Hollande qui voudrait pouvoir retirer  ses marrons du feu reste suspendu au vote du Congrès des Etats-Unis et cherche fébrilement le parapluie européen. Courageux, mais pas téméraire! Mais qui peut prévoir les  décours d’une guerre?

Raphael Draï  – Actu J Semaine du 11 Septembre

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