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Bloc-Notes de Raphaël Draï – Semaine du 10 Septembre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on septembre 28, 2013 at 9:39

10 septembre.

Pioche

Les déclarations de François Fillon sur le Front National font des vagues à l’ UMP. Les ennemis de l’ancien Ier ministre mettent en cause son ambiguïté, si ce n’est son cynisme. Pour tenter d’accéder au pouvoir, François Fillon n’hésite plus à copiner avec le Diable. L’essentiel à ses yeux est de tenter le rassemblement des Droites selon le même schéma – pour ne pas dire la même lubie – politique: les électeurs et les électrices du FN ne lui appartiennent pas. Ce sont de bons français mais déçus, insécurisés par les politiques menées en France depuis des décennies.  Il y a belle lurette que ce parti n’est plus tabou ni ses leaders maintenus en quarantaine. Si Jean-Marie le Pen charrie toujours des effluves sulfureuses, sa fille Marine est devenue partie intégrante du PAF. Alors pourquoi se cacher derrière son petit doigt  et faire la fine bouche! Mais François Fillon dont l’ambition légitime est entachée d’un ressentiment torpide vis à vis de ses rivaux à l’ UMP –  le  patent:  Jean-François Copé, et le masqué: Nicolas Sarkozy – risque de commette une erreur fatale, celle de croire que dans une alliance avec le FN, Marine Le Pen, Gilbert Collard et Florian Philippot se contenteront de lui passer les plats et qu’il finira par les réduire à rien, comme Mitterrand l’avait réussi  naguère avec le Parti communiste. En cas d’alliance, officielle ou tacite, avec le FN, c’est François Fillon qui ne tardera pas à porter le petit tablier et la coiffe de la soubrette. Les leaders actuels de l’UMP l’ont bien compris. De Juppé à Raffarin, s’ils ont décidé de maintenir et même de renforcer le barrage anti-FN ce n’est pas seulement pour des  raisons éthiques. En cas de rupture du barrage actuel, ils ne doutent pas  qu’ils seront rapidement noyés. Pourtant la stratégie de François Fillon reste relayée par ses soutiens au sein de l’ UMP. La sape du parti se poursuit ainsi à grands coups de pioche  alors que la côte de popularité  de François Hollande est au plus bas. Le président de la République imaginait reprendre du poil de la bête avec une intervention en Syrie. Quoi qu’il en laisse paraître et déclarer, il en est maintenant à tenter de sauver la face.  La question vaut alors d’être posée qui dépasse largement les intérêts boutiquiers de l’ UMP et les ambitions égotistes de sa chefferie pour toucher à la pérennité  de la démocratie française, toujours privée de véritable opposition: n’est-ils pas temps de liquider cette UMP fantomatique pour fonder un autre parti, sans les «fillonnistes» qui devraient se compter vraiment et qui perdraient beaucoup de leur force d’obstruction? De toutes façons François Fillon ne tiendra aucun compte des «primaires» prévues au sein de ce parti qui n’est encore le sien que par fiction. A quelques  mois des municipales et des européennes, le projet paraît à la fois urgent et irréalisable. Pour toutes ces raisons l’année électorale  2014  s’annonce comme une année fatidique.

11 Septembre.

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Angela Dorothea Merkel candidate à un troisième mandat pour le poste de chancelière. Rien de ce qui  concerne l’Allemagne ne peut laisser indifférent. Ce qu’il est convenu d’appeler l’amitié franco-allemande ne peut s’installer comme une routine. Le couple franco-allemand est celui par lequel l’Europe, par ailleurs trop composite et trop discordante, conserve quelque consistance. Quel rapport précisément entre l’Allemagne et la Grèce, entre la France – fut ce dans son état actuel et l’Espagne! A force de vouloir s’agrandir et se mettre aux dimensions des Etats -Unis, l’Europe s’est exposé à la gigantomachie. Certes,  la construction européenne  a préservé la paix mais au prix d’une atonie générale et d’une babélisation paralysante. Elle ne peut se survivre qu’en dégageant devant chaque défi le plus petit commun dénominateur de ses membres. Elle dispose d’une monnaie commune mais non d’une politique économique commune, d’où le désastre grec et les tiraillements franco-allemands  subséquents. Les Etats-Unis le savent et en jouent. Poutine n’est pas en reste. Le moins que l’on puisse dire d’Angela Merkel c’est que son apparence  extérieure la fait confondre avec une ancienne directrice d’école. Il est sûr qu’elle ne fait pas couper ses invraisemblables jaquettes chez Dior. L’anti-Ségolène! Pourtant, elle apparaît d’ores et déjà comme l’un des meilleurs leaders que l’Allemagne d’après-guerre ait connus. Dès le début de son quinquennat, François Hollande a cru qu’il pourrait la contourner. Angela se retrouve en tête des sondages pour la consultation à venir. Pour l’électorat germanique, la situation française autorise la leçon de choses et la comparaison édifiante. A la différence du président de la République Française, la Chancelière  a compris que l’autorité réelle ne découle ni des passages à la télé, ni des guerres post-coloniales, ni des effets d’annonce mais des résultats effectivement obtenus dans le domaine de l’économie et de l’emploi. Il y a longtemps que la France n’est plus en mesure de donner des leçons à l’Allemagne Merkelienne même si elle renâcle à en recevoir. Laurent Fabius l’avait justement expliqué un jour où le sens de la véritable formule  spirituelle  lui  était venu: «Les Français doivent comprendre que les Allemands sont vraiment Allemands et non pas des Français parlant allemand ». Avec ses maigres 23% d’opinions favorables, François Hollande devra remâcher son frein avant de taper du poing sur les  tables de Bonn ou de Bruxelles.

12 septembre.

JOHN Ford

Par le moyen du «câble», visites intermittentes de la cinématographie mondiale. Cette fois revu tranquillement: «Qu’elle était verte ma vallée» le film magnifique de John Ford sorti en 1942, en pleine guerre, et tiré du roman de Richard LLewellyn. La différence saute aux yeux, c’est le cas de le dire, entre le cinéma daté et le cinéma intemporel. Le cinéma daté, et fortement, paraît pour l’essentiel celui des années 70 avec ses acteurs en costume moulants, leurs bouclettes et leurs rouflaquettes trapézoïdales, ou  leurs actrices aux chevelures tellement laquées qu’elles semblent de plâtre, et leurs faux-cils renoircis. Faux-cils, fossiles! Le film de John Ford est en «noir et blanc» mais il ne s’agit pas de deux couleurs primaires ou rudimentaires. Le blanc et le noir font les jeux contrastés ou  modulés de la lumière et de l’ombre, du jour et de la nuit, de la neige et des puits de mines. Pour un metteur en scène, il y faut plus que le sens inné des éclairages: celui des phases de la vie. L’économie des moyens incite à leur usage en virtuose. Un film intemporel  ne se réduit pas à un scénario plus ou moins palpitant simplement converti en images pelliculées. Un film de cette sorte traduit une histoire qui appelle plus de visions  encore que celles créées par son  auteur initial. John Ford permet de voir plus largement, plus profondément, la vallée charbonneuse et le destin des êtres  sortis du regard de Llewellyn, même s’il donne ou s’il redonne envie de lire le livre que celui-ci a écrit. De l’ensemble ressort enfin cette prenante image du Père dont on prétend qu’elle a déserté l’univers d’aujourd’hui: le Père intraitable, flanqué de la Mère courageuse, qui distribue lors des repas l’autorisation de parler afin de marquer l’ordre des générations, y compris pour ses grands gaillards de rejetons, et qui va saouler sa colère parce que le plus jeune a décidé de ne plus retourner à l’école; le Père respecté jusque dans les révoltes qu’il suscite chez les siens parce que son temps n’est pas celui des fils et de la fille, tous entonnant à l’unisson ces cantiques gallois  qui font s’ouvrir les cieux au moment même ou les mines se ferment.

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