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Paracha Berechit – Commentaire de Raphaël Draï (zal)

In RELIGION on septembre 30, 2013 at 9:04

1.Shabbat Chalom

(Gn, 1, 1 et sq.)

Cette paracha inaugure la lecture ou plus exactement la relecture du H’oumach, du Pentateuque. Son commentaire ne saurait être à la mesure intellectuelle d’un seul homme. Sur la seule lettre Beth qui est à l’initiale du mot « Beréchit », le tout premier de ce texte, les analyses s’ajoutent aux gloses depuis près de trois mille ans! Pourquoi, par exemple, le Beth est-il ici doté d’un point central, d’un daguesh? S’agissant d’un récit de création, l’on pense aussitôt à l’ouvrage monumental du biologiste Stephen Jay Gould lorsqu’il évoque à propos de l’évolution du vivant ce qu’il qualifie lui même d’«équilibre ponctué». Le reste à l’avenant. La gageure semble d’autant plus considérable que cette paracha qui débute par  la création de l’Univers et de l’Humain se poursuit par ce qu’il faut bien appeler une série de catastrophes dont l’Humain ne semble toujours pas s’être remis: la résistance de la terre, nommée en l’occurrence erets, à la Parole divine l’incitant à produire de l’arbre- fruit; la  transgression du premier couple au Jardin d’Eden et les sanctions qui s’ensuivent;  puis le fratricide commis par Caïn, enfin,  last but not least,  la perversion de l’ensemble du vivant, à l’infime exception de Noé. De quoi décourager le lecteur le mieux intentionné et le conduire à s’interroger sur les intentions véritables de l’auteur d’un récit aussi débridé, aussi sanglant, aussi désespérant. Et pourtant..

Car il est possible d’aborder le livre de la Genèse dans un autre état d’esprit, de reconnaître qu’il ne s’agit pas d’une histoire édifiante, d’une histoire sainte, au sens infantile. Il faut tenir ensemble ces deux idées-forces: oui, il s’agit de la création de l’Univers et de l’Humain; et oui, l’Univers est susceptible de se désaxer et l’Humain de courir à sa perte. Nous voici prévenus et un être averti en vaut plusieurs, tous ceux en lesquels il se transformera au cours d’une existence heureusement prolongée. Dans ces conditions pourquoi la dominante de ce récit reste telle vitale, les catastrophes dont il vient d’être question se réduisant à des accidents, plus graves les uns que les autres mais réparables tout de même? Précisément parce que transgressions, meurtres, perversions se produisent après que la Création a eu lieu et que celle-ci y résiste.  Quelle est la source de cette résistance au pire? Les deux viatiques cumulés, sous forme de deux bénédictions intégrées, dont le Créateur dote le vivant en général et l’Humain en particulier.

Il faut relever en effet que la fameuse bénédiction «Croissez et multipliez» ne s’adresse pas initialement à l’Humain mais à la gent animale selon les termes mêmes de La Genèse: «.. Dieu créa les cétacés énormes et tous les êtres animés qui se meuvent dans les eaux (…) puis tout ce qui vole au moyens d’ailes, selon son espèce; et Dieu considéra que c’était bien. Dieu les bénit (vayvarekh otham) en disant: «Croissez et multipliez …»(Gn, 1, 21 et sq). On a bien lu: le règne qualifié d’«animal», comprenant ces cétacés gigantesques (taninim), est appelé à se multiplier et à croître, ce qui donne une première idée de l’espace d’accueil originel de la Création divine.

Quant à l’Humain, conçu, créé et conformé non pas à l’image optique de Dieu mais corrélativement (etsel) à Lui (Gn, 1, 27), la bénédiction dont il est doté est formulée quasiment dans les mêmes termes: «Croissez et multipliez», avec toutefois une donnée supplémentaire: celle qui l’institue désormais comme responsable de l’ensemble du Vivant. Cette responsabilité-là sera celle qui régira sa situation spécifique dans le Gan Eden, dans le makom, pour le dire en hébreu, ou dans le topos, pour le dire en grec, adéquat à  son existence (Gn, 2, 15). Une responsabilité  qu’il ne parviendra pas à assumer puisqu’au lieu d’observer la loi qui commandait son existence pérenne, il transgresse l’injonction divine et s’expose  à la mortalité inévitable.

Cependant, les sanctions qui en découlent sont à proprement parler non des punitions afflictives et infâmantes  mais au contraire le moyen de se relever et de reprendre une histoire déjà gravement accidentée, justement parce qu’elle l’a été. Il en ira de même avec le meurtre d’Abel par Caïn. Le fratricide n’est pas dénié mais la naissance du troisième frère, celle de Chet,  vient ouvrir une «issue» comme l’eût dit Kafka,  au genre humain et conserver son sens vital à la valeur de fraternité, celle dont bien plus tard Moïse et Aharon sauront faire preuve et qui leur permettra de surmonter bien des obstacles sur la route d’Israël.

Il n’empêche que la fin de la paracha décrit la dégradation de la «civilisation» d’alors, dont toutes les voies étaient perverties, conduisant à des destinations destructrices, au point que le récit n’hésite pas à évoquer un «regret» de Dieu, si ce n’est sa tristesse d’avoir conçu une  pareille création dont la liberté s’est dévoyée parce qu’elle s’est dissociée de sa responsabilité native. Une création dont les ressources ne sont pourtant pas épuisées et qui  va retrouver grâce à Noé et aux siens, le fil  de la Vie.

Raphaël Draï zatsal, 30 Septembre 2013

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