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PARACHA VAERA par Raphaël Draï

In Uncategorized on octobre 16, 2013 at 9:14

4.Vayéra

L’itinéraire dAbraham se poursuit. Entre temps, ayant accepté que son corps et que sa vie fussent symbolisés par la pratique de la mila, de la circoncision révélatoire, son nom s’est enrichi d’une lettre: la lettre hé, la cinquième de l’alphabet. Ses significations sont essentielles puisqu’elle désigne: l’article défini, la direction, l’interrogation et le féminin, toutes dimensions sans lesquelles l’Humain, quelles que soient ses prétentions à la perfection, est incomplet et  carencé. Cette symbolisation là est liée à l’accession au langage plénier, à la parole explicative. C’est sans doute pourquoi la valeur numérique de mila: 85 est la même que celle du mot «bouche»: peh. De cette parole plénière et vitale, Abraham aura maintes occasions de  faire preuve.

Pour commencer, alors qu’il se tient à l’orée de sa tente, interviennent trois personnages. Sont-ils  humains ou célestes? Sans prendre pensivement son menton dans sa main, Abraham les fait entrer dans sa tente et s’empresse, avec sa femme, à présent nommée Sarah, par adjonction de la même lettre, de préparer le repas qui semble leur convenir. L’hospitalité  s’inscrit alors comme l’une des règles qui fondent le lien entre le Monde d’en-haut et le Monde d’en-bas. En vérité, ces personnages sont des envoyés divins, chargés de deux annonces qui ne sont pas de la même veine.

Abraham et Sarah, jusqu’alors sans postérité, s’entendent  annoncer qu’un enfant leur naîtra, au temps décidé. Ce qui provoque le rire de Sarah d’où procèdera le  nom du futur enfant; Itsh’ak: «Il rira». Rire d’incrédulité  et de dérision? Ou, au contraire, de soulagement et de joie? Les deux, sans doute, car qui peut imaginer, serait-il doué de l’âme la plus élevée, que les «lois» de la nature, elles aussi de source divine, puissent faire exception à leur propre cours? Abraham et Sarah sont avancés en âge et la vieillesse n’est plus le temps de la fécondité. La suite des mois leur donnera, heureusement, tort. Un fils leur naîtra, sans aucun recours palliatif cette fois. Le recours, si l’on peut ainsi parler, à Hagar, la servante  égyptienne, d’où est né l’enfant précédent,  Ichmaël, ne s’est pas révélé paisible.

L’autre annonce, dans une toute autre perspective, concerne les cités d’iniquité: Sodome et Gomorrhe. Leur destruction  semble inéluctable. Cependant, et avant même que de s’enquérir des causes gravissimes d’un si terrible décret, Abraham intervient et s’interpose. Une fois de plus, pour l’édification morale des familles de la terre  et des générations à venir qu’il a vocation de  bénir, il met en question ce qui lui apparaît non seulement comme une iniquité à l’égard des hommes mais aussi comme une profanation du nom de Dieu. Comment «le Juge de toute la terre» ferait-il périr le juste et l’injuste, l’innocent avec le coupable! S’ensuit la première plaidoirie du genre humain auprès du Juge divin afin que, si justice doit être faite, elle respecte son essence: être mesurée, être individualisée. Le Juge de toute la terre y consent: que dix justes se décèlent dans ces cités autrement perdues et elles seront sauvées. A ce moment, Abraham ne peut s’en porter fort. Il se tait. Plaider n’est pas chercher à circonvenir le tribunal. Le Midrach, étonnamment, lui en fera reproche: que n’a t-il abaissé le barème de survie, jusqu’à un seul juste!  Faute de ce quanta salvateur, les villes dans lesquelles les magistrats contraignaient les victimes à indemniser les coupables, et dans lesquelles les nécessiteux recevaient des pièces de monnaie qui n’avaient plus cours, ces villes inversives, se verront foudroyées.

Cependant, Loth avec une partie de sa famille  qui s’y était établie  auront eu le temps de s’en échapper, in extremis. Suit un épisode qu’il faut bien qualifier de scabreux au cours duquel les filles de Loth, totalement coupées du monde et s’imaginant qu’elles et leur père étaient les derniers survivants du genre humain, et dans l’intention que l’humanité reprenne vie, ourdissent un stratagème pour concevoir de leur propre géniteur.

Les anthropologues enseignent qu’il est différentes formes d’inceste. Celui  dont il est question pourrait être qualifié «d’inceste altruiste». Il appelle l’attention puisque des deux peuples qui en seront issus: Amnon et Moab, le Messie est appelé à apparaître. L’attestera l’histoire de Ruth, la Moabite, qui tint, contre toutes prédictions trop fondées, de malheur et de souffrance, à rejoindre le peuple d’Abraham et son Dieu.  Et ce n’est pas sans raisons que son histoire est  rappelée à Chavouôt, lors de la grande solennité du don de la Thora.

D’autres épreuves attendent encore le couple initialement sorti de H’aran. On en prendra connaissance dans le texte même de la paracha. La plus éprouvante, humainement et spirituellement, consistera dans la ligature du fils aimé, d’Itsh’ak, afin qu’il fût élevé au mont Moriah en holocauste (ôla), et cela sur injonction divine. Abraham a t-il vraiment discerné ce que le Créateur attendait de lui? Ne s’est-il pas exposé sourdement à un sacrifice infanticide? La question reste débattue jusqu’à nos jours. Quoi qu’il en soit, au moment décisif, il sait  arrêter le geste sacrificiel  et entendre la voix céleste interdisant à jamais l’immolation des enfants et, plus largement encore, tout préjudice à leur encontre.

Mais l’Histoire en portera les séquelles. En apprenant  qu’Itsh’ak avait été voué à un sacrifice d’injonction divine, Sarah mourra, avant même que d’en entendre l’issue finalement heureuse.

En général la Akédat Isth’ak est considérée comme la dixième et l’ultime épreuve endurée par Abraham mais la négociation à venir, menée avec Êphron, le retors Hittite, pour l’acquisition du caveau de Makhpéla afin que Sarah y fût inhumée, mériterait d’être considérée comme la 11eme, non mois éprouvante que les précédentes.

 R.D.

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