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Bloc-Notes: Semaine du 8 octobre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on octobre 22, 2013 at 6:00

8 octobre.

Peinture blanche

Non- lieu pour Nicolas Sarkozy. La juridiction bordelaise n’a pas retenu l’incrimination d’abus de faiblesse imputée à l’ancien président de la République au détriment de Liliane Bettencourt, la femme richissime qui offre des Matisse comme d’autres des images du Tour de France. L’incrimination était absurde et grotesque. Elle  s’est auto-détruite par son excès même. Voici donc Nicolas les pieds désentravés, même s’il est vrai qu’Eric Woerth son ancien  ministre, n’en a toujours pas fini, lui, avec la justice de la République. Quelles sont ses intentions? Quels sont ses plans? En allant de ci, de là, sans se laisser jamais interviewer directement, il laisse s’effacer le nuage de médisances, de ragots, de moqueries qui lui a été fatal en 2012. Avec un risque déjà souligné: en attendant, d’autres occupent le terrain et lui en bloquent progressivement les voies d’accès. Qui sont  ces autres? Les «fillonistes», bien sûr,  et l’on s’étonnera que l’ancien Premier ministre, sur-dosé en gaullisme mythologique, s’auto-investisse d’une  mission providentielle pour sauver la France. Les comptes à l’UMP ne se règlent plus en famille. Nicolas Sarkozy aurait tort de s’imaginer toujours dans la peau du challenger de Chirac. La force montante est couleur bleu marine. Les leaders de l’UMP, ou ce qu’il en subsiste, ont raison de ne pas vouloir s’allier avec le FN. Ce serait rejouer «La chèvre de Monsieur Seguin», ce récit morbide qui a embué nos yeux d’écoliers. Tout semble indiquer que Nicolas Sarkozy mette en place une fusée à plusieurs étages dont il décidera du lancement s’il est sûr de ne pas reprendre une raclée. Mais l’on imagine en 2017 la revanche du débat de 2012: «Vous Président, la France est à genoux; vous Président, le FN est au plus haut; vous Président, des français quittent la France;  vous Président, la France n’est pas présidée». Tel est un des axiomes les plus vérifiés de la science politique: le vrai problème de l’élection se pose le lendemain de l’élection. Lorsqu’après avoir sabré le champagne et chanté à tue- tête: «On a ga- gné! On ga-gné!», il faut faire mieux que le prédécesseur, créer de vrais  emplois, avoir une vraie idée du futur.

 

10 octobre.

priebke

On annonce la mort du nazi Erich Priebke, avec quelques problèmes pour son inhumation. L’enthousiasme n’est pas de mise dans son Allemagne natale qui ne le réclame pas. Un accord avec son dernier avocat incite à penser qu’il trouvera sa demeure funéraire en Italie, dans un endroit secret. Le bourreau des fosses ardéatines aura ainsi frôlé l’âge centenaire. Ses victimes ne sauraient en dire autant. Quelle leçon tirer de cette monstrueuse époque? Dans l’un de ses ultimes essais, scientifiquement testamentaires: «Analyse avec fin et analyse sans fin», Freud le rappelle: nul ne peut assurer que le dernier dragon de l’âge archaïque soit mort, vraiment mort. Pour en avoir la certitude il faudrait que se reconstituent les circonstances de l’époque et qu’au lieu du pire de l’homme en l’homme, le meilleur se fasse enfin jour. Expérience dangereuse. Par le fait même de cette possible reviviscence, le pire attesterait de son intact virulence. Si l’époque du nazisme est chronologiquement close, l’est-elle mentalement? Qui s’en porterait fort? Tout armé du savoir psychanalytique, Freud a été contraint de fuir Vienne in extremis tandis qu’Hitler en était devenu le maître. Mais Hitler à son tour a fini suicidé et carbonisé. Une fin qui évoque celle des «Liaison dangereuses», citées ide mémoire: «Je vois bien  les méchants punis mais leurs victimes sont elles revenues à la vie?».

 

 

13 octobre

Cocteau_1923

Revisiter  les deux films de Jean Cocteau «Orphée» (1950) et «Le Testament d’Orphée» (1959) exige un peu de bonne volonté. Comment se priver du plaisir de revoir Jean Marais et son profil grec aux sourcils renfrognés, Maria Casarès et ses yeux noirs d’Espagne, François Perrier et sa coupe de premier communiant,   Juliette Gréco avec son nez d’origine, Marie Déa et son regard de perdition, et tant d’autres? Il fut un temps où tout ce que à quoi Cocteau touchait; théâtre, poésie, peinture et «cinématographe», comme il disait, se transformait en or. L’arlequin au costume brodé d’or faisait oublier l’homme rongé de doutes, miné par la souffrance, délabré par l’opium qui a laissé des notes bien grises  dans «La Difficulté d’être». Ses excès montraient le revers de ses manques et de ses lacunes. Un jour, il s’embarda un peu trop loin avec une pièce à charge contre l’Eglise, affublée du titre retors de «femme -tronc». Mauriac dont les mœurs secrètes n’étaient pas éloignées de siennes l’en châtia par une lettre au curare dont quelques mots sont restés: «Tu es dur mais tu as la dureté de l’insecte. Il suffirait d’appuyer un peu». Comme on le dit en langage populaire, ces deux films ont pris un sacré coup de vieux. Les tragédies antiques perdent à être transposées en costume de ville, les chars aux fringants coursiers se transformant en motocyclettes pétaradantes et la figure du destin transposée en demoiselle du téléphone. Autant repasser les peinture de Lascaux au Ripolin. Et puis, les effets spéciaux de l’époque sont devenus presque risibles au regard de ceux d’aujourd’hui, produits par des ordinateurs qui font vraiment prendre des vessies  pour des lanternes. Que reste t-il de cette tentative de nécromancie filmée? Il faut imaginer Orphée en pantalon de golf, dans un enfer éclairé au néon. Un jour les films de Cocteau seront revus  par d’autres yeux encore… Et peut être les trouvera t-on magiques, ou mieux, et cette fois vraiment: poétiques.

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