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BLOC NOTES: Semaine du 15 Octobre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on octobre 28, 2013 at 11:10

15 octobre.

Bonne mère

Ier tour de la primaire socialiste à Marseille. La sénatrice Samia Ghali arrive en tête, devant Patrick Mennucci. Marie-Arlette Carlotti, ministre du gouvernement Ayrault, est éjectée, psychologiquement défaite au delà du narrable, indice supplémentaire de l’image réelle du gouvernement dans l’opinion publique. Comme il fallait s’y attendre, le résultat obtenu par l’égérie des quartiers Nord de l’agglomération phocéenne est aussitôt contesté à cause d’une sombre histoire de co-voiturage et l’on ne sait quoi encore. Déjà l’on sent la sainte-alliance se constituer contre la sénatrice au teint mat et à la chevelure couleur aile de corbeau. Il y a le dicible, et puis les non-dits qui pourtant sont perceptibles depuis Paris. Confier l’élection municipale de Marseille à une candidate de la «diversité», issue de l’immigration maghrébine, ferait vaciller le Bonne Mère sur ses assises et donner à penser que les Barbaresques n’attaquent plus depuis le large mais de l’intérieur des terres. Vive la laïcité! Car le candidat nommé Mennucci ne descend pas non plus du duc de Saint-Simon. D’origine italienne ses parents sont arrivés à Massilia au début du siècle  dernier et y ont déposé leur baluchon. Bien sûr, toutes ces composantes ne seront pas évoquées ouvertement dans les journaux et devant les caméras. Chacun et chacune invoquera les intérêts supérieurs de la capitale  méridionale, ceux du Parti Socialiste, et la nécessité de ne pas se faire dévorer une nouvelle fois par un Gaudin qui prépare déjà sa friture de crabes. Comme un seul homme, les autres candidats de cette primaire vraiment primaire se sont rabattus sur Mennucci. La main sur le coeur ce dernier entend signer l’arrêt de mort du «système Guérini», lequel  Guérini voit toujours en lui un des nombreux enfants naturels – et parricides – qu’il a semés dans les permanences du «socialisme» à la marseillaise. Une étude récente a montré que dans le vocabulaire politique de Léon Blum le mot le plus astringent était celui de «désintéressement». Ne le dites pas trop fort. La célèbre sardine du Vieux Port pourrait en attraper le hoquet.

17 octobre.

manif , léonarda

Manuel Vals dans la tourmente de l’affaire Léonarda, prénom de cette élève d’origine kossovare dont les parents se trouvaient en situation irrégulière sur la belle terre de France et qui a été reconduite de son lycée d’adoption sur sa terre ancestrale. Aussitôt, barouf et tintouin, avec des milliers de lycéens dans les rues, scandant les mots d’ordre de l’indignation et réclamant, plus ou moins fort – l’UNEF reste un satellite du PS – la démission de ce  ministre de l’Intérieur sans principes et sans coeur. Je ne sais plus quel sociologue américain a écrit un gros livre sur «L’âge de la sympathie». Notre temps est celui de l’expression obligatoire de ce sentiment cher au philosophe Max Scheler mais qui reste relativement indéfinissable. Il faut y prendre garde: ne pas passer pour sympathique vous rend ipso facto antipathique et l’Âge en question commute en celui de la guerre de tous contre tous. Car, que l’on sache, il a fallu pas moins d’une guerre pour que le Kossovo parvienne à la situation, tout de même bizarre en droit international, de « quasi indépendance » et l’on pourrait présumer qu’un peuple indépendant retienne en son sein tous ses enfants. Il n’en est rien, comme pour de nombreux Etats de la planète sortis de l’orbe coloniale. Leur population migre autant qu’il est possible, officiellement ou clandestinement,  ce qui entraîne que les pays réputés d’accueil et de cocagne s’en défendent par des législations drastiques et peu «sympathiques». La France est de ces pays. Les étrangers n’y sont admis qu’en situation régulière. Qu’est ce qu’une situation régulière? Souvent une situation irrégulière mise aux normes après-coup, le fait accompli se transformant en droit. Parfois, cela marche. Pour Léonarda cela n’a pas marché. D’où, on l’a dit, le tintouin, le barouf, les discordances ministérielles et le président de la République se mettant tout le monde à dos en croyant avoir forgé une motion de synthèse rue de Solferino. Il faut y réfléchir: les réfugiés de ces Etats prétendument indépendants seront d’autant mieux acceptés dans les pays présumés de cocagne, et dont beaucoup se trouvent en crise chronique, qu’il sera possible pour les nationaux de ces mêmes pays d’aller s’établir là bas pour y commercer, pour y dispenser leur culture, y ouvrir les établissements de leur religion. Comme la vie biologique ne peut se concevoir privée d’oxygène, la vie politique internationale ne peut se concevoir sans application maximale du principe de réciprocité.

20 octobre.

Roger_Martin_du_Gard_1937Dans les toxicoses de la vie politique et sociale quotidienne, ménager les moments d’une respiration d’air pur. Rouvert les 3 volumes du «Journal» de Roger Martin du Gard et plus particulièrement le premier, aux années 1914 à 1918 puisque l’auteur de «Jean Barois» avait été mobilisé sur le front de guerre. Deux sentiments poignent le lecteur. D’abord la sauvagerie – le mot est faible –  de cette confrontation planétaire dans laquelle l’Europe a laissé paraître le pire de son âme. Roger Martin du Gard ne dissimule rien  de son désarroi, presque de son désespoir, devant ces terres retournées par le «marmitage» des canons monstrueux, devant les villages réduits à quelques  hideux chicots noircis, devant ces hommes amputés, défigurés; devant  les cohortes humaines relancées l’épée dans les reins vers les champs d’hécatombe; devant les destructions corporelles redoublées de dévastations morales. Une seule plante vénéneuse poussait dans les tranchées, entre les barbelés, sur les centimètres de terrain  gangrenés et grignotés au détriment de l’ennemi mais au prix de milliers de vie humaines – heure: le  Nihilisme. Roger Martin du Gard confie à quel point il a été saisi par cette tentation annihilatrice. Et pourtant, c’est au front même, dans les intermittences des «orages d’acier», qu’il ne peut s’empêcher de travailler à son oeuvre future, qu’il en trace les plans, qu’il en essaye les titres successifs, qu’il en décrit à sa femme, à ses amis, les textures et les  intrigues. «Les Thibault» sont en gésine dans ce paysage infra-lunaire. Résistance de la vie contre ce qui la dénie! Et grandeur du créateur qui ne renonce pas, face aux «  œuvres » infatigables du destructeur. Inlassable combat.

RD

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