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Bloc-Notes: Semaine du 21 Octobre

In BLOC NOTES on novembre 7, 2013 at 3:47

22 octobre.

130Avec l’approche des vacances de la Toussaint, l’affaire Léonarda semble faire long feu. Manuel Vals peut commencer à respirer car cette affaire comporte assurément deux volets. Le premier est relatif à l’émoi suscité par l’expulsion de la lycéenne d’origine kossovare. Une indignation compréhensible et honorable. Le pays des droits de l’Homme, présumé accueillant et doté d’un arbre de cocagne à chaque carrefour, ne peut devenir simultanément celui de l’expulsion d’un être sans défense. Si la France et le Kosovo constituent deux entités politiques distinctes, le peuple lycéen, lui, est universel, comparable à la «tunique sans  couture» de l’Evangile. A quoi il faut sans doute ajouter que, depuis le commencement de la crise à présent quadragénaire qui mine le beau pays de France et sape   les fondements de sa société, chacun est porté à s’identifier à quelque victime que ce soit. L’arc -réflexe devient irrépressible. Mais il est un autre versant: celui d’un certain «plan B» qui fait l’objet des conversations à mi-voix. De quoi s’agit-il? Jusqu’à présent l’échec du couple Hollande-Ayrault est patent et sans doute les deux consultations électorales de 2014 l’attesteront cruellement, sauf miracle. Il n’est pas impossible alors qu’au delà de tout amalgame juridique une débâcle aux municipales et aux européennes produise l’effet pour le président de la République d’un quasi «impeachment» – sauf que la constitution de la Veme République, autre «boite à outils», et moins obsolète que celle  évoquée  lors d’une  émission télévisée calamiteuse – met à sa  dispositions des armes légales non encore utilisées. Dans ce cas, il faut se souvenir que le PS depuis Mitterrand est devenu un parti d’élus de toutes sortes, d’élus professionnels qui doivent à cet égard songer à leur avenir, pour ne pas dire à leur emploi. Il est donc compréhensible qu’ils se montrent soucieux d’un avenir que le présent ne semble pas particulièrement porter en son sein.  D’où le second fer au feu. Mais tout le PS ne s’identifie pas à Manuel Vals et  en prévision soit de 2017 soit d’une échéance encore plus accourcie il vaut mieux se débarrasser d’un compétiteur dangereux dont la cote monte dans l’exacte mesure où celle de François Hollande s’effondre. Ce qui contraint le ministre de l’Intérieur, aux cravates impeccablement coupées, d’une part à faire preuve de sa loyauté vis à vis du président de la République dans le pétrin, mais d’autre part à buriner pour toute fin utile son profil présidentiel. Pendant que Ségolène s’affiche glamoureusement  en   pasionaria de la République, lui expulse de la main droite et console de la main gauche. Un vrai pianiste de la haute politique …

23 octobre.

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Bientôt trois ans que le printemps arabe a démarré en Tunisie. Qui aurait pu prédire à ce moment qu’après le «dégagement» de Ben Ali, l’armée tunisienne en serait à pourchasser des djihadistes sur son propre territoire; que l’islamisme y rendrait la vie dure aux démocrates, et surtout que le tourisme, cette forme de plébiscite international en lunettes de soleil, serait en basse berne? Au commencement de ce mouvement, initialement irrépressible, l’on a pu dire, n’en sachant pas les issues, que la pire des politiques serait bien la politique du pire et qu’il fallait – au sens du devoir kantien – espérer que la Tunisie, puis l’Egypte, et d’autres pays sous dictature militaire, s’en sortent rapidement. Ce n’est pas déjuger ce souhait que de reconnaître qu’il est loin, bien  loin d’avoir été réalisé. Les «masses» arabo-musulmans ont échangé la main de fer contre le livre Saint et les mafias d’Etat pour les micros-mafias. Au temps de la mondialisation et de l’information en temps réel, les révolutions, ou ce qui en tient lieu,  ne sont plus ce qu’elles étaient. Si les réseaux sociaux ont pu mobiliser en moins de temps qu’ils n’en faut pour le dire des foules incandescentes, avenue Bourguiba ou sur la place Tahrir, c’est par ces mêmes réseaux que l’inquiétude se propage et que la défiance  dans l’économie de ces  pays devient dévastatrice; l’une des raisons pour lesquelles les combats en Syrie sont tellement féroces et indécidables. Il y a quelques semaines le tyran Moubarak était extrait de sa cellule pour comparaître devant les juges du régime Morsi. A présent, c’est Morsi  en personne qui est extrait de la sienne pour comparaître devant les juges du général El Sissi. Tournez manèges! Tournez méninges! Pendant ce temps, John Kerry et Barack Obama qui ne comprennent rien à rien ressemblent à deux aveugles engagés dans une partie de golf, avec sur le green des trous plus larges et plus profonds que des précipices.

27 octobre. 

images-6«L’homme des vallées perdues» de George Stevens ou à la recherche du temps perdu cinématographique! En revoyant ce western de 1953, à classer parmi les 10 plus légendaires du cinéma américain, je me retrouve au cinéma Cirta de Constantine que ces années là, Henri Draï, dirigeait et dont il assurait avec passion et discernement la programmation. Dans la salle, je me plaçais toujours au même endroit: au balcon-côté droit, le plus proche possible de l’écran. C’est sans doute pourquoi je saurais décrire jusque dans le détail la coiffure d’Alan Ladd, avec ses  ondulations aurifères, et sa manière de boxer; le front buté de Van Heflin, le regard éperdu de Jean  Arthur, luttant contre un amour naissant mais interdit, et surtout le visage de  Brandon de Wilde dans le rôle de Joey Starret qui avait mon âge d’alors:11 ans. Pour les spécialistes du western, la scène la plus mémorable du film  est la scène finale, lorsque le gosse aux cheveux platine clame éperdument le nom de son héros: Shane que l’écho lui renvoie tandis qu’Alan Ladd, à nouveau solitaire, s’en  va vers son destin  et s’amenuise à l’horizon. Ce n’est pas celle qui s’est imprimée dans ma mémoire cinématographique. Celle que j’attends, en revoyant ce film, dans cette vallée violente, couronnée de montagnes enneigées, est celle des chevaux qui s’affolent, l’oeil fou, qui ruent et se cabrent  sauvagement pendant qu’Alan Ladd et Van Heflin se battent, corps à corps, le premier tentant d’empêcher son ami de s’exposer au feu du tueur sombre, de Jack Palance, dont le visage semble avoir été taillé au couteau de boucher. Comme si cette bagarre dépassait largement ses protagonistes, qu’elle engendrait un trouble cosmique… Pourtant, il faut prendre garde à ne pas revoir trop souvent ces films dans lesquels notre enfance s’est lovée. Les souvenirs les plus précieux sont comme les allumettes: on ne peut les allumer deux fois.

Raphaël Draï

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