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Bloc-Notes: Semaine du 6 Janvier

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on janvier 14, 2014 at 2:32

9 janvier.

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Je ne sais si la notion de suspense peut avoir cours dans la vie juridictionnelle, mais comment qualifier autrement l’attente qui a marqué ce jeudi la décision du Conseil d’Etat après que le tribunal administratif de Nantes avait autorisé la tenue, si l’on ose dire, du spectacle, si l’on ose dire encore, de Dieudonné maintes fois condamné pénalement pour propos antisémites? Le tribunal de Nantes avait rendu d’urgence son jugement en début d’après midi. A 17 heures 30 la formation ad hoc du Conseil d’Etat se réunissait et pratiquement une heure plus tard la messe était dite: l’annulation préfectorale du « spectacle » se voyait validée légalement ( Cf. « La force de la loi » ).A n’en pas douter, l’ordonnance, pour la qualifier de son nom spécifique, de la plus haute juridiction administrative fera couler beaucoup d’encre. Mais l’encre est moins onéreuse que le sang, même s’il arrive que les deux substances se mélangent. Dans cette « affaire » deux éléments de débat, entre autres, retiennent l’attention. D’abord celui sur la notion même de liberté d’expression. Ses partisans se recrutent dans les deux camps mais pas dans le même sens. Pour les suppôts de Dieudonné, cette liberté doit être inconditionnelle et ses mauvais usages éventuels sanctionnés certes mais après-coup. Autant le dire clairement, sachant, répétons le, que le « comique » a déjà fait l’objet de plusieurs condamnations pénales à ce propos: il faudrait laisser Dieudonné récidiver et, au fond, jouer les ventriloques pour tous ceux et celles qui n’ont pas le courage de déclarer ouvertement leur antisémitisme personnel. Pour ses  adversaires, la liberté-en-soi est à contre-sens. Toute liberté est bornée par le souci d’autrui et ce bornage se nomme responsabilité. C’est sans doute ce qu’en langage légal le Conseil d’Etat vient de rappeler. La liberté ne consiste pas pour un fumeur à jeter son mégot allumé dans la pinède, en plein mois d’août, puis à alerter les pompiers pour éteindre un incendie qui laissera des hectares et des hectares complètement carbonisés. Dans ces conditions, si comme le dit l’adage on a vingt quatre heures pour maudire ses juges, on a plus de temps encore pour les bénir, en toute laïcité. L’autre élément du débat est relatif à l’action même du Ministre de l’Intérieur. Sans avoir besoin de jouer les détectives, ses ennemis ont bien tenté de transformer l’affaire Dieudonné en piège mortel pour le potentiel futur candidat présidentiel dont Manuel Valls prend de plus en plus les dimensions. Les bruits qui courent sur les galipettes du président de la République ne vont pas calmer les janissaires.

10 janvier.

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Les médecins israéliens de plus en plus sceptiques sur l’évolution du coma dans lequel Ariel Sharon est plongé depuis huit années, à supposer qu’un comateux ait le moindre sens de la durée. Dans l’histoire de l’Etat d’Israël, quelle figure aura été plus tragique et controversée que la sienne! Coté pile, la percée du déversoir en 1973 et l’encerclement fatal de l’armée égyptienne ;  côté face la guerre du Liban et le massacre de Sabra et Chatilla. « Il faut juger un homme à son enfer » a écrit Marcel Arland. Comment ne pas y repenser en découvrant chaque jour les massacres qui, cette fois, se déchaînent en République Centre Africaine et, là encore, entre chrétiens et musulmans!  Dans Bangui, la capitale chaotique, les chrétiens qui parviennent à se saisir de musulmans n’en laissent que des tronçons avant de les brûler, tandis que les éléments de la Séléka bombardent  à l’arme lourde les chrétiens réfugiés dans les temples et dans les Eglises. Le tout sous le regard des troupes françaises  qui ne savent où donner du fusil d’assaut et qui ne peuvent plus secourir personne!  Et ces troupes là, contrairement aux unités de l’Armée d’Israël, se trouvent à des milliers de kilomètres du territoire national! La férocité des guerres entre adeptes du monothéisme, en ses différents avatars, doit conduire à s’interroger le Créateur en personne. Le monothéisme « théologique » masque mal l’autre « unithéisme »: l’adoration fanatique de la divinité létale, de  la Pulsion de mort. Nietzsche a évoqué quelque part la philosophie à coup de marteaux. Dans les camps de Beyrouth, à Bangui, au Nigeria, au Darfour, au Mali  c’est de théologie à la machette et au couteau de boucher qu’il est question.  Rien n’assure que le Créateur, comme on l’appelle, y reconnaîtra les siens. Les siens sont plutôt portés à la construction et au prolongement de l’existence. A chacun sa jouissance.

12 janvier.

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Dans l’atmosphère méphitique de l’affaire Dieudonné, achevé la  lecture du roman de Nicolas d’Estienne d’Orves « Les fidélités successives ». Je m’y suis attaché pour tenter de comprendre comment un tout juste quadragénaire revivait, littérairement parlant, la période enténébrée de l’Occupation et de la Collaboration, et comment il expliquait le comportement des bourreaux et des déporteurs, si l’on peut ainsi les qualifier. L’intrigue: deux frères amoureux de la même femme – une demi-sœur qu’ils se disputent passionnellement et sauvagement –  puis qui sont pris dans la schizophrénie du temps, passant d’un camp à l’autre, cette intrigue pourra passer pour passablement compliquée pour ne pas dire embrouillée. Fidélités successives ou simultanées? Pas plus embrouillée que l’époque de référence. L’auteur qui est petit-fils du grand Résistant Honoré d’Estienne d’Orves décrit bien  les allers et retours du bien vers le mal et du mal vers le bien, au bout desquels chacun finit noyé dans le gris de l’équivoque et du refus de choisir vraiment. On s’interrogera aussi sur les personnages « juifs » qui hantent ce récit et qui participent non plus seulement des fantasmes de l’époque mais de ceux du temps actuel. Toutes les nostalgies ne s’équivalent pas. La nostalgie d’une enfance passée auprès des ruisseaux riants où se péchaient les écrevisses   n’est pas celle des années où l’on entassait des hommes, des femmes et  des vieillards disloqués dans des wagons à bestiaux pour en faire moins que de l’engrais. Le mot de « fidélité » a ceci de particulier: il supporte mal les adjectifs, sans parler des « abjectifs ».

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