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Bloc-Notes: Semaine du 23 Juin 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 2, 2014 at 11:50

24 juin.

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Au hasard des relectures, je retrouve ce texte d’Henri de Montherlant intitulé « Duces », une charge d’une extrême férocité contre les drogués du Pouvoir, de la Potestas, à commencer par Jules César. Ils tueraient parents et enfants, voisins et étrangers de passage pour conquérir la « Chose » fascinante ou pour la préserver. Car aux yeux de Montherlant, la recherche du Pouvoir ne va pas sans la bassesse par laquelle l’esprit humain devient chaos puis néant. La charge n’est-elle pas excessive? Pourquoi le Pouvoir, surtout dans la vie politique, rebute t-il moralement à ce point? Oscar Wilde ira jusqu’à écrire: « L’ambition est le dernier refuge des ratés » ! Le spectacle actuel de la vie politique française conforterait ces vues acerbes. Depuis quelques semaines la planète entière s’adonne à la Coupe du monde de football qui se déroule au Brésil. Vibrer au spectacle d’une équipe d’artistes du ballon rond est une chose. Pirater, médiatiquement parlant, ses vedettes en espérant tirer l’on ne sait quel parti de leur victoire, autre chose. La posture est pitoyable et ne trompe personne, à commencer par les joueurs qui se demandent ce qui peut justifier qu’un Président de la république en personne croie devoir en rajouter à ce point et respecter si mal son rang et sa fonction. La volonté de proroger un Pouvoir durement conquis fait chasser ces pensées agaçantes, comme l’on chasse les mouches de la face du Sultan. Tout aussi féroces sont les pages consacrées, si l’on ose dire, par feu Jean-François Revel à François Mitterrand dans ses Mémoires « Le voleur dans la maison vide ». François Mitterrand selon lui n’avait même pas lu le fameux programme commun de la Gauche. Il se moquait des intellectuels et écrivains qu’il « draguait » pour en orner sa coiffe offensive de plumes rutilantes. La jouissance du Pouvoir pour le Pouvoir l’emportait sur tout le reste: doctrines économiques, cohérence morale, souci de la vérité. A n’en pas douter il est une corrélation entre cette goinfrerie et le sentiment d’une profonde incomplétude personnelle dont la volonté de pouvoir, portée à de degré d’incandescence et d’indécence, serait le déni massif. Il n’est que de voir comment se comportent aujourd’hui tant d’anciens ministres de Nicolas Sarkozy qui ne trouvent pas de mots assez durs contre celui qu’ils avaient pourtant servi avec un zèle dont la désintéressement n’apparaît pas, rétroactivement, comme la caractéristique principale, jusqu’à Bernard Debré qui le qualifie de « branche morte » et qui voudrait pouvoir l’achever d’un coup de bistouri fatal. Ces retournements de veste, de pareils reniements contribuent autant que les mensonges et les fraudes d’ex-ministres acculés à démissionner au discrédit de la « classe » politique. On verra si Nicolas Sarkozy tient bon ou s’il finit par mourir sous les crocs de la meute qu’il a pourtant nourrie de viande rouge pendant cinq ans. Il est un point cependant propre à rassurer la France sur la capacité de changement de son successeur. François Hollande a finalement honoré son slogan de campagne présidentielle. Il vient en effet de changer la monture de ses lunettes.

26 juin.

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L’Union Européenne va se doter d’un nouveau Président de sa Commission en la personne du luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Angela Merkel était pour, David Cameron contre et ne l’a pas laissé dire. Là encore, la dite instance est sans doute destinée à faire progresser l’entité européenne. Elle sert aussi de bureau de placement pour des éminences non reconduites et qui estimeraient que leur vie serait privée de sens sans titulature ronflante ni voiture de fonction. A cet égard, les démarches, états d’âme, offres de service et auto- panégyrique d’anciens premiers ministres ou ministres fendent le cœur… Depuis le début des années 70 et durant les décennies de crise qui ont suivi, économistes, sociologues, philosophes et psychanalystes n’ont cessé de mettre en évidence la peur corporelle et psychique du déclassement, de la rétrogression sociale, de la marche à reculons des juniors relativement à leurs parents. Mais cette peur n’affecte pas seulement les ouvriers de chez Peugeot ou de Veolia. Dans les plus hautes sphères du pouvoir politique, économique ou médiatique quiconque a été narcissiquement quelque chose ne supporte pas l’idée de ne l’être plus, au point d’en oublier d’être ou de devenir quelqu’un, doté d’une personnalité générique, non gagée sur ses fonctions par définition circonstancielles et transitoires. « Corps sans âmes » diraient les mystiques du Moyen Âge. « Gastéropodes » diraient les jardiniers.

30 juin.

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Le fil conducteur mérite son nom. La biographie « Condé ou le héros fourvoyé » signée par Simone Bertière, se lit d’une traite et ramène aux préoccupations de notre époque après nous avoir dépaysé dans la France de Louis XIV. Le prince de Condé rêvait d’être Roi mais se trouva si durement frustré du trône qu’il en vint à trahir la France et à servir la monarchie espagnole. Un prince, au sens absolu du terme, qui s’estimait né de la cuisse de Jupiter, qui ne craignait ni la peur ni la mort et qui excellait dans les charges à épée nue évoquant Alexandre le Grand. Il faut relire là encore l’oraison funèbre mais non obséquieuse que lui dédia Bossuet. Pourtant cette oraison à l’orgue vocale ne rend pas pleine justice au personnage lequel, une fois compris que le trône de France ne lui reviendrait jamais, au lieu de remâcher sa bile et d’aigrir ses ressentiments, s’adonna au château de Chantilly, avec une clarté d’âme sans égale, à l’une des plus belles entreprises artistiques de l’Histoire de France, y réunissant de vrais penseurs et écrivains dont il ne déparait pas les entretiens, avec une collection de manuscrits et de peintures dignes des plus grands musées mondiaux et parfois les surpassant. Signe que cet homme hors du commun avait bien une âme dont il comprit très vite qu’elle est, en chaque être humain, la preuve que la Création est issue du chaos de l’égocentrisme, bien au dessus de la vanité aux jambes de héron enfoncés dans la vase.

RD

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