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Bloc-Notes: Semaine du 7 juillet 14

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 20, 2014 at 6:07

9 juillet.

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Dans l’effondrement au moins moral du système politique français, frappent les homologies entre UMP et PS. D’un côté, des « vieux de la vieille », politiquement parlant, comme Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin, affirment qu’ils n’ont jamais été témoins d’autant de manifestations haineuses des uns contre les autres au sein de leur propre famille; de l’autre Jean-Christophe Cambadélis, « patron » du PS, et qui n’est pas tombé non plus de la dernière pluie, affirme qu’il faudra au moins un an, et à condition de commencer sans tarder, pour que le PS se relève de ses ruines. On aura assisté ainsi à la capitulation finale des députés PS qualifiés de « frondeurs » pour le vote du budget de la Sécu. Frondeurs, certes mais pas téméraires. Pour sa part, Jean-Luc Mélenchon broie du noir. On espère pour lui qu’il ne se mettra pas aux boissons fortes. Tel est le tableau, avec un Président qui a changé de lunettes mais non sa façon de voir, qui se trouve de plus en plus seul à l’Elysée mais qui laisse dire qu’il sera présent en 2017, ce qui, au regard de l’état actuel de la France, transforme ses fameuses lunettes carrées en télescope tourné vers la comète. Pour Alain Juppé le diagnostic est clair et il l’affiche: à droite et à gauche sévit le « chacun pour soi ». L’idée de « service », au sens du bien commun, disparaît des champs mentaux et quiconque représente une menace pour un intérêt personnel est déclaré ennemi public. Aucune arme ne semble trop assassine ni polluante: mise en cause de la vie privée, déballage des comptabilités, épluchages des fiches de paye et des notes de pressing. Le pire, c’est que depuis quelques décennies, en même temps que cette boulimie de pouvoir, s’est confirmé le déclin de la morale, même si le « tout-éthique » s’est répandu comme une nappe de pétrole après le naufrage du tanker. Heureusement, la coupe du Monde de foot ouvre des dérivatifs hebdomadaires et permet de recoller aux tragédies antiques. Le naufrage du Brésil face à l’Allemagne – qui avait déjà éjecté la France – a dépassé ce que les pronostiqueurs et tireuses de cartes avaient cru pouvoir en pronostiquer. Et il reste le tour de France cycliste avec ses petits drames et ses grandes tragédies transférentielles. Car il faut rester capables de rêver comme des enfants épris d’héroïsme, à condition de ne jamais perdre de vue qu’il faudra aussi se réveiller dans cinq ou six semaines. D’ici là rien n’interdit d’emporter dans ses bagages L’Ethique de Spinoza ou L’esprit des Lois de Montesquieu. A l’évidence, la lecture en sera moins haletante que le match Brésil–Allemagne mais au moins on se sera remis, comme dit l’expression populaire, les yeux en face des trous. Que chacun et chacune se pose ensuite ces deux questions cruciales, développées en ces ouvrages austères: « Où en suis je vis à vis du Principe des principes: « Tu aimeras ton prochain comme toi même », et « Quel est mon taux de vertu personnelle compatible avec la préservation d’un régime réellement républicain »?

10 juillet.

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Poursuite des prétendues négociations sur le nucléaire iranien. Depuis bientôt six mois, le régime de Téhéran mène ses interlocuteurs en bateau à croire qu’ils sont tous adeptes des sports de voile. Le principal meneur de jeu: John Kerry, placé à son poste par un président des Etats-Unis qui ne comprend rien à la politique étrangère, la comprend encore moins bien que lui. Pour reprendre une image à la fois d’actualité et un peu datée, une image du temps de Chirac, Kerry ne cesse de courir d’un bout à l’autre du terrain sans se rendre compte qu’il n’a pas de balle au pied. L’Iran veut « la » bombe, « sa » bombe. Tel est l’axiome de départ car l’Iran entend demeurer à tout le moins une puissance régionale. Lorsque le Shah régnait, après le premier choc pétrolier et les milliards de dollars qu’il avait engrangé à l’occasion, celui-ci déjà voulait faire de l’Iran une puissance mondiale. On sait ce qu’il en est advenu. L’Iran prend désormais son temps – qui est le nôtre. Pendant que les démocraties palabrent, ses chefs et autres guides suprêmes renforcent leur dispositif et peu à peu le rendent inexpugnable. Lorsque l’on constate ce que le Hamas a pu faire de Gaza depuis le «cessez-le feu» de 2012, on mesure ce que coûterait une véritable intervention militaire contre la République islamique. Pourtant, il ne faut pas désespérer de nos diplomates et toujours tenir au principe de Tocqueville repris par Raymond Aron: les démocraties sont lentes à se mettre en marche mais lorsqu’elles ont pris le départ plus rien ne les arrête. Ce départ le prendront-elles un jour avec l’Iran atomique?

11 juillet

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« L’attente des femmes » de Bergman. Ingmar Bergman bénéficie selon les uns, pâtit selon les autres, d’une réputation de cinéaste intellectuel, pour semi-snobs ou insomniaques déclarés. Dommage. Le film date des années 50 mais, là encore, les images en noir en blanc, images de lacs, de forêts, de visages en pleurs, d’arbres en fleurs, sont admirables. Avons- nous encore le temps et le goût de nous intéresser à ces mouvements des cœurs, à ces pulsions des corps, à ces ressacs des regards qui attestent que nous sommes bien doués d’une âme? Nous vivons de plus en plus en temps réel. Le cinéma que nous regardons est le plus souvent un dérivé de l’informatique, avec des décors tellement insubtantiels qu’ils finissent par faire plus carton-pâte que le carton pâte. Un film comme « L’attente des femmes » ou « Le Visage » nous rend de nouveau attentifs à ce que les obnubilations des effets spéciaux rendent de moins en moins perceptible: la durée intime des amours fidèles, l’érosion lente des amours imprévoyants, l’incroyable immaturité du phénomène humain mais sa non moins incroyable capacité de dépassement. Il en va du cinéma comme du piano: il ne faut pas confondre ceux qui en jouent réellement avec ceux qui savent juste pianoter. Regarder le cinéma de Bergman c’est découvrir le clavier d’un piano de concert, avec ses deux rangées de touches-images, les blanches et les noires, pour le moment rangées en parallèle mais qui ne tarderont pas à se combiner de telle manière que de nouveaux univers se créent. Car la Création est tout sauf achevée..

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