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LE SENS DES MITSVOT: CHOPHTIM

In Uncategorized on août 29, 2014 at 12:21

A la mémoire du Président Pierre Drai qui aimait à citer ces versets.

Choftim 

« Tu institueras des juges (chophtim) et des magistrats (chotrim) dans toutes les villes (chaârekha) que l’Eternel ton Dieu te donnera (…). N’accepte point de présent corrupteur (choh’ad)… C’est la justice, la justice (tsedek, tsedek) seule que tu dois rechercher (tirdof) si tu veux te maintenir en possession du pays que l’Eternel ton Dieu te destine »

(Dt, 16, 18 et sq). Bible du Rabbinat.

 

C’est dans cette paracha, avec la paracha Ytro, que l’on retrouve les éléments essentiels du système juridique d’Israël et de son éthique de la justice. Mais quel est l’apport singulier de cette paracha-ci par rapport à la parachat Ytro? Précisément qu’il y soit question non seulement des juges, à proprement parler, des chophtim, mais aussi des chotrim, des officiers d’exécution de leurs sentences.

Qu’est ce qu’un choter? En hébreu contemporain, un policier. En quoi consiste la fonction de police ainsi entendue? Il faut une fois de plus se rapporter à l’étymologie du mot hébraïque. ChOTeR est construit sur la racine ChTR que l’on retrouve dans ChTaR, la traite, l’effet civil ou commercial qui a force jugée et qui devient opposable légitimement et légalement. Cette racine est affine à la racine STR qui désigne cette fois la contradiction plus intense. Autrement dit, pour un peuple qui se prépare à vivre de sa vie propre, désormais sans miracles et sans manne, il importe de bien le comprendre: la vie d’une collectivité humaine n’est pas réellement assurée lorsque la Loi n’y est acceptée que de bouche, que l’on reste porté à se faire justice à soi même, si cette expression avait le moindre sens, ou bien une fois que la sentence est rendue que l’on se mette en situation de ne pas lui donner suite, de ne pas la rendre effective.

Dans ce cas, de proche en proche, le jugement, puis l’institution judiciaire, puis la Loi elle même seront vidés de leur sens. Pour le dire avec les philosophes du droit, dans ce cas, guette le retour à l’état de nature, celui de la guerre de tous contre tous. La fonction essentielle des chotrim est d’éviter que l’institution judiciaire ne se dégrade au point de perdre elle-même toute effectivité. Telle est l’une des contraintes de l’Etat de droit. Comme l’a indiqué Thomas Mann à la fin de son livre Das Gesetz (la Loi): « Que j’aie tort, ou que j’aie raison: la Loi ».

Il incombe ainsi aux chotrim de veiller à ce que les jugements rendus dans les Baté dinim par des juges inaccessibles au lucre et à la corruption soient effectivement exécutés. Ce n’est pas qu’il faille imposer une vision «totalitaire» de la Loi. Mais il ne faut pas oublier qu’en droit hébraïque la fonction judiciaire a pour finalité de réconcilier les parties en présence. Lorsqu’une sentence judiciaire n’est pas appliquée, c’est cette réconciliation, ce renouement du lien social qui se retrouve en extrême souffrance.

D’où la nécessité de traduire, là encore, aussi exactement que possible le mot chaâr, qui désigne les lieux particuliers où doivent être situés chophtim et chotrim. Ce mot ne signifie pas exactement «ville» qui se dit en hébreu îr mais plus précisément les lieux de transit, les points de passage potentiellement conflictuels. Pour un peuple libre, plus les transactions de toutes sortes se multiplient plus les risques de friction deviennent grands. On observera dans ces condition que les lettres du mot ChaÂR se retrouvent en premier lieu dans le mot RaÂCh, qui désigne le bruit, le tumulte, ce qui empêche les uns et les autres de s’entendre au risque de se mécomprendre et donc de laisser malentendus se multiplier et bientôt la violence ressurgir. Aussi ces mêmes lettres se retrouvent – elles cette fois dans le mot RaChÂ: le méchant, terme qui n’a pas besoin d’être commenté plus avant – on soulignera simplement que dans la Haggada de Pessah le rachâ est bien celui qui récuse le principe que la loi commune lui soit applicable.

Enfin quant au redoublement du mot «tsedek», comme pour tout redoublement de terme dans la Thora, il signifie que la justice elle même ne doit pas être impulsive mais réfléchie; qu’il n’est pas de bonne justice sans respect de deux principes vitaux: celui du contradictoire entre les parties, et celui du double degré de juridiction, de la capacité pour tout justiciable de faire appel.

 

 

                             R.D.

Bloc-Notes: Semaine du 18 Aout 14

In Uncategorized on août 27, 2014 at 12:07

19 août.

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Alain Juppé déclare officiellement sa candidature à la « primaire » de l’UMP. Est-ce tellement sage? Quelles que soient les ambitions personnelles des uns et des autres, lorsque l’on appartient à un parti, et pour Juppé à un parti que l’on a soi-même largement forgé, des décisions de cette sorte ne s’annoncent pas à la cantonade. Pourtant, il faut s’y faire: cette génération politique est celle du passage à l’acte, du fait accompli. Il faut alors se demander ce qu’il restera de la maison commune une fois que ces ambitions personnelles, toujours soutenues par des entourages qui s’avèrent parfois réellement d’amitié, parfois plus complaisants ou moins désintéressés, se seront une fois de plus affrontées. Car, Alain Juppé n’est pas le seul à louvoyer en ce moment pour se placer en « pole position » pour la course la plus décisive de la Vème république. François Fillon, Hervé Mariton, et Bruno Le maire avec son air perpétuellement scandalisé, ne sont pas de reste. Et puis, il y a ceux dont les silences sont claironnants: Jean-François Copé et surtout Nicolas Sarkozy. Ils ne laisseront pas faire. Pour l’instant, personne n’est sorti officiellement du bois. A gauche est-ce mieux? La fronde s’installe à senestre. Et les frondeurs ne désarment pas. A l’évidence, chacun et chacune se projette déjà, comme on l’a dit et redit, à l’échéance de 2017, sachant que sur la projection de ses non-résultats actuels François Hollande risque de se faire éjecter de la course dès le premier tour. Vrai ou non, François Hollande semble avoir perdu toute autorité. Ses anciens et anciennes ministres ne l’épargnent guère et dans les dîners en ville ou devant leur potage-bio distillent contre lui le plus mortel des curares. On dirait une génération sans aucune image de père, une fratrie anarchique, ou tous les coups sont permis, tous les revirements imaginables. Certains ministres se comportent au sein du gouvernement Valls comme s’ils n’en étaient pas. Dans le no man’s land du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon traîne sa déprime mais fusille Pierre Laurent, secrétaire du PCF, qui pourtant l’a longtemps fourni pour ses meetings en auditoires conséquents et en service d’ordre. Rien de ce qui est dit le jour même n’engage plus le lendemain. Les mots sont devenus de petits ballons de baudruche que l’on s’amuse à crever avec une pointe de sadisme. Un Etat digne de ce nom peut-il y survivre? Il faudra sans doute des décennies pour comprendre comment l’on en est arrivé à ce degré d’autisme narcissique alors qu’il suffit d’ouvrir Montesquieu, par exemple, à n’importe quelle page, notamment dans ses Pensées, pour comprendre qu’il n’est point de République sans modestie et sans capacité à se mettre en retrait.

 

21 août.

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Enfin la menace que représente l’Etat Islamique est comprise à son échelle exacte et les premières réactions commencent à s’organiser. Les horreurs perpétrées par cette entité qui n’est dotée d’aucune existence légale en droit international, qui n’est qu’un Etat-pirate, commencent à être connues en soulevant la réprobation politique et la condamnation morale de tous les êtres qui ont, il faut l’espérer, dépassé le stade de cette sauvagerie. Ce qui donne à réfléchir est la régression insensée sans laquelle l’Etat Islamique ne serait pas concevable. Nous voyons, en plein XXIème siècle, sous nos yeux, se reconstituer une de ces monstruosités que l’on pensait reléguée dans la proto-histoire de l’humanité. Le Calife el Baghdadi nous administre en réalité une véritable leçon de choses. Comme il prétend suivre à la lettre les prescriptions du Coran, il permet de nous représenter comment, au delà des légendes et des récits édifiants, ont procédé au temps de leur expansion mondiale les armées mahométanes; comment, sorties des confins de l’Arabie elles ont exercé leur emprise sur une partie considérable du territoire humain. Pour combattre un fanatisme aussi incandescent, il aura fallu à la chrétienté et à l’Europe bien de la détermination et de la force d’âme. A Lépante (1571) ou dans Vienne assiégée (1529) elles surent ne pas en manquer. La même exigence s’impose aux démocraties. Sauront-elles la soutenir?

 

24 août.

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Films de l’été. « La lance brisée » (1954) D’Edward Dmytryk, « Sergent noir » de John Ford (1960), « Lincoln » (2012) de Spielberg. Trois films magistralement réalisés et qui donnent à réfléchir sur l’esclavage de ce temps et sur sa permanence dans les esprits les moins disposés à donner gîte et couvert à cet odieux sentiment. Alors où se décèle le point faible? Qu’il s’agisse justement de films à thèse dans lesquels les seuls blancs qui méritent d’être qualifiés de bons sont ceux qui prennent systématiquement le parti des victimes de l’injustice et du racisme. Un réalisateur qui mérite ce nom ne doit pas se contenter de disposer ses caméras dans le sens de l’Histoire, une fois celle-ci connue, avec la répartition angélique entre les bons et les méchants. Il n’est besoin d’aucun courage intellectuel à cette fin puisqu’il n’est plus concevable de soutenir la thèse adverse. Le « Lincoln » de Spielberg, filmé des décennies après ceux de Dmytryk et de Ford, donne trop souvent dans la bondieuserie. Quoi qu’il décide et fasse, Lincoln a toujours raison. Ce n’est plus à proprement parler du cinéma mais de l’hagiographie. Les personnages qui s’opposent à lui sont généralement présentés comme des demeurés ou des pantins. Un film sur la terrible époque de la Guerre de Sécession devrait au contraire faire mieux comprendre, et en profondeur, comment des chrétiens pouvaient de toute la force de leur conviction justifier l’injustifiable. Là, nous serions entrés dans les obscurités de l’esprit humain, à la manière de Balzac ou de Dostoïveski. On observera d’ailleurs que dans « Sergent Noir », les officiers blancs et les cavaliers noirs se retrouvent d’accord pour massacrer ensemble et à qui mieux-mieux des Apaches auprès desquels même les coyotes semblent doués d’une âme.

RD

 

INTERROGATIONS

In Uncategorized on août 27, 2014 at 9:36

Alors que la guerre contre le Hamas et le Djihad islamique a dépassé les 45 jours, il s’agit de ne pas se payer de mots. Quelque soit la dureté des pertes infligées à ces deux engeances, le résultat final n’est guère concluant puisqu’elles conservent une capacité offensive réelle. Tous ces derniers jours le sud d’Israël mais aussi la région de Tel-Aviv et de Jérusalem se sont trouvés sous le feu des missiles tirés du sud de la bande de Gaza. Et pourtant des chefs opérationnels importants ont été mis hors d’état de nuire et il n’est pas de jour ni de nuit qui ne voit de nouvelles interventions destructrices, notamment de l’armée de l’air d’Israël. Le risque est grand alors que cette guerre, dans laquelle est engagée une des armées les plus puissantes de la région, ne soit réduite à un pugilat interminable, avec des miliciens rusés, qui ne respectent rien ni personne mais qui savent se prévaloir des droits de l’Homme à titre de bouclier médiatique.

Aussi la question doit-elle être posée: laquelle des deux lignes politiques et stratégiques était la plus pertinente: celle représentée, pour faire court, par Natanyahou et Ya’alon, d’une part, ou bien celle représentée par Liberman et Bennett d’autre part?

Bien loin des centres de décision, on se gardera de toute opinion définitive mais force est de constater que la phase terrestre de l’opération a été engagée une fois qu’Avigdor Liberman ait décidé de retirer son parti de l’actuelle coalition gouvernementale. A n’en pas douter les choix stratégiques ne sont pas déterminés en ces domaines par pure dilection personnelle et l’on a constaté dès la premiers jours de l’affrontement les dures et ubiquitaires pressions internationales auxquelles le gouvernement Natanyahou a fait face.

Raison de plus dira t-on, car ces pressions ne sont pas inhérentes au conflit proprement dit mais à la place inexpugnable qu’occupent la Ligue arabe et la Conférence islamique mondiale à l’ONU et dans d’autres instances. Au terme de ces 45 jours, il apparaît que le Hamas et que le Djihad islamique sont toujours en mesure de terroriser une grande partie de la population civile d’Israël, de défier son gouvernement et de narguer ses forces, ce qui suffit amplement à leur conférer le statut de héros pour la « rue arabe ». Nul ne peut prendre la décision de faire la guerre comme l’on s’en va en famille pour une partie de campagne. Pourtant, une fois cette décision prise, il n’est d’autre alternative que de la gagner. En Irak et en Afghanistan les forces britanniques ou américaines ont causé dix fois plus de victimes civiles que l’armée israélienne à Gaza. En fera t-on quelque mérite à cette dernière? Certainement pas. Par suite, une fois les tunnels détruits pour la plupart, convenait-il de faire rétrograder les forces terrestres jusque là engagées, tandis que du sud de Gaza les salves de missiles demeuraient incessantes? En l’occurrence, il faut prendre conscience du type d’ennemi que l’on doit affronter. Le Hamas et le Djihad islamique ne veulent aucun compromis avec l’Etat d’Israël. Ils en recherchent obstinément la destruction. Tout compromis leur est aveu de faiblesse, toute concession, acceptée en vertu de la paix, une victoire à exploiter, comme on l’a a vu naguère avec Ehud Barak lors du retrait des forces d’Israël du Sud Liban. Un membre éminent du Fatah a même comparé le Hamas et de Djihad – qui porte bien son nom – à l’Etat islamique du « Calife » El Baghdadi. On voit comment celui-ci procède, sans pitié, sans foi ni loi, Le droit international n’existe pas à ses yeux. Tous les territoires qui tombent sous sa coupe deviennent sa propriété privée et le butin de ses combattants, faisant revivre les temps originels des conquêtes islamiques. Les populations qui ont le malheur de s’y trouver encore deviennent des populations de proie, surtout les femmes transformées en prostituées «légales». Les opposants n’ont le choix qu’entre la conversation ou la décapitation lorsque ce n’est pas la crucifixion ou l’enterrement vivants. A Gaza ce sont des éléments de cette nébuleuse qui sont à la manoeuvre et c’est pourquoi la population locale, pourtant favorable à une trêve pour plus de 80 % d’entre elle ne peut l’obtenir.

Il faut également poser la question du Qatar, cet émirat-champignon, devenu indépendant en 1971, s’avère mortellement vénéneux. Ses revenus disproportionnés lui permettent de pratiquer toutes les formes de concussions politiques et diplomatiques imaginables et l’on sait quelles sommes colossales il investit à Gaza contre l’Etat d’Israël, ce qui le situe en position de belligérance inavouée mais effective vis à vis de ce dernier. Et s’il fallait là encore ne pas trop tarder pour en tirer les conséquences ?

 Raphaël Draï – Actu J 27 Aout

LE SENS DES MITSVOT: REEH

In Uncategorized on août 21, 2014 at 11:00

« Tu ne mangeras pas d’aucune chose abominable. Voici les animaux dont vous pourrez manger (…) tout quadrupède qui a le pied corné et divisé en deux ongles distincts, parmi les animaux ruminants vous pouvez le manger » (Dt, 14, 3 à 6).

Traduction du Rabbinat.

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Ces prescriptions qui concernent l’alimentation du peuple sinaïtique sont également de celles qui sont péjorées sous le qualificatif de ritualistes, comme si elles renfermaient le peuple d’Israël sur lui même et lui interdisaient toute convivialité avec des peuples autres.

En réalité, il n’est aucune collectivité humaine qui ne s’impose des régulations spécifiques dans ce domaine, que ces collectivités se veuillent confessionnelles ou agnostiques. Les musulmans s’interdisent la viande de porc et les boissons alcoolisées; les catholiques restreignent leur alimentation lors de la période du carême, les bouddhistes en principe ne mangent pas de viande, et que dire des adeptes de la nourriture bio… Les règles de la cacherout – puisqu’il s’agit d’elles ici – doivent être comprises selon leur intentionnalité profonde.

Depuis qu’il a été situé dans le Jardin d’Eden, l’Humain a le droit de consommer de tout ce que ce lieu produit. Il lui est interdit de procéder à des mélanges confusionnels qui lui feraient perdre de vue l’origine même des aliments qu’il est amené à consommer. L’alimentation humaine est celle de créatures douées de pensée. Aussi, pour autant que l’on s’autorise à manger de la viande, celle-ci doit provenir d’animaux qui incarnent si l’on peut dire cette aptitude. C’est pourquoi il est interdit de consommer de la viande provenant d’animaux ou d’oiseaux de proie, qui déchiquettent celle-ci. Les animaux permis devront être domestiques, autrement dit rendus le plus proche possible de l’humain, ensuite herbivores mais surtout ruminants. Car il se trouve bien des animaux qui se nourrissent d’herbe ou de racines végétales mais qui ne ruminent pas.

Qu’est ce que la rumination? L’équivalent physiologique de la pensée. Un animal herbivore ruminant n’avale pas sa propre nourriture d’un seul coup, d’une seule bâfrée. D’abord il l’introduit dans son orifice buccal où elle subit une première élaboration. Ensuite, il l’introduit dans son tube digestif lequel comporte une panse dans laquelle la nourriture initialement ingérée subira une seconde élaboration. Après quoi, la nourriture ainsi transformée, sera régurgitée avant que d’être définitivement absorbée par l’estomac.

Il n’en va pas autrement de la pensée humaine. En tant que telle la pensée n’est jamais impulsive comme l’est le passage à l’acte. Elle opère en trois temps. Le premier sera celui de l’information, de la prise de connaissance des données initiales d’une situation ou d’un cas. Le second temps sera celui de l’élaboration réflexive. Les données initialement perçues seront confrontées avec d’autres données, d’autres concepts qui en feront paraître soit le caractère ordinaire, soit la plus-value de sens. Enfin, une fois ces deux phases achevées, le processus se consolidera dans celui d’une véritable connaissance, exhaustive et assurée, en vue d’une transmission.

C’est pourquoi les animaux concernés devaient présenter une autre caractéristique: être dotés de sabots certes mais de sabot fendus. Cette dernière caractéristique appellerait bien des commentaires. On retiendra pour conclure sa signification principale. Le sabot est cela qui termine le pied, l’organe de la locomotion, donc du mouvement. Dans la pensée biblique, un mouvement n’est jamais réductible à un déplacement strictement physique. Il est la forme que prend le comportement, autrement dit la conduite orientée, laquelle se confronte toujours à des choix lorsqu’elle arrive à des carrefours, à des bifurcations. Au lieu de s’en étonner il faut plutôt considérer que même les animaux ne sont pas des automates. Est-il nécessaire de rappeler le précédent de l’ânesse de Bilaâm lorsque celui-ci la forçait à s’engager dans une voie contre-nature?

Il faut réfléchir à ces principes vitaux que l’écologie contemporaine découvre ou redécouvre mais sans toujours les rapporter à leurs sources originelles.

 

GAZA: TROIS BREFS ENSEIGNEMENTS

In CHRONIQUES RADIO, Uncategorized on août 19, 2014 at 12:51

Pendant que se déroulent au Caire ce qu’il est convenu d’appeler des négociations entre le Hamas et le si bien nommé Djihad islamique, d’un côté, et l’Etat d’Israël, de l’autre, sous monitorat égyptien, il peut être utile de faire un point très bref de la situation après 35 jours de durs affrontements.

En premier lieu, et à n’en pas douter, ceux qui veulent poursuivre contre Israël la « guerre à visage juridique » ne vont pas désarmer. Il s’agit pour eux de convaincre les opinions que l’Etat d’Israël s’est rendu coupable de crimes de guerre et que ses responsables doivent être jugés à ce titre. La disqualification morale suivrait ainsi la condamnation juridique et l’Etat d’Israël serait relégué au rang des Etats racistes et hors-la-loi. Seulement, dans la conjoncture actuelle, il n’est pas sûr que cette sorte de guerre puisse être menée à sens unique. D’une part, il est plus que flagrant que l’instance de l’ONU qui a commandité une telle enquête est partiale et même plus: tribale, compte tenu de son mode de composition. Ce qui lui ôte toute prétention juridictionnelle et au contraire l’afflige du pire des parti-pris. Par ailleurs l’enseignant juriste canadien pressenti pour la diligenter est réputé pour ses propos à l’emporte-pièce contre Benjamin Netanyahou, ce qui, là encore, malgré ses serments tardifs d’impartialité, le disqualifie pour cette mission bien peu honorable dans les conditions où elle est engagée.

Autre point essentiel, après des moins d’atermoiements et de tergiversations, la communauté internationale a enfin décidé de réagir contre les suppôts de l’Etat islamique au Moyen Orient. Les Etats-Unis ont procédé à des premières frappes contre ses éléments armés tandis que d’autres pays concourent au soutien logistique des forces anti-djihadistes, des forces qualifiées de « monstres » par Nasrallah en personne dont il faut avouer qu’il s’y connaît. Et même la diplomatie du Vatican pousse à présent pour la mise hors d’état de nuire de ce califat qui semble sorti tout droit de « Jurassic Park ». Affaire à suivre.

 Enfin, il semble cette fois, vis à vis de la société israélienne, qu’une page se tourne, celle politique et idéologique de l’après-première guerre du Liban avec ses clivages et ses dissensions, avec son pacifisme à sens unique. De nouvelles générations sont apparues à l’occasion de cette épreuve. Non seulement elles forment le noyau dur de la société israélienne mais elles constituent désormais son immense majorité. On en verra les suites aux prochaines consultations électorales pour lesquelles bien des membres du gouvernement Netanyahou semblent déjà prendre leur marque.

                             Raphaël Draï, Radio J, 18 août 2014.

BLOC-NOTES: SEMAINE DU 11 AOUT

In Uncategorized on août 18, 2014 at 12:07

13 août.

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Les rues de Paris sont vides, ou presque. Le long des trottoirs il y aurait enfin de la place pour garer l’équivalent d’un TGV. Et il ne cesse de pleuvoir… Le temps météorologique rejoint le temps politique. Car durant l’intermède – il vaudrait mieux dire la paix armée – des «vacances», les nouvelles concernant la proche rentrée ne sont pas franchement bonnes. L’Elysée et Matignon tablaient encore sur un petit 1% de croissance. Il semble que le chiffre zéro pour les mois qui viennent et même pour 2015 soit plus réaliste. Que peut-on faire avec un cerveau qui dénote un électro-encéphalogramme plat, ou presque? Durant ces deux dernières années François Hollande a misé sur un «retournement positif de la conjoncture», pour employer ce galimatias, sinon en France du moins en Europe. Or, et là encore aux dernières nouvelles, la célèbre économie allemande, l’économie sage et efficiente à la Merkel qui sait profiter de l’Europe sans s’alourdir de ses pesanteurs, cette économie vertueuse donne des signes de fatigue. Elle peine à s’entraîner elle même. Alors, il ne faut pas lui demander de faire le mulet pour la France ou pour tout autre pays dont l’Allemagne estime en outre qu’il est responsable de son sort actuel parce que l’économie n’est pas une discipline de fantaisie. L’état du monde n’y est pas pour rien non plus. Au Moyen Orient, les guerres s’enchaînent avec des acteurs moins rationnels que du temps de la crise des fusées de Cuba ou même du temps de Sadate. Aux frontières orientales de l’Europe, en Ukraine, la guerre civile s’installe méthodiquement et le pays se disloque. Certes Poutine n’entend pas ressusciter l’URSS mais il oeuvre à rétablir méthodiquement une zone d’influence qui soit équivalente de ce qu’elle fut: influence directe lorsqu’il en la possibilité, indirecte lorsqu’il faut patienter. Il a compris que l’UE avait le ventre mou et qu’Obama a toujours hésité entre sa main droite et sa gauche pour signer la moindre ordre relevant de ses compétences. S’agissant de la République française, il faut profiter de ce calme apparent pour tenter de percevoir des mouvements plus profonds à venir. Après des semaines d’attente et de tergiversations, l’Eglise de France commence à se mobiliser pour les chrétiens d’Irak. Des milliers de parisiens, dit-on, se sont agenouillés dans les rues en signe de solidarité mais également pour transmettre un message dans la ligne du Pape François: il conviendrait que ce qu’il est convenu de nommer l’Islam de France fasse entendre plus clairement sa désapprobation face aux crimes inspirés par le nouveau Calife. Peut on concevoir que la température monte brusquement entre ces deux «communautés»? Dans ce cas l’Etat aboulique serait-il en mesure de maintenir un semblant de paix civile réelle? Pour sa part Marine le Pen se prépare à 2017 non pour figurer au premier tour mais pour emporter le second. Après quoi l’on pourra fixer l’âge de départ à la retraite entre 30 et 40 ans…

 

15 août.

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Le pape François en voyage en Corée du Sud, pays d’accueil cette année des JMJ. Faut-il mettre en regard ces entreprises d’évangélisation à grande échelle et celles de l’Islamisme? A la différence des milices du Calife qui décapitent, violent, égorgent et qui crucifient leurs victimes épouvantées, l’Eglise catholique apostolique et romaine se contente d’un seul supplicié, de Jésus, né juif d’ailleurs, ce que les Coréens, il faut l’espérer, ont appris depuis qu’on leur dispense un catéchisme post-conciliaire, car malheureusement le précédent est loin d’avoir déserté les cervelles. Il faut bien sûr prendre extrêmement garde à cette concurrence des religions sur des continents transformés en véritables marchés de la croyance. Une foi digne de ce nom ne s’exhibe pas et la fête-Dieu ne doit pas obligatoirement prendre les allures d’une foire aux divinités. Les excès dans un sens suscitent mécaniquement des excès de sens contraire et chacun prétend que c’est l’autre qui a commencé. Il n’en va pas autrement de la Russie où face à la reviviscence de la foi orthodoxe, durement persécutée sous Staline, l’Eglise catholique est toujours religion non grata. Ce qui avait été prédit de la Rome païenne s’est vérifié avec la Rome chrétienne. Plus ces empires là se dilatent, plus leurs deux régions extrêmes se distancient l’une de l’autre, et plus les populations concernées deviennent mutuellement étrangères, jusqu’au moment où l’inévitable déchirure se produit, comme s’est produite celle des années 1000 avec la cassure qui a rejeté Rome et Constantinople des deux côtés de la foi en Jésus Christ, lequel, s’il avait avancé la date de son retour aurait eu bien de la peine à s’y retrouver…

 

16 août.

 

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Lauren Bacall a tiré sa révérence. Peut-on dire qu’elle soit morte? La question pourra paraître incongrue mais la mort conserve-t-elle son sens ordinaire lorsqu’il est possible de se survivre dans un film, un livre, un opéra? Lauren Bacall a été l’une des plus impressionnante actrice de Hollywood et les films qu’elle a tournés avec Humphrey Bogart sont devenu de véritables légendes. Le miracle du cinéma, en tous cas celui de cette époque, est qu’il a engendré des oeuvres hors du temps, avec des interprètes sur lesquels la notion d’âge n’a plus de prise. Les regarder à nouveau provoque chaque fois un sentiment d’étrangeté: l’on est projeté dans les années déjà passées, chronologiquement parlant, mais ce passé est intemporel. On le sait Lauren Bacall a été surnommée «The look», le regard. Le sien était abyssal et en même temps translucide. Il faut s’être trouvé assis dans son fauteuil devant un écran de cinéma des années 50 pour comprendre ce que signifiaient des visages de ce format là, fixant un minuscule spectateur. Lorsque Lauren Bacall vous polarisait de ses yeux, c’est comme si une comète vous forçait à la dévisager, en vous donnant l’envie de fuir mais en vous plaçant dans l’impossibilité de le faire tant l’instant était unique…

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LE SENS DES MITSVOT: PARACHA ÊKEV

In RELIGION, Uncategorized on août 14, 2014 at 9:15

45 Ekev

« Pour prix de votre obéissance (êkev tichmeôun) à ces lois et de votre fidélité à les accomplir, l’Eternel votre Dieu sera fidèle aussi au pacte de bienveillance (eth haberith véeth hah’essed) qu’il a jurée à vos pères. Il t’aimera, te bénira, te multipliera. Il bénira le fruit de tes entrailles et le fruit de ton sol, ton blé (deganekha), ton vin (tirochekha) et ton huile (veytsharekha), les produits de ton gros et menu bétail dans le pays qu’il a juré à tes pères de te donner »

(Dt, 7, 12, 13). Bible du Rabbinat.

On le constate, la Parole divine se veut d’engagement réciproque. Mais de quelle sorte de réciprocité? En contre-partie de l’obéissance requise des enfants d’Israël, ceux –ci se verront gratifiés de tous les bienfaits cités au texte. Cette réciprocité est indiquée par un mot particulier: êkev dont il s’agit de comprendre le sens intime et les implications.

A priori êkev désigne le talon, autrement dit la partie du corps qui marque la jonction entre la terre et la direction du ciel, elle même indiquée par la station debout, la seule qui caractérise l’être humain. Ainsi disposé, le corps forme bien un trait d’union entre le monde d’en-haut et le monde d’en-bas. Le talon est également la partie du pied qui touche le sol la première lorsque la personne marche. Au contraire de la plante, l’homme n’est pas statiquement enraciné mais il se déplace, et ses trajets sont inhérents à ses projets. En ce sens, le talon indique le point de tangence et non pas d’immobilisation entre les dimensions horizontale et verticale de l’être.

Il comporte d’autres significations encore car quelle est la différence entre la démarche consciente et le fait de se mouvoir en titubant, comme si l’on allait s’effondrer à chaque pas? Dans la démarche consciente les pas sont liés entre eux et forment ce qu’il est convenu de nommer une démarche. C’est sur quoi insistent les versets précités: à la fin de la Traversée du désert où il est arrivé plus d’une fois que le peuple ait titubé, au moment de franchir le Jourdain et ainsi s’engager dans l’univers des peuples, plus que jamais le peuple doit se convaincre qu’il n’est pas d’alternative à la cohérence de ses pensées et de ses itinéraires.

Le mot êkev se rapporte alors non plus à la cohésion physique de la marche et à son équilibre externe mais à la cohérence des consciences que doit habiter l’esprit de suite, la relation vitale de cause à effet. Comme on y a maintes fois insisté, il serait contraire à cet état d’esprit d’avoir adhéré à une Alliance et de ne pas la mettre en pratique, d’être un peuple sacerdotal et de se profaner du soir au matin.

Un éclairage étymologique permettra de mieux le comprendre. Le mot êkev est construit sur la racine ÂKV que l’on retrouve dans le nom du patriarche Jacob, Yaâkov. Lorsque les lettres de cette racine sont désordonnées, elles forment le mot BaKÂ, qu’on retrouve dans BiKÂ, la faille, la cassure, la béance. C’est sur une bikâ que s’établit la civilisation de Babel, une civilisation amnésique et décervelée, avec la catastrophe qui s’ensuit. Selon cette acception, la civilisation d’Israël est à tout le moins une contre-Babel: là où la cassure sévit, elle promet l’unité et le lien; là où l’irrationnel l’emporte elle fait prévaloir comme on l’a dit l’esprit de suite et la relation responsable de cause à effet.

Et c’est pourquoi les bienfaits qui découlent de cette réciprocité lucide et conséquente sont nommés comme ils le sont. On observera en effet que les trois produits essentiels: dagan, tiroch et ytshar se rapportent tous trois au vocabulaire de la Genèse alors que l’Humain se trouvait établi dans le lieu adéquat à son être et à sa vocation. DaGaN, le blé se rapporte comme son nom l’indique au Gan Eden; dans tiRoCh se trouvent les lettres composant le mot roCh que l’on retrouve dans BeRéChit, et enfin dans le mot ytsh’HaR se retrouvent les lettres HR qui se trouvent dans le mot HaR qui désigne l’éminence topographique mais aussi la conception biologique et la conception intellectuelle.

Autrement dit, comme contrepartie de l’observance d’une Berith qui est aussi un acte de grâce, de h’essed, le peuple pourra bénéficier d’une abondance matérielle continue. Cependant, cette abondance ne concernera pas que les corps: elle fera accéder le peuple tout entier et par lui l’Humain au degré spirituel originel que le nom de ces trois produits symbolisent.

R.D.

GAZA ET LA « GUERRE DES ENFANTS »: POSTURES ET IMPOSTURES

In CHRONIQUES RADIO on août 11, 2014 at 1:10

Chacun a entendu au moins une fois l’adage de Clausewitz, l’un des plus célèbres théoriciens des conflits armés: la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. Autrement dit, la guerre n’est pas une fin en soi. Elle est destinée en dernière instance à marquer la supériorité physique et morale d’une volonté sur une autre lorsqu’ont échoué les compromis diplomatiques. Pour le Hamas, le Djihad islamique et leurs soutiens dans les opinions publiques il en va différemment: la guerre actuelle est une fin en soi. Elle vise à la destruction définitive de l’Etat d’Israël. C’est pourquoi elle prend toutes les formes: militaire, terroriste, «juridique» et même «éthique». Car l’on s’étonnera que la première démarche de Mahmoud Abbas, une fois établie une trêve moins précaire que les autres, ait été de dépêcher à la Haye un émissaire chargé d’examiner par quels moyens l’Etat d’Israël pourrait être poursuivi pour «crimes de guerre» devant la Cour Pénale Internationale. Et l’on voudrait que ce chef sans autorité ni pouvoir véritables, néanmoins partenaire officiel du Hamas dans leur dernier accord de gouvernement, et donc son complice, fût considéré comme un réel partenaire pour une paix future?

Si la guerre juridique ainsi engagée est loin de pouvoir être poursuivie à sens unique, que dire de la «guerre éthique», alimentée par ces flux d’images une fois de plus à sens unique? Ici le pitoyable le dispute à l’odieux. Car ces mises en scène à base d’infanticide en disent moins sur la réalité des choses que sur l’état d’esprit morbide des scénographes. N’importe quel praticien du psychodrame saurait reconnaître dans ces images sanguinolentes d’enfançons, dans ces militants déguisés en bambins enveloppées dans des suaires aux couleurs de la Palestine, non pas le réel du terrain mais le désir secret des marionnettistes. Car il ne suffit pas d’incriminer ceux des combattants du Hamas qui se servent en effet d’enfants vivants comme de «boucliers humains», pour reprendre cette affreuse expression. Il faut également incriminer ceux qui se servent dans les rues de Paris, de Londres ou de Madrid, de ces mêmes enfants comme boucliers médiatiques.

Contre de pareilles perversités, il faut savoir faire preuve d’endurance et d’un peu de sens de l’Histoire. Il n’y pas si longtemps, à l’époque de Staline, qui est loin d’être mentalement révolue, des militants décervelés, moralement clivés, se gargarisaient du thème de la paix mais sans une seule pensée pour les suppliciés de l’archipel du Goulag. Quiconque ne partageait pas leur vision du monde était voué à la mort physique ou à l’excommunication intellectuelle. Et pourtant, il s’est trouvé des hommes et des femmes de courage pour tenir bon, pour s’en tenir à la vérité et à la réalité, jusqu’au moment où le système soviétique miné par ses contradictions multiples s’est auto-détruit.

La même attitude s’impose face au djihadisme qui a pris le relais de cette pathologie, en Irak, en Libye ou à Gaza. Victor Hugo le répète dans les Misérables: ce n’est pas une raison de se taire parce qu’on n’est pas entendu. Les paroles de vérité sont inlassables puis le temps vient où les lâchetés finissent par avoir honte d’elles mêmes, où les esprits de bon sens reconnaissent qu’ils ont joué avec le feu.

Tandis que le Quai d’Orsay ne cesse de mettre des obstacles à la politique d’auto-défense d’Israël, il se mobilise à présent comme un seul homme face à la même menace mais dirigée cette fois contre le Liban. Et même Obama fait enfin bombarder des positions de l’Etat islamique dans la zone kurde de l’Irak en voie de dislocation.

On en verra vite les suites effectives.

Raphaël Draï, Radio J, le 11 août 2014

LE SENS DES MITSVOT: VAETH’ANAN

In RELIGION on août 8, 2014 at 12:56

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«Maintenant donc, ô Israël, écoute les lois (h’oukim) et les règles (michpatim) que je t’enseigne (melamed) pour les pratiquer (laâssot); afin que vous viviez (tih’you) et que vous possédiez (richtem) le pays que l’Eternel, Dieu de vos pères vous donne» (Dt, 4, 1). Bible du Rabbinat.

 

La conception juive de la Loi a tant souffert des médisances et des caricatures liées aux polémiques théologiques puis philosophiques qui ont assombries la pensée humaine, qu’il importe de lui restituer son vrai visage. Le verset précité y contribue.

On constate que cette conception s’ordonne selon deux niveaux: les h’oukim, ou principes génératifs, et les michpatim, ou règles de droit positif, effectif; ensuite que h’oukim et michpatim doivent s’enseigner, donc en appeler à l’intelligence de leur forme et de leur contenu; et enfin qu’ils doivent se pratiquer. Cette dernière obligation se rapporte à l’engagement souscrit par les Bnei Israël au Sinaï lorsqu’ils déclarèrent à l’unisson: «Nous ferons et nous comprendrons (naâssé venichmâ) ». La formule a suscité un nombre considérable de commentaires. On insistera sur un seul groupe d’entre eux concernant en effet non pas la seule intelligence théorique, l’on dirait presque contemplative, de la Thora mais bien sa mise en pratique. Une mise en pratique dont il faut néanmoins discerner la perspective générale et les modalités particulières.

La perspective générale est tracée dès le récit de la Genèse lorsqu’il est indiqué à propos des commencements de la Création qu’elle fut accomplie mais non parachevée, de sorte qu’il y eût encore à faire, littéralement: laâssot. La reprise de ce verbe au livre du Deutéronome n’est pas anecdotique: elle corrèle génériquement la mitsva précitée à la parole du Créateur. Chaque fois que l’on observe un h’ok, que l’on donne substance et sens à un michpat, que l’on accomplit effectivement une mitsva, au delà des prescriptions particulières concernées l’on poursuit l’oeuvre d’ensemble de la Création. Créer à ce niveau devient donc si l’on peut ainsi s’exprimer l’exposant, ou le coefficient, du h’ok, du michpat et de la mitsva en cause. Mais il y faut une condition: qu’il s’agisse véritablement d’un accomplissement.

Le verbe laâssot doit ainsi être exactement compris: il ne s’agit pas pour les Bnei Israël d’exécuter tout simplement et passivement la loi à laquelle ils ont souscrit comme si elle était un ordre venu de l’extérieur. En accomplissant la Loi ils ne se comportent nullement comme de simples exécutants mais comme des créateurs. Le verbe laâssot se rapporte bien à une manière créatrice de faire, de se comporter. C’est pourquoi les Pirkei Avot disposeront: «Pas de Thora sans dérekh éretz», pas de loi sans une certaine manière de se conduire marquée par l’attention à autrui, la politesse, la courtoisie, l’aménité. Car ce qui rend la Loi effective ce ne sont ni les démonstrations savantes, pour aussi utiles qu’elles soient, ni les plaidoyers véhéments mais tout simplement la manière de faire, la façon de se conduire vis à vis d’autrui et de soi même.

L’on peut à ce propos reprendre le Décalogue entier, puis les 613 mitsvot l’une après l’autre. Une fois qu’on aura démontré leur origine divine, il restera à faire une autre démonstration: que cette origine-là soit relayée par la volonté humaine, que l’humain s’avère véritablement le coopérateur, le choutaf du Créateur pour parachever l’oeuvre de la Création. Autrement sévissent le clivage au plan psychique, et l’hypocrisie, la h’aniphout, au plan moral. A quoi bon affirmer que l’univers a été créé par les dix Enonciations divines, les dix Maamarot, si l’on ne respecte pas la parole que l’on a donnée, la promesse que l’on a dispensée, l’engagement que l’on a pris? A quoi sert de rappeler que la Création s’est ordonnée en six phases actives et une phase réflexive pour le Créateur lui même si l’on s’avère personnellement incapable de réguler une activité devenue fin en soi? A quoi bon affirmer aimer Dieu si ce même amour n’est pas dispensé au prochain, pour qui je suis moi même prochain en ce sens là?

Comme le disent parfois certains philosophes ce ne sont pas nos comportements qui donnent sens à nos valeurs. Nos comportements sont déjà des valeurs en eux-mêmes. Et si tout cela doit faire l’objet d’un enseignement, c’est que nul ne saurait être juge à ses propres yeux de sa propre cause. Il faut apprendre à se comporter de telle manière que les valeurs qui éclairent nos existences soient validées par nos existences proprement dites. Tel est l’enseignement que Moïse dispose à un peuple qui, au bout de quarante années d’enseignement continu, doit prouver par sa façon de vivre que l’engagement souscrit au Sinaï ne constitue pas une suite de vains mots. Ainsi apparaît, au moment de franchir le Jourdain, sa responsabilité pour les temps à venir.

                             R.D.

BLOC-NOTES: Semaine du 4 Aout 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on août 8, 2014 at 12:38

5 août.

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S’il est en France un homme politique qui devrait prendre garde à ne pas user de mots outranciers, c’est bien Laurent Fabius qui ne cesse de parler de «massacres» commis selon lui par l’armée d’Israël dans sa guerre contre le Hamas. Notre ministre des Affaires étrangères a t-il oublié ce qu’il a enduré lors de l’affaire dite du « sang contaminé » qui l’a conduit jusqu’à la Cour de Justice de la République sous l’imputation d’homicide involontaire? Et il en est sorti heureusement acquitté. Pourquoi alors massacre t-il la langue française? La notion de « massacre » implique une intention à la fois délibérée et aveugle: celle de tirer dans le tas, de tuer pour tuer. Qui peut honnêtement prétendre que telle soit la conduite des opérations menées par l’armée israélienne à Gaza alors que le Hamas a disséminé ses engins de mort, ses postes de commandements, ses bunkers et ses tunnels en pleine population civile, d’une part pour inhiber les opérations militaires de l’armée adverse et d’autre part pour mener contre elle une guerre des images voulue dévastatrice? Il n’en va pas autrement de la tribune publiée dans un journal du soir par le quadrige Morin, Brauman, Debray et la dame Hessel. En somme le prétendu haut du panier « moral » qui là encore fait d’Israël un monstre d’inhumanité, acharné à l’oppression d’un peuple qui n’est pour rien dans son propre malheur. Pourtant à la place des faiseurs d’opinion et des pouvoirs publics, je me méfierais de ce genre d’intervention vipérine. Face à notre quadrige fatal, se tiennent dans ce qu’il est convenu d’appeler la communauté juive de France, entre autres des centaines et des centaines de chefs d’entreprises, de médecins, d’avocats, d’enseignants, de chercheurs, de professeurs d’université qui n’ont pas moins de cervelle que nos aigles aux serres crispées d’indignation sélective. Eux pensent exactement le contraire: qu’Israël est dans son droit, qu’un jour ou l’autre l’on prendra conscience qu’à vouloir le souiller, politiquement, juridiquement, moralement on ne fait que cracher en l’air. Il est vrai qu’à la dernière manifestation de soutien à la population d’Israël ciblée par des milliers de roquettes peu nombreux étaient les hommes et les femmes politiques n’appartenant pas à la communauté juive de France. Cette absence aussi est un enseignement qui engage les choix d’avenir. Il faut espérer pour l’instant que le cessez-le feu intervenu il y quelques jours tiendra. Car la rentrée s’annonce dure pour le peuple de France. A bout de ressources, le gouvernement de Manuel Valls en est maintenant à jouer du rabot à tour de bras contre les professions libérales; notaires, pharmaciens, huissiers etc… qui lui promettent une rentrée calorifique. L’agence Moody’s estime que la France n’a toujours aucune possibilité de faire ne fût-ce qu’une partie des économies qui lui permettraient d’apercevoir le bout du tunnel, si l’on ose dire par les temps qui courent. Et l’Allemagne refuse toute bouteille d’oxygène à François Hollande par ailleurs empêtré dans le charcutage des régions au point que les radicaux de Gauche menacent à leur tour de quitter le gouvernement. Que l’Afrique semble calme vue du beffroi de Lille…

6 août

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Pour le magazine « Time », avec Poutine a commencé le seconde « guerre froide » de l’histoire du monde contemporain. Le ministre des Affaires étrangères de Pologne ne cesse de lancer des cris d’alarme: la Russie ne reculerait pas devant une intervention armée massive en Ukraine et elle entérine par une série d’actes symboliques son annexion physique de la Crimée, accomplie dans la torpeur diplomatique générale. Telle est d’ailleurs la méthode Poutine: faire fond sur la passivité de ses homologues, pour ne pas dire sur leur lâcheté; se placer chaque fois dans la position du challenger si ce n’est de la victime, que ce soit des Etats-Unis ou de l’Union Européenne, et rendre coup pour coup. On le menace de sanctions financières et économiques? Il menace à son tour d’interdire le survol de la stratégique Sibérie aux compagnies d’aviation des Etats qui lui font des misères. Le reste à l’avenant. Il semble bien que, lui, sache ou il va puisqu’il y va de manière lucide et déterminée, alors que les Etats- Unis se sont laissés engluer dans les négociations filandreuses avec l’Iran et que la France patauge dans le centre de l’Afrique, tandis que le Liban, menacé par l’Etat Islamique, lui réclame des armes, de la logistique, des conseillers au risque de l’entraîner dans un autre conflit régional, couleur bourbier. La France flambeuse qui envoie des millions d’euros à Gaza et au Liban, comme si son taux de croissance était de 5% l’an …

7 août.

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Lecture du livre d’Arthur M. Schlesinger Jr: « The Politics of Hope ». Belles leçons à la fois de réalisme et de morale, sans mièvrerie, sans aucune vocalise de belle âme. Pour Arthur M. Schlesinger Jr, il n’est pas de politique libérale, au sens conceptuel ou décisionnel, qui n’implique à un moment ou à un autre des choix intensément moraux. Nul besoin de s’abriter derrière une prétendue force des choses ou devant des contraintes techniques incoercibles. Il faut en ce domaine savoir ce que l’on peut, ce qui dépend toujours de ce que l’on veut, de ce que l’on veut vraiment, et s’y tenir. Depuis les années 40, ce qu’il est convenu d’appeler « société » est constitué moins de personnes vivantes et contradictoires que de choses jetables après usage, même partiel. L’idéologie coconnière des « groupes » et des « collectifs » a lentement érodé le sens de la responsabilité personnelle. Au point que lorsque celle-ci est sollicitée, qu’elle est requise par les fonctions mêmes auxquelles tel chef d’Etat ou de gouvernement a pourtant prétendu, l’on ne sent qu’aboulie et désarroi, le tout camouflé par la «com» qui ajoute la cécité à l’illusion. En prendre conscience n’est pas s’exposer à la déprime ravageuse. Au contraire: c’est donner plein sens au titre de ce recueil d’études: la politique de l’espoir. L’espoir ne s’inscrit jamais dans un avenir donné: cet avenir il le crée.

RD

QUAND GAZA CACHE BENGHAZI …

In Uncategorized on août 4, 2014 at 6:47

QUAND GAZA CACHE BENGHAZI ….

QUAND GAZA CACHE BENGHAZI …

In CHRONIQUES RADIO, SUJETS D'ACTUALITE on août 4, 2014 at 12:44

On peut légitimement se demander pourquoi le Hamas et le Djihad islamique s’obstinent à poursuivre les combats à Gaza malgré les pertes qu’ils y subissent et la défaite cuisante qui s’annonce pour leurs chefs.

C’est qu’il ne faut pas perdre de vue qu’en réalité deux guerres étroitement coordonnées se déroulent en ce moment au Proche et au Moyen-Orient mais aussi en Afrique et dans d’autres régions du monde. La première fait l’objet d’une fixation émotionnelle, médiatique et diplomatique planétaire. Il s’agit de la guerre qui oppose en effet à Gaza, l’Etat d’Israël d’une part, le Hamas et le Djihad islamique d’autre part. Pour protester contre cette guerre-là de nombreuses manifestations anti-israéliennes sont organisées un peu partout, amalgamant comme en France, des salafistes, des CGTistes, des communistes, des écologistes, et on en passe, bref tous ceux que le grand écrivain britannique George Orwell appelait dans les années 30, pour caractériser ce pudding idéologique, les « fascisfistes », faisant défiler cette fois côte à côte, sans un battement de cils, pacifistes scandalisés et fanatiques d’un islamisme exterminateur.

Pendant que le monde, comme on dit, a les yeux tournés vers Gaza, les maîtres de l’Etat pirate, nommé Etat Islamique qui a pris pied en Irak poursuit, lui, son expansion inexorable en profitant de cette diversion. De cette emprise de piraterie internationale, aucune chancellerie, ni la Maison Blanche, ni l’Union Européenne, ni nos « fascifistes » gaulois, belges, espagnols ou londoniens ne se préoccupent.

Et pourtant: après s’être emparées d’un grand lambeau de l’Irak et d’une partie de la Syrie, avec le Liban en ligne de mire, et donc le nord d’Israël, les troupes du nouveau Calife viennent de capturer la ville libyenne de Benghazi, à brève distance de Tunis. C’est sous le commandement de la même nébuleuse que les unités de Boko Haram investissent, là encore méthodiquement, des parties entières de l’Afrique où, seule, l’armée française fait le coup de poing. Certains observateurs ne croient pas devoir s’en alarmer outre-mesure, envisageant cyniquement une tripartition de l’Irak entre sunnites, chiites et kurdes. Ce ne pourrait être qu’une vue fallacieuse. Dimanche, le plus grand barrage hydraulique d’Irak est tombé dans les mains de l’armée du Calife qui vise à présent la prise de Bagdad et donc non un tiers de l’Irak mais l’Irak entier car confrontés à ses éléments armés les kurdes n’ont pas résisté longtemps. Face à une menace d’une telle envergure rien ne se passe: aucun défilé, aucune réunion des Ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne, aucune réunion du Conseil de sécurité, la présidence Obama s’étant engluée dans les négociations sans résultats tangibles avec l’Iran. D’où ce gigantesque absentéisme diplomatique et militaire…

Dans la guerre de feu et d’images où l’Etat d’Israël se trouve en première ligne, il en va vraiment du sort de l’ensemble de cette zone géopolitique moyen-orientale, qui affectera inévitablement, au train où vont les choses, la zone euro-méditerranéenne et tout particulièrement la France. François Hollande et Manuel Valls mais non pas Laurent Fabius semblent l’avoir compris. Ce qui explique qu’ils se fassent copieusement conspuer dans ces défilés où exsude la haine d’un Etat qui, pour se battre à Gaza, ne perd pas de vue une seule seconde sa frontière nord.

Raphaël Draï, Radio J, le 4 août 2014.

Bloc-Notes: Semaine du 28 Juillet 14

In BLOC NOTES on août 1, 2014 at 3:33

28 juillet.

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Les mouvements dits de gauche ainsi que les mouvances islamistes ont entamé une guérilla contre le gouvernement de Manuel Valls et contre le président de la République. Comme dans toutes les coalitions hétéroclites, il s’agit de chercher le liant improbable qui fait défiler ensemble des militants de la CGT et des salafistes. «Qui monte qui?» aurait demandé Lénine pour la circonstance. En manifestant de manière répétitive, le PCF et le NPA, aussi conviviaux que pouvaient l’être en leur temps Staline et Trotski, se donnent le sentiment d’exister. Le PCF rejoue les années d’après-guerre lorsque les adhésions affluaient et que le Parti avait la haute main, physique et idéologique, sur une grande partie de l’intelligentsia française. Ombre de lui même, il prouve aujourd’hui que les ombres errantes ne sont pas dépourvues d’une certaine consistance. Ses troupes sont surtout concentrées dans la région parisienne et principalement en banlieue, des terres «rouges» où il perd d’ailleurs l’un après l’autre ses bastions. Cependant, il lui en reste suffisamment pour les monnayer avec le PS en sièges gagnables à l’Assemblée Nationale ou au Sénat où il se retrouve sur-représenté au regard notamment du FN.

Quant aux islamistes, leur jeu est d’une clarté d’aube levantine. Il s’agit pour eux de se donner la plus grande visibilité possible, en occupant l’espace public, en le saturant de leurs slogans. Cela pour la partie visible. Car il est sans doute, comme à Gaza, une partie invisible, un tunnel en cachant toujours un autre. En France, du sud au nord, des tunnels islamistes sont creusés dans la société française qui sapent ses fondements au profit d’une idéologie dont l’on découvre la mise en oeuvre en Irak et en Afrique. A présent Benghazi est au pouvoir des Djihadistes. De ces tunnels sont sortis les Fofana, les Mérah, les Nemmouche qui font figure de héros dans des générations qui n’ont pas tant «la haine» d’autrui que le mépris d’elles mêmes. On verra bien ce qu’il en résultera lorsque de ces tunnels-là sortiront peut être des douzaines d’émules de Fofana, Mérah, Nemmouche et alii. Le gouvernement de Manuel Valls en est conscient et tente d’y remédier mais l’échelle de la difficulté est telle qu’il faut pratiquement improviser au jour le jour. Même au PS une lutte fatidique est engagée pour re-gauchir le parti et signifier leur impotence aux «amis d’Israël».

L’anti-sionisme est devenu en France une donnée immédiate des postures idéologiques. Et l’on ne sait plus si c’est la «diplomatie intérieure» qui s’aligne sur celle du Quai d’Orsay ou l’inverse.

31 juillet.

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Sortie remarquée contre Israël de l’ancien premier Ministre Dominique de Villepin présenté comme avocat. C’est procureur qu’il faudrait dire tant la charge est à sens unique, méthodique et véhémente. Dominique de Villepin n’ira certes pas manifester aux côtés d’Olivier Besancenot. Lui, utilise les colonnes du «Figaro». Car une fois reconnu du bout des lèvres et pour la forme le droit d’Israël à vivre en sécurité, il le prive aussitôt des moyens d’appliquer ce droit puisqu’il déclare cet Etat seul, total, unique, éternel, sempiternel responsable de la situation actuelle. Il y a de la théologie médiévale dans cette sorte d’argumentation. On se demande alors où gît l’exemplarité de Mr. de Villepin qui l’autorise à juger de son haut un Etat et un peuple. Lorsqu’il était au Quai il s’est fait remarquer avant le déclanchement de la guerre d’Irak par un discours flamboyant de dix minutes contre les Etats-Unis, dans la droite ligne du discours de Phnom Penh du Général de Gaulle. Seulement ni lui ni Jacques Chirac n’ont eu alors le cran d’aller au bout de leur logique et d’opposer réellement leur veto au Conseil de sécurité, ce qui a valu néanmoins à Jacques Chirac d’être mis au coin par George Bush pendant un temps plus long que celui d’une récréation. Et une fois devenu Premier ministre, se souvient-on que ce même Dominique de Villepin, par ses grandioses projets pour la jeunesse a fait descendre des dizaines de milliers de manifestants dans les rues et qu’ils ont eu raison de lui? On l’a dit, Dominique de Villepin, se présente maintenant comme avocat. Heureusement qu’il n’est pas opticien: ses clients n’y verraient que d’un œil. Le plus important pour Israël n’est pas la prose «nécromantique» de notre avocat parisien mais la position du Congrès américain dont le soutien à Israël s’avère aussi bipartisan qu’indéfectible.

1er août.

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C’est sans doute en raison de ce marasme de l’intelligence, de cet affaiblissement de la lucidité que j’ai rouvert les livres de Raymond Aron et engagé la lecture de la biographie de Koestler «L’homme sans concessions» par Michel Laval. On a de la peine à imaginer à quel point le marxisme, pour employer ce terme générique, à séduit de fortes personnalités jusqu’à obnubiler leur faculté de jugement. Le livre courageux de Raymond Aron: «L’opium des intellectuels» vaut la relecture attentive. Ce n’est pas seulement qu’il y décrive la noyade de l’intelligence dans l’idéologie mais il démontre aussi à quel point ce narcotisme-là fut suicidaire pour les régimes que l’on croyait porter aux nues. Il est vrai qu’avec Aron, et dans une autre forme de démonstration, Camus l’avait courageusement analysé dans L’Homme révolté. La biographie de Michel Laval montre bien combien un homme comme le jeune Koestler, coupé de ses racines juives et géographiques, s’est révélé perméable à toutes les séductions, passant de l’une à l’autre pour les rejeter ou pour les déjuger les unes après les autres. Jeune militant sioniste, il se fait ensuite plus bolchevique que Lénine, avant de renier l’homme à la casquette qui se croyait l’incarnation même du matérialisme dialectique, autrement dit le possesseur du secret ultime de l’Histoire. Cependant et quelles que furent ses vires et voltes, il conserva une indéfectible admiration pour ceux qui créèrent et bâtirent l’Etat d’Israël. En témoignent La Tour d’Ezra ou Analyse d’un miracle. Aron, Camus, Koestler, d’autres encore. Pour garder les yeux ouverts…

RD