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DECIDER DE VIVRE  – Radio J, 2 Février 2015

In Uncategorized on février 2, 2015 at 3:02

La commémoration de la libération des camps d’extermination nazie, et particulièrement celui d’Auschwitz, a donné lieu à une émouvante réunion de chefs d’Etat et de gouvernements sur les lieux de cette horreur. Et l’on a entendu des discours fervents, des allocutions en forme d’examen de conscience, des serments pour l’avenir qui, en cette période glaciaire, ont fait chaud au cœur. Pourtant, autant que la célébration des morts importe le souci dirigé vers les vivants. Et c’est en ce point que se décèle une faille dont il ne faut jamais s’accommoder. Elle s’exprime par cette formule: « La condamnation des horreurs du génocide juif ne doit pas empêcher la critique de l’Etat d’Israël ». On a déjà relevé à quel point cette rhétorique était basse et méprisable. Elle sous-entend que les Juifs exploiteraient les sentiments liés à la Shoah pour faire bénéficier l’Etat d’Israël de l’on ne sait quelle coupable impunité. Bien sûr, chacun a le droit de critiquer l’Etat d’Israël et de se proclamer urbi et orbi antisioniste. Mais sur quoi porté exactement cette critique qui en devient souvent obsessionnelle? Sur le principe même de cet Etat, sur sa raison d’être? Sur telle ou telle action de ses gouvernements successifs? Ou bien sur tel ou tel aspect de la société que depuis 1948 il met en oeuvre avec des insuffisances patentes certes mais aussi avec des réussites éclatantes? Et d’ailleurs quel Etat au monde serait soustrait à toute critique, incarne la république idéale, réalise chaque jour la démocratie pure? La France? Les Etats-Unis? Le Qatar? La Grèce? La Chine? Face à de pareils excès l’on en arrive ainsi au point de réclamer symétriquement le droit de ne pas critiquer l’Etat d’Israël selon ce déplorable état d’esprit. Il faut s’attacher à l’expliquer sans relâche. Si le lien direct de causalité entre la Shoah et la création de l’Etat d’Israël reste toujours discuté, ce qui ne saurait l’être est bien le lien entre la création de cet Etat et la volonté des fondateurs du mouvement sioniste de mettre autant qu’il était alors possible les Juifs à l’abri de la «judéopathie», de la démence anti-juive, celle qui s’était manifestée en France durant l’Affaire Dreyfus ou lors des pogroms de Kichinev, pour nous y limiter. Mais jamais les fondateurs et les promoteurs du Mouvement Sioniste naissant n’ont réduit leur projet à l’établissement d’un territoire asilaire. De Pinsker à Gordon, de Ah’ad Haâm au Rav Kook, ce projet étant avant et par dessus tout un projet de civilisation, et de ce projet là, en dépit des guerres de toutes sortes auxquelles il a fait face du moment même de sa création l’Etat d’Israël, pas plus qu’aucun homme juif ou aucune femme juive conscient de sa vocation, ne s’est désisté. Il faudra encore bien du temps pour comprendre vraiment le «pourquoi» de la Shoah si l’on en comprend mieux à présent, grâce à de mémorables travaux, le «comment». Il faut juste garder présent à l’esprit que durant les années où l’extermination se fomentait, des hommes et des femmes de toutes obédiences idéologiques ouvraient contre vents et marées à l’opposé des territoires de la mort les chenaux de la vie, comme leurs devanciers avaient ouvert des millénaires auparavant les eaux de la Mer Rouge. Dans les temps d’incertitude que nous traversons, puisse leur exemple conforter l’espérance d’Israël pour la rendre irrésistible.

Raphaël Draï, Radio J, 2 février 2015.

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