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LE BLOC NOTES DE LA SEMAINE: Semaine du 17 mai 2015

In Uncategorized on mai 27, 2015 at 11:10

17 mai.

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La réforme du Collège portée avec ténacité et pugnacité par Najat Vajaud-Belkacem n’en suscite pas moins récriminations et parfois colères. Comme il est impossible à quiconque n’est pas du sérail d’en saisir tous les tenants et les aboutissants, les points de friction les plus criants sont ceux qui touchent à l’enseignement des langues prétendues « mortes », comme le grec et le latin, ou de celles qui semblent rétrograder dans les priorités politiques et civilisationnelles du pays, comme l’allemand. A quoi s’ajoutent les imprécisions liées à la notion de « pluridisciplinarité » dont il se trouve que je suis un praticien convaincu, à condition de ne pas confondre cet exercice avec la recette du pot au feu. L’on ne saurait non plus rester indifférent à la véritable « casse » de générations entières d’élèves, surtout issus de familles aux ressources modestes, lors de ces prétendus parcours dont on finit par se demander quel sorte d’apprentissage ils permettent d’effectuer réellement : celui d’une scolarisation prometteuse d’une socialisation réussie ou au contraire celui d’un analphabétisme aux couleurs de l’école publique car s’agissant des écoles privées celles-ci constituent de plus en plus pour les familles qui ont les moyens financiers et culturels d’y placer leur progéniture des lieux de refuge et d’épanouissement élitiste. Ce qui conduit aux deux observations suivantes. La première, d’ordre pédagogique et didactique, concerne la formation véritable des esprits et le développement pour chaque élève, citoyen en devenir, de sa propre et vivace pensée. L’école est certes un moyen électif mais ce n’est pas le seul. Chaque être humain est ou devrait être un autodidacte dans les domaines où le portent ses passions intellectuelles qui ne se bornent pas aux programmes exclusifs de l’Education nationale, pour aussi fondamentaux qu’ils paraissent. Les véritables annexes de l’école, publique ou privée, se nomment bibliothèques et librairies, C’est également en ces lieux que se produisent parfois de réelles révélations au contact d’un auteur dont on découvre les premières lignes en d’inoubliables coups de foudre. De sorte que le champ de ces passions vitales s’élargisse et s’approfondisse laissant chacun et chacun disponible pour un enseignement collectif mais aussi pour l’enseignement de soi par soi-même avec l’aide miraculeuse de livres qui ne sont pas inscrits au programme officiel mais qui s’insèrent désormais dans celui d’une vie marquée d’un « sceau » incomparable. L’autre observation concerne la manière dont cette réforme sera finalement appliquée: par décret, ce qui fait jeter les hauts cris à ses opposants qui dénoncent un si flagrant mépris de leur opinion et même de leur personne. Débat récurrent et difficilement arbitrable entre autorité et autoritarisme. L’autorité authentique résulte de résultas tangibles qui se suffisent à eux mêmes et n’ont point besoin de mise en scène médiatique. L’autoritarisme, lui, signale invariablement ce que Jacques Ellul a qualifié d’humiliation de la parole. Seul prévaut le rapport de force mais nous devrions savoir depuis Rousseau que rien de durable n’en résulte, à part le pari, in petto ou clamé au mégaphone, de la plus prochaine revanche possible.

18 mai.

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Deux reportages télévisés relatifs à la Corée du Nord font tout à la fois froid dans le dos et provoquent une réaction de révolte mais dont les issues ne se perçoivent guère pour le moment. Comment est-il possible que sur notre planète, où la démocratie devient une forme de religion civique, un régime de cette sorte non seulement existe et sévisse mais semble inexpugnable sans risquer une confrontation nucléaire? Pas un brin d’herbe ne pousse sans que la parole du Chef ne l’y ait autorisé. Le moindre écart conscient ou inconscient contre ce même chef auprès duquel Ubu Roi semble une baudruche voue l’opposant qui parfois ne sait même pas qu’il le soit devenu, aux pires disgrâces, autrement dit aux supplices les plus inhumains. Pas un millimètre carré de l’existence n’y appartient en propre au « citoyen » dont toute phrase doit s’indexer sur la glorification de l’Idole suprême. Et lorsqu’il arrive que la famine sévisse, le remède est on ne peut plus simple: on décrètera que la faim est anti-patriotique et l’on se passera de manger.

20 mai.

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Sans abuser du vocable « magique » c’est bien un peu de cette indéfinissable magie que l’on trouve ou retrouve dans l’oeuvre de Marc Chagall. Chagall est tout sauf un peintre naïf, de ceux qui sollicitent directement nos visions et nos sensations d’enfance primaire ou qui les reconstruise. Il suffit d’examiner la moindre de ses toiles pour constater à quel point l’espace y est solidement structuré en plans qui se répondent et se correspondent, même s’il faut y déceler l’influence initiale du courant cubiste, lequel a su inventer le cube à plus de six faces! Ces plans sont à leur tour peints en corrélation de manière à imprimer à la toile en question dont les personnages se retrouvent en état d’apesanteur une impulsion douce vers les hauteurs célestes. Cependant la magie propre de Chagall tient surtout à la virtuosité sans égale dans l’emploi des couleurs de sa palette. Affirmer, comme l’a fait Malraux, que Chagall est un des plus grands coloristes de l’époque contemporaine ne suffit pas. Peu de peintres supporteraient d’être comparés à Delacroix. Chagall ne se contente pas de colorier les livres d’enfants que nous portons en nos âmes. C’est la couleur proprement dite qu’il s’entend à libérer comme personne. A quoi s’ajoute le miracle de sa propre force créatrice qui lui faisait escalader à 77 ans les échafaudages du plafond de l’Opéra pour y appliquer une retouche dont son oeil seul percevait l’inéluctable complémentarité. Et que dire de vitraux de Jérusalem! Si l’on en croit Aragon, Matisse affirmait qu’il ne connaissait pas la fatigue. On se demande comment le trépas a eu raison de Chagall. Sans doute le Créateur a t-il eu raison de ses réticences en l’incitant à peindre, en prenant tout le temps nécessaire, le plafond du Septième ciel, comme on peut le percevoir lorsqu’il fait vraiment beau au dedans de nos cœurs.

R.D.

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