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NE PLUS JOUER AVEC LES « FOUS DE DIEU » – L’Arche Nov 2009

In Uncategorized on novembre 10, 2015 at 9:22

L’Iran est-il désormais en mesure de se doter de l’arme nucléaire? Les experts en discutent, les diplomaties en débattent. En attendant, le temps court et il n’est pas sûr que les démocraties en sortent indemnes. Car l’Iran n’est pas n’importe quel pays. Il s’agit d’une république, ce qui devrait rassurer, mais d’une république islamique, ce qui ravive nos inquiétudes. Cet Islam là n’est pas celui qui s’accommode volontiers de l’existence des autres religions ni même des autres courants issus de la prédication de Mahomet. Ses porte-paroles prennent au pied de la lettre et tel un commandement divin l’obligation de transformer l’humanité tout entière en terre coranique suivant un Coran qui n’a que peu à voir avec la conception contemporain des droits de l’Homme. Ce qui ne l’empêche pas le dit islamisme de se farder aux couleurs de la modernité, en promouvant par exemple un certain degré d’émancipation des femmes, à condition qu’elles n’ôtent pas leur voile et qu’elles soient capable de porter les armes pour défendre jusqu’à la dernière d’entre elle l’idéologie qui les encapuchonne. C’est pourquoi, et mis à part le Lybien Kaddafi – le plus vieux putschiste de la planète Terre – il n’est pas un seul régime arabe que les projets de cet Iran là, l’Iranium, n’inquiète. Seulement si l’inquiétude est partagée les manières de réagir divergent. Quelle attitude adopter? La fermeté? A quel degré? Celui de sanctions économiques et énergétiques pouvant aller jusqu’à un blocus? L’expérience montre, depuis l’Irak de Sadam Hussein jusqu’à l’Île castriste de Cuba, que ces sortes de sanctions qui s’assimilent à des châtiments collectifs seuls les peuples en ont les frais, des peuples qui se radicalisent alors et qui se rangent plus résolument encore derrière leurs leaders, seraient-il de sanguinaires dictateurs. L’équation se corse vis à vis du peuple Juif et de l’Etat d’Israël puisque le Président actuel de l’Iran, Mahmoud Ahmadinedjad, si mal élu, ne cesse de proclamer son intention d’effacer « l’entité sioniste » de la carte avec force de métaphores cancéreuses et affirme que la Shoah n’a pas eu lieu. Déclarations insensées qui motivent doublement ce qu’en droit international l’on qualifie de casus belli. Car aussi bien l’Iran que l’Etat d’Israël font partie de l’ONU et sont signataires de la charte de la dite Organisation. Or cette même charte d’une part leur interdit justement toute menace politicide mais d’autre part elle leur reconnaît le droit, en cas de violation de cette clause, d’assurer leur légitime défense. Les menaces itératives d’Ahmadinedjad ouvrent ainsi à l’Etat d’Israël le droit continu à cette légitime défense puisque l’on n’a jamais entendu les dirigeants de cet Etat là menacer, eux, d’annihiler la République islamique. Il appartient donc à ces mêmes dirigeants de décider par eux mêmes des circonstances et des conditions optimales qui leur permettront de mettre un terme à de pareilles menaces lesquelles, ne seraient elles que gesticulatoires, n’en seraient pas moins condamnables. La République islamique de Khamenei et d’Ahmadinedjad ne doit certes pas être diabolisée. La dernière « consultation » électorale en Iran a révélé un fort besoin de démocratie classique qui ne soit pas passée au filtre de la théocratie. Ne pas la diaboliser c’est admettre néanmoins qu’elle est fanatisée au point que l’on ne sache plus si c’est son fanatisme qui nourrit son nationalisme ou, à l’inverse, si ce n’est pas son nationalisme exacerbé qui alimente son fanatisme délirant. Car l’on aurait tort de douter que l’« Iranium » ne soit pas persuadé de sa propre mission tant au sein du monde arabo-musulman qu’au regard du reste de la planète. Une fois les buts fixés, la stratégie suit, et celle ci commande l’acquisition de tous les moyens permettant la réalisation de cette auto-mission, si l’on peut ainsi la qualifier. Pourquoi les démocraties à commencer par l’Etat d’Israël y résistent elles? Parce qu’elles maintiennent, quoi qu’il en soit, un solide front idéologique et parce qu’elles disposent des moyens militaires pour le renforcer. Par suite, ce front sera érodé d’abord par la permanente pression du terrorisme – qui expose chacun d’entre nous à d’insupportables fouilles au corps, à Orly ou à Marignane -, un terrorisme qui nouera des liens avec Al Qaida ou d’autres mafias innommées; ensuite, ce front sera rompu précisément par l’obtention de l’arme nucléaire couplée – ne l’oublions jamais – à celle de la terreur dirigée contre les civils. C’est en ce point qu’il faut récuser un autre argument entendu de-ci de-là: après tout pourquoi avoir peur de la bombe iranienne puisque nous avons vécu des décennies avec les bombes soviétiques et que nous vivons avec les bombes d’une Chine toujours sous l’emprise de son parti communiste, sans parler de l’arsenal pakistanais? A la différence des missiles iraniens l’argument est de courte portée. Aussi bien la crise des fusées de Cuba en 1962 que celle des fusées Pershing en 1983 ont montré que les dirigeants de l’Union soviétique demeuraient des acteurs rationnels de la stratégie nucléaire de ce temps là, qu’ils avaient une claire conscience de leurs intérêts et des lignes rouges tracées par le camp d’en face au point de savoir sans ambiguïté jusqu’où ils pouvaient aller trop loin. Surtout, l’argument « soviétique » n’a plus d’effectivité puisque l’URSS à finalement disparu, le monde dit libre s’étant systématiquement employé à précipiter sa fin. La République islamique ne satisfait pas, loin s’en faut, à ce critère de rationalité et ce qui le démontre est justement sa négation de la Shoah. Pareille négation ne constitue pas seulement un scandale moral. Elle constitue un symptôme majeur de déconnection de la réalité historique et même mentale au regard de l’histoire contemporaine, avec un refus pathologique de ses enseignements. C’est pourquoi ce symptôme ne doit pas être interprété au regard de la menace dirigée contre l’Etat d’Israël exclusivement. Il dessine un signe global particulièrement préoccupant – parce que clinique – pour toutes les démocraties. Aujourd’hui c’est la Shoah dont la négation sollicite la répétition. Demain, ailleurs, d’autres dénis opéreront qui justifieraient d’autres passages à l’acte. Or parmi tous les enseignements du XXème siècle et de la seconde Guerre mondiale il en est un qu’il faut vraiment se mettre dans le crâne: les dictatures disent ce qu’elles font, ou en tous cas le laissent discerner et, dès qu’elles en ont les moyens, elles font ce qu’elles ont annoncé. Les démocraties doivent se le tenir pour dit à leur tour et ne pas confondre les négociations destinées à mettre vraiment un terme à des menaces aussi inacceptables et celles qui ne sont que dilatoires, celles qui les mènent en bateau jusqu’au point de non – retour. Les négociations avec la République islamique d’Iran ne doivent plus se dérouler selon le double calendrier – le premier formel, le second secret – des « fous de Dieu » mais en fonction de celui des démocraties dignes de ce nom, un calendrier comportant ses propres dates butoirs. Après quoi chacun devra prendre ses responsabilités devant l’Histoire, le genre humain et devant Dieu aussi[1]. Les mois qui viennent appartiendront aux êtres dotés de cette capacité vitale: la capacité de décision.

                                       Raphaël Draï zal

[1] Cf. Andrew Roberts, Masters and commanders. The Military Geniuses who led the West to Victory in WWII.Penguin, 2008.

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