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Commentaire Paracha Vayakhel

In Uncategorized on mars 3, 2016 at 11:23

22 Vayakhel

VAYAKHEL 

(Ex, 35, 11)

L’entame de cette nouvelle paracha peut paraître ordinaire: «  Moïse assemble (vayakhel) toute la communauté (êda) d’Israël pour leur dire…», comme s’il s’agissait de la simple convocation du peuple pour lui communiquer, telle quelle, la Parole divine. En réalité ces premiers mots qualifient la communauté d’Israël  au regard de sa propre histoire et vis à vis de Dieu. Et cette terminologie est essentielle si l’on se souvient que la paracha précédente relatait la régression idolâtre du Veau d’or qui mena le peuple des Bnei Israël au bord de l’anéantissement, en lui faisant perdre toute substance, toute consistante, toute forme distinctive, mais également toute mémoire. Et ce fut la grandeur de Moïse que d’y parer, alors même qu’il se trouvait sur le mont Sinaï pour y recevoir l’enseignement divin. Moïse n’eut de cesse d’abord que d’obtenir que Dieu diffère sa réaction immédiate (chouv mi h’aron apekha), avant qu’Il ne lui révèle les 13 attributs de la compassion  et avant que lui même, Moïse, ne retrouve le peuple pour y exercer le jugement de sa transgression, de sorte qu’il ne fût plus porté à la récidive.

A la suite de cette tourmente d’un extrême violence, le peuple se sent désemparé, jugé et déjugé à la fois, découronné de tous les attributs qu’il avait acquits par son acceptation de la Loi au Sinaï. Or il lui faut reprendre l’oeuvre du Sanctuaire et sa marche dans l’Histoire. C’est pourquoi, Moïse, pour qui les temps de cette histoire, quels qu’ils soient, doivent se suivre et non pas s’entr’annuler, a à cœur de reconstituer le peuple dans ses configurations essentielles, post-traumatiques, afin qu’il se remette à l’oeuvre lui permettant  d’offrir digne hospitalité à la Présence divine. Et c’est pourquoi aussi le verbe VaYaKHeL est utilisé, et qu’il l’est au regard de ce groupement humain nommé ÊDA. Ce dernier terme est construit sur la racine ÊD qui désigne le témoignage, dimension irrécusable de la Création et plus particulièrement du site adéquat à l’Humain, le GaN ÊDeN. A ce moment précis, le peuple ne  forme pas simplement un goï, une ethnie, terme que Samson- Raphaël Hirsch rapproche de GouPH, le corps. Il constitue une ÊDA, une communauté en mesure de témoigner des phases précédentes de son parcours en attendant d’en engager les suites; une communauté dotée désormais d’une Histoire, avec ses instants lumineux et ses phases sombres, une Histoire entière, appelée à se poursuivre et non pas à recommencer chaque fois de zéro, comme une plante que l’on voudrait rempoter chaque matin.

C’est dans le prolongement de cette Histoire attestée que Moïse emploie précisément le verbe VaYeKHeL pour qualifier la nouvelle manière de rassembler le peuple convalescent, de constituer la ÊDA en KaHaL. Le sens de ce mot se déduit de sa racine KHL, où se discerne la racine encore plus intime HL, que l’on retrouve dans NaHeL, la direction supérieurement inspirée, ou dans HaLeL, l’action de grâce.

Tous ces termes pivotent autour la lettre Hei qui désigne la Présence divine, Présence  rendue possible en milieu humain parce que les autres valeurs de cette lettre-source  y sont réalisées: le sens de l’interrogation, celui de la perspective, celui de la singularisation et celui de la féminité. Par l’emploi de ce terme c’est ce bouquet de significations liées entre elles, que Moïse, doué de l’esprit de suite sans lequel aucune Histoire n’est concevable, réunit.

Et qu’annonce t-il aussitôt de la Parole divine? D’une part, la nécessité de l’observance du chabbat et d’autre part, mais ensuite seulement, la nomenclature confirmée de tous les matériaux et éléments qui constitueront le Sanctuaire une fois que le travail requis à cette fin aura été mené à son terme. Cet ordre n’est pas aléatoire. Il faut comprendre que c’est le chabbat qui confère sa signification générique au Sanctuaire, parce que c’est le chabbat – comme on le verra plus longuement à propos d’une autre paracha – qui fait se révéler pleinement l’âme humaine à partir de ses premières palpitations, tandis que la capacité de l’observer atteste de la maîtrise des pulsions humaines lesquelles, à la différence des pulsions animales, sont en mesure de dominer son intelligence et de  l’asservir.

Forts de cette réorientation, intime et historiale, les Bnei Israël se remettent à l’oeuvre, pansant leurs blessures et attendant que le Sanctuaire édifié, et édifié par tous, porte témoignage que la régression du Veau d’Or n’est plus qu’un mauvais souvenir, un mauvais souvenir qu’il ne faudra  tout de même pas complètement oublier, témoignage oblige.

Raphaël Draï zal, 3 mars 2013

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