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FRANCE, ETE 2006 – Chronique drôlatique – L’Arche Juillet 2006

In Uncategorized on juin 19, 2016 at 5:14

En l’an de grâce 2006, à quelques jours de l’été, la France n’a d’yeux que pour le ballon rond. La Coupe du monde est pleine, à déborder. Voir courir le ballon d’un but à l’autre, supputer les combinaisons entre le milieu de terrain et les avants, bondir au plafond lorsqu’elles réussissent, s’arracher les cheveux lorsqu’elles ratent, voilà ce qui se produit devant quelques millions de postes de télé parfois dissimulés dans les toilettes. Oublier … La France a besoin d’oublier. Depuis novembre les mauvaises nouvelles se succèdent et les « affaires » font la queue le leu. Le feu des banlieues courrait encore qu’éclatait le scandale d’Outreau. Celui-ci résonnait toujours qu’éclatait le scandale du Clémenceau. Le porte-avions, aussi spectral qu’amianté, n’était pas revenu des mers chaudes vers les côtes bretonnes qu’éclatait le conflit du CPE, lequel à peine soldé s’ouvrait sur l’affaire Clearstream. Celle n’a pas fini de vagir et voici l’on ne parle plus que des stock- options d’EADS. L’addition pour la France est mégalithique. Alors autant voir le ballon rond se faufiler entre les pieds de Thierry ou aboutir sur la tête de Ronaldo! Ce qu’il est convenu d’appeler la société civile veut étourdir le vertige qui l’attire vers le bas dés que l’Etat décline son nom. Le seul recours mental pour y résister reste la métaphore footbalistique. Car, des deux côtés du terrain, les équipes en compétition pour la finale de 2007 cette fois sont formées de bras cassés et de jambes en plomb. Dans le camp de droite – maillot bleu-blanc-rouge, chaussettes tricolores – les deux avants se soucient moins de faire entrer le ballon dans la cage adverse que de se briser réciproquement les tibias tandis que l’Arbitre ne cesse d’aller et venir dans les vestiaires afin de retrouver son sifflet. Au demeurant l’équipe de droite est surtout inquiétée par l’équipier qui joue au centre. Lorsque les avants sont lancés, balle au pied, il se met à sortir des cartons rouge tout en s’approchant de l’équipe de gauche, comme s’il y jouait au poste d’arrière. A ce moment, les spectateurs du virage « Libéral » qui n’y comprennent plus grand-chose jettent sur le terrain des rouleaux de papier hygiénique. L’équipe de gauche – maillots rose à bandes vertes et rouges – ne laisse pas, elle aussi, de troubler les commentateurs des chaînes spécialisées. A découvrir qui cherche à s’emparer du ballon, d’abord ceux- ci ne savent plus si c’est du foot- ball masculin ou féminin. Ensuite ils constatent, éberlués, que les avants et les milieux de terrain s’arrachent tour à tour le brassard de capitaine en se traitant de drôles de noms: « Blairistes! », « Démacoqs! » et pire que tout : « Ancien – ministre – de – François – Mitterrand! ». Dans le « Virage des banlieues » des jeunes s’excitent : « Chomants! » (ce qui veut dire : manchots)! A ce moment, l’une des meneuses de jeu qui arbore ses sondages de popularité en peinture fluo s’arrête pile devant eux et lance: « Si vous continuez, j’appelle Bigeard ». Sous les casquettes l’on frémit d’avance. Pendant l’altercation, les deux seuls joueurs composant l’équipe des Verts – maillot poireau, bandes épinards, bonnet mâche – s’échauffent sur la pelouse, verte comme il se doit. L’un et l’autre font à petite foulées le tour du terrain mais en sens inverse, veillant bien au passage à ne pas froisser les coquelicots tardifs. Les trois remplaçants du PC – maillot rouge décoloré, bandes roses – les surveillent d’un regard anguleux. Eux savent qu’ils ne joueront qu’après les arrêts de jeu. En dehors des stades, le ballon roule aussi. Dans les salles d’examen, les sujets du Bac tournent autour du thème constant, par exemple en Philo : « Peut –on dire que la Terre soit assimilable à un ballon de foot frappé à l’aveuglette? Cette vue des choses vous paraît –elle conforter une philosophie pessimiste de l’existence? » Les élèves s’entre – regardent : qu’est- ce que l’existence? Foin des rabats- joie! En cet été 2006, rivé à la télé en s’enfournant un quart de pizza refroidie, chacun ne pense plus à la persistance du chômage, aux statistiques inquiétantes sur l’agressivité juvénile, aux déboires du Contrat Nouvelle Embauche, à l’Europe en panne, à la chute vertigineuse du lectorat pour autre chose que la dénudation des secrets de famille, les affabulations bibliques, les histoires de momies résurgentes ou de copulations eugénistes sur le vaisseau SO4H2 en route vers l’anti- galaxie Torzum. Heureusement que dans la Communauté, l’on a appris à faire la part des choses. Nul ne s’y adonne ostensiblement au spectacle narcotique du ballon rond pendant les cercles d’études talmudiques, pendant les concerts de h’azanout, pendant les commissions d’éthique du Consistoire ou pendant les discours de bar- mitsva. Et pas besoin d’écran plasma non plus. Tout le monde a son portable.

Du côté de Vincennes, Madame Zulma regarde au fond de sa boule de verre, ronde également. Elle tente de discerner le futur. Elle conjecture les événements qui s’agitent dans les limbes. Elle suppute les surprises sidérantes, les « coups du lapin » de l’avenir. « C’est drôle », se dit –elle, « tout m’apparaît de la même couleur presque noire : bleu marine ». Elle a beau se creuser la cervelle, elle ne comprend pas pourquoi. Elle bute sur le point aveugle de son ultra- voyance, internationalement réputée. Ce n’est tout de même pas à cause des périples du Clemenceau sur les océans du monde? Langue au chat, elle se résout à consulter sa consoeur. Madame Zaphira officie du côté de la Butte. Outre son diplôme d’extra- lucide, Madame Zaphira s’enorgueillit d’un doctorat en psychopathologie sur: « L’incidence des tarots dans l’inconscient collectif jungien ». Elle pousse donc Madame Zulma à l’association d’idées. Et ça marche! Marine? Marine? Bien sûr! La fille de Le Pen! Madame Zulma chuinte: « Comment, chère Zaphira, vous ultra-voyez Marine Le Pen en 2007, au second tour? » Madame Zaphira confirme de la perruque : « A n’en pas douter. Si, à force de se briser mutuellement les chevilles, plus aucun joueur ne reste sur le terrain. Même arrosé ». Un petit doute persiste néanmoins chez Madame Zulma. Comment en avoir le cœur net? Elle se souvient d’avoir accompagné Madonna à un cours dit de Cabbale dispensé dans un petit local de la rue Dépavée. Elle s’y rend sans plus tarder. Discrètement elle pousse la porte qui, à cette heure tardive, laisse passer un rai de la lumière blanche-bleue qu’on ne saurait confondre avec aucune autre. Ce rai l’inquiète : la Confrérie s’adonnerait – elle également au culte du ballon de cuir? Elle s’approche et, soudain, pousse un soupir de soulagement qui fait tourner la tête des dix personnes assises devant l’écran. Grâce au ciel ils ne regardent pas Brésil – Japon mais le Grand rabbin de France qui passe chez Thierry Ardisson à l’heure critique des « Réparations de Minuit » pour exalter les miracles de la bonté divine. « Sauvés! » murmure t-elle! « Nous sommes sauvés!. Mais que cela ne nous empêche pas de préparer les prochaines élections. J’en parlerai à tous les ministres et à tous les parlementaires qui viennent me consulter pour éclairer leur destin ».

                     Raphaël Draï

Pour le faire part

Dan et Stéphanie Draï sont heureux de vous faire de la naissance de la petite Eden le 29 mai à leur foyer. Mazel tov aux parents et aux familles Draï et Lok.

Raphaël Draï zal, L’Arche Juillet 2006

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