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Hommage à Leon Askenazi (« Manitou ») par Raphaël Draï zal – 27 Octobre 2006

In Uncategorized on octobre 31, 2016 at 8:52

leonaskenazi

Chers amis

Regrettant de ne pouvoir être présent parmi vous ce soir, j’ai eu à cœur de m’associer à l’hommage rendu à la mémoire de Léon Askénazi. Chacun vous l’aura fait selon ce qu’il a appris de celui qui fut « totémisé » Manitou – excusez du peu. Pour ma part je voudrais relater en quelques mots les circonstances tant personnelles qu’intellectuelles au cours desquelles je l’ai rencontré et entendu pour la première fois. C’était en 1964, si ma mémoire est bonne, à l’occasion du quarantième anniversaire du mouvement EIF. Je faisais partie de la délégation des EI de Montpellier, de ce groupe que j’avais contribué à remonter après notre dramatique départ d’Algérie et la dispersion qui s’en est suivie. Nous nous sommes retrouvés en compagnie des autres scouts dans les locaux de l’avenue de Ségur, attendant la conférence de celui qui était alors l’aumônier du mouvement. Léon Askénazi entra, avec sa barbe en collier et déjà cette mèche blanche qui courrait dans ses cheveux noirs, métaphore de la page blanche et de l’encre qui va s’y tracer en signe pleins de sens. Je me souviens fort bien du thème de sa conférence pour la bonne raison que je n’en compris pas bien tous les termes. Léon Askénazi avait entrepris de nous entretenir de son thème d’élection: l’identité. Me trouvant dans les débuts d’études de droit je ne voyait pas ce que ce mot voulait exactement dire s’agissant de notre vie et de notre survie. Je croyais même qu’il s’agissait d’une référence à la question mathématique… des « identités remarquables »!. J’interrogeais donc gauchement Léon Askénazi dont la réponse, dois-je l’avouer, me passa un peu par-dessus la tête tant j’étais à peine familiarisé avec les références dont elle s’autorisait. Depuis je me suis mis à mon tour en chemin… En revanche je suis resté frappé par sa manière de présenter son sujet et par le ton de sa voix. Lorsqu’il abordait un débat relatif à la pensée juive, Léon Askénazi, peut être l’avez-vous également observé, prenait le temps d’amener son sujet. D’où ces introductions graduelles qu’il faisait monter un peu comme l’on grimpe, degré après degré, un escalier élevé pour découvrir enfin de la marche la plus haute l’ampleur et la beauté insoupçonnée du paysage. Cette façon de faire procédait sans doute de la conscience intime qu’entrer dans la pensée juive ne s’opérait pas sans conséquences et que l’on ne devait s’y prêter que d’un véritable consentement. Il en allait de même lorsque le débat tournait à la polémique. Sans rien céder sur ses positions, animé de la conviction que celles-ci dépassaient de beaucoup sa propre personne, il se plaçait résolument dans les raisons de son interlocuteur dont il allait jusqu’à reprendre le langage et la formes de pensée avant de lui répondre, une réponse qu’il voulait compréhensive, ménageant l’en-suite du débat pour tenter de le transformer en dialogue, comme il le fit un jour avec Robert Mizrahi à propos de l’universalisme juif réel et incidemment des mariages mixtes. Et puis, il y avait cette voix, sa voix, presque toujours égale, parfois aux confins du chuchotement, cette voix voilée qui est souvent celle des penseurs originaires d’Algérie, comme si en cette voix là plusieurs langues se tissaient dont chacune aurait pu s’exprimer au même moment, attestant ainsi de l’existence de son univers culturel et spirituel propre, en relation avec tous les autres. Cette voix là, je l’ai toujours trouvée étroitement ajustée à son propos, ne cherchant ni l’effet ni l’emphase comme s’y laissent aller, – hélas! – les bateleurs et les démagogues. Cette voix revêtait, au sens propre du vêtement biblique, le commentaire d’une autre parole, entendue au Sinaï ou lors de la création du monde. C’est à ce titre qu’elle était à la mesure d’un enseignement digne de ce nom qui se réclamait du Zohar, du Rambam ou du Rav Kook.

Voilà dix ans que Léon Askénazi a été rappelé à l’Ecole d’en haut, à la Yechiva chel maâla. Puisse t-il continuer de nous inspirer dans les directions exigeantes de cette hauteur là, hauteur véritablement ascensionnelle mais jamais hautaine, qui ne s’enorgueillit jamais de ce qu’on l’on croit savoir tant il reste encore et encore à apprendre …

Zikhrono leberakha.

 

                                             Raphaël Draï zal, 26 Octobre 2006

Ce texte fut écrit pour l’hommage à Léon Askenazi organisé par le FSJU en Novembre 2006 à l’Espace Rachi

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