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Reconstruire le Temple – Par Raphaël Draï

In Uncategorized on juillet 30, 2017 at 12:32

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L’été apparaît comme la saison du plus grand contraste pour une conscience juive attentive a l’enlacement du temps naturel et du temps historique. Saison du soleil, des vacances, de la liberté retrouvée pour un temps au moins. Mais aussi saison du mois d’Av, et notamment de ce 9 Av, date fatidique de la destruction des deux temples d’Israël. Le jeûne du 9 Av n’est pas seulement l’épreuve recommencée de la faim et de la soif sous le soleil ardent, comme l’éprouvèrent plus longuement et plus durement les assiégés de la Ville Sainte, d’abord par les armées de Nabuchodonosor puis par celles de Rome. ll est aussi l’occasion de réfléchir sur les causes de cette double catastrophe afin de mieux prévenir sa répétition éventuelle. Selon la Tradition d’Israël ces causes sont essentiellement internes au Peuple juif. Les armées étrangères ne sont venues que pour consommer une ruine déjà largement engagée au sein même de ce Peuple par la méconnaissance de l’Alliance du Sinaï.

Méconnaissance qui se traduisit d’abord par l’incapacité de respecter l’éthique du shabbat telle qu’elle se pratique avec la libération des servants après les six années de leur engagement; par le repos de la terre après les six années de son exploitation ; par la libération jubilaire de la société après quarante-neuf années de transactions commerciales, d’acquisitions mobilières et immobilières, de créances accumulées. Méconnaissance qui se traduisit aussi par l’application rigoriste de la règle du droit, du din, qui l’emporta sur le souci de la réconciliation sociale, du tsedek, telle qu’elle incombe aussi au juge ”partenaire de Dieu dans la Création ». Méconnaissance qui exerça enfin ses ravages par la dénaturation du langage et de l’affectivité par l’habitude corrosive de la calomnie et de la haine sans raisons. L’exil viendra sanctionner le refus de l’Alliance, de sorte que ses termes en soient redécouverts et de nouveau endossés. C’est pourquoi la Déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël en 1948 se place sous le signe de l’exigence prophétique. La an de l’exil politique apparaît à cet égard comme la reprise de l’exigence shabbatique dont on observe qu’elle est déjà rappelée par Moïse lors de la Traversée du Désert avant que ne soient assemblées les éléments du Sanctuaire confectionnés après la régression du Veau d’Or. Aujourd’hui l’on peut imaginer que le Troisième Temple soit une sorte de somptueuse Cathédrale juive. On doit néanmoins se rappeler que le seul endroit que Dieu désigne nommément comme sa Résidence n’est autre que l’intimité cordiale d’un peuple révélé à lui-même parce que la Parole qui s’y entend cherche à concilier et non à lapider ; parce que la Loi qui s’y commente cherche à concilier et non à exclure parce que le Pouvoir sous toutes ses formes a laissé place à la responsabilité et au désintéressement.

Israël est ressuscité sur une Terre qui de nouveau le met à l’épreuve de cette éthique grave parce que sanctionnée. A la verticale des Textes du Talmud et de toute constitution juridique, le Soleil d’Av rappelle l’acier tranchant du non-amour.

Raphaël Draï zal, L’Arche Juillet Aout 1990

LE SENS DES MITSVOT: PARACHA DEVARIM

In Uncategorized on juillet 27, 2017 at 7:32

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« Je donnai alors à vos juges les instructions suivantes: « Ecoutez également tous vos frères et prononcez équitablement (tsedek) entre (bein) chacun et son frère, entre chacun et l’étranger. Ne faites point en justice acception de personne; donnez audience au petit comme au grand, ne craignez qui ce soit car la justice est à Dieu ! Que si une affaire est trop difficile pour vous (ykché mikem), déférez la à moi (takriboun) et j’en prendrai connaissance » Dt, 1, 16, 17.

Traduction du Rabbinat.

Ces prescriptions concernant l’exercice de la justice sont capitales. Elles font suite à l’observation de Moïse selon lequel le peuple libéré d’Egypte est devenu un peuple nombreux, vivace mais qui doit être intiment régulé. La justice devient la forme supérieure de cette régulation vitale.

Dans un peuple libre, et du fait même de cette liberté, il est impossible que des différents ne surgissent pas, que des conflits ne se fassent pas jour. Il ne faut surtout pas en réprimer les manifestations. Une fois celles-ci produites, il importe surtout de leur trouver une issue qui non seulement ménage le principe de fraternité inhérent à ce peuple mais qui le renforce. La mise en place d’institutions spécifiques est destinée à atteindre le mieux possible cet objectif. La description de l’organisation du peuple d’Israël n’a pas pour but d’en détailler la hiérarchie externe mais au contraire de souligner sa plus grande proximité quotidienne avec chaque Bnei Israël. Les différents et les conflits, pour ne pas parler d’affrontements, sont à la fois cause et effet d’un trouble de la parole lorsqu’elle excède ce que l’on ressent, qu’elle ne trouve plus les mots pour le dire. Colère et mutisme comprimés peuvent conduire aux pires extrémités.

C’est pourquoi s’agissant de la conception même de la justice, celle-ci est formulée prioritairement en termes d’écoute. Le juge n’est pas ce magistrat armé de la loi comme d’une trique. Il est d’abord et avant tout un reconstituant de la parole interhumaine. Dans un conflit, chacun n’entend plus que soi et s’avère incapable d’écouter autrui. Par sa fonction, le juge, à la fois dayan et chophet, doit rétablir une capacité d’écoute à nouveau réciproque et bilatérale. C’est pourquoi un mot apparemment anodin, le mot « entre » (bein) est décisif puisqu’il désigne, au lieu de la mêlée confuse du conflit, le rétablissement d’un espace-temps permettant à la parole de l’un et de l’autre de s’exprimer enfin, de sorte qu’elle fût entendue.

De ce point de vue, il y va du juge comme du médecin qui devant une hémorragie – en l’occurrence une hémorragie de colère – doit avant tout la faire cesser, placer s’il le faut un garrot, en attendant que la circulation du sang reprenne son cours normal. C’est pourquoi aussi le juge ne doit faire acception de personne, ni entre le citoyen et l’étranger, ni en fonction de critère sociaux car il est possible que ces différenciations elles mêmes aient été à l’origine d’un conflit désormais infecté.

En ce sens, la notion de tsédek devient bien plus large que celle d’équité. Pour le juge, juger consiste non pas à rétablir un statu quo ante mais littéralement à recréer une relation interhumaine. On comprend mieux alors pourquoi la notion de jugement est référée non à une instance sociale, serait-elle la plus éminente, mais directement à Dieu en tant que Créateur. Rendre la justice équivaut à poursuivre l’oeuvre de la Création proprement dite. Le cours de la Création est imprévisible et débordera toujours les cadres d’une pensée prédéterminée. D’où la mention de ces « cas difficiles » qui illustrent l’une des problématiques les plus stimulantes de la théorie contemporaine du droit.

Lorsqu’un cas judiciaire s’avère d’une complexité telle qu’il semble outre-passer les ressources juridictionnelles actuellement disponibles de la collectivité humaine formée par les « sortis d’Egypte », au lieu de refuser de juger le magistrat devra en donner connaissance à Moïse, littéralement « l’approcher de lui » comme s’il s’agissait de l’accomplissement d’un sacrifice, d’un KoRBaN, d’une liturgie de renouement. Dans ce cas il appartiendra à Moïse non pas exactement « d’en prendre connaissance « (le mot daât n’est pas employé) mais de l’écouter, de l’ausculter encore plus attentivement. Car ce qui fait la difficulté d’un tel cas, c’est probablement sa teneur en passion qui déborde ce qu’un juge du rang est en mesure à son niveau d’en écouter et d’en comprendre.

Toute la formation du juge consister à affiner sa capacité d’écoute conciliatrice. C’est en ce sens qu’il se rapproche du psychanalyste, lequel en effet est capable d’entendre ce qu’une oreille ordinaire ne saurait habituellement déceler pour in fine privilégier l’expression de la pulsion de vie.

                               Raphaël Draï zatsal, 31 juillet 2014

« Paix ou Vérité?! » par le GR Daniel Dahan – à la mémoire du Pr. Raphaël Draï zal

In Uncategorized on juillet 21, 2017 at 10:42

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LE SENS DES MITSVOT: Paracha MATTOT

In Uncategorized on juillet 21, 2017 at 10:19

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« Moïse parla (vaydabber) aux chefs des tribus des enfants d’Israël, en ces termes: «Voici (zé hadabar) ce qu’a ordonné (acher tsiva) l’Eternel: « Si un homme fait un vœu (néder) au Seigneur, ou s’impose par un serment (chevouâ), quelques interdictions (issar) à lui même, il ne peut violer (yah’el) sa parole: tout ce qu’a proféré (hayotsé) sa bouche il doit l’accomplir »  (Nb, 30, 2, 3). Bible du Rabbinat.

Cette paracha est l’avant-dernière du livre des Nombres et l’on peut s’étonner qu’elle commence par cette prescription. Un être qui s’engage vis à vis de lui même a t-il besoin qu’on le rappelle au sens de ses engagements? Deux termes sont ici à prendre en considération: neder, que l’on traduit par vœu, et issar ou issour que l’on traduit par interdit. Pourquoi font-il électivement l’objet de ce rappel? Nous nous trouvons là dans un cas bien particulier d’auto-législation.

En principe aussi bien ce qui est permis que ce qui est interdit d’accomplir se trouve objectivement énoncé par une Loi qui vaut pour tous, qui bien sûr prend en compte les personnes mais qui ne les considère pas le cas échéant comme des exceptions contradictoires à la règle commune. L’étude des 613 mitsvot permet à chacun de savoir à quoi s’en tenir, sans en rien retrancher et sans y rien ajouter non plus. La situation envisagée dès le début de la paracha est quelque peu différente. Sans se placer bien sûr en dehors de Loi, un individu croit devoir l’adapter à ses propres dispositions d’esprit et s’engager à faire plus que ce qu’elle prescrit.

En ce sens le mot « vœu » ne rend qu’imparfaitement compte de son homologue hébraïque: NeDeR qui se rapporte à la racine DR que l’on retrouve dans des vocables aussi chargés de significations que DiRa, la maison d’habitation, DRoR, la liberté, notamment celle qui est proclamée lors de l’année jubilaire, du Yovel ; et bien sûr DoR qui désigne la relation entre générations. Quiconque s’engage par un NeDer de cette sorte engage plus que soi même, à la fois dans l’espace et dans le temps. Et sur ce dernier plan tous les serments ou jurements ne valent en effet que pour l’avenir.

L’auteur du NeDeR donc scrupuleusement veiller et avant même que de le formuler à ajuster ce NeDer à ses facultés réelles de réalisation. Autrement il aura engagé l’avenir sur une voie fallacieuse et devra en répondre. Il n’en va as autrement pour l’interdit qui cette fois et sous cette forme ne saurait s’imposer à autrui, qui ne vaut que vis à vis de soi. Il faut également, avant que de le formuler, s’assurer que l’on est bien en mesure de l’observer. Autrement on n’aura joué que les surenchérisseurs sans pouvoir assumer l’enchère elle même le moment venu.

Une autre question se pose cependant: pourquoi ces règles sont-elles rappelées ce moment précis, alors que les enfants d’Israël s’approchent du Jourdain et de le terre de Canaan? Afin de souligner l’importance décisive de la parole pour un peuple qui a fait de la liberté l’un des deux principes génériques de son existence, avec celui de responsabilité. La liberté s’exprime et se prouve par l’échange de paroles significatives entre interlocuteurs dont aucun ne veut imposer sa volonté à l’autre. Si une collectivité d’esclaves est régie par la peur du bâton, et si l’on n’y est autorisée à porter le regard sur autrui que de bas en haut, dans un peuple libéré de cet esclavage la relation ordinaire est le face à face, et le dialogue la façon courante de s’adresser à autrui.

On aura remarqué d’ailleurs que c’est ainsi que s’exprime le début du verset précité à propos de Moïse: «Moïse parla (vaydabber) aux chefs des tribus des enfants d’Israël pour dire (lemor) ». Seul le Créateur enjoint, prescrit, légifère. Moïse se contente de transmettre prophétiquement ses prescriptions, c’est à dire en termes audibles et intelligibles.

Un verbe particulier permet de comprendre l’importance de la parole libre. Celle-ci ne peut consister dans un flux immaîtrisé de propos sans suites. La parole d’un être libre doit être avant tout régulée par lui même. C’est pourquoi le verset biblique, dans l’hypothèse contraire, emploie le verbe: YaH’eL qui signifie profaner, exclure du champs de la sainteté. C’est parce qu’elle est libre que la parole interhumaine est sainte mais réciproquement c’est parce qu’elle est sainte qu’elle reste libre. Parler pour ne rien dire, ou sans tenir les engagements auxquels on a de soi même souscrit, sans y être obligé, est comme souiller une source d’eaux vives et dissuader qu’on vienne y boire.

                                             Raphaël Draï zatsal , 17 juillet 2014

Emission Hommage Raphaël Draï zal – Radio J 20 Juillet

In Uncategorized on juillet 20, 2017 at 1:04

Emission du 20 Juillet 2017  Radio J

AVEC LE PROFESSEUR MARC ZERBIB, LE RABBIN ARIEL MESSAS ET SON FILS DAN DRAI
AU MICRO DE MICHEL ZERBIB.

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Nouvelle Parution – « Tu Choisiras La Vie » (Editions Lichma)

In Uncategorized on juillet 17, 2017 at 10:22

17 juillet 2017

Chers lectrices, chers lecteurs

Il y a 2 ans précisément disparaissait le Professeur Raphaël Draï zal.

Mais, malgré le vide immense qu’il nous a laissé, nous réalisons chaque jour qu’il ne nous a finalement pas totalement quitté, que même si son auteur n’est plus visible, son œuvre féconde continue quant à elle de cheminer..

Nous avons donc le bonheur de vous annoncer la publication aujourd’hui précisément – hasard du calendrier? – de ce nouvel ouvrage intitulé « Tu choisiras la Vie », cette injonction du Deutéronome qui fut le phare éclairant de son existence.. et dorénavant de la notre..
Ce recueil regroupe ses commentaires du Sefer Berechit (Livre de la Genèse) accompagnés des magnifiques illustrations de son ami Gérard Darmon, artiste-peintre à la palette de talents multicolores.
Nous remercions aussi chaleureusement, Yossef Azoulay, directeur des Editions Lichma pour cette prouesse et ce magnifique travail d’édition.

L’ouvrage est disponible dès à présent à l’adresse internet suivante:

http://editionslichma.com/fr/191-tu-choisiras-la-vie-la-genèse.html

A très bientôt

Famille Draï

 

 

 

 

Chronique Radio J du 23 Juillet 2012 – La commémoration du 70ème anniversaire de la Rafle du Vel d’Hiv

In Uncategorized on juillet 17, 2017 at 11:47

Le 23 juillet 2012

Bonjour à toutes et à tous

Les paroles prononcées ce Dimanche par François Hollande, Président de la République pour commémorer le 70ème anniversaire de la Rafle du Vel d’Hiv ont été d’une réelle pertinence politique et d’une vrai élévation spirituelle. Car s’il convenait bien sûr de rendre hommage à son prédécesseur sur cette voie, à Jacques Chirac, il importait aussi de relier l’antisémitisme des années 40 à l’antisémitisme de 2012 et de les confondre dans la même condamnation. Chacun en aura sans doute déduit que pour 2012 le Président de la République visait l’antisémitisme à visage islamiste et ainsi à inciter les responsables de la communauté musulmane de France à parler clair dans ce domaine. A présent, il importe tout autant que les actes donnent force et effectivité aux paroles, sinon la présence du Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, dimanche aux commémorations de la rafle Hitléro-Pétainiste et vendredi à la Mosquée de Paris pour la rupture du jeune du Ramadan, cette forme de double présence ne serait qu’exercice d’équilibriste. Une autre préoccupation habite l’immense majorité de la communauté juive de France. Il aura fallu près de 50 ans pour que la France se sente en tant que telle impliquée dans la Rafle de Juillet 1942. Faudra-t-il cinquante années supplémentaires pour qu’elle reconnaisse que la stigmatisation sur son sol de l’Etat d’Israël, depuis les groupements de Boycott jusqu’au Festival d’Avignon, que cette stigmatisation diabolisante relève de la même pathologie, et devrait appeler les mêmes condamnations. Va-t-il de soi, Madame la Ministre de la Culture, qu’à Avignon, sur l’un des hauts lieux de l’Histoire des juifs de France, l’Etat d’Israël soit exposé à la souillure et à la démonisation.  Sommes-nous revenus au Moyen-Age, lorsque les mises en scène de la Passion et de la crucifixion du Christ mettaient aux lèvres des spectateurs une bave de sang ? Sans doute pour rester à Avignon l’on invoquera l’origine juive, comme l’on dit, des promoteurs de ce spectacle inepte qui devrait faire honte aux émules de Bach et de Jean Vilar, mais chacun sait ou devrait savoir qu’il existe aussi un antisémitisme d’origine juive.

Raphaël Draï zal, Radio J Le 23 juillet 2012 (retranscrit à partir de la note manuscrite ci-dessous)

 

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Texte manuscrit de la chronique

 

 

 

Netanya 23 Juillet 2017 – Informations Hazkara Pr. Raphaël Draï z »l

In Uncategorized on juillet 13, 2017 at 11:11

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Le Sens des mitsvot: Parachat Pinh’ass

In Uncategorized on juillet 13, 2017 at 4:48

« Pinh’ass fils d’Eléazar, fils d’Aharon le Pontife a détourné ma colère de dessus les enfants d’Israël, en se montrant jaloux de ma cause au milieu d’eux en sorte que je n’ai pas anéanti les enfants d’Israël dans mon indignation. C’est pourquoi, tu lui annonceras que je lui accorde mon alliance amicale (eth berithi chalom) » ( Nb, 25, 11, 12). Bible du Rabbinat.

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Le sens du récit biblique n’apparaît véritablement que lu en hébreu et dans la graphie de cette langue. Autrement des éléments essentiels de son interprétation se dérobent au regard optique et à l’intelligence du texte. Ainsi en va t-il lorsque l’on traduit « berithi chalom » par « alliance amicale ». Pour bien le comprendre il faut reconstituer ce qu’il est convenu d’appeler le contexte de l’affaire.

Durant la Traversée du désert, les crises n’ont pas manqué qui ont mené les Bnei Israël parfois au bord de la destruction. Chaque fois ils en ont réchappé, prenant conscience in extremis de la gravité des transgressions commises et s’engageant à ne pas les réitérer. Mais une chose est de dire, autre chose d’accomplir. D’où la récurrence de ces crises, comme si chacune d’elle mettait au jour une racine vénéneuse bien plus profonde qu’on ne l’aurait cru. Dans la paracha précédente, l’on a vu comment la malédiction commandée par le roi Balak au prophète Bilâam a été commuée en bénédiction. L’on aurait alors pensé que le peuple, rassuré par cette bénédiction d’un niveau exceptionnel, s’élève encore en spiritualité. Au lieu de quoi, une partie des Bnei Israël ne croit pas mieux faire que se livrer à la prostitution idolâtrique avec des Midianites, et cela dans la sidération complète des responsables du peuple, jusqu’au moment où Pinh’ass, brisant cette sidération, embroche le couple initiateur de l’orgie.

Dans un récit légendaire ordinaire, l’on aurait pensé également que Pinh’ass soit aussitôt érigé en héros et cité en exemple. Au lieu de quoi, la Parole divine enjoint de lui adresser un autre message: certes, le petit-fils du pontife Aharon a su prendre fait et cause pour le Dieu d’Israël et pour la loi du Sinaï. Ainsi a t-il rendu inutile une intervention directe de l’Eternel. Pourtant en agissant comme il a fait, et quelles que soient les contraintes de sa propre intervention, il n’en a pas moins porté atteinte à la vocation des Aharonides: la recherche de la paix. A n’en pas douter son infraction, car c’en est une, bénéficie de circonstances explicatives et atténuantes. Elle reste néanmoins une infraction à cette vocation native et ne saurait être érigée en norme.

Nul doute non plus que Pinh’ass en soit conscient et qu’il se retrouve taraudé par l’après- coup de son acte, comme le fut Moïse en personne après avoir tué le maître de corvée égyptien qui tourmentait un esclave hébreu dont il se sentait comme jamais le frère (Ex,2, 12). C’est pourquoi le Créateur aidera Pinh’ass a assumé ce débat de conscience en l’insérant dans une Alliance, dans une Berith, pour bien souligner qu’il ne s’agit pas d’une mesure circonstantiellemais bien d’un dispositif qui étaye la vie même du peuple tout entier.

On sait qu’il est plusieurs modalités de l’Alliance: l’Alliance du sel (Berith mélah’), l’Alliance de la circoncision – révélation ( Berith mila), le sang de l’Alliance ( dam Haberith). Cette fois il s’agit d’une Alliance de paix: Berith Chalom. Et c’est sur ce point précis que la lecture du récit en hébreu est indispensable. Car, dans le texte originel, le mot ChaLoM s’écrit d’une manière bien particulière qui ne se retrouve pas dans toutes les bibles, y compris parfois dans celles imprimées en hébreu: la vav de ChaLoM n’est pas transcrit comme il l’est ordinairement, autrement dit tel un trait continu. Il l’est de sorte à faire apparaître en son milieu une coupure, une interruption, comme s’il était constitué de deux demis vavim séparés par un blanc: ChaL:M. Comme s’il fallait également comprendre qu’à la suite de l’intervention de Pinh’ass le peuple se retrouvait lui aussi coupé en deux, la représentation pour ainsi dire graphique de cette coupure prescrivant l’obligation d’une réparation immédiate, celle précisément du chalom qui constitue la vocation originelle d’Aharon le Cohen, lequel n’est plus physiquement présent parmi le peuple qui l’a pleuré au lieu dit Hor Hahar après que le Créateur l’avait rappelé auprès de Lui.

Aucune existence, individuelle ou collective, n’est rectiligne. Elle est faite d’instants qui se suivent certes mais qui ne se ressemblent pas toujours, les uns paisibles, les autres chaotiques. Lorsque ces derniers se produisent, il ne faut pas les assigner à la fatalité, ni s’imaginer qu’ils ne se reproduiront pas. La valeur du ChaLoM ne se marchande guère. Lorsqu’elle est contrariée par l’irruption de la violence, il importe plus que jamais que celle-ci se retrouve circonscrite le plus étroitement possible et que la paix prévale à nouveau. La paix n’est pas une simple disposition affective. Elle est avec le droit et la vérité l’un des piliers de l’univers. Et de cela il est fait sans tarder leçon à Pinh’ass, encore sous le coup de son geste explicable mais qui ne doit pas faire école pour un peuple dont les institutions doivent assumer toutes leurs responsabilités.

Raphaël Draï zatsal 9 juillet 2014

 

Information- Hazkara Professeur Raphaël Draï zal – 20 Juillet 2017

In Uncategorized on juillet 7, 2017 at 11:00

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Le Sens des Mistvot: Parachat Balak

In Uncategorized on juillet 6, 2017 at 10:16

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« Soudain, le Seigneur dessilla ( vayaghel ) les yeux de Bilaam et il vit ( vayar) l’Ange du Seigneur debout sur la route, l’épée nue à la main; il s’inclina et se prosterna sur sa face » ( Nb, 22, 31). Bible du Rabbinat.

Seul l’étrange incite à l’interprétation. Quelle paracha est plus étrange en ce sens que celle qui relate la tentative de malédiction du peuple d’Israël par Balak, le fils de Péôr, sollicitant à cette fin le savoir-faire présumé d’un non moins étrange prophète, nommé Balaâm, littéralement « l’engloutisseur du peuple »? Pourtant de nombreux obstacles vont contrarier cette tentative qui vise l’âme même du peuple sorti de l’esclavage égyptien. Au delà des péripéties du récit biblique, le verset précité concerne aussi la nature même de la vision prophétique.

On le constate, deux verbes en rendent compte: vaYaGheL et vAYaR. Sont-ils redondants? Il faut le comprendre aussi exactement que possible parce que la prophétie, dans l’acception biblique du terme, la nevoua, n’a que peu de rapports avec ce qu’il est convenu d’appeler la divination et avec la prédiction de l’avenir. La nevoua concerne plutôt la perception exacte de la Parole divine afin d’en transmettre non moins exactement le contenu. Dans tous les cas il y faut une disposition de l’esprit caractérisée par une complète disponibilité et par une réceptivité maximale; ce qui exige encore que l’esprit du prophète fût désencombré de ses propres préoccupations; qu’il s’avère pleinement lucide, sans taie ni tache opaque. Lorsque cette disposition de l’esprit n’est pas assurée, l’esprit du prophète ou de celui qui passe pour tel reste entaché d’un très fort coefficient de réfraction, pour ne pas dire de déformation au risque de rendre incompréhensible la Parole divine et d’en compromettre la transmission à celui ou à ceux à qui elle est destinée afin qu’ils s’en reviennent de comportements possiblement dangereux, au risque de leur vie.

C’est pourquoi, s’agissant du prophète de malédiction, de Bilaam, incité à la destruction spirituelle puis physique du peuple d’Israël, le premier verbe employé pour ce qui le concerne est le verbe VaYaGhel construit sur la racine GL qui désigne toujours le recouvrement de la vue optique et spirituelle mais par la levée préalable de l’obstacle qui l’obscurcissait, du caillot de pensée qui empêchait la pleine compréhension de la Parole divine.

Cet obstacle se manifeste en l’occurrence par la succession de passages à l’acte d’une particulière violence commis par le prophète stipendié contre sa malheureuse ânesse avec laquelle il menait pourtant une sorte de vie commune, de concubinage contre nature! Celle-ci est certes un animal mais toutefois en mesure de discerner, elle, le sens de la parole divine, celle qui l’incite instamment à dévier de la route tortueuse qui voudrait lui faire prendre son maître malédicteur et irascible.

Si Bilaam passe ainsi à l’acte, c’est qu’habité par le sentiment de sa force divinatrice, il ne supporte pas qu’on lui résiste, qu’on n’obéisse pas à sa toute puissante volonté. Mais celle-ci se heurte désormais à celle du Créateur qui ne s’en désistera guère. Il faut alors que l’obstacle obstruant chez le prophète de malédiction le sens de la véritable perception de la parole divine fût levé – l’équivalent d’une opération de la cataracte; que fût désobstrué le puit mental qui empêchait en son esprit retors la transmission de la volonté divine, parfaitement contraire à celle de son commanditaire, de Balak.

Et c’est une fois cette opération accomplie qu’il peut pleinement percevoir ce que le Créateur attend de lui, qu’il peut véritablement voir l’Envoyé divin qui s’oppose à la progression de sa marche à contre-sens de l’Histoire d’un Israël voué à la bénédiction divine ravivant celle de tout le genre humain (Gn).

L’interaction de ces deux verbes a néanmoins une portée encore plus large que celle relative à ce singulier personnage que les Pirkéi Avot considèreront comme l’antithèse d’Abraham, le premier à être qualifié de navi, de prophète, dans le récit biblique (Gn). Dans une époque marquée par les thèmes intensément discutables que sont « la mort de Dieu », ou son « éclipse » ou son « mutisme », il importe de s’interroger, chacun à part soi et collectivement, sur la présence éventuelle en l’esprit humain d’obstacles comparables à ceux qui obstruaient l’esprit de Bilaam, et cela afin d’en opérer la levée comme il faut libérer un bien de l’hypothèque qui l’immobilise et qui le rend indisponible pour d’autres transactions.

Ces obstacles sont de plusieurs sortes et se renforcent mutuellement: les préjugés tenaces, l’ignorance voulue, l’étroitesse des conceptions, l’avarice intellectuelle, tout ce qui rabat l’esprit sur lui même et l’enferme dans un cercle de fer. Il ne faut jamais oublier que le Créateur est qualifié de « Prochain » dans le Lévitique (19, 18). Que serait un Prochain que l’on se refuserait d’accueillir, de voir et d’entendre en prétextant qu’il n’existe pas?

Raphaël Draï zatsal, 3 juillet 2014