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Bloc-Notes: Semaine du 1er Janvier 2014

1er janvier 2014

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Bonne et heureuse année 2014! Jamais des souhaits de cette texture n’auront été plus nécessaires  qu’en ce début d’an neuf. Hier soir, les vœux du Président de la république n’auront convaincu que les fidèles d’entre les fidèles. François Hollande était émouvant de sincérité. Le ton y était. La conviction aussi. Le fond manque toujours, et cruellement. Malgré  les tripatouillages sémantiques et statistiques de la semaine écoulée, la trop fameuse courbe du chômage ne s’est pas infléchie dans le bon sens. Elle ressemble au contraire, et de plus en plus, à  la règle rigide, de bois ou de métal, dont usaient les instituteurs et les institutrices à l’ancienne pour châtier le bout des doigts des chahuteurs impénitents ou des cancres professionnels. Politiquement parlant, le régime de la Vème République, en son était actuel, semble en état d’apesanteur. D’un côté une majorité qui transforme en vil plomb   ce qu’elle touche, de l’autre une opposition étêtée, sans chef véritable et dont les contre-propositions ne flottent guère mieux que les canots de sauvetage de la dite majorité, pour autant qu’elle existe toujours. Et puis, il y « la société civile », pour la nommer de ce nom désuet dont il n’est pas sûr non plus qu’il corresponde à la réalité évoquée. Dans son dernier livre – sur lequel on reviendra – «  La fin des sociétés » le vénérable et vivace Alain Touraine tente de nous convertir à son optimisme. La société à la papa, c’est fini. Il faut  promouvoir le « Sujet » aimant, créatif, porteur de droits énergisants et qui ne s’en laisse plus conter  ni compter. Difficile au demeurant de percevoir dans ce bilan théorique comment ce Sujet – là pourra naître autrement que dans des envolées incantatoires. Il  semble au contraire, et il n’y pas vraiment pas lieu de s’en réjouir, que les sociétés pénuriques et  les économies de la précarité, renforcées par les camisoles psychico-numériques, soient comparables à des champignonnières vénéneuses. On le constate avec les engeances qui se pressent aux meetings – spectacles de Dieudonné (cf. « La logique du pitre »). Qu’en sortira t-il? Les nouveaux nihilismes ne peuvent se dissoudre que dans une espérance digne de ce nom, celle qui projette un présent fécond vers un avenir de parachèvement. L’époque est prise dans le tragique  que secrète l’absence de pensée véritable.  On songe au livre de René Guénon sur « Le règne de la quantité et le signe des temps ».  La  mentalité « twitteuse » l’emporte sur les véritables processus de la connaissance et l’on préfère expectorer une sentence intellectuellement carencée de 140 signes à l’attention de milliers et de milliers de destinataires qui y répondront de même, plutôt que de former une seule vraie phrase, insérée dans un raisonnement communicatif.  Tout cela se paye et il faut espérer aussi que la note ne sera pas trop salée. A cet égard le livre de Norman Davies «  Vanished kingdoms. The History of Half – Forgotten Europe » »  incite à la réflexion. Davies  y décrit la disparition pure et simple en Europe, au sens large, de pays entiers, de royaumes, de cités, de républiques  qui se croyaient immortels. A commencer par l’URSS dont le Parti communiste français  ne semble toujours pas avoir réalisé qu’elle n’existe plus.

2 janvier

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De nombreux djhihadistes  français – on avance le chiffre de six cents combattants – sont engagés dans les combats actuels en Syrie. Certains d’entre eux sont des «convertis» à une religion qui se présente sous les dehors de l’Islam mais qui propage le culte de la mort, celle de ses adeptes et celle de leurs victimes. Cette fois, le régime de Bachar el Assad, toujours soutenu à bras tendu par la Russie de Poutine, ne fait pas de quartiers et massacre ces jeunes fanatiques sans s’acquitter des sommations d’usage. En Egypte, la situation n’incite pas à l’optimisme non plus. Le régime du général El Sissi doit faire face à des ennemis désormais mortels qui n’hésitent pas à recourir aux  attentats collectifs que l’on croyait réservés à Bagdad ou à Beyrouth. A Bagdad où le premier Ministre Nouri El Maliki appelle ses concitoyens à chasser les troupes d’Al Qaida qui tentent d’y prendre le pouvoir. Situation dangereuse qui incite  maintenant l’Iran  à proposer son aide au régime  irakien  naguère combattu à mort. Difficile de ne pas avoir le tournis! Malgré les appels du pied, Barak Obama, passablement surmené, jure que l’Amérique ne reviendra plus dans la région. La Tunisie quant à elle tente de s’en sortir cahin-caha. Voilà trois ans que Ben Ali a été chassé du pouvoir mais qu’il coule des jours heureux et anonymes, on ne sait plus où d’ailleurs.  La République tunisienne s’efforce de trouver sa voie entre les nostalgiques de l’ancien régime et les hyper-nostalgiques du temps des Califes. Trois ans c’est long, très long à l’ère de la mondialisation, quand rien n’assure que les années ainsi  consommées se rattrapent.

5 janvier

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Dans les périodes où l’hiver semble avoir gagné les esprits, il faut rouvrir les livres qui parlent de création, d’invention, bref du meilleur de l’homme: «  L’Histoire de l’Art » d’Elie Faure, « Les Voix du silence» de Malraux, « La civilisation de la Renaissance » de Burckhardt, les livres de Ruskin et de Chastel. Non par rétrogradation intellectuelle mais pour simplement se remettre à l’esprit des périodes  qui ne furent pas toujours dédiées à la paix des Cités mais où les êtres humains ont su édifier des monuments qui, des siècles après leur dédicace,  forcent notre admiration, où ils ont su peindre des tableaux qui enrichissent notre regard, sculpter des formes dont nul n’avait l’idée avant qu’elles n’apparaissent. S’interroger à leur propos est vivifiant. Comment une société humaine fait- elle naître Michel Ange, Vinci, Raphaël, pour nous y limiter? Que s’est-il passé dans ses tréfonds pour qu’en surgissent ces pinceaux pensants, ces maillets spirituels, ces truelles de l’Eternel, ou peu s’en faut, et des palettes à défier l’arc en ciel… Il n’est pas d’espoir sans mémoire, mémoire du pire sans doute mais également mémoire du meilleur. Sans cultiver aucune illusion rétrospective il faut se demander à quelles conditions une époque se survit à elle même et s’inscrit dans une durée qui ne se dégrade  plus, à moins que le soleil ne vienne à s’éteindre. Il n’en va pas autrement pour la littérature ou la musique avant qu’elles ne deviennent des succursales de l’industrie. A vrai dire, on ne re-né jamais. Toute naissance est neuve, inédite, inouïe. En ce début de 2014, ne faut-il pas réapprendre à naître sans cesse au désir de vivre?

RD

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