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Bloc-Notes 20-23 Avril

23 avril.

 Manif pour tous

Vote de la loi autorisant le mariage entre personnes du même sexe. Deux interrogations de fond apparaissent. La première concerne la théorie du droit et la philosophie juridique. Certes, aux termes du droit constitutionnel de la France la loi, au sens formel, est l’acte voté par le Parlement.

Donc, formellement parlant, cette loi si disputée doit devenir la loi de toutes les françaises et de tous les français, quoiqu’on en pense par ailleurs. Bien sûr il est toujours possible de contester cette approche « formaliste » en se plaçant sous le regard présumé d’une autre Loi, dotée d’une majuscule, qui serait la «Loi de l’espèce» et selon laquelle une loi parlementaire, votée par une majorité simplement numérique, ne saurait contredire ce qui fonde l’identité humaine. A le bien nommer, un mariage ne saurait en ce sens unir qu’un homme et une femme. A quoi les partisans du mariage homosexuel feront observer que la même «Loi de l’espèce» interdit toute forme de discrimination entre êtres humains; que le principe transcendant d’égalité ne doit souffrir aucune exception. Y aurait-il alors deux «Lois de l’espèce», inconciliables?

Une fois que le Parlement se sera prononcé, il appartiendra au Conseil constitutionnel de juger cette loi là qui pourrait passer précisément pour une loi d’exception, une loi ad hoc, à l’usage d’un petit groupe de personnes qui ne supportent pas de ne pas disposer des mêmes droits que quiconque dans la République dont ils sont les citoyens. Il reste de savoir quel sera le coût politique d’une pareille innovation législative. François Hollande s’est aliéné durablement et fondamentalement une grande partie de la Nation, laquelle a le sentiment d’avoir été bafouée dans ses croyances les moins négociables. Le risque n’est plus celui d’un simple dissentiment politique mais d’une rupture irréversible du contrat social. Il est vrai que dans nos sociétés du spectacle, un événement chasse l’autre. La majorité actuelle compte sans doute sur ce tropisme dissipatif pour faire oublier son passage en force, aurait–il toutes les apparences de la légalité formelle. La France est un pays où la rancune est une donnée immédiate de la conscience collective.

22 Avril.

Plan Boston

Les auteurs de la tuerie de Boston ont été arrêtés. Il s’agit de deux frères d’origine tchétchène, dont le plus jeune n’a pas encore vingt ans. L’un d’eux a été  tué et l’autre à son tour grièvement blessé. Il  risque à présent la peine de mort. Et reviennent ces questions plus que lancinantes: que sait-on à cet âge et du bien et du mal pour s’autoriser non seulement à donner la mort mais à la dispenser anonymement et collectivement? A quel endoctrinement narcotique faut-il s’être adonné pour perdre de la sorte le sens le plus élémentaire de la relation inter-humaine et s’autoriser à ôter la vie à des êtres de chair et de sang qui n’ont eu avec vous aucun différend direct, qui ne vous ont causé aucun préjudice personnel? Cette question, je l’avais posée au cours d’un débat sur les tueries de Montauban et de Toulouse en mars de l’année dernière. Quel tort personnel Jonathan Sandler ou les enfants Monsonégo avaient-ils causé à Mohamed Mérah pour que celui-ci les abatte de sang- froid en filmant son forfait? Et que deviendrait la vie de tous les jours si, en fonction des mêmes principes d’identification imaginaire, s’exerçait une violence symétrique contre ceux que l’on identifierait aussi aveuglément et globalement à ces « justiciers » sans justice? Le retour du chaos.

20 avril.

Photo Chatreuse de Parme

J’achève la lecture de La chartreuse de Parme. Il importe de lire ces œuvres à l’âge où ne compte pas le seul «romanesque».Le roman de Stendhal est surtout celui du Pouvoir, celui qu’exerce le Prince de l’infime principauté de Parme comme s’il était l’égal de Louis XIV ou d’Alexandre le Grand. Un tel Prince se veut absolu. Ses grâces ne durent que le temps de son bon plaisir. Il ne lui suffit pas d’être idolâtré. Les formes de cette idolâtrie doivent sans cesse se transformer afin qu’il ne s’en blase pas. Et pourtant, Le Prince omnipuissant reste à son tour sujet à la passion amoureuse. Dés lors c’est la Sanséverina qui, rebutant ses avances puis ses déclarations enflammées, deviendra le véritable Souverain de la principauté. Triste fin de ce « classique » où la thématique oedipienne se reconnaît à chaque page le mot inceste y figure d’ailleurs en toutes lettres: avec la mort en cascade des principaux protagonistes. Seul le comte Mosca en sort vivant et plus puissant qu’il n’avait jamais été. C’est aussi le personnage sans doute le plus attachant, en lequel coexistent le pouvoir politique sans réserve et l’assujettissement amoureux sans remède. Le Prince un temps esclave mais pour qui le seul amour qui survive est celui du Pouvoir sans partage.

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