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Bloc Notes : 6 au 10 Juillet

Le 10 juillet

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La guerre judiciaire se poursuit. Impitoyable. Par décision de justice, la plus grande partie des biens de Bernard Tapie est saisie. Il en conserve – temporairement – la jouissance mais il n’a plus le droit d’en disposer à sa convenance. Pour pénétrer d’à peine quelques centimètres dans le dossier Adidas, il faudrait avoir accompli des années de spéléologie des affaires.  Je ne sais si l’Etat, ou ceux qui agissent en son nom – puisqu’en principe l’Etat c’est nous, nous tous – si l’Etat a raison ou tort sur le fond. Dans la forme, il semble vraiment participer à ce que certains spécialistes des sciences sociales nomment la «brutalisation» de la vie publique, dont la propension se décèle depuis au moins la première Guerre mondiale. Que faut-il entendre par ce terme? L’oubli d’un principe majeur: aucune règle de droit, aussi fondée soit elle, ne mérite vraiment ce nom si elle ne contribue pas à la pacification, même relative,  des rapports sociaux. La loi n’est pas une trique à abattre sur le crâne et la colonne vertébrale d’un présumé contrevenant. Elle doit viser les progrès de l’aménité dans une société qui, autrement,  usurperait le qualificatif de «civile». L’Etat risque alors d’y perdre sa propre raison d’être qui est d’arbitrer entre les intérêts, de «chenaliser»  les passions, de promouvoir l’entente et la concorde. Mais il y a loin de l’idéal au réel! De plus en plus, l’Etat apparaît comme l’instrument d’un parti. Il se déclare partie prenante dans ces formes de guerre civile larvée  où l’adversaire cède dangereusement le pas à l’ennemi. Car l’ennemi est bien celui dont l’on recherche avec acharnement la proscription ou l’extermination, par tous les moyens. Dans l’annulation des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, il semble que le Conseil constitutionnel lui même n’en ait  pas été exempt. Une décision émanant d’une instance aussi éminente ne doit pas s’entendre comme un coup de gourdin fracassant une cage occipitale. Cette haute instance avait la capacité  de moduler sa décision de sorte qu’elle illustre la transcendance de la légalité et la neutralité véritable de l’institution en question. Toute décision de cette sorte doit obéir au principe de proportionnalité. La décision du Conseil constitutionnel apparaît au contraire disproportionnée, entachée de cette dé-mesure qui mine la notion même de jugement. Surtout qu’elle n’est pas susceptible d’appel. Au delà des rangs de l’UMP nombre de citoyens en ont été choqués. On  ne cessera de le répéter: lorsque les juges  donnent le sentiment, à tort ou raison, qu’ils sont descendus dans l’arène, les assises de l’Etat se descellent.

Le 8 juillet.

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Nicolas Sarkozy au bureau de l’UMP. Le retour de Zorro? L’ancien président de la République ne pouvait plus demeurer en position statique face aux assauts de ses ennemis. Il a donc tenté  une sortie, dans tous les sens du terme. Et aussitôt ont été déversés des tombereaux d’insultes dont «fraudeur» n’a pas été la moindre. Avec cette forme de hargne impressionnante qui la caractérise et dont la malheureuse Delphine Batho a simultanément fait  les frais, Ségolène Royal la première l’a proférée. Ont suivi Noël Mamère et David Assouline, pour ceux qu’il a été loisible d’entendre à la télévision. Nicolas Sarkozy doit se le tenir pour dit. La haine qu’il suscite ne se contente pas de l’instant où elle s’exprime. Elle se manifeste à titre rétroactif et rétrospectif. Dans son camp même, si personne n’ose exprimer défiance ou rejet, ces dispositions d’esprit n’en sont pas moins perceptibles. Par sa seule présence Nicolas Sarkozy contrarie des trajectoires d’ambitions déjà largement tracées, au moins sur le papier. S’il veut avoir la moindre chance de revenir aux affaires, il lui faut rassembler tout son camp, sans exception. Il été battu en 2012 précisément parce que celui-ci s’était délité aux marges, les rancunes personnelles s’ajoutant aux dissentiments idéologiques inexprimables ouvertement. Lorsqu’une élection se joue à la voix prés, chaque électeur désobligé devient à lui seul l’arbitre de la victoire. Le Centre aussi doit se donner consistance et cohérence. Mais l’on a bien senti ce mardi que l’UMP retrouvant son «leader naturel» vivait son petit printemps indien. Guaino en aurait pleuré de joie. Et même Juppé y est allé de son lapsus en parlant, à propos de Nicolas Sarkozy, du «Président de la République». Comme dit la fameuse blague tunisienne «  Si Dieu veut, mon fils … Si Dieu veut ».

Le 6 juillet.

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Est-ce à cause de la période du baccalauréat? J’ai repris « Les Natchez », de Chateaubriand, persuadé que je n’irai pas au delà de la dixième page, tant ce roman à l’eau  bénite m’avait semblé suranné et catéchétique lorsque j’en avais lu des extraits précisément l’année du bachot. J’en suis aujourd’hui à la page 400, longeant avec plaisir les rives du Meschacebé américain, à quelques encablures de la conclusion. Avec le temps – une dimension essentielle de toute l’oeuvre –  les « Natchez » apparaissent, outre la qualité de l’écriture, comme un remarquable document d’anthropologie politique. Chateaubriand y fait comparaître la civilisation, la société, l’état  de nature, l’état sauvage. On y décèle les tourments d’Œdipe, les dilemmes de « Totem et tabou ». Bien sûr, le christianisme est déclaré seule source de vraie lumière. Mais ce n’est pas, loin  s’en faut, celui de Cortés ou de l’Inquisition. Chateaubriand dénonce déjà les violences de l’occupation illégale, de l’usurpation des terres, et l’extermination des populations indigènes. Bienheureux les écrivains qui gagnent pleinement leur cause en appel..

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