danieldrai

Bloc-Notes: Semaine du 11 Novembre

12 novembre.

images-1

La Bretagne est entrée en effervescence et se rebelle contre l’éco-taxe, pourtant pétrie de bonnes intentions écologiques, et contre les destructions d’emploi dans la région. L’emblème? Un  bonnet rouge qui évoque le bonnet phrygien de la Révolution française. Mais les rebelles sont-ils de vrais «sans-culottes» décidés à accrocher à la  lanterne les suppôts de Hollande et les gardes d’Ayrault? En Bretagne le mouvement est impressionnant. Traditionnellement le mois de novembre est celui des bleuets. Il est devenu celui des coquelicots. Le gouvernement semble avoir pris la mesure de la rébellion et de sa possible contagiosité. Il pare au plus pressé et verrouille les portes coupe-feux. Jusqu’à quand? Pourtant le mouvement ne fait pas l’unanimité ni dans les partis de l’opposition ni chez les syndicats qui redoutent d’être débordés. Xavier Bertrand incrimine bien sûr la politique du gouvernement. En même temps il incite à ne pas sortir des canaux habituels du parlementarisme. La rue n’est pas à proprement parler un lieu de la «démocratie bien entendue». Alors, y a t-il le moindre risque de contagion incendiaire? C’est tout le problème des «mouvements sociaux», comme les nomment les sociologues et les politologues, expression spontanée et précisément hors cadres du dissentiment social mais aussi de la créativité collective. Foin des partis qui ne servent qu’à la carrière de leurs chefs; et foin des syndicats qui ne savent plus distribuer que de la soupe si claire qu’elle ressemble de plus en plus à de l’eau sale! Mais l’énergie potentielle, quelle soit électrique ou politique, n’est rien sans le transformateur qui la convertira en force active. Les partis et les syndicats jouent-ils encore ce rôle depuis que l’idée de révolution a été démonétisée par les excès sanglants auxquels elle a mené? Il semble que même le FN patine. Marine le Pen s’est-elle un peu trop tenue en retrait pour conforter son image de femme politique responsable, apte à gouverner? Ou bien, son parti est-il lui aussi touché par la désillusion politique collective qui afflige la France depuis des décennies, malgré de temps à autre, quelques retours de flamme ou adhésions exaspérées  à la logique du pire?  Du haut de sa tour, sœur Anne  ne perçoit aucun changement dans le paysage : un président de la République déjugé par trois quarts de l’opinion dans son état actuel, mais une opposition aboulique, Nicolas Sarkozy, «sfumato», se faisant applaudir dans les salles de concert où se produit Carla Bruni, avec un public par définition acquit à sa cause. Comme pour la température hivernale peut- on concevoir un «au dessous de zéro» de la vie politique?

 13  novembre.

images-2

Le président actuel du Tchad avoue que depuis qu’il a pris le pouvoir l’insomnie ne le quitte plus. Il est ainsi des aveux qui confirment la lucidité de leur auteur. Nul doute que le pouvoir ne corresponde à une addiction. Une fois qu’on y a goûté, il est difficile de s’en défaire. Au lieu de rester le moyen le plus  expédient pour réaliser le  bien commun, il devient vite une fin en soi et l’on serait prêt à tuer père et mère et à rouler sur ses voisins pour conserver celui que l’on a conquit ou celui que l’on voudrait étendre. Mais il est aussi un  envers de ce pouvoir transformé en idole : le  mécontentement du grand nombre  lorsque ses attentes ne sont pas satisfaites, lorsque ses aspirations sont récusées, lorsque la désillusion le gagne. L’époque n’est plus des despotes autarciques, des rois régnants sur des cités ou de grosses villes, Athènes ou Florence, comme s’ils régnaient sur des continents. Tout se tient. L’homme ne se différencie de l’animal que durant les trois heures de sa digestion. Ce délai passé, s’il n’a pas les moyens d’apaiser à nouveau sa faim ou d’étancher sa soif, l’impatience le gagne qui se transformera en colère qui commutera en fureur. Par ailleurs, tous les Etats contemporains  comptent un nombre important de fonctionnaires qui assurent sa continuité. Avec là encore une sujétion: ils doivent être payés à la fin de chaque mois. Un pouvoir qui y manquerait pourrait bénéficier temporairement de leur patience si ce n’est de leur résignation. Mais il faut qu’il s’en acquitter au plus vite pour ne pas se les aliéner et se faire  renverser. Bienheureux les Etats dont les chefs sont devenus insomniaques! C’est le signe qu’ils ne sont pas dépourvus de conscience. Pourtant à elle seule la conscience morale ne suffit pas. Si le pouvoir se conquiert, l’autorité ne se décrète pas. Elle ne se nourrit que de résultats. La difficulté provient en démocratie du fait que les fiches des sondages se sont substituées au  véritable bulletin de notes.

15 novembre.

images-3

Le choix des lectures se fait- il vraiment au hasard? Pourquoi avoir ouvert « Servitude et grandeur militaire » d’Alfred de Vigny? Pour la qualité de l’écriture? Parce que ce livre est aussi un ouvrage de science politique relatif à la condition du soldat et aux obligations du commandement militaire? Il est vrai qu’il comporte des pages dignes d’une anthologie, notamment le dialogue imaginé entre Napoléon et le pape Pie VII avec les deux célèbres soupirs : «Comediante! Tragediante!». Ce dialogue est imaginé par Vigny mais comme il l’écrit dans son «Journal»: «cela aurait pu être vrai».

Au regard  du temps présent, ce qui retient dans ce livre très rapidement écrit, constitué de récits – gigognes, sont les pages qui concernent l’abnégation. Le mot prêterait à rire aujourd’hui comme celui de «désintéressement», lui aussi un mot-clef mais dans la pensée de Léon Blum. Littérature édifiante? Pas tout à fait puisqu’elle témoigne de l’expérience personnelle,  vécue des années  durant, par Vigny. Faire  son devoir, sans un mot, non par obligation professionnelle seulement mais parce que telle est la vocation de l’homme. Quant aux hiérarchies sociales, il est des êtres en position sans doute plus élevée que celle que nous pouvons occuper à un instant ou l’autre. Il faut leur obéir parce que toutes les supériorités ne sont pas usurpées. Il est également des êtres en position subalterne. Il n’en comptent  pas moins que les supérieurs et sont de vrais citoyens. De Gaulle était un grand lecteur de Chateaubriand mais il n’a pas hésité  à préfacer « Servitude et grandeur  militaire », lui, le rebelle de 1940 qui dans les années 60 intima comme jamais l’ordre à la « Grande muette » de plus ouvrir la bouche, quoi qu’il lui en eût coûté..

RD

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :