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BLOC-NOTES: SEMAINE DU 24 NOVEMBRE 14

25 novembre.

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L’affaire Lepaon continue d’agiter les sommets de la CGT et conduit à s’interroger sur l’état du syndicalisme en France. Par leur histoire spécifique les syndicats ouvriers français sont associés aux idées de dévouement au bien commun, de désintéressement, même si leurs modes d’action ont été parfois marqués par une extrême dureté, mais rarement par des affaires d’argent, de concussion, par la recherche d’avantages personnels. Vue naïve des choses? En tous cas, cette image là sort plus qu’altérée par les « révélations » concernant l’aménagement de l’appartement du leader actuel – et probablement précaire – de ce syndicat, si fortement lié quoiqu’il s’en défende au PCF – ou à ce qu’il en reste. A quoi s’ajoutent d’autres éléments de polémique et de disqualification morale concernant les conditions et circonstance de son détachement à Paris. S’il faut en croire les gazettes, la réaction de l’intéressé se condense dans la formule suivante, fortement caractéristique de l’époque: «Les gens s’en foutent». La formule n’est pas inexacte. Dans les temps troublés que nous traversons, sans en percevoir l’issue, l’accumulation des affaires produit l’équivalent de la mithridisation pour l’ingestion des poisons: à la longue l’accoutumance provoque l’insensibilité puis l’immunité du sujet lequel autrement eût été foudroyé. La tonalité de l’époque est bel et bien celle ci: l’absence de pensée, la carambouille des idéologies, la boulimie du pouvoir devenu fin en soi. On a beau dire, répéter, clamer sur tous les tons: «casse cou !» les oreilles sont bouchées. Naturellement, toutes les généralisations sont abusives mais la sur-médiatisation de la réalité n’en fait percevoir que les données scandaleuses, les seules qui fassent l’événement, sachant aussi que l’information en continu confine à l’information d’abattage et qu’il faut tous les quarts d’heure sur des chaînes concurrentielles tétaniser le téléspectateur de base. Une société, un régime politique et – sans aucune emphase – une civilisation peuvent – ils survivre sans vision claire du bien commun ni constante préoccupation de sa réalisation? Les postes ministériels ou autres ne sont-ils destinés qu’à l’augmentation du « capital » de relations déjà accumulées par leurs titulaires lesquels, autrement et sauf rare exception, ne les eussent pas occupés? On le constate aussi dans la campagne pour la présidence de l’UMP. Les marchandages y vont bon train, parfois à la limite du chantage: soutien contre maintien – ou mieux: promotion aux créneaux de pouvoir. Mais le pouvoir pourquoi faire? Depuis deux ans et demi à présent, la Gauche promet, annonce, prédit. Cependant rien ne se passe que la gestion au jour le jour des affaires d’un Etat qui aurait besoin d’une véritable unité de soins intensifs. Bruxelles menace, Berlin fronce le sourcil. Paris promet, refait ses comptes et ses contes.

27 novembre.

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Dans le si beau livre de Bertrand de Jouvenel: «De la politique pure» retient le tout dernier chapitre: «Le mythe de la solution». En un style remarquablement poli, dans les deux sens du mot, l’auteur explique à quel point ce mythe se conforte dans nos souvenirs scolaires, lorsque l’institutrice ou le professeur nous confrontait à des problèmes qui sollicitaient notre sagacité mais dont la solution était connue d’avance. Il en va tout autrement pour ce qu’il est convenu d’appeler les problèmes politiques lesquels se posent, à l’inverse, parce que la solution en est inconnue et qu’il faut non pas la trouver, comme l’on découvre un objet intentionnellement caché, mais la forger. A la triple condition que chacun y trouve son intérêt, que le cœur y soit et surtout que la situation problématique s’y prête selon ses principales composantes, physiques notamment. C’est pourquoi, dans l’état actuel des choses, Il est parfaitement vain de chercher une « solution », pour ne pas parler de « la » solution » du conflit israélo- palestinien. Il vaut plutôt suivre la suggestion de Bertrand de Jouvenel et se contenter d’en rechercher un « règlement » lequel exige bien sûr la réunion des trois conditions précitées mais à un moindre degré. Et une idée en amenant une autre, une quatrième condition semble se dicter d’elle même: récuser le principe même d’une « solution finale », recherchée par confrontation directe ou par le biais d’une diplomatie retorse.

30 novembre.

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Bonne pioche. Trouvé chez un bouquiniste les deux volumes des « Lundis » et des portraits littéraires de Sainte- Beuve, épuisés chez l’éditeur initial. On le répètera jamais assez: dans les périodes où la pensée s’assombrit et semble se raréfier il importe de rester relié aux grandes œuvres, là où elles sont nées et où elles se sont configurées. L’esprit, l’âme, comme le corps ont besoin de cet oxygène sans mélange. Sans tarder j’ai ouvert le premier volume aux pages où Sainte- Beuve analyse l’ouvrage majeur de Tocqueville: « La démocratie en Amérique ». A faire lire et relire dans les facultés de droit et dans les instituts de science politique pour la clarté de l’analyse et l’honnêteté intellectuelle. Continué par le portrait si attachant et juste du savant Ampère dont on mesure les recherches qu’il a nécessitées mais qui ne se voient guère, comme dans les tableaux particulièrement réussis. Il ne faut pas oublier non plus que Sainte-Beuve est l’auteur d’un autre chef-d’oeuvre, son histoire de Port-Royal, constamment rééditée et disponible. Sainte-Beuve a plus que côtoyé Victor Hugo et risqué l’électrocution. Il a suivi sa propre voie, sobre et sans éclats particuliers mais où les arbres fruitiers donnent encore des récoltes riches de sève.

R.D.

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