danieldrai

Bloc-Notes: Semaine du 28 Octobre

29 octobre.

400px-Ballon_de_reflux_elingage.svg

Grandes manoeuvres au centre. Jean-Louis Borloo et François Bayrou tentent de recoller les morceaux dans cette mouvance qu’on a pu jadis qualifier de «degré zéro» de la politique. Le Centre voudrait être un idéal. Ce n’est qu’une fiction. L’idéal serait celui du juste milieu, de la synthèse entre les extrêmes, de  la médiation permanente. La réalité est que le  Centre n’a jamais été qu’une voie de plus pour accéder au pouvoir lorsque les voies de droite et de gauche sont surencombrées. Les rivalités personnelles y sont d’autant plus féroces que le territoire ainsi identifié est plus resserré qu’une cabine téléphonique. François Bayrou a toujours rêvé d’un destin présidentiel. S’il en a les  ambitions, dont rien ne peut le faire démordre, il est loin d’en avoir les moyens. Ses derniers déboires électoraux en sont la preuve. Nourri d’une haine tenace contre Nicolas Sarkozy qui, lui, a pu être président de la République, il l’a poussé violemment dans l’escalier en 2012 et appelé à voter pour François Hollande. Mais le PS ne lui a pas su gré et a présenté contre lui un candidat à la députation qui a cloué son cercueil parlementaire. Son parti, le Modem, existe toujours. Qu’il en soit le chef à vie lui permet d’être invité, de ci,  de là, sur les plateaux  de télévision. Il se retrouve maintenant dans le même marigot que Jean -Louis Borloo, ce qui atteste que les caïmans ont fait trêve en attendant de savoir qui a les dents les plus tranchantes. Les manoeuvres centristes – mais il y a, ne l’oublions pas, une  «périphérie» du Centre avec,  entre autres,  Hervé Morin – se sont accélérées en raison du dévissage de François Hollande dans les sondages et du sentiment de rejet qu’il suscite de plus en plus fortement. De quoi se remettre en mémoire une formule,  authentique  ou apocryphe, d’Edgar Faure: si les véritables hommes d’Etat ont parfois été impopulaires, ce n’est pas parce que l’on est impopulaire que l’on est un homme d’Etat. De mémoire  de politologue, je n’ai pas le souvenir d’un pareil délitement, y compris durant les «événements» de mai 1968 dont j’ai conservé quelques bribes de «Journal» à chaud. Pour revenir à la politique centriste et à ses illusions, elle ne peut se concevoir qu’en période faste, lorsque l’Etat redevient, peu ou prou, l’Etat providence,  que chacun se sent calmé parce que chacun a reçu sa part du PNB et en espère une plus grosse. Les historiens du présent quinquennat confirmeront sans doute que les deux tournants désastreux  pris par François Hollande et par sa majorité sont balisés comme à la peinture fluorescente par la loi sur le  mariage homosexuel et par les feuilles d’impôts de la présente année fiscale. Jamais comme ces fois-là le corps social n’a senti le coup de hache au milieu de son crâne et la morsure du fisc à chair vive.  Plus que quelques mois à attendre avant les résultats du labo électoral.. et quelques semaines désormais avant de savoir si la courbe du chômage s’est inversée, fût-ce d’un seul millième de millimètre. Tel est le «banco» inlassablement espéré du successeur de François Mitterrand.

1er novembre.

images-2

L’insurrection en Algérie avait commencé aussi à la Toussaint, celle de 1954. Peu d’observateurs, à part les voyantes extralucides du Tribunal de l’Histoire, n’en ont  alors compris les véritables causes, ni qu’elle se transformerait en guerre, ni que cette guerre atroce se solderait par l’exode d’un million de personnes, un exode qui a décimé, à la lettre, la population d’Algérie des années 60. Qu’en est-il résulté? Les «européens», comme on les nommait, pour la plupart se sont intégrés magnifiquement dans la France des Trente Glorieuses et souvent ont ajouté à sa gloire dans tous les domaines de la vie économique, universitaire, scientifique et artistique. Les blessures de l’âme ont été pudiquement maquillées sous des couches épaisses de fard et sous des rires anesthésiques. Plus d’un demi-siècle s’est à présent écoulé. Lorsque la nostalgie est la plus forte et que s’accomplissent des voyages de «retour», ils sont tellement désenchantés, pour ne pas dire traumatiques, que l’on décide d’en rester là et de ne plus recommencer. Pour sa part, l’Algérie indépendante, placée sous le signe de l’arabisme et de l’islamisme, a traversé des drames innommables. Depuis l’hallucinante décennie 90, elle semble cuver l’horreur qui l’a submergée. Nul doute qu’elle cultive de forts sentiments patriotiques, surtout lorsque l’on touche à ses mythes fondateurs qui n’ont souvent de fondateurs que ce qu’en clament ses thuriféraires. Peu à peu les générations de l’exode s’en vont vers de plus vertes prairies. Faut-il croire que les traumatismes vécus s’éteindront? Un véritable principe de «sociologie des identités» serait à vérifier: ce qui, dans le cours d’une génération, se voulait idéologique, et donc relativement ouvert au débat, serait–il virulent, devient identitaire dans les génération suivantes et n’offre plus aucune prise à la parole, surtout lorsque le  Livre  saint  prend le relais et  coule du béton théologique sur les  maux  du siècle.

3 novembre.

220px-Juan_Gris_003

Lendemains de – première – Guerre mondiale dans les arts et lettres en France. Le livre de Kennett E. Silver «Vers le retour à l’ordre» permet de prendre la mesure des débats. Les épouvantes du cataclysme sont imputées à Picasso et aux cubistes qui ont détruit la forme, magnifiée par Ingres, et ont disloqué l’apparence humaine mieux que ne l’ont fait les canons de 75 et les  shrapnels! Il faut donc remettre de «l’ordre» et l’on confond l’ordre vivant avec la fin de l’anarchie, comme si le retour à la ligne prétendue droite et l’interdit de toute autre composition que symétrique n’était pas la pire des débâcles anarchisantes! L’art mondial ne n’est pas remis de ces diatribes qui s’exaspèreront dans l’après-seconde Guerre mondiale. Pour les uns, les «Otages» de Fautrier, représentent le summum d’un art de l’horreur, si l’on osait cette expression. Pour les autres, il s’agit  d’un gros pâté de peinture à l’huile, d’un morceau de cervelle desséché jeté dans la rigole du boucher, avalé puis dégurgité par d’impénitents ergoteurs. Ce que l’on appelle «art» n’est plus que provocation aux extrêmes: art minimaliste et «invisibiliste» (blanc sur blanc, encadré de blanc, collé sur un mur blanc) d’un côté, l’emballage du Pont neuf par Christo de l’autre, jusqu’à ce que Stockhausen déclare, dans un accès d’extase orgiaque, que la destruction en direct des deux tours du Trade World Center, le 11 septembre 2001, était sans doute  l’un des moments les plus sublimes de l’esthétique humaine et cosmique. Revient alors en mémoire la vision de ces trois ou quatre touristes en chapeau de paille, lavant leur aquarelle devant la mer plus bleue que bleue à Sidi Bou Saïd. L’art non pas naïf mais simplement natal.

RD

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :