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Bloc-Notes: Semaine du 3 Février 2014

6 février.

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Date anniversaire traumatique dans l’histoire de la République française. Des républiques, faudrait-il dire, tant la Vème ne ressemble guère à la IIIème, en attente d’une VIème possible, souhaitée par plusieurs mouvances politiques. Le 6 février 1934, les ligues anti-parlementaires et ultra-nationalistes s’étaient ruées à l’assaut de la Chambre des Députés, accusés de servilité et de corruption. L’antisémitisme exsudait par tous les pores de leurs peaux et leurs regards étaient injectés de cette haine torpide. Ce qui rappelle à cette définition de Nietzsche: la colère est un affect, la haine est une passion. Que dire alors de la haine antisémite! Elle est plus qu’une passion: une raison d’être qui se fonde sur la recherche obstinée du «désêtre» d’autrui. On en a vu les résultats. A ce sujet un ami observe: «Nous sommes à la fin d’un cycle. L’ancien cycle s’achève avec la levée de toutes les inhibitions réelles ou feintes qui avaient suivi la révélation des horreurs de la Shoah. Un nouveau commence, comme si une nouvelle histoire inhumaine, sans mémoire, sans aucune généalogie, apparaissait». Pour minimiser cette vue des choses il faudrait se méprendre sur la nature de l’inconscient, subverti par la pulsion de mort. Cette pulsion n’a guère besoin d’un objet distinctif ou électif. Elle est à elle-même son propre objet, ou bien elle s’en désigne, d’autorité, comme cela se produit depuis des siècles à l’encontre des Juifs. Mais ceux-ci ne s’en laissent plus conter et ne se laissent plus compter comme on le faisait lors de leur déportation vers ces terres que l’on quittait sous forme de fumée. Ce 6 février 2014 la France est- elle exposée à un anti-parlementarisme aussi virulent que celui de ces années de violence extrême, la violence verbale ne le cédant en rien à la violence physique? Le président de la République est passé sous la barre des 20% d’opinions favorables. Légalement, il peut se maintenir au pouvoir, mais quel pouvoir? Certes les sondages méritent leur nom mais ils constituent tout de même des indicateurs que l’on ne saurait négliger. Quelle autorité est réellement celle de François Hollande à ce taux-là? Qui l’écoute encore? Qui le suit? A chacun de ses pas l’on dirait qu’il lui faut se convaincre d’accomplir le suivant. Après les envolées de mai 2012, l’on en est au « pacte de responsabilité », l’équivalent idéologique et opportuniste du « tournant de la rigueur » pris, en tête à queue, par Pierre Maurois en 1983, deux petites années après la victoire de François Mitterrand. Envisager des élections présidentielles avant 2017 n’est plus tabou. Les élections municipales puis européennes confirmeront-elles ces sondages calamiteux? Nicolas Sarkozy prépare, dit-on, son « retour » et met en place ses réseaux, en distillant son image, en en instillant méthodiquement le poison dans le camp adverse. Pari périlleux. L’ombre des défaites colle aux pas des vaincus et il ne leur suffit pas de sourire à nouveau pour séduire la Fortune.

7 février.

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Ouverture des jeux Olympiques d’hiver à Sotchi. Show-bizness à l’échelle planétaire au seul profit du pouvoir de Poutine ou véritable manifestation d’œcuménisme sportif, destiné au rapprochement des peuples par leurs champions et championnes interposés? Un jugement équilibré doit probablement doser ces deux composantes. Poutine n’est ni Léon Blum ni Tony Blair. Son nationalisme est offensif, identitaire, et s’exprime dans le monde globalisé, dans la planète « financiarisée », dans l’univers de la Toile. Qu’il soit un ancien du KGB est considéré par nombre de ses concitoyens moins comme une tare que comme un élément de continuité, celle de la Russie éternelle et chrétienne, au delà des régimes de passage. Est-il un nouveau tsar? L’affirmation n’est pas excessive mais alors ce serait un tsar à col ouvert, qui s’attache moins au cérémonial du pouvoir qu’à sa réalité. Poutine a été l’élève studieux et successif de Leonid Brejnev et de Boris Eltsine. Cela dit, reste la compétition sportive proprement dite. «Proprement» ne devrait pas être un simple mot au regard des accusations de dopage qui nous éloignent des écrans estivaux pendant le Tour de France, en dépit de tous les efforts de racolage des journalistes sportifs. De grands écrivains l’assurent: la pratique du sport permet au corps de se renforcer et à l’âme de s’affermir. Il n’y pas d’âge pour le pratiquer, encore qu’il faille prendre garde au décalage croissant entre l’âge psychologique et l’état réel de l’ossature. Il faut espérer que ces jeux d’hiver marquent le printemps de nouvelles camaraderies, de ces amitiés qui naissant des rencontres improbables, d’au delà les mers et les cieux.

9 février.

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Les hasards d’un rangement de bibliothèque font rouvrir une nouvelle fois les livres de François Mauriac dont on a un peu de peine à mesurer l’influence qui fut la sienne du temps de sa grandeur littéraire et surtout journalistique. On lui doit le genre du Bloc-Notes. Si ses romans paraissent aujourd’hui fortement datés, du sous-Dostoïevski, avec des audaces qui feraient qui feraient rire les chaisières si elles pouvaient revivre, son attitude morale et religieuse fait encore école. Mauriac ne s’est jamais considéré comme un écrivain catholique – en quoi il tenait à se distinguer de Graham Greene – mais comme « un catholique qui écrit des romans ». Chez lui, dans sa vie et dans son oeuvre, la personne du Christ est toujours présente et efficiente, au contraire du Bernanos de «Mouchette». C’est d’ailleurs ce qui rebute dans son oeuvre romanesque. Mauriac a beau dire et faire, sa théologie détermine sa création et dans ses romans les plus noirs le Christ tel qu’il le nomme ou comme il y fait allusion demeure le Deus ex machina. Ce qui confère à la plupart de ses romans et de ses pièces de théâtre une tonalité de catéchisme qui retient les êtres en manque de grâce, en tous cas de cette grâce là, administrée par de pieuses mains qui indiquent ensuite l’adresse du « vrai » paradis. Reste l’écriture de Mauriac qui est sa grâce véritable. Elle doit beaucoup à Barrès et à Proust mais encore plus à Mauriac lui-même, aux pins de son enfance, perpétuellement menacés par le feu ; à cet autre feu qui coulait dans ses veines et que l’eau bénite ne réussissait pas toujours à attiédir, et à sa fascination des gouffres. Il ne détestait pas non plus les grands restaurants ni les suprêmes honneurs. Il su soutenir Pierre Mendés-France et François Mitterrand, chacun en leur temps, et de Gaulle toujours, lequel avait très tôt mesuré tout le parti qu’il pouvait en tirer. Sur ce denier point le désaccord s’avère irrémédiable avec tous ceux, hommes, femmes, enfants, de toutes religions cette fois, que de Gaulle a « liquidés » en « liquidant » l’Algérie dans les conditions horribles que l’on sait. Car ce verbe, hélas, est aussi de Mauriac qui a donné parfois le sentiment de plus aimer le Christ que les chrétiens.

 RD

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