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Bloc-Notes: Semaine du 4 Novembre

5 novembre.

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Bousculade à Colombey-les deux Eglises!  Tout le monde va défiler devant le tombeau du général de Gaulle, monument  modeste  comparé à celui de Napoléon. S’agissant du général aux deux étoiles, tant de choses ont été dites et écrites, dithyrambiques ou injurieuses, qu’il n’y aurait pas grand chose à ajouter. Cette vie est faite de trois parties dont il n’est pas sûr qu’elles soient cohérentes entre elles. La première s’est jouée à l’orée de la seconde Guerre mondiale et c’est à ce moment qu’est apparue, à l’état virtuel, la grandeur d’un homme qui venait d’atteindre la cinquantaine et qui allait, avec une intuition prophétique, contribuer à renverser le cours du malheur. Cette phase-là suscite admiration et reconnaissance, même si de Gaulle y a également fait montre d’habileté tacticienne, d’un certain mépris des contingences humaines et de la tendance à s’ériger en majesté. Cette phase prit fin en 1945. Contrairement à ce que de Gaulle en écrit dans ses « Mémoires », son départ du gouvernement lui fut source d’amertume et de ressentiment. Il n’eut  alors de cesse que de détruire la IVème République qui l’avait poussé vers la sortie. D’ailleurs ce régime décérébré  n’avait pas besoin qu’on le bouscule  dans l’escalier pour dégringoler. En 1958, de Gaulle revint au pouvoir à l’occasion de la guerre d’Algérie. Ce fut la seconde phase de sa biographie politique. On en pensera ce qu’on voudra  mais d’avoir jeté un million de personnes dans un exode de déréliction n’est pas précisément un titre de gloire. Ensuite vint son retournement à l’encontre d’Israël. Dans ce domaine encore, et au regard des intérêts de la France conçus en termes de real-politique, les opinions peuvent se partager. Toutefois, à l’occasion de ce contentieux, comment pardonner la phrase qu’il a sans doute longuement mûrie dans son esprit, en retournant plus de sept fois sa plume dans l’encrier, sur le peuple juif proclamé «peuple d’élite, sûr de lui même et dominateur» ? Formule vénéneuse qui allait lever les inhibitions – ou ce qu’il en restait – d’une logorrhée antisémite dont il fera bien des efforts pour se démarquer, y compris devant le grand rabbin  Jacob Kaplan. Le virage était amorcé et le pli pris. A présent, c’est la cohue devant son tombeau où s’annoncent entre autres, et comme dans un carnet électoral mondain, Anne Hidalgo (PS) et Florian Philippot (FN). Transcendance posthume ou signe de ces temps de confusion, quand tout s’égalise et se confond dans la même purée idéologique? Baudrillard le relève au début de « La transparence du Mal »: «quant tout est politique, rien n’est plus politique, et le mot n’a plus de sens».

7 novembre.

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Dans l’affaire de la bombe iranienne Paris adopte une position très ferme. Deux fausses explications en sont données. La première: Paris s’alignerait sur les positions intransigeantes de l’Etat d’Israël; la seconde: le gouvernement Nétanyahou  brûlerait ses torchons avec l’administration Obama. Ces explications n’en sont pas. Face à l’Iranium, l’Etat d’Israël n’est pas le seul de la région à se préoccuper – le mot est faible – de l’avenir proche. D’autres Etats, à commencer par l’Arabie saoudite,  manifestent leur inquiétude auprès de cette même administration. Il se dit que le royaume saoudien et que l’Etat «juif» coopèrent déjà étroitement. Mais, assurément, Obama veut démonter que son pacifisme n’est pas un vain mot. Sa vision est idéologique pour ne pas dire identitaire. D’où l’extrême responsabilité des analystes en ce domaine. Il est des sujets pour lesquels les divergences d’opinion pour désagréables qu’elles soient n’emportent pas de conséquences irrémédiables. Il n’en pas de même avec l’Iranium. Se tromper c’est exposer la région, dans son sens sismique le plus large, à un danger aux conséquences irréversibles. En adoptant, du moins jusqu’à présent,  une position qui se veut inflexible, la France, ciblée au Mali, au Cameroun et au Nigeria, pour nous y limiter, défend  ses propres intérêts et ceux des Etats qui demeurent dans sa zone d’influence. Il s’agit de savoir si, sous la présidence Hollande, elle dispose des moyens à la hauteur de ses mires diplomatiques. A 15 % d’opinions favorables et une situation intérieure aussi instable que le camion du «Salaire de la peur», le doute est permis à ce sujet.

10 novembre.

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La guerre! Qui en accepterait la seule idée sans horreur devrait aller consulter un psychothérapeute expérimenté. J’avais lu «Clochemerle» de Gabriel Chevallier, le plus grand ouvrage de science administrative laïque et burlesque jamais écrit en France. J’ai découvert un autre de ses livres, d’un tout autre style: «La Peur». Ce récit est l’un des plus impressionnant écrits sur la première Guerre mondiale qui fut le terreau  nécrophage de la seconde. Âgé de 22 ans, Gabriel Chevallier a tout connu des tranchées, des marmitages, des assauts à l’aveugle, des bataillons fauchés comme champs de blés  précocement ravagés par la grêle, les corps disloqués, les visages démantelés, les cadavres en lambeaux, empilés dans une boue nourricière de vermine. Il le relate avec des mots qui se veulent justement exempts de cette pourriture des corps et des esprits. Et surtout il ne dissimule pas l’affect qui donne son titre au bouquin: la peur, sans doute avec l’amour l’affect les plus révélateur de la condition humaine. Il la ressent et, en certaines pages, sait la communiquer à qui n’a pas un morceau de granit à la place du cerveau. En même temps il encourage à la dominer. Aux pires moments des abaissements de l’humain, il est des raisons de l’en relever. Dans tous les pays qui  furent belligérants de 1914 à 1918, les combattants ont presque  tous disparus. Mais les livres ont pris le relais et forment notre mémoire vitale. Le passé est une étrange contrée. Des livres comme celui-là incitent à l’explorer jusqu’en ses confins pour mieux éclairer les périlleux chemins d’aujourd’hui.

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