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Bloc-Notes: Semaine du 5 Mai 2014

5 mai

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Changement à la tête de la «com» élyséenne. La phrase de Malraux est souvent citée: «La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie». Elle devrait être étendue à la réalité. La réalité actuelle n’est pas très aguichante mais elle vaut encore mieux que les artifices et les simulacres par lesquels on tente de la farder. La «com», est le pire de ces trompe-le-réel. Il y a quelques décennies encore, le mot était réservé au vocabulaire de la théologie et se rapportait à celui de communion, lui même inhérent à la messe catholique. Communier signifiait «faire un» avec l’Agneau de Dieu. Et puis, comme tant d’autres vocables, le mot a muté et son sens a divergé de celui qui avait marqué son origine. «Communiquer» à partir des années 70 signifiait désormais faire savoir, porter un fait, une situation dans la sphère publique, sachant que le fait ou que la situation en question avaient substance et consistance tangibles. Il ne fallait pas confondre l’emballage du paquet et son contenu. Et puis une autre mutation est intervenue, la communication ainsi entendue s’abrégeant en «com», autrement dit à l’emballage tenant lieu de contenu, celui-ci serait–il diaphane. Ainsi est advenu le règne du simulacre avec ses experts et ses gourous. Peu importe qui l’on soit. L’image se décolle de l’être pour en tenir lieu. Le «simulant» apprend ainsi essentiellement, et à prix d’or, à paraître, à se dédoubler, à se mentir puis à se démentir. Ce que pense le cœur, le regard apprend à le simuler et à le dissimuler. On ne dira pas ce que l’on pense mais ce que le «coach» vous fera dire afin de vous faire apparaître une fois de plus sous votre meilleur jour mais un jour qui sera toujours faux. De sorte que l’homme ou la femme politique «coaché(e)» se réduise à un automate, à un golem, avec ses sourires pavloviens et mécaniques, ses postures dignes du musée Grévin, ses phrases coupées au cordeau, plus vides que le vide en personne. Le réel est ainsi proprement évacué de la réalité dont on ne soucie guère plus que de sa première chaussette. Et pourtant… Imaginons qu’à la place de tel gourou trentenaire, multi-diplômé, et qui sait son Mac Luhan sur le bout des doigts, apparaisse un homme ou une femme politique ayant compris le sens même du mot politique; qui se soucie non pas du papier-cadeau mais du contenu des choses, qui réduise réellement le chômage, qui restitue sa pleine valeur au concept de Cité sans rien revendiquer pour soi sinon d’avoir contribué à la réussite de tous, cet être là aurait-il besoin le moins du monde qu’on lui indique comment placer ses mains sur un pupitre, quelle doit être la couleur de sa cravate ou de son foulard et combien de secondes devra durer son sourire de circonstance? La sanction? Il arrive alors que le réel violenté ou refoulé se venge et prenne le visage nu et cru du scandale, autrement dit de la dénudation publique des artifices et des simulacres. A ce moment les trous de souris se louent plus chers que les suites royales des hôtels les plus huppés de la planète.

8 mai.

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Fête de la Victoire des armées alliées contre le régime monstrueux du IIIème Reich. Cette célébration prend un tour particulier cette année 2014, celle des élections au Parlement européen. De nombreux sondages indiquent que l’Europe est le moindre souci des Européens qui le sont de fait et de règle et non pas de cœur. Les débats et diatribes de 2005 sont encore dans les mémoires. Pour ses habitants, l’Europe est d’abord et avant tout une hyper-bureaucratie dont personne ne peut maîtriser à soi seul la connaissance de ses directives et règlements. Babel pour les langages, Byzance pour les règles. On en oublierait presque le but de la construction européenne: dégager ce continent de ses propensions létales. Pascal Quignard le rappelle dans «Les désarçonnés». «Occident», vient du latin occidere, d’où vient le verbe occire: tuer. La construction européenne ne relève pas d’une esthétique des assemblages ou des collages. Au regard de son passé, elle est vraiment sans alternative puisque «occire» reste son programme inconscient. Pourtant, cela fait soixante ans qu’elle réussit à ne pas réussir son passage à l’état de véritable fédération. Si elle ne cesse de s’élargir elle peine à s’élever. Elle traîne, traînaille, tâchant de se convaincre qu’elle non plus n’est pas un simulacre dilaté à l’échelle d’un continent. Chateaubriand écrit dans ses «Mémoires d’outre-tombe»: «A force de s’étendre, Napoléon rencontra les russes». Désormais, et cette fois, c’est à force de vouloir s’étendre dans ces conditions que l’Europe hétéroclite a rencontré Poutine.

11 mai.

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Dans une de ses lettres, Tolstoï écrit: «La mission de l’artiste n’est pas de résoudre victorieusement un problème mais de faire aimer la vie dans ses innombrables, dans ses inépuisables manifestations». Aimer et faire aimer! Qui en est vraiment capable? Qui donc en montre l’exemple? La haine est un affect obscur, sans doute, mais qui représente une telle solution de facilité! D’un mot, d’un regard, un être, un livre, un film, est jugé comme au Jugement dernier, sans compassion et sans procédure d’appel. Ce qui économise bien sûr l’exigence de la connaissance exhaustive, de la nuance, de la prise en compte des perspectives et des potentiels d’une création qui ne saurait se révéler avant que d’être advenue. Il faut revoir les épreuves d’imprimerie des livres de Balzac et de Proust pour comprendre le mouvement d’une oeuvre en gésine puis qui naît au jour, d’une oeuvre irriguant la conscience humaine et qui s’inscrit dans la durée au sens de Bergson avec ce qu’elle implique de souffrance insondable mais aussi d’inexprimable bonheur une fois que le mot juste se trouve à sa juste place, dans une phrase pesée à la balance d’or, dans un livre aux pages gréées comme les voiles d’un navire impatient de gagner la haute mer. La mer des siècles à venir.

 RD

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