danieldrai

Bloc-Notes Semaines du 26 Aout au 1er Septembre

27 août.

Sorbonne

Chaque parti ou mouvement politique y va de son «université d’été»! On peut se demander si la qualification de ces réunions militantes n’est pas abusive et usurpée. Par définition, et sauf dangereuse dérive, l’Université est le lieu où se diffusent tous les savoirs, précédant leur confrontation critique conduite par des enseignants validés. En va t-il de même pour ces rassemblements dans lesquels militants et militantes, souvent idéalistes, surtout lorsqu’ils sont encore jeunes, mais aussi carriéristes et ambitieux à la Julien Sorel ou à la Rastignac, sont confortés dans leurs certitudes partiales, dans leurs préjugés obtus et reçoivent devant des pastis tassés des surdoses d’adrénaline idéologique? Ce qui se ressent ensuite dans les débats télévisés, souvent réduits à des combats de coqs ou de poules aux ergots empoisonnés où aucun des intervenants ne tente de comprendre le point de vue de son interlocuteur ou de son interlocutrice, dégurgitant  les slogans inculqués par des «coachs» vénaux et sans véritable  pensée. La démocratie française gagnerait au contraire à instaurer, durant cette période où les cœurs sont aussi bronzés que les épidermes, des universités d’une tout autre sorte,  dignes de ce nom, dans lesquelles des hommes et des femmes sans attaches partisanes convieraient des parlementaires, des syndicalistes, des militants et des militantes de tous bords, de toutes obédiences, de toutes allégeances,  à abandonner pour un jour ou deux leurs tics, leur conditionnements, leurs manies, leurs lubies, leurs haines parfois, pour limer leur cervelle à ce fameux Autre dont il est plus facile de parler dans les colloques mondains que de lui parler face à face, sans se départir d’aucune courtoisie et en défendant des idées qui valent d’être appelées de ce nom. On dira que c’est là céder aux bons sentiment, cotiser à un utopisme suranné. Sans doute, pour une part mais pour une part seulement. Car il faut bien que le «Principe responsabilité» cher à Hans Jonas et dont on se gargarise ait des applications pratiques. Au temps où le totalitarisme menaçait la paix mondiale et les libertés publiques, la démocratie apparaissait comme son irremplaçable alternative. Par quel régime remplacerait- on la démocratie si elle finissait par mourir sous de pareils mauvais traitements?

 

29 août.

missiles

Il a l’air fin  notre président de la République après le refus du Parlement britannique d’autoriser des frappes contre le régime d’Assad! A la télévision David Cameron, dépité, avait l’air d’un renard qu’une poule aurait pris. Du coup Barack Obama retrouve le tropisme inversif du déplacement des écrevisses. Il tempère les ardeurs guerrières de John Kerry et sollicite  avant tout l’accord du Congrès. Je ne sais ce que  Raymond Aron aurait écrit devant une pareil théâtre d’ombres…  A présent de deux choses l’une: ou bien le Congrès ne donne pas son accord, ou le fait en termes tellement restrictifs qu’il faudrait inventer la notion de «frappette» pour caractériser l’action envisagée, strictement limitée dans le temps et dans l’espace. Une «frappette» à laquelle le régime syrien a eu tout le temps de se préparer. Dans ces conditions, la présidence américaine risque tout simplement de perdre la face. Ou bien, frappe ou «frappette», une véritable guerre se déclenche dont nul ne peut prévoir les issues car rien n’assure qu’une grave crise internationale n’en résultera pas. Quoi qu’on pense du régime criminel d’Assad, aucune action de force menée par des Etats souverains ne peut  viser le territoire syrien sans l’accord préalable du Conseil de sécurité. Aucune coalition ne fait le droit  d’elle même. Une action de force engagée avec une couverture juridique  taillée sur mesure  serait assimilable à un acte de guerre, à une agression. S’il y survivait, elle mettrait Assad en mesure d’y répliquer  en toute légalité et légitimité. Le monde à l’envers! Mais la France pousse à la roue. Elle veut à tout prix retrouver son influence véritable dans la région. En tous cas l’opinion publique française a du mal à suivre: la Syrie est si loin des usines mortes d’Arcelor-Mittal..

 

1er Septembre.

Vieux

Deux romans très sombres et glauques qu’il vaut mieux  lire au soleil en prenant de la distance. Le premier d’Alessandro Piperno est intitulé «Persécution». Il relate l’inexorable émiettement d’un professeur de cancérologie, appartenant à la haute bourgeoisie juive de Rome, face à une accusation  de pédophilie, ou presque, émanant de la petite amie de son fils, âgée de douze ans. En réalité, c’est dans un piège pervers et mortel auquel l’éminent professeur s’est exposé  par jeu ou par inconscience. Le roman décrit à longueur de pages son délitement devant une situation dont il ne saisit pas le sens, surtout lorsque la machine judiciaire italienne commence à le broyer. Au fur et à mesure de la lecture, l’envie prend de lui appliquer une de ces gifles qu’il faut infliger aux baigneurs qui se noient pour les sauver et nous sauver avec eux. Et puis l’on finit par se demander ce que nous ferions à sa place, peu à peu dépouillés de tout ce qui nous fait  être: nom, famille, image de soi. Kafka à la sauce «carbonara»! La fin est hélas pitoyable et prévisible. Il n’en va pas autrement avec le personnage principal  du roman de Philip Roth que Gide eût qualifiée de «sotie»: «Le rabaissement». Cette fois il s’agit d’un célèbre acteur de théâtre sur lequel l’âge s’abat comme une masse d’assaut, au point qu’il ne sache plus jouer, qu’il n’en ait plus le goût, qu’il humilie ses propres méninges – car tel est le sens réel du titre original: «The Humbling». Il rencontre alors une jeune femme qui a épuisé toutes les perversités mais qui tente un «come back» dans l’amour pur et le dévouement vertueux. Ce qui lui redonne le goût de vivre et  même de remonter sur scène. Sauf que… Là encore le roman se termine en suicide. Chacun sait à quel point l’humain est fragile surtout lorsque, comme le dit Philip Roth «chaque année l’on prend de l’âge». Pour ces deux romans une question se pose: pourquoi tant de scènes graveleuses? Figures désormais obligées d’une école ou d’une époque littéraire non pas réaliste ou naturaliste mais si l’on peut dire génitaliste? Courage de dire et de montrer ce qui a été si longtemps tu et dissimulé? Cela fait longtemps également que toutes les censures ont été levées… Il faut être attentif  à un autre «rabaissement», celui de la littérature, lorsque sous ses grands airs elle cède à la morbide pornographie.

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