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BLOC-NOTES: SEMAINE DU 1er MAI 2015

Ier mai.

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Les traditionnels vendeurs de muguet doivent s’accommoder à Paris et en région parisienne d’un ciel plutôt gris. Ce gris céleste et contre lequel on ne peut rien correspond à l’actuelle couleur mentale de la France. On y guetterait en vain l’annonce d’une bonne nouvelle, à part celles que clament des hommes et des femmes politiques pratiquant la méthode Coué, le regard fixé sur la présidentielle de 2017. Le président de la République pour qui la lecture des sondages s’assimile de plus en plus à un exercice de spéléologie s’en va à la reconquête méthodique de « segments d’opinion ». Comme si des visites « ciblées » aux intentions tellement cousues de fil blanc étaient de nature à régler les problèmes en souffrance depuis 2012! Il est à craindre que l’inverse ne se produise. Si le verbe et la parole sont essentiels dans la vie politique, il ne suffit pas de s’adonner à des ripolinages sémantiques pour que cette vie se transfigure et que les hommes et les femmes qui l’éprouvent soient convaincus qu’elle ait un sens, et un sens communicatif, notamment entre générations. L’observation vaut également pour l’UMP dont la nouvelle équipe dirigeante a décidé de modifier son identité. Désormais l’on n’évoquera plus que « les Républicains ». La dénomination fait pousser les hauts cris à ses adversaires acharnés pour qui elle confine à la captation d’une des valeurs fondamentales de la France. En quoi ils n’ont pas tort puisque c’est dans par le texte même de sa Constitution – patrimoine commun – que la France entière est définie comme un régime républicain. N’en va t-il pas de même pour le vocable « socialiste »? Il y a belle lurette que l’on s’interroge sur le sens exact de cet autre vocable. S’accommode t-il d’un qualificatif supplémentaire, comme dans les expressions souvent antagonistes « social démocrate » ou « social libéral »? On n’oubliera pas non plus que le communisme lui même a toujours revendiqué sa racine socialiste aux pires époques de l’ère stalinienne comme l’établit le nom explicité de la défunte Union des Républiques Socialistes et Communistes, de l’URSS. Au fond peu importe l’étiquetage du régime en question à condition que la mention de la République y corresponde vraiment à un pouvoir partagé, ayant de ce fait perdu son origine toxique, et que celle de la Démocratie ne s’y rapporte qu’à un système de plein emploi, éloigné de toutes les combinaisons sans avenir de l’économie palliative. Républicains, démocrates, socialistes, ce Ier mai les voient se manifester en ordre dispersé. Après quarante années de crise et d’impotence le cœur n’y est plus…

4 mai

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Commémoration du génocide arménien commis en 1915 par le régime turc de l’époque contre l’ensemble de la population chrétienne d’Arménie avec le projet de l’exterminer physiquement en l’effaçant de l’Histoire. Imputation contre laquelle le régime turc d’aujourd’hui se gendarme, proclamant à qui veut l’entendre que les faits d’alors n’ont pas été ceux-là et que l’imputation de génocide est parfaitement abusive. Il est vrai que juridiquement parlant le crime de génocide, indissociable des horreurs commises par le régime nazi et qui outrepassent les capacités de la pensée ordinaire, n’a été entériné qu’en 1948 et qu’à moins de dispositions exceptionnelles la loi pénale n’est pas d’application rétroactive. Toutefois, pour aussi importante que se veuille la dimension juridique d’une situation donnée, celle-ci ne s’y réduit pas. D’autres composantes, notamment psychiques et affectives, doivent être prises en considération. Un siècle s’est assurément écoulé depuis 1915 et si l’Histoire humaine se caractérise par ses continuités, il n’empêche que chaque génération veut vivre pour elle même, sans supporter le fardeau de celles qui l’ont précédée. Autrement, et pour nous limiter à l’Europe, la paix entre la France et l’Angleterre puis entre la France et l’Allemagne fût rester inconcevable. Comment convaincre la Turquie que reconnaissance n’équivaut pas à stigmatisation mais qu’en matière morale également «qui paie ses dettes s’enrichit»? Des petits pas significatifs ont déjà été accomplis dans cette direction en attendant le pas décisif. Seul Caïn a pu se défausser de sa responsabilité en la déniant et en proclamant devant le Créateur: « Ma faute est trop lourde pour être portée ».

6 mai.

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Quiconque douterait de ce que fut la dureté pour ne pas dire la férocité de la vie sociale et économique aux Etats-Unis n’aurait qu’à lire ou à relire le roman de Steinbeck: « En un combat douteux ». Il y décrit comment se fomentaient les actions de grève parmi les travailleurs surexploités des vergers américains, contraints de vivre en autarcie et empêchés de se syndiquer sans encourir des amendes mutilantes et des représailles physiques parfois mortelles. Mais ce romancier sans illusions y décrit également pourquoi un parti communiste proprement américain n’a pas réussi à prendre racine et corps dans ce milieu en dépit de l’action assimilable à un véritable sacerdoce de ses militants. Un grand roman est aussi celui qui nous place devant des dilemmes de cette nature – et parfois d’une pareille cruauté – pour la conscience humaine quotidienne. La valeur irremplaçable de la littérature ne s’y décèle pas autrement.

RD

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