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LA Vème REPUBLIQUE A L’AGONIE – Vers une nouvelle – et fatale – polarisation FN-Djihad? (Magistro.fr – Juin 2014)

In ETUDES ET REFLEXIONS, SCIENCE POLITIQUE ET DROIT on juin 8, 2014 at 10:34

Vers une nouvelle – et fatale – polarisation FN-Djihad? 

I. La Vème république dans la durée longue.

La victoire du FN aux élections européennes du 25 mai dernier n’est pas circonstancielle. Elle marque encore plus fortement la mise à mal du régime politique qualifié formellement de Vème République au point que l’on s’interroge sur la viabilité réelle de ce régime. Il faut alors s’entendre que ce que l’on nomme « Vème république ». En termes constitutionnels, celle-ci existe depuis le référendum du 28 septembre 1958. C’est l’une des plus vénérables et des plus coriaces de toute l’histoire constitutionnelle de la France. On peut même considérer que ce régime-là conjoint ses deux avatars: le premier proprement gaulliste, ou assimilé, qui a duré jusqu’à 1981 et le second socialiste, sous les deux mandats de François Mitterrand qui s’était parfaitement accommodé d’un système pourtant qualifié par lui de «coup d’Etat permanent». Quels sont-pour ne pas dire quels étaient-les critères essentiels de ce régime?

La Vème République instituait un Etat fort, dominé par un Exécutif puissant, lui même servi par un parti dominant, et un Parlement se limitant désormais à la place congrue qui lui était assigné, l’ensemble sous la houlette d’un chef d’Etat charismatique, doté d’un coefficient historique hors normes. Grâce à un tel dispositif, l’économie et les finances de la France retrouvaient vigueur et confiance, à l’image du Franc nouveau garanti par la sobriété efficace des Pinay, Rueff et autres. Pourtant, un tel dispositif, une fois «liquidée» dans les conditions que l’on sait l’affaire algérienne, ne tarda pas à se lézarder. La crise de 1968 porta un coup fatal au charisme vieilli du général de Gaulle, tandis que l’autre «crise» commencée en 1973 avec la guerre dite de Kippour révéla les profondes vulnérabilités de l’économie du pays. Avec l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, le Centre revenait au pouvoir, au détriment du gaullisme originel. Les valeurs et les comportements en cours commencèrent également à se disjoindre et le président d’alors essuya en fin de mandat les relents d’une sombre affaire de diamants africains. En 1981, la Gauche arriva enfin au pouvoir, toutefois décidée, sans se déjuger, à se loger dans les institutions créées en 1958. Les réformes succédèrent aux réformes, avec un vaste programme de nationalisations sans doute indispensables mais qui contribua à mettre l’économie du pays sur le flanc. D’où dés 1983, le tournant dit «de la rigueur» qui allait transformer le socialisme révolutionnaire en socialisme sagement si ce n’est cyniquement gestionnaire, à commencer par la gestion du pouvoir politique patiemment conquis en trois décennies. La suite prend l’allure d’une pente descendante.

Des présidents qui se sont succédés, aucun ne remplissait le costume militaire du général ni les costumes ajustés de Mitterrand. La clef de voûte de la Vème république branlait tandis que l’économie française était minée par un chômage teigneux. Et pourtant, malgré tous les appels à fonder une VIème république, la Vème s’accordait quelque toilettage et prolongeait son parcours de vie. L’élection présidentielle de 2002 claqua néanmoins comme un coup de tonnerre puisque le socialiste Lionel Jospin était éjecté dès les premier tour au profit de Jean-Marie le Pen. C’est à ce moment que fut commise une erreur d’analyse majeure qui consista à imputer cet échec à des considérations de personnes ou de circonstances alors qu’en réalité s’annonçait l’effacement de la réalité politique française de ses deux composantes principales et alternatives: le gaullisme et le socialisme au profit d’une idéologie sans cesse stigmatisée mais obstinément persistante: celle de l’extrême-droite, comme si le cours de l’Histoire refluait en deçà de 1945. En 2012, la défaite de Nicolas Sarkozy, nominalement de gaulliste affiliation, au profit d’un François Hollande moins socialiste que « PSiste » et que nul n’avait vu venir consomma l’agonie inavouable d’un gaullisme préhistorique! La guerre des chefs qui s’ensuivit immédiatement à l’UMP accentua le discrédit politique, moral et même personnel de ses dirigeants. Il n’en alla pas autrement au PS, avec l’aggravation du chômage, le matraquage fiscal, le scandale Cahuzac, sans parler des frasques sentimentales d’un Président qui déjugeait ses engagements de campagne et commençait à perdre toute autorité. Le socialisme suffoquait aussi. De sorte que la victoire du FN aux européennes était largement prévisible. Quelles conséquences en tirer?

II. Vers la polarisation FN – «Djihadistes»?

Le questionnement est plus grave que celui qui concerne spécifiquement la survie de la Vème République. Il s’agit de savoir et de décider si la France restera ou non un régime démocratique. Non pas verbalement, dans l’incantation outragée par le principe même de la question, mais dans sa réalité. Quelle est cette réalité? Elle apparaît comme celle d’un régime bien curieux puisque privé à la fois d’une majorité et d’une opposition, d’un régime aux carences cumulatives, dont l’économie se délite un peu plus et dont l’autorité de son chef n’est plus que fictive. Au lendemain des élections européennes, au lieu de procéder à un véritable « scanner » de la situation, comme on l’eût pratiqué pour les victimes d’un accident de la route, à l’UMP se livrait une nuit à la Borgia contre François Copé; et pour le PS le président de la République bâcla une allocution que chacun écouta distraitement et que personne ne comprit. A l’UMP s’installait aussitôt un trio de Consuls déjà concurrents, tandis qu’au PS, l’on supputait qui allait remplacer, à une date qu’on fixerait en temps opportun, ce président blagueur mais fantôme et aboulique.

Qu’à cela ne tienne, pouvait–on se dire: le FN constitue désormais une véritable alternative. Le temps est fini de sa stigmatisation notamment pour antisémitisme forcené et pathologique. Des syndicalistes de FO, de Sud, de nombreux ouvriers et jeunes de moins de 35 ans, n’hésitent plus à le gratifier de leur suffrage et à l’adouber comme parti de gouvernement, si ce n’est comme poutre maîtresse d’une nouvelle République, ce terme n’ayant pas tout à fait les connotations de celui de démocratie. Et puis, patatras, resurgit sur le Net une interview d’il y a quelques semaines à Public-Sénat, au cours duquel Marine le Pen, recouvrant un naturel dont on l’imaginait corrigée, retrouvait les insanités de son père contre le « lobby juif », « Publicis », Maurice Lévy et tous « ces gens là qui se marient entre eux » et dont à l’entendre, sitôt élue présidente, elle les dépossèderait de leurs richesses spoliatrices pour ne pas dire qu’elle les «aryaniserait». Au point que Guillaume Durand qui l’interviewait réprima une réaction de dégoût. Depuis, aucune correction de trajectoire n’est intervenue et Marine Le Pen est déclarée diplomatiquement parlant non grata en Israël où aucun officiel n’entend la rencontrer. Est-ce donc cela qui doit remplir le vide de la Vème République sexagénaire? Il se pourrait que l’avenir fût encore plus préoccupant.

Après l’élection présidentielle de 2012 et le début de la chaîne d’échecs du nouveau pouvoir, certains analystes conjecturaient que le débat politique ne tarderait pas à se polariser entre l’extrême-droite de Marine le Pen et l’extrême-gauche de Jean-Luc Mélenchon. L’élection du 25 mai a révélé que le Front de Gauche était encore plus inconsistant et sépulcral que le mouvement écologiste. Apparaît alors le risque d’une toute autre polarisation, que bien peu osent nommer de son vrai nom. Le FN indécrottable, « confirmé » par Marine le Pen, croit pouvoir masquer sa xénophobie sous des formules comme celle « de la préférence nationale » et mettre cette lubie en oeuvre en continuant de s’en prendre notamment aux Juifs qui ont le malheur de ne pas lui complaire. Mais qu’en sera t-il cette fois des Musulmans de France? Ceux-ci constituent une population non pas de quelques centaines mais de quelques millions de personnes. Il ferait beau voir que le FN les maltraite verbalement ou idéologiquement comme sa présidente l’a fait avec Maurice Lévy et consorts. L’on sait à présent que le tueur du Musée Juif de Bruxelles, arrêté à Marseille, est un « djihadiste français », l’un de ceux qui par centaines s’en vont participer aux combats qui se déroulent en Syrie, avant de revenir sur le territoire de France, pour y accomplir le moment voulu un Djihad sans merci. Ces tueurs fanatisés ne rêvent que d’un seul scénario: que le FN arrive au pouvoir en France et qu’ils aient toutes les raisons de le combattre à la façon dont ils font la guerre à Assad. Tel est le risque qu’il faut savoir nommer, tandis que le régime dit de la Vème république ressemble de plus en plus à ces canards dont on a coupé la tête mais qui n’en continuent pas moins de courir en tous sens.

Alors que l’UMP s’est transformée en canard tricéphale, que le PS redoute de se faire éjecter dés le premier tour de la prochaine présidentielle, tandis que le Centre croit que son heure est proche et rejoue son jeu solitaire; tandis qu’à nouveau font rage les ambitions personnelles, prédatrices et finalement auto-destructrices, n’est–il pas temps de retrouver le sens du désintéressement et de forger non pas un front républicain, calculateur et opportuniste, mais un véritable arc démocratique où se retrouveraient face à un pareil horizon de menaces, quel que soit leur engagement politique initial, les hommes et les femmes inspirés par un réel impératif de liberté et de responsabilité, à la fois politique et moral? Le Pouvoir est il une drogue si dure qu’une fois goûté il produise une si inguérissable addiction au détriment du bien commun?

                           Raphaël Draï zal pour Magistro.fr (Juin 2014)

VERS UN EFFONDREMENT DE LA Vème REPUBLIQUE ?

In ARTICLES, SCIENCE POLITIQUE ET DROIT, SUJETS D'ACTUALITE on mai 25, 2014 at 9:51

VERS UN EFFONDREMENT DE LA Vème REPUBLIQUE ?.

LE MAL ANTI-JUIF ET L’AVENIR DES DEMOCRATIES (Vigilance Infos . revue du BNVCA , juillet 2013)

In ARTICLES, ETUDES ET REFLEXIONS, SCIENCE POLITIQUE ET DROIT on juillet 19, 2013 at 12:39

I. DE L’ANTISEMITISME  EN GENERAL  AU MAL  ANTI-JUIF  EN PARTICULIER.

L’intitulé de cette contribution à une analyse du phénomène anti-sémite en indique d’ores et déjà l’orientation et les domaines d’investigation.Il y sera question précisément non pas de l’antisémitisme, comme il est convenu de le nommer, en général, mais bien spécifiquement du mal antijuif. Pourquoi cette distinction?

Depuis quelque décennies,le terme antisémite a été subrepticement mais méthodiquement détaché de sa signification première pour désigner soit une forme générale de racisme, soit l’une de ses formes  particulière qui viserait  également les arabo- musulmans. Une telle extension de sens, au motif que les arabo- musulmans  sont, ethnologiquement, des sémites,risque de diluer ce que ce terme signifiait initialement, au détriment, simultanément, du racisme, de l’antisémitisme et de ce à quoi se rapporte le mal anti-juif. Aussi est –il préférable de rapporter expressément cette pathologie, et l’on verra que c’en est une, caractérisée  et préoccupante,  aux  caractères et aux comportements expressément anti –juifs,en  qu’ils  visent à porter préjudice et parfois à détruire les Juifs pour ce qu’ils sont  ou pour ce que l’on imagine qu’ils soient. Un pareil phénomène relève alors de la psychopathologie la plus clinique – celle –ci révèlerait elle ses limites actuelles sur un tel sujet – à la fois par sa résistance à toute argumentation rationnelle mais aussi à cause de sa propre destructivité et finalement de son auto- destructivité.Car il est deux formes principales de cette pathologie dans laquelle le délire  est le plus proche du passage à l’acte : une forme brute, brutale, « béhémotique », et une forme plus insinuante, plus subtile qui affecte les esprits que l’on croirait les plus étrangers à ces miasmes. On en prendra un seul exemple, chez l’un des plus grands poètes français :  Victor Hugo [1]. Nous disons bien Victor Hugo et non pas Déroulède. Dans un des poèmes insérés dans Les quatre vents de l’esprit, destinés comme il se doit à l’édification du genre humain et à porter la lumière dans les consciences,  l’on tombe sur ces vers :

                                «  Saoulez vous dans un bouge à la lumière des suifs

                                  Zénith : «  Je regarde voler les aigles ».

                                  Nadir : » Moi les Juifs ».

On aura remarqué dans ces deux vers la souillure du langage produite, d’une part, par la rime juif- suif – en argot le suif désigne l’argent – et, d’autre part, par l’amphibologie du verbe voler accolée à ce même mot :Juif.

Il ne s’agit pas là chez Victor Hugo d’un exemple isolé, d’une accident de langage et de pensée. A tel point que les promoteurs de l’Edition dite chronologique, de l’Edition «  Massin », croient devoir ne pas passer en outre, dans une note honnête, sur ce qu’ils appellent «  l’antisémitisme de la maturité hugolienne ». En vérité l’on pourrait montrer que cet antisémitisme hugolien est identifiable dès ses oeuvres et sa correspondance de jeunesse.

A l’évidence, il ne s’agit pas non plus de déclarer que Victor Hugo était viscéralement anti- juif mais seulement de souligner que ce mal là, pour sûr, n’épargne pas les esprits les mieux disposés en faveur de la liberté, de la justice et de l’amour des créatures. La dimension anti –juive est l’une de celles qui pourfile l’identité religieuse et culturelle humaine depuis que le peuple juif existe en tant que tel et refuse de se fondre dans les autres cultes, les autres civilisations, les autres cultures pour des raisons qui lui sont propres mais aussi pour ce qu’il croit comprendre et discerner dans ces autres formes d’existence dans lesquelles il est incité parfois par violence crue à se convertir .

Pour conclure ces remarques à la fois introductives et de bonne méthode, l’on a constaté que cet intitulé met en regard le mal anti- juif et l’avenir des démocraties. Ce qui appelle la précision suivante : si le mal anti- juif existait à part soi, ce serait déjà une raison suffisante pour le combattre. Pourtant il n’existe pas isolément mais se manifeste comme le symptôme  morbide des sociétés et des groupements humains décérébrés qui en tolèrent l’incubation puis les épidémies dévastatrices. C’est pourquoi il est indispensable en premier lieu de mettre en évidence le caractère intrinsèquement contradictoire du mal anti- juif et du régime qualifié de démocratique.

II  LE MAL ANTI- JUIF  ET LA NEGATION DE LA DEMOCRATIE.

 Il n’est pas question dans cette étude de se référer d’emblée à des cas ou à des situations récentes ou à peine un peu plus éloignées dans le temps que chacun a encore présents à l’esprit[2].Il s’agit de considérer « la nature des choses », comme dirait Montesquieu. Ce qui exige une définition minimale de la démocratie,  sachant que les traités de science politique les plus récents retentissement des débats nourris à ce propos.Pour notre part cette définition servira surtout de repère pour les développements à venir.

Chez Montesquieu le régime républicain – qui dans ses théories se rapproche le plus de ce qu’aujourd’hui est entendu par le vocable « démocratie »-, dans un tel régime  il faut avant tout comprendre ce que sont les lois, et cela au regard de la raison humaine qui procède elle même d’une raison d’un ordre supérieur : «  Les lois dans la signification la plus étendue sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses ; et dans ce sens tous les êtres ont leur loi, la divinité a ses lois, les bêtes ont leurs lois, les hommes ont leurs lois» [3]. Cela pour signifier non pas que la notion de loi soit relative, si ce n’est éclatée, mais au contraire qu’il n’est aucune forme de vie qui ne fût régulée par une législation prescrivant le permis et le défendu, une législation  à la fois liée à la raison mais hors d’atteinte de la possible prédation des êtres auxquels elle s’applique. Voilà pour le principe générique.

Quelles sont alors les caractéristiques majeures de ces lois qui éclairent sous cet aspect ce qu’il est convenu d’appeler « l’Etat de droit «? Montesquieu ajoute : «  Il faut avouer des rapports d’équité antérieurs à la loi positive qui les établit. Dire qu’il n’y a rien de juste ni d’injuste que ce qu’ordonnent ou prescrivent les lois positives, c’est dire qu’avant qu’on eut tracé le cercle, tous les rayons n’étaient pas égaux ».Pour Montesquieu   il faut prendre garde qu’une loi au sens formel, qui se réduirait à ses énoncés littéraux, ne devienne injuste, faute pour le législateur de prendre en compte et de respecter les valeurs immémoriales qui éclairent l’esprit humain et qui ne doivent jamais s’y éteindre. Ce qui marque nettement qu’aucun pouvoir ne doit se croire absolu, autrement dit né de lui même, sans rien qui le précède, rien qui le dépasse et rien qui l’oblige.

Qu’en est- il de la législation pratique? Une loi, dont on aura vérifié ces caractéristiques préalables, doit ensuite, pour être qualifiée en tant que telle, obtenir le consentement de ses  destinataires.Or un consentement, qualifié lui aussi, ne peut résulter que d’une information préalable, suivie d’un examen personnel et d’une délibération astreinte à des règles établies, et, s’il s’agit d’un jugement,  à des normes procédurales. Ce qui dans tous les cas exige la liberté de parole et de pensée  par quoi se fonde  la capacité de discernement. D’où la condamnation ferme et définitive par  Montesquieu du régime despotique et de l’asservissement  physique, intellectuel et même mental qu’il exige : «L’extrême obéissance suppose de l’ignorance dans celui qui obéit ; elle en suppose même dans celui qui commande. Il n’y a point à délibérer, à douter, à raisonner. Il n’y a qu’à vouloir». Entendons  le bien : ce «vouloir» là sera celui d’un seul, délié de tout  principe de raison suffisante, de toute « contingence » rationnelle et de toute obligation d’avoir à en rendre compte le cas échéant[4].

Lorsqu’il se déclare, le mal anti-juif apparaît comme la négation complète de cette série d’exigences, mutuellement liées. On en prendra deux exemples dans la psychopathologie du nazisme.

Le premier concerne Hitler en personne, si l’on se dire, tant cet être se réduisait psychiquement au magma de ses fantasmes. Un jour qu’il s’était particulièrement déchaîné contre «la juiverie mondiale» et sa «malfaisance congénitale», sans laisser planer aucun doute sur le sort qu’il s’apprêtait à lui réserver, Hitler ajouta ces deux considérations qui portent à la réflexion [5]. L’entreprise qu’à mots à peine voilés il se promettait de mettre en oeuvre, lui était dictée par.. la Providence. Cependant, pour étayer cette mission de salut universel, il lui fallait bien sûr des preuves. Celles –ci se trouvaient selon lui, expressis verbis, dans Les Protocoles de Sages de Sion. Et Hitler d’ajouter: « Je n’ai pas besoin de le prouver, c’est la vérité »[6].En  cette seule assertion l’ensemble des critères établis par Montesquieu est balayé, détruit,  au profit d’une conviction absolutisée, déliée de la moindre exigence rationnelle, de toute obligation délibérative et démonstrative. La « pensée » d’Hitler se confond  avec son vouloir. Si elle prend ce cours et se délie de la raison «  primitive », comme dirait Montesquieu, comme de la raison délibérative, c’est qu’il poursuit, obstinément, compulsivement, une oeuvre de mort. La pensée morbide et mortifère ne tolère pas l’objection parce qu’elle vise à la jouissance immédiate : celle que produit le sentiment de toute-puissance.

L’autre exemple, souvent cité celui là mais qui ne perd rien de sa valeur didactique, sera pris au bas de la hiérarchie nazie. En ce sens, le témoignage de Primo Levi nous place également devant cette contradiction béante, cette «  succion du vide »  comme disait Ernst Jünger. Après son arrestation et son transfert en camp de la mort, Primo Levi se retrouve enfermé dans une baraque avec d’autres déportés. Tous souffrent d’une soif atroce dont les gardiens n’ont cure. Primo Levi aperçoit de la fenêtre un glaçon. Il ouvre cette fenêtre et saisit le glaçon pour tenter de se désaltérer. C’est alors qu’un des gardiens qui l’a vu faire ce geste  se rue vers lui et le gifle à toute volée. Sidéré, Primo Levi qui parle aussi allemand, lui demande « Warum? » (Pourquoi?). Et le sbire de rétorquer «  Hier, ist kein Warum » ( ici il n’y pas de pourquoi)[7] 

Ces deux exemples pris hélas parmi tant d’autres[8] se  correspondent et se complètent. Dans l’histoire de la pensée humaine  le quoi?  le qui?  le pourquoi? et le pour qui? structurent et invigorent la conscience. Ces termes là, génériques, marquent le mouvement réciproque des questions et des réponses  par quoi les pronoms personnels, le je, le tu, le nous, se fondent et à leur tour structure la relation humaine, intersubjective et sociale. La réaction du sbire,sa violence plus qu’arbitraire, se placent  en deça de toute pensée et de toute relation proprement humaines. Elle disloque l’exercice le plus générique de la connaissance. Elle dénie le fait même de la relation humanisée. S’il faut y insister ce n’est pas seulement pour  ses incidences strictement individuelles mais bel et bien parce que le sbire est le rouage d’une machine, le ressort d’une « bourreaucratie », le soldat d’une armée, le serviteur d’un Etat ou de qui passe pour tel. L’illustration, à la lettre, monstrueuse, de l’envers du régime républicain et démocratique, au sens du Montesquieu de L’esprit des Lois.

III. LA RECURRENCE  DU MAL  ANTI-JUIF  ET  SES  ISSUES  POSSIBLES

 Le mal anti-sémite se caractérise bien comme mal ontologique, touchant à l’être même, et resterait –il sur ce plan encore énigmatique -, si celui -ci n’offre aucune prise à la réflexion, s’il aliène les intelligences apparemment les mieux constituées, s’il soudoie le sens moral et l’inverse en permis de détruire. C’est pourquoi si le nazisme en a été jusqu’à présent l’expression extrême, ses émules n’en sont pas comptables exclusifs. A ce propos il faudrait interroger les lettrés les plus qualifiés et leur demander : de qui sont ces déclarations: «Belle conspiration à organiser pour l’extermination de la race juive. Les Juifs bibliothécaires et témoins de la Rédemption »? Ne languissons pas trop. Elles sont de… Baudelaire et surgissent brutalement dans un recueil de notes, d’aphorismes, de confidences intitulé « Mon cœur mis à nu ».D’un collègue professeur de psychopathologie, elles reçurent cette explication : «L’antisémitisme est pulsionnel». Il se détend à la vitesse de l’éclair, comme la langue du serpent et mord en prenant à défaut tous les modes opératoires de la pensée rationnelle, si cette expression ne constitue pas elle même un pléonasme. Bien sûr, les déclarations précitées ne peuvent pas ne pas être rapportées aux tourments existentiels et à la déchéance humaine de l’auteur des Fleurs du mal, à tel point qu’à son propos Benjamin Fondane – arrêté à Paris, rue Descartes ( quelle anti- symbole.. ) et mort en déportation – a pu évoquer une « connaissance par les gouffres ».

Au delà de ce cas individuel, à considérer une fois de plus comme symptôme, la  psychanalyse nous informe que précisément la pulsion s’échappe et se donne libre cours lorsque la Loi qui est censée la réguler défaille. Pourquoi défaille t-elle ou bien s’excepte t –elle de sa  propre nature? Quand elle n’est pas sollicitée, alors qu’elle doit l’être, au motif que l’objet qu’elle devrait protéger n’est pas digne de cette protection, qu’il ne mérite pas son égide. S’agissant, sous cet angle de vue, du mal anti- juif, celui-ci trouve l’une de ses sources les plus empoisonnées dans la théologie dite de la substitution, celle qui a structuré l’identité religieuse planétaire, ou presque, selon le schéma aberrant opposant l’Ancien Testament, et le peuple qui s’y rapporte, et le Nouveau Testament, et le peuple qui s’y réfère. Le paradigme anti- juif s’est ainsi constitué avec ses variantes et ses substituts ne durant pas moins de deux millénaires, au point d’être passé en forme d’habitude mentale et de tropisme culturel. De celle-ci le monde chrétien tente de se défaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale mais l’on ne sort pas de deux mille ans de haine à visage d’amour en un demi- siècle.[9] Dans la translation du théologique au philosophique et au littéraire, l’image baudelairienne « des Juifs bibliothécaires » se trouve déjà chez Pascal, grand lecteur des Pères de l’Eglise. C’est ainsi que le peuple juif, dont le nom propre hébraïque : « Israël » avait fait l’objet de cette captation insensée, s’est vu par suite privé de toute repère généalogique inter- humain comme de toute insertion dans l’espace  géo- politique, au point que son retour actuel dans l’Histoire et dans l’univers politique est ressenti comme un véritable séisme identitaire mondial.

C’est de ce paradigme qu’est né le concept même de «solution finale» ou d’annihilation (Vernichtung): à partir non seulement de la déshumanisation anthropologique des Juifs mais également, si l’on osait ce néologisme, de leur « désêtration », de leur expulsion hors de l’Être dont un Heideger pour ne pas le nommer allait faire l’aurore et la destinée fructifère de la pensée occidentale. Les Juifs se retrouvaient de la sorte «  caïnisés »,  privés de toute protection, tant divine qu’humaine, livrés corps, biens et âme  à l’impulsion, dévoyée et pervertie  du premier  assassin en mal  de proie mais à ses yeux  « justicier de Dieu ».

Un telle construction identitaire n’allait pas tarder  à démontrer ses propres effets pervers.Ce que tels théologiens de l’Eglise du Christ avaient conçu à l’encontre des Juifs allait leur être retourné, terme à terme, et thème à thème, par les théologiens et les missionnaires de l’Islam conquérant pour lequel le message des prophètes de la Thora mais également celui des Evangélistes et de leurs commentateurs n’étaient que simples préfiguration du message coranique, révélé par Mahomet ; d’un Coran considéré, en somme, comme « nouveau – nouveau Testament ». En attendant de faire à son tour des émules, à ficher les uns et les autres, successivement, selon ce même paradigme, avec tous ses avatars jargonnés en « post », depuis la « post – Histoire » jusqu’au « post – moderne » en passant, last but not least, par le « post – humain », en attendant un probable « post – postime »,  réactionnel, qui nous ramènera aux temps de l’immutabilité primitive des mentalités et des croyances..

Ces dernières considérations conduisent,  en conclusion, à envisager quelques issues possibles à ce mal plus que radical. Elles impliquent avant tout la prise de conscience du caractère certes destructeur et exterminateur des individus et des organisations infestées du mal anti-juif mais également de son caractère auto- destructeur et finalement suicidaire dès que surgit devant lui un autre individu ou une autre organisation, une autre armée parfois, qui lui inflige de manière récursoire  sa propre « loi ». Faut-il rappeler, s’agissant du fascisme et du nazisme, quelle a été la fin de Mussolini, celle d’Hitler, celle de Goebbels, de son épouse et de ses enfants, « euthanasiés » par leur mère dans l’ultime bunker d’Hitler qui lui même suicida Eva Braun avant de mettre fin à ce que l’on n’ose appeler ses «  jours » [10]?

Telles sont les réflexions qui viennent en foule à l’esprit de celui qu’on n’ose appeler «  touriste » et qui de nos jours marche par exemple dans les rues de Berlin. Il est  impossible que sa rétine ne soit sur- impressionnée, comme de l’intérieur, par tant de scènes affreuses, innommables qui s’y sont déroulées dans le premier quadrant du XXème siècle. Et, en même temps, l’on constate que, décidément,  pas un décimètre carré de cette ville n’a échappé aux bombardements  incendiaires de l’aviation alliée, en attendant les assauts, les pillages et les viols  commis par les soldats de l’Armée Rouge, ivres de vengeance.

Au regard de retours actuels de ce mal, faudra t-il qu’une telle Histoire se répète? Le grand théoricien de l’histoire que fut Fernand Braudel distinguait, on le sait,  dans le cours des événements historiques ce qu’il appelait les durées courtes et les durées longues. Il lui est arrivé d’évoquer parfois aussi des durées «trop» longues. Le mal anti-juif participe de cette dernière forme de durée qui dénature l’essence même du temps. Quiconque est tenté de l’activer, d’en produire de nouvelles occurrences et récurrences, doit alors savoir à quel point le temps trop long finit par se retourner  et par se saisir de qui  s’imagine pouvoir  le déchaîner en toute impunité.

Et puisque cette proposition d’analyse a commencé avec Montesquieu, c’est à Montesquieu qu’on laissera le mot de la conclusion, lorsqu’il relève dans ses Pensées : «  Les Juifs sont à présent sauvés. La superstition ne reviendra pas. On ne les exterminera plus par acquit de conscience ». A l’évidence, Baudelaire n’avait pas bien lu Montesquieu. Puisse alors le souhait d’un des fondateurs du droit public contemporain ne pas être plus longtemps déjugé.

                                                                        Raphaël Draï


[1] Qui a donné son nom à la salle de l’Assemblée Nationale ou s’est tenu le colloque du BNVCA.

[2] Notamment l’affaire Mérah.

[3] Montesquieu. L’Esprit des Lois. Livre I. Œuvres. La Pléiade.

4. Karl Jaspers,  Psychopathologie générale, Félix Alcan, 1933.

5.Cf notre étude : «  Le for intérieur «   in Grands problèmes politiques et sociaux contemporains, Aix en Provence, La Librairie de l’Université Editions, 2000.

6. Témoignage de Robert Fleming.

7. Editions Robert Laffont. On peut regretter que cette édition ait fait choix de textes particulièrement polémiques de Primo Levi sur la politique d’Israël au temps de Menahem Begin.La qualité de «  grand témoin » de l’Histoire n’est pas forcément un gage d’objectivité idéologique.Au plan éditorial, lier ces deux éléments procède d’un évident parti – pris politique.Il en va d’ailleurs de même pour la présentation en 4eme de couverture du recueil de textes de Hanna Arendt intitulé Ecrits Juifs, Fayard, 2012. Ces procédés desservent surtout les oeuvres ainsi agencées.

8. Rabbi Ephraïm Oshry, La Thora au cœur des ténèbres, Albin Michel, 2010.

[9] Cf. La nouvelle édition du Nouveau Testament et ses commentaires parfois contestables aux Editions Bayard.

[10]. Yan Kershaw, La fin, Seuil, 2012.

L’ETAT (Inédit)

In SCIENCE POLITIQUE ET DROIT on mai 26, 2013 at 10:05

L’ETAT (Inédit).

L’ETAT (Inédit)

In SCIENCE POLITIQUE ET DROIT on mai 26, 2013 at 10:05

Qu’en est -il de l’Etat?  S’il est une affaire qui mérite le qualificatif de « publique» c’est bien celle de sa santé.Pour Hegel , l’ Etat n’est pas seulement l’instance la plus haute de la vie collective. Ce mot désigne aussi l’accès de ses membres à la conscience de l’ Universel . Noblesse oblige …Au fait d’où vient ce vocable? Selon certaines étymologies il serait d’origine latine , fortement marqué par la racine STR du verbe  STaRe qui signifie se maintenir , faire fond et face contre vents et marées . Mais il n’est pas impossible que cette étymologie recouvre  une  conception plus  tardive de 1′  Etat  puisque la  formule  latine originelle dont le mot Etat se rapproche la plus est Res Publica , soit la chose publique , comme on le vérifiera chez Cicéron et chez Saint Augustin . La variation des significations n’est pas mince qui passe du plan de l’identité commune à celui de la simple préservation de l’existence, comme si, au cours de siècles, le moyen et la fin avait permuté. Car ce terme­ clef en lequel semble s’être condensés toute la science politique et tout le droit public ne se donne pas à comprendre aisément .

Un Etat,  dit -on  , est une entité caractérisée par une population donnée , sur un territoire délimité et dotée du monopole de la contrainte légitime . En quoi il s’atteste souverain. Mais cette définition n’est elle pas forgée à partir de termes qui demandent eux mêmes à être plus clairement définis ? Car , pour commencer , il existe , morphologiquement parlant,  plusieurs formes et sortes d’ Etat, allant de l’ Etat unitaire, plus ou moins centralisé -la France- à l’ Etat fédéral, constitué de plusieurs autres« States» -les USA – ou landers -1’Allemagne  . Sans parler de la forme confédérale et des formes plus ou moins rampantes de fédéralisation -l’ Union Européenne . Il est vrai que la monopolisation de la violence est un trait constant de l’Etat contemporain s’il  entend mettre un terme à l’anarchie  des«  canailles» ( dixit Loysel) ou à la  dislocation féodale . Dans ce cas,  et Joseph de Maistre l’avait bien vu,  il prendra la figure du bourreau qui exécutera ses sentences . Mais si cette figure là devient effigie de sa Souveraineté , celle ci marquera plutôt l’ empire de la peur qui n’est jamais un fondement sûr puisqu’elle décroît parfois chez ceux qu’elle habite et qui , en s’y accoutumant, finissent par ne plus la ressentir.

C’est le cas de rappeler que le doublet souverain -absolu  qui passe pour une tautologie est rien moins qu’abusif . Bodin à qui on l’impute abusivement n’a  cessé de rappeler aussi les exigences du souverain Bien, le seul qui vaille . L’Etat ne justifie son appellation et surtout sa raison d’être que d’y travailler . En somme , la formule “Etat- providence” , qui a fait fortune  jusqu’en  1973 , est une véritable tautologie . Un Etat n’en est plus un s’il ne promet que le Purgatoire pour éviter l’ Enfer en  oubliant qu’il  est au service de la Res Publica            , déjà citée , à laquelle il doit donner sens et substance  au lieu de mettre celle -ci au service inversif de sa propre prorogation . Ce qui advient lorsqu’il naturalise le chômage , lorsqu’il  capte par  sa fiscalité castratrice des richesses ou des revenus qu’il ne produit pas et lorsqu’il gâche les plaisirs que laisse entrevoir1’allongement de la durée de vie  par une extension à effet rétroactif des années de cotisations pour une retraite tout juste décente .

De pareilles (im)politiques publiques sont de nature à saper immanquablement 1′autorité  dont il réclame par ailleurs 1’observance généralisée , depuis la famille, jusqu’au stade de football en passant bien sûr par la salle de classe, surtout lorsque la porte de celle- ci ne s’ouvre que sur des terrains vagues ou sur les caves taggées de la«  hot money » . Pour ne pas se dégrader en autoritarisme , qui est la forme la moins avouable de 1′ impuissance , l’ autorité étatique doit être génératrice de véritables biens , individuels et collectifs, susceptibles de partageet d’une qualité suffisamment pérenne pour faire l’objet d’une transmission . Celle par laquelle le dit Etat contribuera à inscrire la population dont il a pris la responsabilité dans une véritable Histoire , alimentée par une mémoire vivace , non itérative , et orientée par un projet où chacun finisse  par oublier sa revendication à un nom singulier , exclusif , différentiel , pourvu qu’il aboutisse à une œuvre d’ensemble sur laquelle le temps usera ses griffes.

LES REGIMES MATRIMONIAUX EN ISRAEL

In ARTICLES, SCIENCE POLITIQUE ET DROIT on janvier 17, 2013 at 10:25

LES REGIMES MATRIMONIAUX

Pour ce numéro spécial consacré à la célébration de vos évènements en Israël, j’aborderai le thème des régimes matrimoniaux.
Le mariage n’est pas uniquement l’union de deux êtres. Il a une incidence sur le statut patrimonial des époux. A qui appartient l’appartement acquis par l’un des époux avant le mariage? A qui appartient-il lorsque vous l’achetez après la célébration du mariage?
La réponse à ces questions dépend de l’existence ou non d’un contrat de mariage entre époux.

ABSENCE DE CONTRAT DE MARIAGE

A défaut de contrat de mariage, c’est un régime analogue au régime de la communauté légale qui régit les relations patrimoniales des époux en droit français.
Les biens acquis en propre par chacun des époux avant la célébration du mariage resteront leur propriété exclusive. Il en sera de même pour les donations et successions.
Les biens acquis postérieurement à la célébration du mariage seront réputés appartenir à la communauté, c’est-à-dire appartenir par moitié à chacun des époux.

Ainsi, l’appartement, la voiture… dont vous êtes propriétaire au jour de votre mariage vous appartiendront en propre.
L’appartement ou la voiture que vous achèterez avec votre conjoint après la célébration de votre mariage sera un bien commun réputé vous appartenir par moitié.

LE CONTRAT DE MARIAGE

C’est la loi sur les relations patrimoniales entre époux de 1973 qui prévoit le contrat de mariage.
Le contrat de mariage peut être établi avant ou après la célébration du mariage.

Il doit être écrit.
Il détermine et définit les biens qui appartiendront en propre à chacun des époux et ceux qui seront leur propriété commune.

Ainsi, par exemple, il peut être décidé que l’appartement, résidence principale des époux, acquis au cours du mariage par le couple sera la propriété exclusive de l’épouse.

Au-delà de la répartition patrimoniale entre époux, le contrat de mariage peut anticiper tout conflit relatif au divorce des époux et en déterminer les modalités: fixation de la résidence des enfants mineurs et du droit de visite et d’hébergement; fixation des pensions alimentaires au titre de l’entretien et l’éducation des enfants, « pensions » ou « indemnités » ( équivalent de la prestation compensatoire existant en droit français) au bénéfice d’un des époux…
Il peut également anticiper tout conflit lorsque les époux ont été précédemment mariés et ont des enfants issus de cette précédente union.

Lorsque le contrat est rédigé et signé avant la célébration du mariage, il peut être passé devant un notaire. Dans cette hypothèse, il aura force exécutoire au jour de la célébration du mariage.
Il peut également être enregistré auprès du « rechem », du greffier du tribunal aux affaires familiales, voire même du tribunal rabbinique.

Lorsque le contrat est rédigé et signé après la célébration du mariage, il doit alors être soumis à l’approbation et l’homologation du tribunal.
Les époux seront convoqués par le Tribunal qui après leur avoir expliqué la teneur de du contrat s’assurera qu’ils en ont compris les conséquences et vérifiera leur libre et entier consentement.
Le contrat sera ensuite enregistré auprès du greffe du Tribunal qui a homologué le contrat de mariage.

Il convient de noter que les époux peuvent au cours du mariage, décider de modifier leur contrat. Il conviendra pour eux de suivre la même procédure que celle relative à l’homologation du contrat de mariage conclu après la célébration de leur union.

Décider de conclure un contrat de mariage n’est pas un signe de défiance entre conjoints. Sa finalité est de définir clairement la répartition patrimoniale entre époux et d’anticiper les conflits pouvant exister dans certaines situations.

Mazal Tov aux futurs époux.

Maître Yaêl ELKYESS-DRAÏ
Avocate au Barreau d’Israël