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HAPHTARA VAYAKHEL-PEKOUDEI

22 Vayakhel15.

Les haphtarot « chronologiques » pour ces deux parachiot – reliées entre elles (méh’oubarot) – devraient être tirée successivement du livre des Rois (I, VII, 13 à 51 et VIII, 1 à 21). Mais celle de cette semaine se trouve cette fois corrélée à la paracha « Para » (Nb, 19) qui traite de la liturgie dite de « la vache rousse (para adouma) et qui concerne les modes de purification (tahara) des Bnei Israël qui se sont exposés à une pollution pulsionnelle ou mortifère (toum’a).

La présente haphtara est tirée du livre d’Ezéchiel en son chapitre 36 (versets 16 à 38). Il s’agit avant tout d’en comprendre le mouvement interne car trop souvent, au titre de la théologie polémique et disqualificatrice qui a sévi contre le peuple juif durant des siècles, les prophètes d’Israël sont invoquées surtout comme réprobateurs et annonciateurs de châtiments; rarement comme consolateurs et dispensateurs d’encouragements pour reprendre le cours d’une Histoire torrentueuse. Aussi ce passage commence t –il incontestablement et expressément par de dures paroles de réprobation, qui confinent à un réquisitoire.

Le prophète, qualifié en l’occurrence de « Ben Adam (fils de l’Homme) », doit attirer l’attention de son auditoire, pour aussi rétif qu’il lui paraisse, sur les points suivants. L’Eternel a bien fait dévolution aux Bnei Israël d’une terre qui fût la leur avec pour contre- partie qu’ils y observent la Loi du Sinaï, non seulement en apparence et verbalement mais par leurs conduites et par leurs oeuvres. Le contraire s’est produit. Au point d’avoir mené cette terre à rebours de sa vocation, une terre assimilée à une « femme menstruée », autrement dit qui ne peut concevoir la vie durant cette période au cours de laquelle son époux ne saurait non plus l’approcher, conjugalement parlant.

Il en est résulté un châtiment: l’exil et la dispersion de ce peuple, retourné à l’idolâtrie, parmi des nations étrangères afin qu’il y réalise ce que signifie perdre sa liberté de choix, être à nouveau traité en objet et en déchet. Cependant à l’expérience, le remède présumé s’est révélé pire que le mal qu’il fallait guérir. Cette fois c’est au sein même des nations étrangères, elles mêmes idolâtres, que les exilés ont profané (yéh’allélou) le Nom de la sainteté divine (eth Chem kodchi). Il faut s’arrêter à cette dénomination qui reviendra plusieurs fois dans la suite du texte. Que signifie t –elle exactement d’autant que le prochain remède annoncé aura prioritairement pour but non pas de rétablir la souveraineté d’Israël par le propre mérite de ce peuple mais bel et bien de reconstituer la sainteté du Nom de Dieu ((36, 22)?

Selon la pensée juive, l’Être divin (êtsem) est en soi inconnaissable. Dieu se fait connaître par son Nom (Chemo) c’est à dire par ce qui l’appelle et qui le personnalise. En ce sens la Thora tout entière est considérée comme « Nom de Dieu » parce qu’elle en appelle personnellement à sa Présence, comme lors de la construction du Sanctuaire, du Michkane, au désert, ou au retour de celle –ci lorsqu’elle s’est éloignée du peuple ou retirée de lui (Esther Panim). Or selon la Loi du Sinaï le Nom de Dieu ne peut être « appelé » qu’en vue précisément de sa sanctification: pour être corrélé exclusivement au choix de la vie. La profanation du Nom de Dieu advient lorsqu’il est clamé et proclamé, on l’a dit, à rebours de cette orientation, lorsque la bénédiction,(berakha) s’inverse en malédiction (kelala); lorsque les comportements et les conduites dénaturent et déjugent les normes et les valeurs que l’on prétend incarner.

Or c’est bien de ce clivage qui se trouve à présent mis en cause. Les conduites et les comportements des exilés semblent avoir empiré à cause de cet exil lui même. En réalité les nations concernées en tirent prétexte et argument pour discréditer l’Alliance du Sinaï et profaner encore plus le nom de Dieu. C’est pourquoi, le prophète doit annoncer à Israël la décision divine: le retour du peuple sur sa terre, de sorte que cette « dés-exilation », si l’on pouvait ainsi la qualifier, devienne un enseignement pour ces peuples imbus d’eux mêmes qui n’ont pas compris quel était leur véritable rôle dans l’Histoire de Dieu et de l’Humain. Un enseignement universel se déploie en cette annonce et, comme on l’a souligné, c’est la raison pour laquelle Ezéchiel est appelé, lui, « Fils de l’Homme ».

Cependant cette nouvelle sortie d’exil ne sera que le prélude à une réelle prise de conscience de la part du peuple d’Israël qui retrouvera la confiance divine et la surabondance de ses bienfaits, ce qui entraînera, en identification bénéfique également, la reconnaissance de la Sainteté divine par ces mêmes nations qui avaient cru antérieurement la dénier.

Cette haphtara prend son plein sens lorsqu’elle est éclairée par le commentaire suivant d’Isaac Abravanel (ad. loc). Ces nations là, et en particulier celles qui descendent de Rome et d’Ichmaël, avaient connaissance de la prophétie d’Ezéchiel et donc de l’annonce par la Parole divine du retour d’Israël sur la terre que Dieu lui a confiée. De quel droit alors ont elles prétendu se l’approprier, tour à tour ou en se la partageant, au risque de perpétuer la profanation du Saint Nom divin et de s’en éloigner beaucoup plus loin qu’elles ne le réalisent?

                                                Raphaël Draï zal, 11 mars 2015

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