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Parcours de Charley Draï – Episode 5

Adolphe Cremieux

Adolphe Cremieux

Au 26 rue Damrémont, qui a été le centre  stratégique de  toute notre famille, parce que  nos grands parents  ont vécu  avec  mon père.  Enfant j’ai suivi  tout ce qui pouvait être décidé, tranché,  jugé par l’ensemble de mes oncles .,avec des consensus unanimes mais parfois  avec des désaccords déchirants , les disputes  étaient éphémères, et les réconciliations  ferventes.

Leur vie  n’a pas toujours été un long fleuve tranquille.

Le décès de leurs soeurs, des décisions à prendre sur la garde de leur enfant, la  mort pour certain  de leur fils aîné.

Tonton Nessim, qui avait la réputaion d’être un exemple de sagesse et de gentillesse, était devenu révolté par la perte de l’ouïe et de la parole  de son fils aîné  notre cousin  (zal) Sam à la suite d’une méningite à l’âge de 6 ans.

Le renvoi injustifié  du travail de  Tonton Henry.

La perte de leur emploi  pendant  la guerre, j’avais 5 ans , ma mémoire  dans  ce temps est plus vive qu’à ce jour,  on  vivait d’expédients, Papa  s’était fait attraper par la police antisémite pour avoir négocié des coupons  de tissus au marché noir, et avait dû quitter  sa famille et sa ville pour  se sortir des griffes de ses  nervis, on fabriquait du savon  à la maison que Léon le  fils de tonton Michel jeune homme  allait livrer dans une caisse d’atelier de ferblantier à je ne sais qui?

Tonton Daniel  avait repris son métier de ferblantier que lui avait appris  baba Zézé.et je pense  s’était pendant un certain temps retiré à Oued Zénati  petit village  de  naissance de tata Léa  son épouse.

J’ai le souvenir  du débarquement des américains dans notre ville, où  la maison s’était transformée en une immense blanchisserie et où nos mères  lavaient des ballots entiers de vêtements pour les américains de passage. On avait retrouvé un peu d’abondance par  l’argent  que leur procurait  ce travail,  des premiers chewing gums, des cigarettes Camel, des boites de Corned beef, étaient elles cachères?

J’ai en mémoire les tickets de rationnement qui ressemblaient à des timbres poste que les épiciers  détachaient en échange  de farine et d’huile.

Je ne comprenais pas pourquoi nos oncles juraient sur la tête de personnes comme par exemple tonton Daniel « Ourass Georgeot » ou tonton David ou mon père, hélas c’était des enfants que nos mères  ont vu  disparaître à cause de la maladie, ces souffrances morales qu’elles ont dû endurer. Oui, les antibiotiques, la pénicilline n’existaient pas.

Comment oublier  ces cures  infâmes  d’huile de foie de morue pour compenser nos carences physiques ou ce stérogyl au gout d’anisette.

Le bicarbonate de soude mélangée avec le fond de verre de vin   qui viraient au noir, je pense  qu’il faisait  l’effet d’un acide chlorhydrique dans l’estomac de nos parents.

Sans être trivial, le papier de toilette, sur lequel nous nous attardons aujourd’hui sur le choix de la couleur  ou du parfum, pour nous  c’était les morceaux du journal de la dépêche de Constantine de la veille, ou le papier kraft gris de l’épicier,

Je revois nos mères  en train de repriser  les chaussettes de la famille avec  l’aide d’une boule jaune  gardée précieusement qui n’était autre  qu’une boule de billard. Ou ce peigne fin en os rare  à la vente  qui nous raclait le cuir chevelu  pour éradiquer l’invasion de poux. La galle  qui parfois apparaissait  malgré  les mesures d’hygiène de nos mères, on nous douchait avec  un produit que l’on appelait « grésil » qui n’autre aujourd’hui qu’un insecticide  formellement interdit  aujourd’hui en agriculture.

La toilette  à l’eau froide avec  le même gant  et le bain maure  de nos mères le vendredi après midi  après les préparatifs du chabath et celui de nos pères, à partir de 6 ans les accompagnant durant les heures réservés aux hommes en début de soirée.

Le froid glacial  et les hivers de neige, , nous étions réunis tous autour du poêle à bois  que l’on appelait le « Mérus » on réchauffait nos doigts meurtris par les angelures.

La guerre se terminera en 1945, nos parents par leur bonne conduite passée  dans leur administration respective, seront les premiers  réintégrés . Voulaient ils se rattraper   des privations de la guerre, et malgré leur modeste salaire de fonctionnaire  ils entraient  dans la spirale  des crédits  pour  se donner un minimum de conforts (achats de poste de radio, de glacière, les frigos) n’existaient pas encore, rénovation  de leur appartement,  et surtout il fallait nourrir et éduquer , chacun une famille nombreuse.Parfois la deuxième quinzaine du mois ils n’arrivaient pas  à faire la soudure de leur budget et ils avaient recours à des usuriers qui leur prêtaient   pour 15 jours d’emprunt  10000 francs  anciens pour 12500 francs remboursés ; devinez les taux d’intérêts que pratiquaient ces rapaces. Je revois Madame Parodi  cette corse veuve on aurait dit une sorcière, j’étais terrorisé  à l’idée de me rendre chez elle pour demander un délai de remboursement, cette odeur de cire  dans  une pénombre totale de son appartement  où ne se promenaient que ses nombreux chats .Ce Fredj Elbèze ventru  en plus d’un strabisme  qui me laissait  demander  s’il me regardait  ou épiait  un de ses employés; assis devant le perron de sa maison entrain de sortir ses liasses de billets de 50 000 anciens francs qui ont dû tourner de mains en mains  et me les remettre  avec un regard qui signifiait que  nos parents devaient tenir leur  engagement de remboursement.

Voici les raisons  pour lesquelles nos parents  après  nos fins d’études secondaires, désiraient  nous faire rentrer dans l’administration pour alléger  leur charge et renoncer à celles ou ceux qui étaient brillants de continuer des études universitaires.

Je comprends  très souvent  les raisons  de  leur névroses sous leur  carapaces  d’hommes  équilibrés, sérieux  ou d’humeur joviale.

A bientôt pour la suite ..

 

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