danieldrai

Bemidbar Par David Banon

Nous entamons la lecture du quatrième livre du Pentateuque, couramment appelé Bamidbar/Dans le désert,  mais plus précisément, selon l’incipit du livre bémidbar sinai. C’est un état construit puisqu’il s’agit du désert du Sinai.

Nos Sages l’appellent h’oumach hapéqoudim où le mot h’oumach signifie un cinquième des cinq livres de Moise et hapéqoudim/dénombrements. Ce qui donne volume des dénombrements. De là, le titre habituel, culturel, de ce livre, Les Nombres, traduit du grec de la Septante. Ce titre semble bien résumer les dénombrements qui  y occupent une place importante, à une nuance près, et elle est de taille, c’est que ce sont des listes de noms autant que de nombres. C’est un livre de noms plus qu’un livre de nombres. Plus précisément le dénombrement s’effectue bémispar chémot/au nombre des noms (1, 20). Nous y reviendrons.

Mais c’est aussi l’histoire de la traversée du désert – d’où le titre hébraique – avec ses révoltes et leurs conséquences puisque toute une génération avec ses dirigeants, celle de la Sortie d’Egypte, appelée dor dé’a/génération du savoir,  périra dans le désert. Seuls les descendants en sortiront et rentreront au pays d’Israel.

Dieu ordonne donc à Moise, Aaron et aux chefs de tribus de “recenser” les enfants d’Israel (Nb 1, 17-19). Rachi dans son commentaire au verset 18 du premier chapitre s’interroge sur vayityaledou, un hapax constitué par la forme réfléchie du verbe yalod à l’inaccompli. On le traduira ainsi “ils ont fait connaître leur naissance par leurs familles selon la maison de leurs pères”. Et voici son interprétation “Ils ont présenté les registres de leurs naissances et les témoins attestant l’ascendance de chacun d’entre eux, afin de s’agréger à leur tribu.”

Au verset 2 du premier chapitre, Rachi évoque trois “recensements”. Le premier eut lieu lors de la Sortie d’Egypte afin d’accomplir la promesse faite aux Patriarches, notamment à Jacob, “n’aie crainte de descendre en Egypte car, là-bas, je ferai de toi un grand peuple.” (Gn 46,3) Le second s’est effectué après la faute du veau d’or, selon Rachi, mais d’autres le situent au moment de la construction de la tente d’assignation, à l’aide du demi-sicle, afin que tous les enfants d’Israel participent à cette réalisation. Et le troisième, dans le désert, le premier jour du deuxième mois, soit le 1er Iyar, lorsqu’après avoir érigé le mishkane, Dieu est venu résider au sein des enfants d’Israel.

En quoi ce dénombrement effectué dans le désert du Sinai est-il différent des deux autres ? Nahmanide sur Nb 1,3 et 1,18 enseigne qu’il ne s’agit pas là d’un comptage mais d’une extrême attention dévolue à ce nombre. Une sorte de sauvegarde. Celle-ci se perçoit dans l’importance accordée à l’individu, car il s’agit de connaître les noms de ceux auxquels le pays d’Israel sera partagé.

Qu’on est loin des recensements de notre temps où l’individu disparaît au détriment d’un numéro. Que de registres et de documents administratifs sur lesquels nous n’apparaissons que catalogués – un numéro parmi d’autres qui ne tient aucunement compte de notre individualité – encombrent les terminaux des ordinateurs de nos institutions. Un numéro qui s’adjoignant à d’autres fera grossir les statistiques par lesquelles l’on déterminera nos besoins et établira les grandes lignes de l’économie et de la politique. C’est pour se prémunir contre cet anonymat asséchant, oublieux des visages et des noms propres que prévient ce dénombrement. “C’est pour manifester son amour pour le peuple que Dieu ordonne de dénombrer Israel ”(Rachi sur Nb 1,2), selon leurs noms/bémispar chémot. Expression qui revient 13 fois dans le premier chapitre. Et 13 est la valeur numériquedu mot ahava/amour. Isaie ne s’y est pas trompé lorsqu’il énonce “Levez vos yeux vers le haut et regardez qui a créé ceux-là. Celui qui dénombre les multitudes, tous il les appelle par leurs noms […] pas un seul ne manque.” (40, 26)

Un autre passage mérite de retenir l’attention (Nb 3, 1-3). “Et ce sont là les naissances d’Aaron et de Moise, le jour où YHVH a parlé avec Moisedans la montagne du Sinai.”  Rachi ad loc. souligne que le texte n’évoque que les engendrements d’Aaron et les nomme engendrements de Moise” Pourquoi ? La réponse que Rachi résume, se trouve dans une braita où Rabbi Shmuel bar Nahmani enseigne au nom de Rabbi Yonatan “quiconque enseigne la torah au fils de son ami, c’est comme s’il l’avait engendré” (Sanhédrin 19 b). La preuve scripturaire fournie à l’appui de ce dire est notre verset afin d’établir qu’Aaron a certes mis au monde mais que Moise a enseigné. C’est pourquoi, ils portent son nom.”

On sait combien un enseignement de qualité peut forger une personnalité et déterminer une vie et une vocation, combien plus l’enseignement de la torah.

 

DB

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :