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Eqev ‘ par David Banon

Incipit très particulier que celui de notre parasha pour énoncer une condition! ‘Eqev : si ou parce que.  Le Tanhouma, en se référant à sa signification usuelle : talon, enseigne que la Torah fait ici allusion aux commandements considérés comme étant de moindre importance et que l’on a, de ce fait, tendance à « fouler du talon/dash bé ‘aqévav« . Si l’on prend soin d’accomplir ce type de commandements, s’ensuivra une multitude de bénédictions (Dt 7, 13-24), notamment une abondance de biens (Dt 8, 7-10).

 Mais cette abondance de biens peut aussi présenter des risques. “De peur que tu ne manges et ne te rassasies, ne construises de belles maisons et t’y installes, que ton gros et menu bétail ne se multiplient et que l’argent et l’or ne s’accroissent […] et qu’alors ton coeur s’enorgueillisse et que tu oublies YHVH, ton Dieu qui t’a fait sortir d’Egypte.” (Dt 8, 12-14) La société de consommation est source de tentations : on comprend aisément que la boulimie, l’accumulation des biens et des capitaux peuvent conduire les individus non seulement à une course effrénée après le superflu, à une concurrence acharnée et donc à des inégalités criantes, mais aussi à une perte du sens, à une anomie, à une “ère du vide”, à un oubli de Dieu. Salomon ne dit-il pas “De peur que rassasié, je ne renie et déclare « qui est Dieu? »” (Prov 30, 9) Ce qu’à sa manière la Torah énonce quelques versets plus loin “Et tu diras en ton coeur « c’est ma force et la puissance de ma main qui m’ont procuré cette fortune ».” (Dt 8, 17) La main est l’organe de la prise, de l’appréhension. L’organe qui ramène tout à soi. La main est reliée au cerveau et en est sa quasi extension puisqu’elle représente l’organe de la puissance. La main est lesigne distinctif de la différence entre l’espèce animale et l’humain. C’est pourquoi elle peut être considérée comme l’organe, par excellence, de l’autonomie humaine et, partant, du détachement de Dieu, ainsi que le relate le récit biblique après la consommation du fruit de la connaissance du bien et du mal.(Gn 3, 22)

R Shlomo Ephraim Lunshitz (env. 1550-1619), dans son commentaire de la Torah Keli Yaqar, précise que le danger ne consiste pas tant en l’abondance de biens mais dans la course effrénée après le superflu. Et il ancre cette remarque dans l’ordonnancement des mots et des verbes qui composent  les versets : le syntagme “de peur que tu ne manges et ne te rassasies[…]”(Dt 8,12) apparaît dans le déroulement du texte après “tu mangeras et tu seras rassasié” (Dt 8, 10). Cela signifie : bien que rassasié, tu cherches à consommer encore et encore. Sans fin!

Un mot au sujet de  l’évocation de la mort d’Aharon par son frère Moise. Evocation impressionnante par sa sobriété. Elle tient en un seul versetqui relate sa mort, son enterrement et le nom de son successeur (Dt 10, 6). Ce qui donne à R. Shimshon Rephaël Hirsch (1808-1888)l’occasion de ce commentaire “Il y a des individus ou des groupes dont la mission dans le service de Dieu est importantissime. Pourtant,  ils ne doivent pas succomber à la tentation depenser orgueilleusement que le service de Dieune pourra se réaliser sans eux et, qu’en conséquence, ils ne seront pas sanctionnés  pour cette faute […] Le processus divin avance inexorablement vers ses objectifset dans ce parcours, il s’élève au-dessus des générations et des personnalités de chaque époque, fussent-elles parmi les plus illustres. Même Aharon a été appelé à se séparer de sa fonction et de son temps afin d’être enterré au sommet de la montagne alors que le peuple qui campait dans la vallée a continué ses pérégrinations (Dt 10, 6-7) Et lorsque Moise a évoqué la mort de son frère, peut-être a-t-il pensé que la sienne était proche. La mort de Moise est un avertissement pour tout un chacun en Israel : Moise, le grand Moise, n’était pas indispensable à la poursuite des objectifs divins. Même Moise meurt au sommet du promontoir alors que le peuple continue son chemin vers l’avenir.”

Une manière beaucoup plus ample d’illustrer le fameux proverbe populaire “le cimetière est plein de personnes indispensables”. Leçon à méditer par ceux qui s’accrochent comme de la glue à une infime parcelle de pouvoir et se croient irremplaçables. Ils confondent leservice du peuple et le service de soi.

DB

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