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Ki tavo par Pr David Banon

Dans les plaines de Moav, on assiste au renouvellement de l’alliance/brit. Celle-ci est scellée avec la génération qui entre dans le pays d’Israel. Cette alliance est donc d’une autre nature que celle qui a eu lieu au Sinaï. Le peuple est invité à s’engager de nouveau. “ […] Fais silence et écoute Israël, en ce jour tu es devenu un peuple pour YHVH, ton Dieu. Tu écouteras la voix de YHVH, ton Dieu et tu accompliras ses commandements et ses décrets que je t’ordonne aujourd’hui.” (Dt 27,9-10) C’est bien l’alliance et l’engagement à accomplir les commandements de la Torah qui donnent aux enfants d’Israël la qualité de peuple. Un  peuple n’est pas seulement un ensemble de personnes liées par un territoire, une langue et une histoire, encore faut-il ajouter pour le peuple juif, une charte. Des lois. La charte (la Torah) c’est ce qui soude entre eux ces différents éléments, détermine leur cohésion. A propos de ce versetqui constitue le peuple, le Talmud se demande : “la Torah a-t-elle donnée à Israël en ce jour? Ce jour n’est-il pas le dernier des quarante années de pérégrinations dans le désert ? Ceci pour t’enseigner que pour ceux qui l’étudient quotidiennement, la Torah demeure aussi chère à leurs yeux comme le jour où elle a été donnée au Sinaï.” (Bérakhot 63 b).

Le chapitre 28 décline les droits et les devoirs de chacun des partenaires de l’alliance : les bénédictions dont jouira le peuple si il est fidèle à ses engagements (Dt 28, 1-14) et les malédictions  s’il s’en détourne (Dt 28, 15-68). Ce chapitre s’appelle “la grande remontrance/hatokhah’a haguédolah”. Il égrène une série impressionnante de malédictions les unes plus terribles que les autres. A simplement les lire, on a froid dans le dos. Et comme si cette sombre litanie n’était pas assez dissuasive, on trouve un verset invraisemblable qui augmente la perplexité. “Même toute maladie et toute plaie qui n’est pas écrite dans cette Torah, YHVH les suscitera contre toi, jusqu’à t’anéantir.” (Dt 28, 61) D’aucuns pensent qu’il s’agit là de la “mort des justes/mitat tsadiqim”.

 Quelle est la raison de ce déferlement de calamités ? Peut-il y en avoir une ? N’est-ce pas plus qu’aucun peuple des familles de la terre ne saurait supporter ? A bien chercher, on en trouve une que le texte nous livre : “Parce que tu n’auras pas servi YHVH, ton Dieu dans la joie et le contentement du coeur, lorsque tu avais tout en abondance.” (Dt 28, 47) Oui, c’est un peu démesuré ! Le service de Dieu, autrement dit la prière – surtout celle des shabbatot et de fêtes – doit se faire par les chants et dans la joie, sinon c’est un manquement gravissime qui a des conséquences catastrophiques. D’ailleurs le service des Lévites au Temple se faisait dans la joie et le contentement du coeur. Comment s’exprimait-il ? Par le chant. (‘Arakhin 11 a)  Et pour lui donner encore plus d’éclat, des instruments de musique accompagnaient les chants des Lévites. Ce verset et son interprétation talmudique devraient être médités par ceux – et ils sont nombreux – qui réclament à cor et à cri l’annulation du chant  pendant  les prières, dans le seul but de les écourter.

“ Tels sont les termes de l’alliance que YHVH a ordonné à Moïse de sceller avec les enfants d’Israël dans le pays de Moav, en dehors de l’alliance qu’il avait scellée avec eux à Horeb.” (Dt 28, 69)  Dans une braïta, Rabbi Shimon ben Levi enseigne : “on trouve la notion d’alliance au sujet du sel ainsi qu’il est écrit : tu n’annuleras pas les sel de l’alliance ton Dieu (Lv 2,13) mais aussi au sujet des souffrances : voici les termes de l’alliance (Dt 28,69). De même que le sel de l’alliance attendrit/adoucit la viande, de même l’alliance dont il est question dans les souffrances, car les souffrances pulvérisent les fautes de l’humain.” (Bérakhot 5 a) Ou selon une autre version les souffrances adoucissent/attendrissent les fautes, car les souffrances transforment les fautes volontaires en mérites…

Permettez.moi de marquer ma préférence pour un autre enseignement qui se trouve dans la même page de ce traité. “Rabbi Yohanan était souffrant. Rabbi Hanina lui a rendu visite. Il lui a demandé : havivin aleikha yissourin/les souffrances te sont-elles chères ? Il répondit : ni elles ni leurs récompenses !”

Si la souffrance d’un individu est insupportable, combien le sont a fortiori celles qui s’abattent sur tout un peuple.

DB

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