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L’homme : créature à l’image de D.ieu

L’homme : créature à l’image de D.ieu

Rav Ariel Messas

Les textes de la Torah relatifs à la condition humaine et à la place de l’homme dans la création sont très riches. Ils placent l’être humain au sommet de la hiérarchie du créé.

Un célèbre verset de la Genèse enseigne que l’homme a été créé à « l’image de D.ieu ».

Les sages enseignent que  l’âme est « une partie du D.ieu d’en haut ».

Au Psaume huit, le roi David célèbre la création : « Lorsque je contemple tes cieux, œuvre de ta main, la lune et les étoiles que tu as formées… » et s’interroge sur la place que peut tenir l’homme dans un univers aussi majestueux :  « Qu’est-ce donc l’homme, pour que tu penses à lui ? Le fils d’Adam pour que tu le protèges ? » Le psalmiste répond à cette inquiétante question de façon magistrale : « Tu l’as fait presque l’égal des êtres divins, tu l’as couronné de gloire et de magnificence. Tu lui as donné l’empire sur les oeuvres de ta main, et mis tout à ses pieds… ». Ici, l’homme est décrit comme « presque l’égal des êtres divins ».

Cette comparaison entre l’homme et les créatures célestes est récurrente.

Le serpent promet à Eve qu’elle sera comme D.ieu lorsqu’elle aura consommé du fruit de la connaissance du Bien et du Mal.

A plusieurs reprises, les commentateurs expliquent que l’homme peut être tenté de croire qu’il existe deux pouvoirs égaux, celui de D.ieu dans les sphères célestes, et celui des hommes dans les sphères terrestres.

L’histoire de l’humanité est là pour nous rappeler combien l’être humain a souvent succombé à sa tentation suprême : se prendre pour D.ieu lui même.

Si l’homme est décrit comme presque l’égal des êtres divins, s’il peut être tenté de se prendre pour D.ieu, c’est qu’il existe en lui une force extraordinaire lui donnant un pouvoir sur le reste de la création.

Celle-ci peut être à l’origine de sa grandeur mais aussi de sa perte s’il l’utilise de façon négative.

De quelle force s’agit-il ?

La spécificité de l’homme, c’est que son intelligence domine la matière. Ce pouvoir ne s’exprime pas uniquement par la faculté de transformation du créé – il va beaucoup plus loin – il s’agit du pouvoir de définir la finalité de la matière, de déterminer le rôle que celle-ci doit avoir dans la vie de l’homme.

Ce faisant l’homme peut dominer les valeurs du monde dans lequel il évolue.

Il semble que cette force soit à l’origine de la grandeur ou de la perte du genre humain :

La création voulue par D.ieu est accompagnée par un projet divin. La Torah n’est autre que le projet assigné à la création par le Créateur. Etre capable de changer la finalité du créé, c’est donc « se substituer » à D.ieu en proposant un projet « concurrent » au sien.

En dotant l’homme de cette force, D.ieu a créé l’homme à son image.

Il ne l’a rendu que de très peu inférieur aux êtres célestes.

C’est également ce pouvoir qui peut lui donner l’illusion de gérer la vie sur terre, qui peut lui donner l’illusion d’être lui même un Dieu.

La première faute du premier être humain fut l’expression de cette volonté ancrée en l’homme de définir lui même les valeurs qui régissent sa vie.

Ne supportant pas de vivre en porte à faut avec son action, l’homme a tendance à justifier à posteriori les fautes qu’il commet. Dés lors, la faute est à l’origine d’un monde différent de celui voulu par D.ieu, d’un monde qui dépendra directement de son action.

La faute relègue à un deuxième plan le projet de D.ieu.

Cette compréhension nouvelle du concept de création de l’homme à l’image de D.ieu, ainsi que de la nouvelle approche de la nature de la faute commise par les premiers êtres humains, vont nous permettre de mieux comprendre le sens des conséquences dramatiques qu’eut la faute sur le devenir de l’humanité.

Une des conséquences de la faute est l’obtention par l’homme de son pain à la sueur de son front.

Avant la faute, l’homme se nourrissait à la table de D.ieu sans avoir besoin d’apprêter les mets qu’il consommait

Après la faute, le pain ne peut être obtenu qu’à la sueur de son front.

Comment comprendre Le pain est la matière première la plus indispensable à la survie de l’homme. Après la faute, il ne peut plus être obtenu qu’après de nombreux efforts. Ce faisant l’homme peut avoir l’illusion que c’est lui qui pourvoit à ses besoins. Il peut oublier que derrière le monde qu’il crée existe un monde créé par D.ieu.

L’homme vit alors dans un monde qu’il modèle selon son bon vouloir sans pouvoir prendre conscience de ses erreurs.

La conséquence de la faute c’est l’enfoncement dans la faute.

Nous conclurons en remarquant que si le pain de la Genèse est celui qui peut pérenniser la faute, il en est un autre qui en est purifié.

Le roi David (Psaumes, 78-25) dans une très belle parabole décrit la manière avec laquelle D.ieu octroya la manne aux enfants d’Israël dans le désert. : « Il commanda aux nuages d’en haut et ouvrit les portes du ciel ; Il fit pleuvoir sur eux de la manne comme nourriture et leur octroya du blé céleste. Tous eurent à manger de ce pain de délices ».

Il existe dans le Talmud (Yoma 75b) une discussion à propos de l’expression « pain de délices » (lé’hem abirim).

Un maître y soutient qu’abirim a pour sens : forts. Il explique que ce pain était le pain des forts, le pain des anges.

Une autre opinion voit dans le mot abirim une allusion à évarim, membres. Elle soutient que la manne était un pain entièrement absorbé par les 246 membres du corps de l’homme, qu’il ne produisait aucun déchet.

Ces deux opinions expriment le caractère « sacré » de la manne consommée par la génération des enfants d’Israël qui vécurent la sortie d’Egypte.

Le niveau de spiritualité de ces personnes était très important. Les sages enseignent qu’une servante a pu voir lors de la traversée de la mer rouge ce que n’a pas vu Ezéchiel le prophète. Par ailleurs, les maîtres nous apprennent que lors du don de la Torah, les enfants d’Israël atteignirent le niveau de spiritualité d’Adam avant la faute.

Seule cette génération a pu être nourri par un pain céleste, par un pain provenant entièrement de D.ieu.

Le pain n’était plus, en ce temps, le fruit de la sueur de l’homme, il était, de nouveau, un cadeau du ciel.

Du fait de sa proximité avec son Créateur, l’investissement de l’homme dans le monde de la matière ne devait plus provoquer d’écran entre le monde de l’homme et le monde de D.ieu. Dés lors, les efforts nécessaires à sa réalisation devenaient caducs. Le pain pouvait redevenir un produit venant du ciel et cesser d’être un produit créé par l’homme.

Le peuple juif a pu, pendant la période qui précéda son entrée en terre d’Israël faire disparaître dans une certaine mesure les séquelles de  la faute.

Il faut noter que cette rédemption ne fut possible que grâce à l’enseignement d’Abraham.

Le Talmud (Baba Métsia 86b) dans un de ses très brefs enseignements nous apprends que le peuple juif pu bénéficier de la manne dans le désert grâce au mérite d’Abraham qui servit du « beurre et du lait » lors du repas qu’il servit aux anges venus lui rendre visite.

Par ailleurs un Midrach (Béréchit Rabba 48-12) nous apprends que la manne a pu être octroyée aux enfants d’Israël dans le désert grâce au mérite d’Abraham qui demanda à Sarah de « pétrir une patte afin d’en faire des gâteaux ».

A priori, ces textes semblent inaccessibles. En quoi le don de « beurre et de lait », le fait de demander de « pétrir une patte pour en faire des gâteaux » est en rapport avec la manne obtenue par le peuple juif quatre cents ans plus tard ?

Il semble que par ces deux attentions, Abraham ait cherché à transmettre aux générations à venir l’idée suivante : si l’homme a la possibilité de transformer la nature, il n’en devient pas pour autan son créateur.

Il existe un monde de la création différent du monde de l’homme. Un monde régi par la volonté de D.ieu. La perfection ultime humaine est atteinte lorsque le projet de l’homme pour l’homme est identique à celui voulu par D.ieu pour l’homme.

Lorsque Abraham sert du beurre, il n’oublie pas de présenter le lait a partir duquel on crée le beurre.

Lorsqu’il demande à Sarah de faire des gâteaux, il met en garde Sarah à veiller à leur préparation. Il l’enjoint de porter son attention au regard qu’elle porte sur ce qu’elle confectionne de ses propres mains.

Ce faisant il se protége lui, et son épouse Sarah, contre le risque de l’oubli du monde créé par D.ieu au profit du monde transformé par l’homme.

Ce faisant, la transformation qu’il imprime à la matière ne lui donnera pas l’illusion qu’il en est le seul maître et qu’il peut en disposer librement selon sa volonté.

Ariel Messas

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