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Paracha Nasso Par David Banon

Notre paracha commence par l’injonction divine à Moise en lui disant “Lève la tête des fils de Guerchon selon la maison de leurs pères, selon leurs familles.” (Nb 4, 22) Par la suite, en ce qui concerne les fils de Mérari “ […] selon leurs familles, selon la maison de leurs pères.” (Nb 4, 29). Pourquoi cette inversion dans l’ordonnancement de l’expression? La seconde expression se trouve déjà mentionnée en Nb 1, 2 et 4, 2. Cette inversion est-elle signifiante? Le Talmud pro- jète une lumière vive sur cette question “Rabbi Hama béRabbi Hanina enseigne en faisant appel au  verset En ce temps là, parole de Dieu, je serai Dieu pour toutes les familles d’Israel. Il n’est aps écrit pour tout Israel mais pour toutes les familles d’Israel. Et elles seront pour moi un peuple. Rabba bar Rav Houna enseigne On établit une difference entre Israel et les convertis. Pour Israel il est écrit, je serai pour eux un Dieu et eux seront pour moi un peuple tandis que pour les convertis, l’on trouve, qui leur a donné la garantie de s’approcher de moi, parole de Dieu, vous serez pour moi un peuple et moi je serai Dieu pour vous.” (Quiddouchin 70 b) Comme la fin de cet enseignement est énigmatique, Rachi (ad loc béyisrael) entreprend de l’expliciter “Pour Israel il est écrit je serai Dieu pour vous même s’ils ne sont pas un peuple pour moi, tandis que en les rapprochant Dieu en fait son peuple. Il n’en va pas de même pour les convertis, Dieu ne consent à les rapprocher de lui que pour autant ils s’en approchent d’eux mêmes et comme par avance.”
D’après ce texte talmudique, l’on constate que 1) Dieu n’élit résidence qu’au sein des familles d’Israel et non pas auprès des individus, membres de ce peuple (cf Nahmanide sur Nb 1, 18). 2) Les convertis, parce qu’ils s’agrègent au peuple d’Israel de leur propre gré, ne sont point marginalisés. Toutefois, ils ne sont considérés comme le peuple de Dieu que pour autant qu’ ils s’en approchent par avance et par eux-mêmes.
On trouve aussi dans notre paracha la triple bénédiction sacerdotale. “Et Dieu a parlé à Moise en disant. Parle à Aaron et à ses fils et dis ainsi vous bénirez les enfants d’Israel, dis leur. Que Dieu te bénisse et te protège. Que Dieu éclaire sa face vers toi et te soit gracieux. Que Dieu tourne sa face vers toi et te donne la paix.” (Nb 6, 22-26) Quelle est la teneur de cette bénédicition? Son sens? Pourquoi cette bénédiction est-elle confiée aux cohanim alors que sa source se trouve en Dieu “ ko tévarékhou/ainsi vous bénirez” (Nb 6, 23) mais “[…] vaani avarékhem/c’est moi qui les bénirez” (Nb 6, 27)?
R. Moché Alcheikh précise que la fonction des cohanim consiste à préparer les coeurs des enfants d’Israel en les rendant aptes spirituellement et existentiellement  au don véritable, celui de la bénédiction divine. Néhama Leibovitz qui cite ce commentaire ajoute “Quiconque considère les cohanim comme des êtes humains ayant le pouvoir de faire le bien ou le mal ressemble à celui qui confère à la bénédiction une fonction magique et n’a pas de part dans la Torah d’Israel.” Ainsi quiconque se rend chez les maîtres spirituels dans l’espoir de recevoir de leur part une bénédiction qui résoudra ses problèmes – fussent-ils spirituels – se trompe d’adresse. Ce que Yéchayahou Leibovitz, son frère, exprime sans complaisance “L’humain qui accorde à la bénédiction d’un juste ou d’un sage une action ou une influence quelconques est suspecté d’emblée d’adhérer à une conception magique et idolâtrique […] Il n’est dans le pouvoir d’aucun être humain, fût-il cohen, de bénir son prochain. Le cohen n’est que l’intermédiaire auquel un commandement a été donné de prier afin que Dieu bénisse Israel.”
Quoiqu’il en soit de ces remarques importantissimes, la triple bénédiction accompagne les Juifs qui fréquentent les synagogues. Elle revêt beauté et sollennité. C’est une bénédiction qui va crescendo. Trois, cinq et sept mots, soit 15 en tout,  composent ces trois versets. Elle est précédée par un souhait et une bénédiction récitée à haute voix par les cohanim qui doivent accomplir ce commandement avec amour/béahava. Or la valeur numérique de béahava est égale à 15. L’amour se décline donc par ces 15 mots dont le premier est yévarékhékha/que Dieu te bénisse, ce qui signifie fécondité, abondance, surplus. Et le dernier shalom/paix dont le Midrach enseigne qu’il n’y a pas de récipient apte à  recevoir la bénédiction autre que la paix. A-t-on besoin d’expliquer combien la paix en elle-même est la bénédiction suprême. C’est elle qui permet l fécondité, l’abondance et le surplus donc le partage et le don.  Si bien  que cette triple bénédiction commence par la bérakha et se termine par la bérakha.

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