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Qorah’ par David Banon

Les pérégrinations des enfants d’Israël dans le désert, depuis la Sortie d’Egypte, ont été marqués par des récriminations et des révoltes de la part de différentes composantes du peuple. Dix en tout,  selon la Michna (Avot 5,4). Elles sont allées crescendo, et plus la révolte enflait, plus la sanction se faisait lourde. Ainsi, après la faute du veau d’or, 3000 hommes ont trouvé la mort (Ex 32, 28) alors que pour ceux qui cherchaient querelle, une occasion, un prétexte pour en découdre (les mitonénim), «le feu de Dieu a sévi parmi eux et a dévoré les dernières lignes du camp » (Nb 11,1). Suite aussi à l’épisode dite des fosses de la convoitise/kivrot hataavah, « le peuple a été frappé d’une mortalité très considérable.» (Nb 11, 33). Et enfin, suite à la faute des explorateurs, le décret de Dieu est tombé comme un couperet :«dans ce désert vos cadavres resteront […] » (Nb 14,29). Ce processus se poursuit, hélas, par le rassemblement de mécontents qui font passer un vent de fronde dans le campement.

 Comment se présente cette fronde? La sédition attachée au nom de Qorah’ a été l’une des plus graves – peut-être même la plus gravissime – que le Pentateuque relate. Elle ne s’est pas déroulée d’un seul coup, mais par vagues successives. Qorah’, Datan et Aviram, les 250 personnes auxquelles se sont probablement adjoints des proches et des gens de maison. Chaque vague avec sa force et  son ampleur, son objectif et ses conséquences fâcheuses, mais elles visaient toutes le même but : mettre en question les dirigeants officiels du peuple et, par ricochet, Dieu. Après que ces vagues se furent brisées suite aux sanctions impitoyables qu’elles ont provoquées (l’engloutissement par la «bouche de la terre», le feu dévorant les 250 personnes), vient alors une nouvelle lame de fond, sous forme d’une accusation. « Vous avez tué le peuple de Dieu » (Nb 17,6). La conséquence pour ce peuple frondeur prend la forme d’un fléau qui décime 14 700 personnes, mis à part ceux qui ont péri à cause de Qorah’ (Nb 17,14). En atteste non seulement la gravité de la sanction et son ampleur, mais aussi la façon dont la sanction a été appliquée : une nouvelle création/béri’ah hadashah, inattendue, apparue à cet effet. (Nb 16, 30)

Un autre point caractérise la révolte de Qorah’. Contrairement à des événements quasi-semblables, c’est la première fois que les frondeurs donnent à leurs critiques une coloration spirituelle. «C’en est trop pour vous, car toute l’assemblée, tous, ils sont saints, pourquoi vous érigez-vous en chefs de l’assemblée de Dieu.» (Nb 16,3). Il n’y a dans cette récrimination aucune requête matérielle, ni viande ni eau, mais seulement la sainteté, c’est pourquoi elle est dangereuse. Certes Datan et Aviram évoquent le pays où coule le lait et le miel, la promesse de champs et de vignes, mais c’est pour tourner cette promesse en dérision. (Nb 16,14) C’est donc la seule et unique fois que la contestation prend un tour religieux, spirituel, même si il est clair comme le jour que les mobiles étaient tout autres : la convoitise du pouvoir. Or l’on sait où ce type de fronde idéologique ou théologique conduit. A la division, à l’exclusion et à la mort.

Examinons dans le détail un des versets qui décrivent la sédition. Après la mort «surnaturelle» de Qorah’ et de son assemblée, nous lisons « Ils ont murmuré toute l’assemblée d’Israël, le lendemain, contre Moïse et Aaron, en disant : »Vous avez mis à mort le peuple de Dieu ».» (Nb 17,6) Dès le lendemain, sans attendre. Difficile à concevoir. Comment ont-ils osé, alors que la veille encore, ils s’étaient enfuis en criant « la terre pourrait bien nous engloutir»? (Nb 16,34) Car, si ils ont bien compris la teneur de la faute de Qorah’, Datan et Aviram, qui ont été engloutis par la bouche de la terre, donc sanctionnés par le Créateur, ils avaient du mal à saisir en quoi consistait la faute de ces innocents qu’étaient les premiers-nés qui n’ont fait qu’offrir l’encens. Ils ont accusé Moïse et Aharon car, disaient-ils, quiconque offre de l’encens, c’est-à-dire sert Dieu, ne saurait être mis à mort. De plus, le fait de recouvrir l’autel à l’aide de leurs encensoirs, a pu les induire en erreur de sorte qu’ils n’ont pas prêté attention à la mise en garde qui accompagnait cette injonction. «En mémoire, afin que n’approche pas un homme étranger qui n’est pas de la descendance d’Aharon pour faire brûler l’encens devant Dieu […]» (Nb 17,5)

C’est que les enfants d’Israël jasaient et décriaient l’encens en disant «c’est un poison mortel/sam hamavèt ; par lui sont morts Nadav et Avihou, et par lui les 250 hommes ont été brûlés. Alors Dieu dit « vous verrez qu’il arrête le fléau et que c’est la faute qui tue. »» (Rachi sur Nb 17,13 reprenant un enseignement de la Mékhilta, section béchalah‘ ). Il convient d’ailleurs de prendre connaissance de l’ensemble de ce commentaire de Rachi qui décrit merveilleusement ce conflit entre Aharon et l’ange duquel il finit par triompher. Comme si Aharon s’était interposé entre les vivants et les morts pour arrêter avec son corps et à l’aide de l’encensoir le fléau… selon l’ordre de Moïse.(Nb 17,11).

Reste une question. Comment Moïse savait-il que l’encens peut arrêter un fléau? Ce secret, dit le Talmud (Shabbat 89 a cité par Rachi ad loc ), lui avait été confié par l’ange de la mort, lui-même, lorsqu’il était monté pour recevoir les Tables.

DB

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