danieldrai

Vayqra – Pr. David Banon

VAYQRA/ויקרא

Pr David Banon

Le troisième livre du Pentateuque, le Lévitique, se présente comme le mode d’emploi de la tente d’assignation dans laquelle Dieu «a élu résidence» en venant habiter dans la nuée (Ex 40, 34-35). Désormais c’est de cette demeure et non plus d’autres lieux qu’Il s’adressera à Moïse. C’est de là qu’il l’appellera afin qu’il transmette aux enfants d’Israël ses lois et ses préceptes, notamment le culte sacrificiel – d’où le nom de Torat Cohanim : Code Sacerdotal,  attribué par les Sages à ce livre. C’est dire qu’il y a un continuum dans le récit biblique.

Mais, d’emblée, le lecteur s’interroge sur la façon dont le premier mot de ce troisième livre est transcrit, vayiqra : et il a appelé- Le alef final de ce verbe est minuscule. Et c’est ainsi qu’il convient de l’écrire sous peine d’invalider le rouleau de la Torah pour la lecture publique.

Quel est le sens de cette anomalie scripturaire ?

La conclusion du livre de l’Exode nous aidera à comprendre. «La nuée a couvert la tente d’assignation et la splendeur de Dieu a rempli la demeure.  Et Moïse ne pouvait pas venir dans la tente d’assignation car la nuée l’avait couverte… » (Ex 40, 34-35). Comme Dieu remplit tout l’espace et, a fortiori celui de la tente d’assignation, Moïse ne pouvait y pénétrer tant que la nuée  la couvrait. Dieu l’a  donc appelé et lui a adressé la parole. Rachi voit dans cet interpellation «une marque d’affection: lachon h’ibah». Une braïta souligne que c’est «pour nous enseigner une règle de savoir vivre : on ne s’adresse à quelqu’un qu’après l’avoir appelé», par son nom. (Yoma 4b)   Mais rien n’est encore dit au sujet de l’alef miniature ! Moïse ne s’apprêtait à écrire, en effet,  que vayiqar : et il est survenu,  comme pour Bil’am où Dieu se présente à lui de manière inopinée, fortuite et imprévue (Nb 23, 3-4), mais Dieu lui demande d’apposer le alef, ce qui donne vayiqra : et il a appelé avec une intention délibérée. Moïse a obéi, toutefois il a miniaturisé la lettre – preuve de son humilité.

Dieu a donc interpellé Moïse afin qu’il transmette aux enfants d’Israël « un homme quand d’entre vous il approchera une approche de sacrifice pour Dieu… /adam ki yaqriv mikem qorban lachem... » (Lv 1,2). Construction syntaxique alambiquée d’un verset dont H. Meschonnic suit méticuleusement l’ordonnancement des mots et des verbes qu’il traduit comme supra. Aujourd’hui on dirait adam mikem ki yaqriv qorban ou encore ki yaqriv qorban adam mikem : quand un homme d’entre vous approchera une approche de sacrifice. Cependant la construction syntaxique inhabituelle et tortueuse, l’affolement de la syntaxe recèle un enseignement capital. Le sacrifice que vous apportez doit être mikem : de vous, ce qui signifie pour une lecture hyper-littérale comme celle pratiquée par R. Ovadia Sforno,  médecin italien de la Renaissance, mé’atsmékhem : de votre être. C’est une partie de votre corps, vos membres,  votre chair et votre sang qui doivent être consumés sur l’autel. Vous n’offrez pas un sacrifice, vous vous sacrifiés. C’est ainsi qu’il convient de comprendre adam mikem. Le sacrifice animal n’est que substitutif. D’ailleurs s’il n’est pas accompagné par vidouy dévarim : des aveux et une soumission : hakhna’a, ainsi qu’il est dit « Les sacrifices de Dieu, un esprit brisé, un cœur brisé et écrasé Dieu ne méprise pas.» (Ps 51,18)

Un autre verset crie « interprète -moi ». « Quand un chef se trompe et qu’il fait un de tous les commandements de YHVH son Dieu qui ne se font pas, par erreur, il est coupable. » (Lv 4, 22) « Si on lui fait connaître son erreur, il apportera un bouc pour offrande. » (Lv 4,23) Alors que pour le prêtre (Lv 4,3) et le grand tribunal (Lv 4, 13) le texte emploie la conjonction si : im, pour le chef  (le prince, le dirigeant, le responsable) nous avons acherAcher nassi yéhéta : qu’un chef se trompe ou quand un chef… Pourquoi ce changement ? Pourquoi ne pas utiliser le im, à l’instar du prêtre ou du grand tribunal ? Le Zohar commente (Vayqra 24 a) « vadaï yéhéta : assurément il fautera.» Car quiconque exerce une responsabilité est amené à faire des erreurs puisqu’il prend des initiatives et des décisions pas toujours judicieuses. Le judaïsme ne connaît point le dogme de l’infaillibilité.  Au contraire, le pouvoir conduit inévitablement à l’erreur et parfois au délit et à la culpabilité. Le fait d’avoir une parcelle de pouvoir, de se sentir investi d’une autorité, fût-elle le résultat d’élections démocratiques, ce fait-même ne met pas les hommes politiques à l’abri d’une erreur. Il conduit le plus souvent,  pour garder ce pouvoir, à pactiser avec les intrigues, les manipulations, le mensonge et les injustices. C’est pourquoi le pouvoir doit être limité par d’autres institutions ou par la soumission des dirigeants à l’instance supérieure de la loi. L’éthique devrait limiter le politique.

C’est ce qu’enseigne à sa manière R. Yohanan ben Zakkaï. « Que signifie acher ? Acher renvoie au mot ocher : bonheur. [Même charpente consonantique vocalisée différemment] Et qui donne aussi achré : heureux. Bienheureuse la génération dont les dirigeants apportent un sacrifice pour la faute qu’ils ont commise par inadvertance.» (Horayot 10 b) Et Rachi ajoute « a fortiori lorsqu’ils regrettent des fautes préméditées, des actes faits dans l’intention de nuire.»

DB

Banon

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :