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KADDICH A ALGER – Radio J -16 Février 2015

In Uncategorized on février 16, 2015 at 12:36

Les dernières volontés d’un être appelé à rejoindre son Créateur, doivent être respectées comme l’image ultime qu’il veut laisser de lui même. Elles ont force de loi. A ce titre l’immense acteur que fut Roger Hanin a voulu être inhumé à Alger dans le cimetière traditionnellement appelé cimetière Saint-Eugène, auprès de son père. Il faut avoir vu « Soleil », le film que le fils devenu homme de cinéma et de théâtre a consacré à ses parents pour mesurer la portée du geste. Roger Hanin, né Lévi, faisait partie de cette génération pour laquelle les termes qui désignent la parenté appartiennent à une terminologie sacrée et sanctifiante. Il n’est pas question de sur-interpréter la portée d’un tel acte mais en un temps où les familles se décomposent, où les références parentales tendent à s’effacer, il peut être bénéfique de rappeler cette dimension vitale de la condition humaine: la continuité des générations. Dans toute réussite, mondaine, financière, intellectuelle, artistique, se reconnaît parfois un élément de revanche sur le sort, sur ce que peut avoir eu d’injustement humiliant le fait de naître au bas de la société quand ce n’est pas dans ses bas-fonds. C’est ainsi que certaines « ascensions », comme on les qualifie, équivalent si l’on n’y prend garde, à des reniements et aboutissent au véritable exil, géographique et humain, de ceux et celles qui y consument leur existence. Dans les obsèques voulues par celui qui su incarner simultanément un chef de gang et un commissaire de police plus vrai que vrai, qui donna corps avec Claude Chabrol au personnage castagneur du « Tigre » mais qui interpréta également Beckett et Claudel, il faut sans doute reconnaître le signe d’une fidélité indéfectible à une terre natale et à des parents affectivement adorés. De même chacun, jugera comme il l’entend l’accueil cérémoniel de sa dépouille par les autorités algériennes une veille de chabbat. Cependant, pour aussi émouvante que fut cette inhumation, sanctifiée sur place par la récitation du kaddich, elle ne saurait faire oublier une situation générale plus attristante: celle qui interdit de fait la visite strictement religieuse des cimetières juifs d’Algérie par ceux et celles qui voudraient eux aussi pouvoir y réciter le kaddich sur les tombes d’êtres chers. Tant de démarches à cette fin ont été rebutées ou découragées, parfois à la dernière minute et sans un mot d’explication, qu’il a fallu, à titre compensatoire, ériger une stèle du souvenir au cimetière parisien de Pantin. Il est des contentieux de nature judiciaire, d’autres de caractère politique. Celui sur lequel nous n’avons cessé d’insister depuis des années n’est plus seulement de nature diplomatique. Il en appelle désormais à la justice céleste, si l’on y croit, et en ce domaine il ne faut jamais désespérer des sentences finales de la Providence. Puisse alors l’inhumation de Roger Hanin dans ce cimetière algérois qui est aussi un irradiant lieu de mémoire ne pas constituer l’exception qui confirme une règle de moins en moins supportable. Et puisse ce kaddich exceptionnel en susciter d’autres pendant qu’il en est encore temps lorsque le dernier devoir est devenu le tout premier.

                         Raphaël Draï, Radio J, 16 février 2015.

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