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Archive for the ‘BLOC NOTES’ Category

BLOC-NOTES: SEMAINE DU 20 AVRIL 15

In BLOC NOTES on avril 29, 2015 at 9:15

21 avril.

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Intervention télévisée du président de la République ce dernier dimanche face notamment à une brochette de « jeunes ». Bien sûr, l’exercice de la politique n’est plus concevable sans « communication ». A condition que celle-ci ne se réduise pas à un exercice de mise en valeur personnelle, quoi qu’il en soit de la réalité, et qu’elle ne se propose pas d’autre finalité que l’échange manipulateur avec l’interlocuteur préalablement choisi. Cette condition a t’elle été remplie? Partiellement. A l’évidence, François Hollande s’efforçait d’y satisfaire. Surtout en dernière partie. Mais, il avait beau faire, l’impression générale était qu’il déployait un plan de campagne présidentielle pour l’élection de 2017 et que sa réélection était son unique souci. Ce qui n’a pas empêché quelques moments de vérité, particulièrement lorsque l’un des « jeunes » s’est montré plutôt compréhensif envers les spectacles de Dieudonné en invoquant « la liberté d’expression ». Ce qui provoqua la réplique immédiate du président de la République en fonctions renvoyant à son interlocuteur la charge de la question: qu’est ce qui le faisait rire dans les spectacles du pitre? Ses saillies antisémites? Au delà de cet échange ponctuel la préoccupation profonde naît de la manière dont cette génération, ou une partie importante de ce qui la constitue, se forge de la dite « liberté d’expression ». Elle semble surtout mettre l’accent sur le mot « liberté » sans vérifier le moins du monde ce que celle-ci permet d’exprimer. Dans une France en crise chronique, dans laquelle le chômage ne se résorbe point, où la recherche d’un emploi devient obsessionnelle, la revendication d’une liberté totale et de dernière instance: celle de disposer de soi, devient discrétionnaire, absolue, apparaîtrait elle transgressive et méconnaissant la lettre même de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. La solution consiste t-elle dans un saupoudrage financier? 100 ou 200 euros qualifiés de « prime », ajoutés à un salaire médiocre qui ne permette aucun investissement dans un avenir quelconque transformeront-ils un pareil état d’esprit? Comment restructurer moralement uns société dont les dirigeants semblent, là encore, s’échiner à perdre toute crédibilité? L’esprit du 11 janvier s’est avéré particulièrement fugace comme l’ont montré les élections départementales. Et l’opposition « républicaine »? Est-elle « mieux disante » en la matière? A l’UMP, Alain Juppé continue son cavalier seul en se promettant de rallier de plus substantiels escadrons sous le regard d’un Sarkozy qui attend le bon moment pour le vider de sa selle. Au FN la route paraissait largement ouverte. Jusqu’au moment où, à point nommé, le père, la fille et la nièce, ont interprété leur version impitoyable des Atrides. Du très mauvais Euripide mais qui se terminera sans doute par un baiser dentu devant les militants et les caméras. Pour toutes ces raisons, c’est miracle si la navire France ne s’est pas encore complètement fracassé sur les rochers.

23 avril.

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A dix huit mois de la fin du second mandat de Barack Obama Hillay Clinton vient d’annonce sa candidature à la présidence des Etats Unis. Même si depuis quelque temps elle s’efforce de se démarquer de l’actuel président, celui-ci lui apporte déjà son soutien au risque de réduire ce qui lui reste d’autorité. Ainsi en va t-il de la politique intérieure américaine où le tempo électoral est encore plus pressant et haletant qu’en France avec le quinquennat présidentiel. Aux Etats-Unis le délai est plus bref: quatre ans seulement, renouvelables une seule fois, avec tous les deux ans une myriade d’autres élections, notamment au Congrès. A se demander quel temps utile reste t-il réellement à l’élu pour concevoir et mettre en oeuvre une véritable politique marquée par sa cohérence interne et un peu d’esprit de suite. Cela dit, le « clip » d’Hillary Clinton, péchait par son indigence. Tous les genres et toutes les couches de la société s’y trouvaient cités en méconnaissance du principe, également valable en politique: « Qui trop embrasse mal étreint ». C’est de cette manière que se programment les déceptions, puis les défaites. Aucun chef d’Etat ne peut satisfaire tout le monde et la bénédiction urbi et orbi n’est réservée qu’au pape. L’action politique exige des choix préalables, seraient-ils drastiques, des options gagnantes qui permettront ensuite d’utiles ralliements motivés par un jugement lucide, porté sur des résultats probants.

25 avril.

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André Gide jugeait que dans l’immense Comédie Humaine de Balzac, la réputation d’Eugénie Grandet était surfaite, que l’ouvrage ne supportait pas la relecture. Je ne saurais en décider, sachant à quel point Gide pouvait être tantôt d’un jugement sûr, tantôt de parti pris, quitte à se reprendre comme il le fit après ses apologies du régime soviétique. Pour sa part, Le Lys dans la vallée est sans doute l’un des plus beaux fleurons de la littérature sentimentale mais également l’un des exemples les plus pathologiques de la morbidité dans ce genre littéraire. La clef en est donnée avec le nom de la principale protagoniste: Madame de Mortsauf, épouse d’un homme auquel elle semble avoir été greffée et dont elle ne peut se défaire quitte à plonger son véritable amant de coeur, Félix de Vandenesse, psychiquement un véritable fils pour elle, dans des attentes célestes qu’il se contente de dévorer ; jusqu’au moment, fatal mais inévitable, où il rencontre Lady Dudley qui lui rappellera les exigences du corps. Prise dans les méandres de sa propre indécision, Madame de Mortsauf se laissera mourir, non sans avoir transmis cette propension anti-vitale à des deux – vrais-enfants. Les balzaciens professionnels assurent qu’il y a de l’autobiographie dans ce roman affectivement carcéral que l’on referme avec une sensation de soulagement tant le débat prétendument moral entre la fidélité conjugale et l’attachement à l’amant platonique y confine au masochisme le plus insupportable. La bouffée d’air pur viendra des quelques pages qui concluent le livre et dans lesquelles Natalie (sans h, a contrario la bien nommée) de Manerville dit son fait et rive son clou à Félix dans des termes dont la cruauté ironique rétablit également les exigences du vivant.

RD

BLOC-NOTES: Semaine du 4 Aout 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on août 8, 2014 at 12:38

5 août.

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S’il est en France un homme politique qui devrait prendre garde à ne pas user de mots outranciers, c’est bien Laurent Fabius qui ne cesse de parler de «massacres» commis selon lui par l’armée d’Israël dans sa guerre contre le Hamas. Notre ministre des Affaires étrangères a t-il oublié ce qu’il a enduré lors de l’affaire dite du « sang contaminé » qui l’a conduit jusqu’à la Cour de Justice de la République sous l’imputation d’homicide involontaire? Et il en est sorti heureusement acquitté. Pourquoi alors massacre t-il la langue française? La notion de « massacre » implique une intention à la fois délibérée et aveugle: celle de tirer dans le tas, de tuer pour tuer. Qui peut honnêtement prétendre que telle soit la conduite des opérations menées par l’armée israélienne à Gaza alors que le Hamas a disséminé ses engins de mort, ses postes de commandements, ses bunkers et ses tunnels en pleine population civile, d’une part pour inhiber les opérations militaires de l’armée adverse et d’autre part pour mener contre elle une guerre des images voulue dévastatrice? Il n’en va pas autrement de la tribune publiée dans un journal du soir par le quadrige Morin, Brauman, Debray et la dame Hessel. En somme le prétendu haut du panier « moral » qui là encore fait d’Israël un monstre d’inhumanité, acharné à l’oppression d’un peuple qui n’est pour rien dans son propre malheur. Pourtant à la place des faiseurs d’opinion et des pouvoirs publics, je me méfierais de ce genre d’intervention vipérine. Face à notre quadrige fatal, se tiennent dans ce qu’il est convenu d’appeler la communauté juive de France, entre autres des centaines et des centaines de chefs d’entreprises, de médecins, d’avocats, d’enseignants, de chercheurs, de professeurs d’université qui n’ont pas moins de cervelle que nos aigles aux serres crispées d’indignation sélective. Eux pensent exactement le contraire: qu’Israël est dans son droit, qu’un jour ou l’autre l’on prendra conscience qu’à vouloir le souiller, politiquement, juridiquement, moralement on ne fait que cracher en l’air. Il est vrai qu’à la dernière manifestation de soutien à la population d’Israël ciblée par des milliers de roquettes peu nombreux étaient les hommes et les femmes politiques n’appartenant pas à la communauté juive de France. Cette absence aussi est un enseignement qui engage les choix d’avenir. Il faut espérer pour l’instant que le cessez-le feu intervenu il y quelques jours tiendra. Car la rentrée s’annonce dure pour le peuple de France. A bout de ressources, le gouvernement de Manuel Valls en est maintenant à jouer du rabot à tour de bras contre les professions libérales; notaires, pharmaciens, huissiers etc… qui lui promettent une rentrée calorifique. L’agence Moody’s estime que la France n’a toujours aucune possibilité de faire ne fût-ce qu’une partie des économies qui lui permettraient d’apercevoir le bout du tunnel, si l’on ose dire par les temps qui courent. Et l’Allemagne refuse toute bouteille d’oxygène à François Hollande par ailleurs empêtré dans le charcutage des régions au point que les radicaux de Gauche menacent à leur tour de quitter le gouvernement. Que l’Afrique semble calme vue du beffroi de Lille…

6 août

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Pour le magazine « Time », avec Poutine a commencé le seconde « guerre froide » de l’histoire du monde contemporain. Le ministre des Affaires étrangères de Pologne ne cesse de lancer des cris d’alarme: la Russie ne reculerait pas devant une intervention armée massive en Ukraine et elle entérine par une série d’actes symboliques son annexion physique de la Crimée, accomplie dans la torpeur diplomatique générale. Telle est d’ailleurs la méthode Poutine: faire fond sur la passivité de ses homologues, pour ne pas dire sur leur lâcheté; se placer chaque fois dans la position du challenger si ce n’est de la victime, que ce soit des Etats-Unis ou de l’Union Européenne, et rendre coup pour coup. On le menace de sanctions financières et économiques? Il menace à son tour d’interdire le survol de la stratégique Sibérie aux compagnies d’aviation des Etats qui lui font des misères. Le reste à l’avenant. Il semble bien que, lui, sache ou il va puisqu’il y va de manière lucide et déterminée, alors que les Etats- Unis se sont laissés engluer dans les négociations filandreuses avec l’Iran et que la France patauge dans le centre de l’Afrique, tandis que le Liban, menacé par l’Etat Islamique, lui réclame des armes, de la logistique, des conseillers au risque de l’entraîner dans un autre conflit régional, couleur bourbier. La France flambeuse qui envoie des millions d’euros à Gaza et au Liban, comme si son taux de croissance était de 5% l’an …

7 août.

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Lecture du livre d’Arthur M. Schlesinger Jr: « The Politics of Hope ». Belles leçons à la fois de réalisme et de morale, sans mièvrerie, sans aucune vocalise de belle âme. Pour Arthur M. Schlesinger Jr, il n’est pas de politique libérale, au sens conceptuel ou décisionnel, qui n’implique à un moment ou à un autre des choix intensément moraux. Nul besoin de s’abriter derrière une prétendue force des choses ou devant des contraintes techniques incoercibles. Il faut en ce domaine savoir ce que l’on peut, ce qui dépend toujours de ce que l’on veut, de ce que l’on veut vraiment, et s’y tenir. Depuis les années 40, ce qu’il est convenu d’appeler « société » est constitué moins de personnes vivantes et contradictoires que de choses jetables après usage, même partiel. L’idéologie coconnière des « groupes » et des « collectifs » a lentement érodé le sens de la responsabilité personnelle. Au point que lorsque celle-ci est sollicitée, qu’elle est requise par les fonctions mêmes auxquelles tel chef d’Etat ou de gouvernement a pourtant prétendu, l’on ne sent qu’aboulie et désarroi, le tout camouflé par la «com» qui ajoute la cécité à l’illusion. En prendre conscience n’est pas s’exposer à la déprime ravageuse. Au contraire: c’est donner plein sens au titre de ce recueil d’études: la politique de l’espoir. L’espoir ne s’inscrit jamais dans un avenir donné: cet avenir il le crée.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 28 Juillet 14

In BLOC NOTES on août 1, 2014 at 3:33

28 juillet.

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Les mouvements dits de gauche ainsi que les mouvances islamistes ont entamé une guérilla contre le gouvernement de Manuel Valls et contre le président de la République. Comme dans toutes les coalitions hétéroclites, il s’agit de chercher le liant improbable qui fait défiler ensemble des militants de la CGT et des salafistes. «Qui monte qui?» aurait demandé Lénine pour la circonstance. En manifestant de manière répétitive, le PCF et le NPA, aussi conviviaux que pouvaient l’être en leur temps Staline et Trotski, se donnent le sentiment d’exister. Le PCF rejoue les années d’après-guerre lorsque les adhésions affluaient et que le Parti avait la haute main, physique et idéologique, sur une grande partie de l’intelligentsia française. Ombre de lui même, il prouve aujourd’hui que les ombres errantes ne sont pas dépourvues d’une certaine consistance. Ses troupes sont surtout concentrées dans la région parisienne et principalement en banlieue, des terres «rouges» où il perd d’ailleurs l’un après l’autre ses bastions. Cependant, il lui en reste suffisamment pour les monnayer avec le PS en sièges gagnables à l’Assemblée Nationale ou au Sénat où il se retrouve sur-représenté au regard notamment du FN.

Quant aux islamistes, leur jeu est d’une clarté d’aube levantine. Il s’agit pour eux de se donner la plus grande visibilité possible, en occupant l’espace public, en le saturant de leurs slogans. Cela pour la partie visible. Car il est sans doute, comme à Gaza, une partie invisible, un tunnel en cachant toujours un autre. En France, du sud au nord, des tunnels islamistes sont creusés dans la société française qui sapent ses fondements au profit d’une idéologie dont l’on découvre la mise en oeuvre en Irak et en Afrique. A présent Benghazi est au pouvoir des Djihadistes. De ces tunnels sont sortis les Fofana, les Mérah, les Nemmouche qui font figure de héros dans des générations qui n’ont pas tant «la haine» d’autrui que le mépris d’elles mêmes. On verra bien ce qu’il en résultera lorsque de ces tunnels-là sortiront peut être des douzaines d’émules de Fofana, Mérah, Nemmouche et alii. Le gouvernement de Manuel Valls en est conscient et tente d’y remédier mais l’échelle de la difficulté est telle qu’il faut pratiquement improviser au jour le jour. Même au PS une lutte fatidique est engagée pour re-gauchir le parti et signifier leur impotence aux «amis d’Israël».

L’anti-sionisme est devenu en France une donnée immédiate des postures idéologiques. Et l’on ne sait plus si c’est la «diplomatie intérieure» qui s’aligne sur celle du Quai d’Orsay ou l’inverse.

31 juillet.

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Sortie remarquée contre Israël de l’ancien premier Ministre Dominique de Villepin présenté comme avocat. C’est procureur qu’il faudrait dire tant la charge est à sens unique, méthodique et véhémente. Dominique de Villepin n’ira certes pas manifester aux côtés d’Olivier Besancenot. Lui, utilise les colonnes du «Figaro». Car une fois reconnu du bout des lèvres et pour la forme le droit d’Israël à vivre en sécurité, il le prive aussitôt des moyens d’appliquer ce droit puisqu’il déclare cet Etat seul, total, unique, éternel, sempiternel responsable de la situation actuelle. Il y a de la théologie médiévale dans cette sorte d’argumentation. On se demande alors où gît l’exemplarité de Mr. de Villepin qui l’autorise à juger de son haut un Etat et un peuple. Lorsqu’il était au Quai il s’est fait remarquer avant le déclanchement de la guerre d’Irak par un discours flamboyant de dix minutes contre les Etats-Unis, dans la droite ligne du discours de Phnom Penh du Général de Gaulle. Seulement ni lui ni Jacques Chirac n’ont eu alors le cran d’aller au bout de leur logique et d’opposer réellement leur veto au Conseil de sécurité, ce qui a valu néanmoins à Jacques Chirac d’être mis au coin par George Bush pendant un temps plus long que celui d’une récréation. Et une fois devenu Premier ministre, se souvient-on que ce même Dominique de Villepin, par ses grandioses projets pour la jeunesse a fait descendre des dizaines de milliers de manifestants dans les rues et qu’ils ont eu raison de lui? On l’a dit, Dominique de Villepin, se présente maintenant comme avocat. Heureusement qu’il n’est pas opticien: ses clients n’y verraient que d’un œil. Le plus important pour Israël n’est pas la prose «nécromantique» de notre avocat parisien mais la position du Congrès américain dont le soutien à Israël s’avère aussi bipartisan qu’indéfectible.

1er août.

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C’est sans doute en raison de ce marasme de l’intelligence, de cet affaiblissement de la lucidité que j’ai rouvert les livres de Raymond Aron et engagé la lecture de la biographie de Koestler «L’homme sans concessions» par Michel Laval. On a de la peine à imaginer à quel point le marxisme, pour employer ce terme générique, à séduit de fortes personnalités jusqu’à obnubiler leur faculté de jugement. Le livre courageux de Raymond Aron: «L’opium des intellectuels» vaut la relecture attentive. Ce n’est pas seulement qu’il y décrive la noyade de l’intelligence dans l’idéologie mais il démontre aussi à quel point ce narcotisme-là fut suicidaire pour les régimes que l’on croyait porter aux nues. Il est vrai qu’avec Aron, et dans une autre forme de démonstration, Camus l’avait courageusement analysé dans L’Homme révolté. La biographie de Michel Laval montre bien combien un homme comme le jeune Koestler, coupé de ses racines juives et géographiques, s’est révélé perméable à toutes les séductions, passant de l’une à l’autre pour les rejeter ou pour les déjuger les unes après les autres. Jeune militant sioniste, il se fait ensuite plus bolchevique que Lénine, avant de renier l’homme à la casquette qui se croyait l’incarnation même du matérialisme dialectique, autrement dit le possesseur du secret ultime de l’Histoire. Cependant et quelles que furent ses vires et voltes, il conserva une indéfectible admiration pour ceux qui créèrent et bâtirent l’Etat d’Israël. En témoignent La Tour d’Ezra ou Analyse d’un miracle. Aron, Camus, Koestler, d’autres encore. Pour garder les yeux ouverts…

RD

BLOC-NOTES: Semaine du 21 juillet 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 25, 2014 at 12:59

23 juillet.

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Ce n’est pas sans réelle appréhension que les pouvoirs publics ont finalement autorisé la manifestation pro-palestinienne et surtout anti-israélienne qui devait battre le pavé de Paris ce mercredi. Les mots d’ordre avaient été passés au crible, les services d’ordre, notamment celui de la CGT, validés. On peut d’ailleurs s’étonner que cette centrale syndicale ait été de la partie, ce qui démontre son osmose avec le PCF dont on ne répètera jamais assez qu’il ne représente plus rien ou presque, électoralement parlant, dans le pays. Quant à sa vocation syndicale, la CGT est incapable de créer un seul emploi en France ou d’empêcher la fermeture de n’importe quelle usine. Pour faire corps avec les dirigeants du Hamas, elle se retrouve en première ligne. S’assemblent ceux qui se ressemblent. Partout dans le monde, les islamistes qui y prennent le pouvoir agissent de même. Ils ne savent ni ne veulent rien construire. Ils sont spécialisés dans la destruction sans appel. Il n’est que de constater le sort réservé aux chrétiens de Mossoul sous le pouvoir sauvage d’El Baghdadi. Est-ce cela qui attend la France? Les pouvoirs publics en sont conscients même si certains démagogues renâclent et voudraient transformer la place de la Concorde en place Tah’rir avant de faire défiler les unités de Boko Haram sur les Champs Elysées. Pourtant des failles apparaissent dans ce « front » anti-israélien, lequel trouve ses avant – postes au quai d’Orsay, dans la pure tradition gaulliste et mitterrandienne. Laurent Fabius en est le porte-parole obligé, quoi qu’il en pense, in petto. Il n’est que de comparer ses déclarations officielles à celles moins sinueuses de ses collègues britanniques et allemands. Quant aux « Verts », les états d’âme y deviennent loquaces. Il n’est pas sûr que Emmanuelle Cosse et que François de Rugy soient sur la même ligne. Pour ce dernier l’antisionisme n’est que le faux-nez d’un antisémitisme indécent qui n’a pas le courage de s’avouer à la première personne. A EELV, qui compte autant d’adhérents qu’un club bouliste de moyenne importance, la mouvance verdâtre est activée notamment par une nommée Esther Benbassa, faufilée au Sénat, qui ne sait se prévaloir de son judaïsme natif et de sa nationalité israélienne que pour prendre le contre-pied systématique de la grande majorité des Juifs de France et dénoncer à la télé ceux dont la tête ne lui revient pas, lesquels le lui rendent par un mépris d’une rare compacité. Au bout du compte et au regard de l’affluence attendue, la manifestation de ce mercredi sur laquelle l’on percevait tout même quelques effluves de honte reste bien un semi-échec pour ses organisateurs. Un cortège comptant entre 15 000 et 20000 manifestants n’est pas un exploit. Reste l’accumulation des rancoeurs, des haines, des ressentiments et des menaces de représailles électorales contre François Hollande et Manuel Valls qui se sont néanmoins comportés en hommes d’Etat pendant que pas un mot n’émanait en ces heures tendues de Nicolas Sarkozy en vacances au Cap Nègre. Quant à Marine le Pen, elle devait se trouver en stage de spéléologie, au plus profond des entrailles de la terre, sans portable et sans tablette numérique …

24 juillet.

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Deux avions de chasse ukrainiens abattus probablement par des missiles de séparatistes pro-russes. Pendant que John Kerry a été littéralement assigné à résidence par Obama au Moyen Orient, le reste du monde entre en éruption dans cette région où Mackinder, le père de la géopolitique, localisait le cœur battant de la planète. John Kerry voudrait bien jeter l’éponge mais il a oublié d’en emporter une dans sa mallette diplomatique. Le président égyptien El Sisi lui voue une si grande considération qu’il n’a pas hésité à le faire passer avant audience sous le portail de sécurité, comme n’importe quel livreur du Palais présidentiel. Les Etats-Unis sont entrés en campagne électorale et les Républicains sont décidés à faire avaler ce qui lui reste de chapeau à leur président actuel, lequel au bout de six années de pouvoir restera comme l’un des plus calamiteux de l’Histoire des Etats Unis, puissance présumée planétaire dont l’influence diplomatique recule et dont l’économie souffre d’un fort coup de froid. Si le Conseil de sécurité et si le Conseil onusien des droits de l’Homme sont toujours disponibles pour une bastonnade collective contre Israël, pas un mot n’y est prononcé pour la sauvegarde des chrétiens d’Irak, rançonnés, pillés, sommés de se convertir sur le champs ou de faire ce qu’il leur reste de bagages sous peine d’égorgement en famille. En leur direction Mgr Barbarin a lancé un appel de détresse qui pour l’instant semble tomber dans le silence comme la pierre au fond de l’eau. D’où cette question: pourquoi les centaines de milliers de manifestants qui ont protestés contre le mariage pour tous s’avèrent incapables de se retrouver pour cette cause? La peur? La résignation? Ou la fascination morbide du martyre? Et cet avion d’Air Algérie qui s’est écrasé au dessus du Mali où la France opère militairement. Plus de cinquante victimes françaises parmi les passagers …

25 juillet.

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Après avoir vu le film – opéra de Tom Hooper tiré des « Misérables », replongé dans ce livre-fleuve, dans ce roman-monde de Victor Hugo, admiratif comme jamais devant ses dimensions, sa densité et surtout son architecture interne, sans parler de ses personnages qui sont devenus de véritables personnes vivantes. Dans « Les Misérables », au travers des péripéties du récit, l’on voit se dessiner le paradigme: Infini (Dieu), justice, loi, droit, règle, avec son envers: le démoniaque, l’arbitraire, le déni de justice, l’anarchie destructrice, jusqu’au moment de la réduction des antinomies: la conversion de Javert, la rédemption de Jean Valjean, le mariage « inter-classes » de Marius et de Cosette. Et puis, pas une phrase qui ne soit une formule. Je retiens celle ci, valable comme jamais pour les temps actuels: « Ce n’est pas une raison de se taire parce que qu’on n’est pas écouté ». L’éthique hébraïque le formule autrement: quelle est la différence entre le « dire » et la simple parole? La parole n’a pas besoin que l’on élève la voix pour se faire entendre. Ce qui présuppose à tout le moins que votre interlocuteur ne s’avère pas dur d’oreilles ou qu’il ne pratique pas la surdité sélective.

 

RD

 

 

 

Bloc-Notes: Semaine du 14 Juillet 14

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 20, 2014 at 6:28

14 juillet.

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Hier, dimanche, une bande d’énergumènes, manifestant pour la cause palestinienne et en faveur du Hamas – comme si les deux allaient de soi et surtout comme si les deux étaient automatiquement liés – s’en sont pris à la vénérable synagogue de rite judéo-portugais de la rue de la Roquette. On se demande quel eût été le sort des fidèles qui se trouvaient là s’ils avaient pu y pénétrer! Que des militants islamistes donnent cours à leur haine et à leur ressentiment est une chose. Que leur manifestation ait été soutenue par des formations politiques comme le PCF ou le NPA autre chose. Le Parti Communiste Français joue un rôle délétère dans la propagation de l’antisionisme en France. Passe encore si cette position correspondait à une conviction véritable. En réalité, pour ce parti devenu fantomatique, si l’on songe à ce qu’il était du temps de Thorez et même de Marchais, l’antisionisme est une « cause » qui lui donne l’occasion d’exister et qui finit par l’en convaincre. Il ressemble de plus en plus à ces morts des champs de bataille dont on a bourré les cadavres d’explosifs. Quant au NPA de Besancenot qu’en dire qui reste charitable? Le Nouveau Parti Anticapitaliste est mené ou inspiré par ce postier d’opérette qui joue dans son registre dérisoire les prêtres-ouvriers des années d’après-guerre. Son «service» à La Poste, aménagé en fonction de ses « responsabilités » syndicales et politiciennes, lui laisse suffisamment de temps pour engranger des points de retraite et faire l’important sur les plateaux de télé qui veulent encore filmer ce poulbot quadragénaire. Car Olivier Besancenot est tout sauf un intermittent du spectacle. Comme il est contesté à l’intérieur même de son groupuscule, et comme celui-ci n’a aucune légitimité démocratique – il faut réaliser que le score du NPA aux dernière élections européenne a été de 0,30% des suffrages exprimés, autant dire nul – il récusera le principe même de la démocratie et cherchera aveuglément des alliances amphétaminiques. D’où sa collusion avec les islamistes dont la préférence pour le vert n’est celle du vert écologiste – à quelques exceptions prés. Les salafistes-djihadistes de France doivent en faire intérieurement des gorges chaudes. Ils savent bien s’ils prenaient le Pouvoir quel sort serait réservé à des benêts de cet acabit qui prétendent parler au nom de l’avenir mais qui ne font que ressasser des idées déjà sénescentes en 1968. La haine ne va pas sans simplisme intellectuel, si ces deux mots pouvaient être accolés. Plus que jamais la pensée doit retrouver en France ses droits et ses exigences. Ce qui nous reconduit au système de la Vème République dans son délabrement présent. II faut espérer qu’entre-temps les Pouvoirs publics ne perdront pas de vue leur devoir.

 

16 juillet.

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Un avion de ligne malaisien abattu par un missile ukrainien. Prés de 300 morts. A quoi s’ajoutent pour cette seule journée les 200 morts, égorgés ou abattus d’une balle dans la nuque, en Syrie, plus les 14 militaires tunisiens et les 2 militaires algériens tués dans des coups de main djihadites. Sans compter les nouvelles victimes de Boko Haram et la menue monnaie des morts qu’on ne dénombre plus en Irak où « l’Etat Islamiste » auto-proclamé vient de rétablir le Caliphat. Les Etats-Unis soupçonnent les indépendantistes ukrainiens pro-russes d’avoir déclanché le tir et provoqué ce massacre caractérisé. Pourtant le Conseil de Sécurité ne se réunira pas pour ces broutilles tant qu’il aura Israël à se mettre sous la dent. Le conflit israélo- palestinien fait désormais l’objet d’une véritable polarisation diplomatique, pour ne pas dire d’une inquiétante fixation psychique. Quoi qu’il se passe dans le monde, tout y conduit, ou tout y ramène. Pendant ce temps, les conflits prolifèrent et la carte du monde change. La relecture du livre de Raymond Aron « Dimensions de la conscience historique » en fait justement prendre conscience. Après la chute du mur de Berlin et la liquéfaction de l’URSS, l’on pensait que la structure des relations internationales allait se modifier sensiblement; que le temps de la paix allait advenir; que celui des nationalismes impériaux ou des Empire nationalistes était révolu; que le règne modeste de l’éthique était fort proche. Raymond Aron a écrit un autre livre aussi: « Les désillusions du progrès ». Il en va du progrès économique comme du progrès en diplomatie. Sous nos yeux se constituent ou se reconstituent deux formes d’impérialismes dont la nature attend d’être plus précisément étudiée: l’impérialisme russe, à la Poutine, et l’impérialisme djihadiste. Le premier ne tient aucun compte des «équilibres» et concessions consenties après la chute de l’URSS. La captation de la Crimée en représailles contre la tentative de « sécession » ukrainienne l’atteste. Et ce n’est sans doute pas fini pour cette région du monde. Quant à l’impérialisme djihadiste, il ne se limite plus au territoire capté par l’ex-«Etat Islamique en Syrie et au Liban» devenu «Etat Islamique» tout court. Il se configure partout où cette forme d’islam peut s’exprimer, militairement ou par manifestations de masse, en Europe notamment; partout où les populations de référence islamique en forment le substrat matériel et le potentiel mobilisable. Les démocraties sauront- elles y réagir? Désillusions du progrès, progrès de la désillusion. L’anarchie augmente un peu partout. En Turquie mentalement islamisée, Erdogan ne cesse d’éructer sa haine contre Israël et l’Egypte. Il n’a plus qu’Hitler à la bouche. On imagine cette Turquie là, toujours membre de l’OTAN, à l’intérieur de l’Europe…

17 juillet.

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Le livre que j’ai ouvert, en même temps que ma fenêtre: la biographie d’Anaïs Nin par Deidre Bair, en est à la même page. Par quoi en avoir été distrait? Partiellement par son objet même. Sans doute les Journaux de Nin sont-ils d’un grand intérêt pour les admirateurs de cette sorte de littérature que l’on pourrait qualifier, sans chercher à être désobligeants, d’«orificielle» tant les orifices corporels y jouent un rôle déterminant. Quant à son comparse, Henry Miller, je doute qu’il soit le grand écrivain que l’on prétend. J’ai lu Sexus il y a quelque trente ans et ai perçu la différence avec Sade, et même avec Bataille ou Guyotat. Mais c’était le temps du reflux irrépressible des corps viscéraux, jusque là ignorés ou sublimés, dans le corps même des livres imprimés. Une phase inévitable, comme celle du cinéma pornographique des années 70. Pourtant cette cause- là ne jouait pas seule. Ce jour de plein juillet me trouvait attentif à la chute des feuilles, aux platanes géants déjà roussis, aux pans du mur de l’immeuble d’en face, que l’on ne voit pas durant le printemps, qui redevenaient visibles, avec dans l’épaisseur même des feuillages d’où l’on sent que la sève se retire des trouées de ciel bleu, d’un bleu insensiblement atténué. L’automne pressé d’arriver dans les pas de l’été pressé de s’en aller? Du Vivaldi silencieux.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 7 juillet 14

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 20, 2014 at 6:07

9 juillet.

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Dans l’effondrement au moins moral du système politique français, frappent les homologies entre UMP et PS. D’un côté, des « vieux de la vieille », politiquement parlant, comme Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin, affirment qu’ils n’ont jamais été témoins d’autant de manifestations haineuses des uns contre les autres au sein de leur propre famille; de l’autre Jean-Christophe Cambadélis, « patron » du PS, et qui n’est pas tombé non plus de la dernière pluie, affirme qu’il faudra au moins un an, et à condition de commencer sans tarder, pour que le PS se relève de ses ruines. On aura assisté ainsi à la capitulation finale des députés PS qualifiés de « frondeurs » pour le vote du budget de la Sécu. Frondeurs, certes mais pas téméraires. Pour sa part, Jean-Luc Mélenchon broie du noir. On espère pour lui qu’il ne se mettra pas aux boissons fortes. Tel est le tableau, avec un Président qui a changé de lunettes mais non sa façon de voir, qui se trouve de plus en plus seul à l’Elysée mais qui laisse dire qu’il sera présent en 2017, ce qui, au regard de l’état actuel de la France, transforme ses fameuses lunettes carrées en télescope tourné vers la comète. Pour Alain Juppé le diagnostic est clair et il l’affiche: à droite et à gauche sévit le « chacun pour soi ». L’idée de « service », au sens du bien commun, disparaît des champs mentaux et quiconque représente une menace pour un intérêt personnel est déclaré ennemi public. Aucune arme ne semble trop assassine ni polluante: mise en cause de la vie privée, déballage des comptabilités, épluchages des fiches de paye et des notes de pressing. Le pire, c’est que depuis quelques décennies, en même temps que cette boulimie de pouvoir, s’est confirmé le déclin de la morale, même si le « tout-éthique » s’est répandu comme une nappe de pétrole après le naufrage du tanker. Heureusement, la coupe du Monde de foot ouvre des dérivatifs hebdomadaires et permet de recoller aux tragédies antiques. Le naufrage du Brésil face à l’Allemagne – qui avait déjà éjecté la France – a dépassé ce que les pronostiqueurs et tireuses de cartes avaient cru pouvoir en pronostiquer. Et il reste le tour de France cycliste avec ses petits drames et ses grandes tragédies transférentielles. Car il faut rester capables de rêver comme des enfants épris d’héroïsme, à condition de ne jamais perdre de vue qu’il faudra aussi se réveiller dans cinq ou six semaines. D’ici là rien n’interdit d’emporter dans ses bagages L’Ethique de Spinoza ou L’esprit des Lois de Montesquieu. A l’évidence, la lecture en sera moins haletante que le match Brésil–Allemagne mais au moins on se sera remis, comme dit l’expression populaire, les yeux en face des trous. Que chacun et chacune se pose ensuite ces deux questions cruciales, développées en ces ouvrages austères: « Où en suis je vis à vis du Principe des principes: « Tu aimeras ton prochain comme toi même », et « Quel est mon taux de vertu personnelle compatible avec la préservation d’un régime réellement républicain »?

10 juillet.

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Poursuite des prétendues négociations sur le nucléaire iranien. Depuis bientôt six mois, le régime de Téhéran mène ses interlocuteurs en bateau à croire qu’ils sont tous adeptes des sports de voile. Le principal meneur de jeu: John Kerry, placé à son poste par un président des Etats-Unis qui ne comprend rien à la politique étrangère, la comprend encore moins bien que lui. Pour reprendre une image à la fois d’actualité et un peu datée, une image du temps de Chirac, Kerry ne cesse de courir d’un bout à l’autre du terrain sans se rendre compte qu’il n’a pas de balle au pied. L’Iran veut « la » bombe, « sa » bombe. Tel est l’axiome de départ car l’Iran entend demeurer à tout le moins une puissance régionale. Lorsque le Shah régnait, après le premier choc pétrolier et les milliards de dollars qu’il avait engrangé à l’occasion, celui-ci déjà voulait faire de l’Iran une puissance mondiale. On sait ce qu’il en est advenu. L’Iran prend désormais son temps – qui est le nôtre. Pendant que les démocraties palabrent, ses chefs et autres guides suprêmes renforcent leur dispositif et peu à peu le rendent inexpugnable. Lorsque l’on constate ce que le Hamas a pu faire de Gaza depuis le «cessez-le feu» de 2012, on mesure ce que coûterait une véritable intervention militaire contre la République islamique. Pourtant, il ne faut pas désespérer de nos diplomates et toujours tenir au principe de Tocqueville repris par Raymond Aron: les démocraties sont lentes à se mettre en marche mais lorsqu’elles ont pris le départ plus rien ne les arrête. Ce départ le prendront-elles un jour avec l’Iran atomique?

11 juillet

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« L’attente des femmes » de Bergman. Ingmar Bergman bénéficie selon les uns, pâtit selon les autres, d’une réputation de cinéaste intellectuel, pour semi-snobs ou insomniaques déclarés. Dommage. Le film date des années 50 mais, là encore, les images en noir en blanc, images de lacs, de forêts, de visages en pleurs, d’arbres en fleurs, sont admirables. Avons- nous encore le temps et le goût de nous intéresser à ces mouvements des cœurs, à ces pulsions des corps, à ces ressacs des regards qui attestent que nous sommes bien doués d’une âme? Nous vivons de plus en plus en temps réel. Le cinéma que nous regardons est le plus souvent un dérivé de l’informatique, avec des décors tellement insubtantiels qu’ils finissent par faire plus carton-pâte que le carton pâte. Un film comme « L’attente des femmes » ou « Le Visage » nous rend de nouveau attentifs à ce que les obnubilations des effets spéciaux rendent de moins en moins perceptible: la durée intime des amours fidèles, l’érosion lente des amours imprévoyants, l’incroyable immaturité du phénomène humain mais sa non moins incroyable capacité de dépassement. Il en va du cinéma comme du piano: il ne faut pas confondre ceux qui en jouent réellement avec ceux qui savent juste pianoter. Regarder le cinéma de Bergman c’est découvrir le clavier d’un piano de concert, avec ses deux rangées de touches-images, les blanches et les noires, pour le moment rangées en parallèle mais qui ne tarderont pas à se combiner de telle manière que de nouveaux univers se créent. Car la Création est tout sauf achevée..

Bloc-Notes: Semaine du 1er Juillet 14

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 9, 2014 at 9:17

2 juillet.

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Un homme qui s’approche de la soixantaine peut-il véritablement changer en deux années de silence médiatique, volontaire de surcroît? Telle est la question qui se posait après l’annonce que Nicolas Sarkozy, ayant passé sa nuit jusqu’au petit matin en garde à vue, allait s’adresser au pays par l’intermédiaire de TFI et d’Europe 1. Qui a t-on découvert? Aussi objectivement que possible, un homme maître de soi en dépit de sa nuit blanche, même si ses tics corporels paraissent toujours incoercibles. Là n’est pas l’essentiel. Les partisans de l’ancien président l’auront trouvé « génial », ses ennemis une caricature de Berlusconi. Le partage se percevait déjà entre les deux interviewers, l’un s’adressant ostensiblement à « Mr Sarkozy » et l’autre lui donnant obséquieusement du « Mr. le Président » si ce n’est du « Mr. le Président de la République ». Quoi qu’il en soit, l’interview pré-enregistrée dans l’après midi aura réuni près de 9 millions de téléspectateurs et de téléspectatrices. Les sondages de popularité menés au sein même de l’UMP ont beaux révéler une érosion du potentiel de sympathie dont bénéficie le prédécesseur de François Hollande, on doute qu’aucun de ses rivaux, déclarés ou déroulant leurs anneaux dans l’ombre, réunisse jamais une audience comparable. Pourtant ce n’est qu’à la rentrée qu’on saura si Nicolas Sarkozy redescendra ou non dans l’arène pour affronter, directement cette fois, ce François Hollande qui à l’entendre ne cesse – par Taubira interposée – d’ourdir sa persécution judicaire. Persécution, réelle ou supposée, à propos de laquelle des interrogations de fond se posent, notamment celle-ci en effet: peut-on être magistrat et syndiqué? L’appartenance syndicale, surtout lorsqu’elle est marquée à gauche, comme c’est le cas pour la Syndicat de la Magistrature, n’a probablement pas d’incidence lorsqu’il s’agit du droit des obligations ou d’excès de vitesse. En va t-il de même lorsque le justiciable a été fiché comme cible morale et politique? C’est sans doute pourquoi Nicolas Sarkozy a cru devoir lire en direct des extraits de la lettre guerrière reçue par lui durant la campagne de 2012 au nom du dit Syndicat auquel, si l’on a bien suivi, l’un des deux magistrats qui l’ont gardé à vue de manière tellement « humiliante » appartient. En droit administratif et en matière de libertés publiques un principe essentiel est celui dit de « l’économie des moyens ». Etait-il vraiment nécessaire d’infliger à celui qui présida la Vème République de 2007 à 2012 ce régime dégradant et excessif? Comme si, indépendamment même de ce qui lui est reproché, l’on voulait effacer rétroactivement sa victoire de 2007 et le quinquennat qui a suivi. Les réactions démesurées que suscite l’ancien président de la République apparaissent préoccupantes. S’agit-il d’une inavouable voire inconsciente xénophobie, d’une haine de l’Etranger? Ou d’une allophobie, d’une non moins inavouable haine de l’Autre? Il ne semble pas que VGE en ait autant pâti lorsqu’au début de son propre mandat il allait modifier jusqu’au rythme de la Marseillaise et abroger la commémoration du 8 mai 1945. La Hongrie est-elle si éloignée de l’Auvergne ou de Latché?

4 juillet.

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Les trois adolescents juifs enlevés prés de Hébron ont été retrouvés. Morts. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou impute cette tuerie au Hamas, pour l’exécution matérielle, si l’on ose dire, mais politiquement à l’Autorité palestinienne du fait qu’elle a mis en selle l’organisation qui détient aussi le pouvoir à Gaza et un stock illimité de rockets pouvant atteindre Tel Aviv. Et chacun de redouter un nouveau cycle de vengeances et de représailles. Si partout dans le monde, il faut prévenir la radicalisation des jeunes musulmans, celle de jeunes juifs est à prendre en compte. Surtout qu’à part ces enlèvements nombre de pays, européens notamment, incitent au boycott des entreprises israéliennes situées en Cisjordanie. Ainsi le Portugal vient de se joindre à la France et à d’autres Etats membres de l’Union Européenne. Est-ce par cette voie que l’on ouvrira la voie d’une paix véritable? Quoi qu’on en pense, ces appels collectifs au boycott et au désinvestissement financier par des Etats qui ne trouvent d’ordinaire aucun autre point comme entre eux s’assimilent à de véritables actes unilatéraux de belligérance. Car quel contentieux direct oppose le Portugal et l’Etat d’Israël? Un forcené de l’antisionisme comme Noam Chomsky vient d’ailleurs de déclarer que des incitations de cette sorte sont préjudiciables surtout aux travailleurs palestiniens que l’administration de Mahmoud Abbas ne réussit pas à employer. A quoi l’on pourrait ajouter que ces mêmes incitations auront probablement les mêmes résultats que les décisions d’embargos militaires de la fin des années 60 et du début des années 70: elles contribueront à un développement supplémentaire de l’ingéniosité et de l’ingénierie d’Israël. A la veille de la Guerre des six jours, Nasser se vantait du fait que pour les fusées égyptiennes Tel Aviv n’était qu’à une heure de distance du Caire. A quoi Moshé Dayan se contenta de répliquer qu’il en était exactement de même dans l’autre sens.

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Les « Mémoires » de Jean-François Revel. Un ouvrage compact, mais dont rien ou presque n’est à jeter. Un style à la fois ravageur et poinçonné ou les formules abondent, souvent assassines. Des portraits qui placent sous des angles de vue souvent inattendus des personnages politiques ou du monde universitaire et journalistique dont on pensait que plus rien n’était à découvrir. Parfois, Revel sait retenir son stylet au curare. Parfois il s’en sert comme ferait un boucher massacreur de son coutelas. Les pages concernant Mitterrand sont d’une férocité peu commune. Il est vrai qu’à l’instar de tous les affidés d’un camp qui finissent par se retourner contre lui, même la férocité est un sentiment doux, comme l’on parle de piment doux. Aux yeux de Revel, le cynisme de Mitterrand, la servilité de son entourage, son mépris des idées, n’auront pas peu contribué au déclin actuel de la France. Avec Georges Marchais, le règlement de comptes est encore plus sanglant. Que reste t-il au bout du compte de ces pages où l’amour de la littérature ne trouve pas à s’exprimer complètement dans le monde du journalisme? Le danger pour un pays à ne plus penser, à s’adonner au spectacle, à confondre le véritable événement, celui qui par définition survient, et celui que l’on fabrique. Les portraits de Jean-Jacques Servan-Schreiber ou de Françoise Giroud, ceux de Raymond Aaron et de Bertrand de Jouvenel, révèlent tout autant le danger du mélange des genres. Quant à Sartre, il serait difficile de soutenir que pour Revel il représentait autre chose qu’un bavard incontinent, capable de tout justifier, y compris le contraire de tout, fasciné par une violence qu’il ne pouvait assumer que par PCF interposé. Tableau ethnographique d’une France fascinée par les gouffres, politiques, financiers ou intellectuels.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 23 Juin 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 2, 2014 at 11:50

24 juin.

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Au hasard des relectures, je retrouve ce texte d’Henri de Montherlant intitulé « Duces », une charge d’une extrême férocité contre les drogués du Pouvoir, de la Potestas, à commencer par Jules César. Ils tueraient parents et enfants, voisins et étrangers de passage pour conquérir la « Chose » fascinante ou pour la préserver. Car aux yeux de Montherlant, la recherche du Pouvoir ne va pas sans la bassesse par laquelle l’esprit humain devient chaos puis néant. La charge n’est-elle pas excessive? Pourquoi le Pouvoir, surtout dans la vie politique, rebute t-il moralement à ce point? Oscar Wilde ira jusqu’à écrire: « L’ambition est le dernier refuge des ratés » ! Le spectacle actuel de la vie politique française conforterait ces vues acerbes. Depuis quelques semaines la planète entière s’adonne à la Coupe du monde de football qui se déroule au Brésil. Vibrer au spectacle d’une équipe d’artistes du ballon rond est une chose. Pirater, médiatiquement parlant, ses vedettes en espérant tirer l’on ne sait quel parti de leur victoire, autre chose. La posture est pitoyable et ne trompe personne, à commencer par les joueurs qui se demandent ce qui peut justifier qu’un Président de la république en personne croie devoir en rajouter à ce point et respecter si mal son rang et sa fonction. La volonté de proroger un Pouvoir durement conquis fait chasser ces pensées agaçantes, comme l’on chasse les mouches de la face du Sultan. Tout aussi féroces sont les pages consacrées, si l’on ose dire, par feu Jean-François Revel à François Mitterrand dans ses Mémoires « Le voleur dans la maison vide ». François Mitterrand selon lui n’avait même pas lu le fameux programme commun de la Gauche. Il se moquait des intellectuels et écrivains qu’il « draguait » pour en orner sa coiffe offensive de plumes rutilantes. La jouissance du Pouvoir pour le Pouvoir l’emportait sur tout le reste: doctrines économiques, cohérence morale, souci de la vérité. A n’en pas douter il est une corrélation entre cette goinfrerie et le sentiment d’une profonde incomplétude personnelle dont la volonté de pouvoir, portée à de degré d’incandescence et d’indécence, serait le déni massif. Il n’est que de voir comment se comportent aujourd’hui tant d’anciens ministres de Nicolas Sarkozy qui ne trouvent pas de mots assez durs contre celui qu’ils avaient pourtant servi avec un zèle dont la désintéressement n’apparaît pas, rétroactivement, comme la caractéristique principale, jusqu’à Bernard Debré qui le qualifie de « branche morte » et qui voudrait pouvoir l’achever d’un coup de bistouri fatal. Ces retournements de veste, de pareils reniements contribuent autant que les mensonges et les fraudes d’ex-ministres acculés à démissionner au discrédit de la « classe » politique. On verra si Nicolas Sarkozy tient bon ou s’il finit par mourir sous les crocs de la meute qu’il a pourtant nourrie de viande rouge pendant cinq ans. Il est un point cependant propre à rassurer la France sur la capacité de changement de son successeur. François Hollande a finalement honoré son slogan de campagne présidentielle. Il vient en effet de changer la monture de ses lunettes.

26 juin.

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L’Union Européenne va se doter d’un nouveau Président de sa Commission en la personne du luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Angela Merkel était pour, David Cameron contre et ne l’a pas laissé dire. Là encore, la dite instance est sans doute destinée à faire progresser l’entité européenne. Elle sert aussi de bureau de placement pour des éminences non reconduites et qui estimeraient que leur vie serait privée de sens sans titulature ronflante ni voiture de fonction. A cet égard, les démarches, états d’âme, offres de service et auto- panégyrique d’anciens premiers ministres ou ministres fendent le cœur… Depuis le début des années 70 et durant les décennies de crise qui ont suivi, économistes, sociologues, philosophes et psychanalystes n’ont cessé de mettre en évidence la peur corporelle et psychique du déclassement, de la rétrogression sociale, de la marche à reculons des juniors relativement à leurs parents. Mais cette peur n’affecte pas seulement les ouvriers de chez Peugeot ou de Veolia. Dans les plus hautes sphères du pouvoir politique, économique ou médiatique quiconque a été narcissiquement quelque chose ne supporte pas l’idée de ne l’être plus, au point d’en oublier d’être ou de devenir quelqu’un, doté d’une personnalité générique, non gagée sur ses fonctions par définition circonstancielles et transitoires. « Corps sans âmes » diraient les mystiques du Moyen Âge. « Gastéropodes » diraient les jardiniers.

30 juin.

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Le fil conducteur mérite son nom. La biographie « Condé ou le héros fourvoyé » signée par Simone Bertière, se lit d’une traite et ramène aux préoccupations de notre époque après nous avoir dépaysé dans la France de Louis XIV. Le prince de Condé rêvait d’être Roi mais se trouva si durement frustré du trône qu’il en vint à trahir la France et à servir la monarchie espagnole. Un prince, au sens absolu du terme, qui s’estimait né de la cuisse de Jupiter, qui ne craignait ni la peur ni la mort et qui excellait dans les charges à épée nue évoquant Alexandre le Grand. Il faut relire là encore l’oraison funèbre mais non obséquieuse que lui dédia Bossuet. Pourtant cette oraison à l’orgue vocale ne rend pas pleine justice au personnage lequel, une fois compris que le trône de France ne lui reviendrait jamais, au lieu de remâcher sa bile et d’aigrir ses ressentiments, s’adonna au château de Chantilly, avec une clarté d’âme sans égale, à l’une des plus belles entreprises artistiques de l’Histoire de France, y réunissant de vrais penseurs et écrivains dont il ne déparait pas les entretiens, avec une collection de manuscrits et de peintures dignes des plus grands musées mondiaux et parfois les surpassant. Signe que cet homme hors du commun avait bien une âme dont il comprit très vite qu’elle est, en chaque être humain, la preuve que la Création est issue du chaos de l’égocentrisme, bien au dessus de la vanité aux jambes de héron enfoncés dans la vase.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 16 Juin 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on juin 28, 2014 at 11:49

17 juin. 

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« Il faut tout changer », dixit Nicolas Sarkozy, orchestré par « Le Fig Mag ». Une formule n’a jamais constitué un programme et un programme n’engage que ceux qui y adhèrent, et encore… Pourtant la formule ne doit pas être prise à la légère. Que signifie « changer », verbe dont François Hollande a usé et abusé? Et que veux dire « tout »? « Tout » est un mot-clef dans le pamphlet explosif de Sieyès: « Qu’est ce que Tiers Etat? » qui devait contribuer à mettre le feu révolutionnaire dès janvier 1789 dans le déliquescent royaume de France. Pourtant le vocable est tellement englobant qu’il finit par s’auto-dissoudre, non sans causer de notables dégâts puisque entre le « toutalitarisme » et le totalitarisme il n’est guère que l’épaisseur d’une lettre. Ce que veux dire probablement l’ancien président, c’est que la Vème République n’est pas dans un état moins miteux et piteux que ce royaume en faillite sur lequel Louis XVI s’efforçait de proroger le règne des Bourbons. Ce ne sera pas la première fois que l’on en aura fait le constat. L’UMP est en lambeaux. Le PS est l’ombre du parti recréé par Mitterrand. Le Front de gauche fait croire aux tables tournantes. Seul le FN donne l’illusion qu’il incarne l’avenir. Or il ne suffit pas de changer le numéro d’une République pour en commuter la nature. S’il fallait fonder une VIème République sur les débris de la Vème, quelles seraient les novations décisives? Il faudrait que Nicolas Sarkozy s’en explique autrement que par des allusions distillées à son entourage proche afin que celui-ci les diffuse à la France entière. Quant au « changement », le seul qui vaille en priorité est celui qui infléchirait la courbe calamiteuse du chômage. Du coup quelles sont en ce domaine les solutions concrètes et précises préconisées par l’ancien président de la République et qui n’auraient pas été encore essayées? Surtout que l’économie américaine s’annonce atone et qu’à force d’attendre Grouchy c’est Blücher qui va surgir de l’horizon. D’où les rumeurs insistantes de dissolution de l’Assemblée nationale par François Hollande en 2015. Le prix de l’opération? Selon les sondeurs accrédités: au moins 100 sièges pour le PS et l’on pointe déjà lesquels. On peut comprendre qu’à ce tarif les intéressés préfèreraient dissoudre Hollande préventivement.

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De plus en plus difficile de comprendre la filandreuse stratégie américaine au Moyen Orient. Pour l’UE, la difficulté est moindre: elle n’en a pas. Catherine Ashton fait commander ses billets d’avion sans prendre l’avis de l’anglais Hague ni celui de Laurent Fabius qui comptabilise un nombre périlleux de nuits blanches. La doctrine Obama est surtout idéologique: nous ne sommes pas en 2014 face à l’IAIS mais en 1968 sur le campus de Princeton. Pourtant le sigle des djihadistes, surtout lu en anglais, est parfaitement explicite, ce que trouble son adaptation en langue française: AIIL: L’Armée Islamique en Irak et au Levant. En langue anglaise cela donne, sans aucune équivoque: en Irak et en Syrie, en attendant la Jordanie, le Liban, Tel Aviv et Marseille. Déjà une partie de la frontière irako-jordanienne se trouve sous le contrôle de la dite armée qui se nourrit des défections et des déjections du régime en place et pour qui la vie humaine a encore moins de valeur que les particules de sable dans le désert nombreux. Nul n’ignore que les djihadistes sunnites sont soutenus pour ne pas dire commandités par l’Arabie saoudite qui n’en demeure pas moins l’alliée principale des Etats Unis, lesquels croient néanmoins négocier simultanément avec le régime antagoniste d’Iran selon le truisme des « deux fers au feu », au risque de propager deux incendies d’un seul coup. Israël pour sa part est toujours à la recherche de ses trois adolescents enlevés selon la plus pure tradition barbaresque. Et l’on découvre ainsi que les territoires présumés sous le contrôle de Mahmoud Abbas ne constituent en réalité que des banlieues de Gaza, truffés de caches et de tunnels… Les autorités allemandes ont lancé un strident cri d’alarme: le feu, toujours lui, menace à présent l’Europe entière. En France, il semble que les sapeurs-pompiers ne soient pas complètement rompus à ce genre d’alerte et qu’au gouvernement on imagine toujours que pour éteindre des flammes goulues il suffit de leur tourner le dos…

23 juin.

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Achevé la lecture du tome II des « Lettres » de Tolstoï malgré la coupe du monde de foot. Je préfère le sport qui se pratique à celui où l’on se transforme en gibbon hurleur comme si, à chaque corner au second poteau ou chaque passe manquée, il y allait de la survie de l’espèce… On dira que tout cela vaut mieux que la guerre. A l’évidence mais est-il sûr que cela aussi n’en maintienne pas l’esprit? L’essentiel est de conserver face à son écran plat un minimum d’esprit ludique devant ces équipes bariolées de 11 joueurs coiffés à la huron, avec des chaussures fluos dépareillées et des maillots transformés en panneaux-réclame. Les stades ne sont en vérité que des hyper-marchés où l’exploit individuel ne cède que rarement devant l’esprit d’équipe tant chacun y est à la recherche d’un meilleur emploi au Réal, au PSG ou au Bayern. Et que dire du snobisme footballistique qui n’épargne ni les ministres ni les patrons du Cac 40, tombant la veste d’alpaga et enfournant leur part de pizza refroidie pour ne pas rater le coup franc de Benzema ou les slaloms de Valbuena… Revenant à Tolstoï, l’on s’interrogera longuement sur son apologie de l’amour qui présente ce point commun avec le sport tel qu’on le comprend: la pratique en vaut toujours mieux que le spectacle. C’est pourquoi en même temps que les lettres du patriarche de Isnaïa Poliana, il faut lire le « Journal intime », minutieusement tenu, de son épouse Sophia et qui en constitue pour tout dire la contre-marque. « Aimez! » dit-il. « Ah bon! » dit-elle..

RD

BLOC NOTES: Semaine du 9 juin

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on juin 22, 2014 at 11:38

10 juin.

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Annonce de grèves très dures à la SNCF. Le gouvernement avertit qu’il ne cèdera pas. Les syndicats concernés répondent qu’ils ne cèderont pas non plus. Pour leur part, les usagers consultent leur tableau de RTT, regonflent les pneus de leurs vélos ou sollicitent les sites de co-voiturage. De part et d’autre l’on péjore les intentions du protagoniste. Pour les syndicats, ce gouvernement dit de « gauche » mène une politique du temps de Thatcher. Pour le gouvernement de Manuel Valls, les syndicats français sont les plus ringards de la planète. Et si d’autres ressorts jouaient en vérité? La représentation mentale des Finances publiques est surdéterminée par celle de déficit, par l’image du tonneau des Danaïdes. L’Etat est à bout de ressources et ne peut distribuer, sous forme directe ou non, un argent qu’il n’a plus, ni augmenter la dépense publique tout en satisfaisant aux obligations drastiques de la Commission bruxelloise. Mais dans le système économique et social actuel, ce que dépense l’Etat nourrit en contre-partie le revenu de ses agents ou de ses affiliés. Prétendre réduire le déficit est certes louable. Comme il correspond symétriquement à des rémunérations, à des salaires, à des aides multiformes, la quadrature du cercle en fait un cercle plus rigide que l’acier. Au surplus, la dimension collective de l’existence ne cesse de s’éroder. Chaque individu se transforme en îlot souverain et renâcle lorsque l’on prétend toucher à ses clôtures… Le décalage devient ainsi béant entre les valeurs officielles de la république (le « vivre-avec », le désintéressement, le service public etc…) et les conduites effectives. Rappelons-le autant que nécessaire: aucune politique durable, à moins de se transformer en nécrose à visage étatique, ne peut se limiter à des mesures négatives, de restriction, de réduction d’effectifs, de licenciements, de ponctions fiscale, sans contre-partie. Autrement, c’est le principe même de l’Etat qui se trouve mis en cause. Toutes les idéologies se sont fracassées devant cette évidence. Comment retrouver la croissance qui permettrait de reformuler le schéma fondamental de la vie en commun, en repassant effectivement du « vivre-sans » à nouveau « au vivre-avec »? Nombre d’économistes affirment que les Trente Glorieuses ont été une parenthèse, qu’elles sont indissociables des reconstructions massives requises par l’après-seconde Guerre mondiale. Depuis l’achèvement de ces reconstructions, les besoins primaires des populations étant satisfaits, on ne sait plus par quoi les relayer de sorte à créer de nouveaux emplois, dignes de ce nom, et à stimuler une demande véritablement créatrice. Pour y répondre, il faudrait que les besoins de l’esprit et ceux de l’âme fussent érigés en données immédiates de l’économie politique. Non seulement ces besoins sont insatiables mais pour y répondre il suffit parfois d’un livre de poche ou de s’accouder au Pont des Arts. A condition, il est vrai, de pouvoir également payer son loyer.

12 juin.

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La diplomatie mondiale, occidentale en tous cas, semble frappée de torpeur devant les offensives éclairs des djihadistes en Mésopotamie. Les éléments armés de l’Armée Islamique en Irak et au Levant – en attendant l’Occident – se sont emparés de plusieurs villes et localités importantes, en y commettant de sanglants massacres de chrétiens et de chiites. Obama ne bouge pas et prend langue avec l’Iran. Tout se passe comme si à la Maison blanche l’on n’excluait plus une dislocation territoriale de l’Irak entre sunnites, chiites et kurdes, les uns et les autres sous les magistères antagonistes de l’Arabie saoudite ou de Téhéran. Après tout, dira t-on, l’Irak est un Etat artificiel, créé de toutes pièces dans la foulée du premier conflit mondial. Pourquoi ce qui a été ainsi monté ne serait pas aujourd’hui démonté? Pareil raisonnement serait simpliste et surtout dangereux. Les buts de guerre de l’AIIL ne sont pas limités à l’Irak. Ils visent à assurer l’hégémonie de cet islam- là non seulement dans tout le Moyen Orient mais partout où vivent des populations de confession coranique. Le feu commence à prendre sur le territoire européen, comme viennent de l’admettre les autorités allemandes et britanniques. Et que dire de la France… La question posée aux services de sécurité concernés et même aux responsables de la défense nationale s’avère d’une redoutable complexité: comment lutter contre un ennemi qui ne se reconnaît lié par aucune règle de droit ou de morale mais qui vous rappelle sans cesse aux vôtres? Il faudra bien trancher. Si la peine de mort a été abolie dans maintes démocraties contre les individus elle ne l’a pas été contre les démocraties elle mêmes.

15 juin.

Le dernier train de Gun Hill

Revu le fameux western de John Sturges: « Le dernier train pour Gun Hill » (1959). Deux acteurs d’exception tiennent les principaux rôles dans cette véritable Tragédie de l’Ouest: Kirk Douglas et Anthony Queen, le blond et le brun-noir. La femme du premier, sheriff de son état, une indienne – a été violée à mort par le fils de l’autre, gros propriétaire terrien qui croit pouvoir faire la loi chez lui. Mais le sheriff, Patt Morgan, ne l’entend pas de cette oreille et va chercher le violeur, lui même orphelin de mère, jusqu’au ranch paternel afin de le faire comparaître devant un tribunal dont la sentence est prévisible. Le père, Craig Belden, ne l’entend pas de cette oreille non plus. Le sheriff alors passe à l’acte et s’empare de vive force du fils à papa qu’il séquestre dans la chambre d’un hôtel, le colt braqué sur sa tempe en attendant qu’arrive le dernier train qui le conduira jusqu’à la prison, en attendant la comparution devant le tribunal fatidique et sans doute la pendaison du meurtrier. A ce coup de force, le père répondra par l’assaut en règle de l’hôtel. Pourtant les deux hommes sont amis. Mais rien ne doit résister à la Loi. Ils ne le seront plus. Et c’est dans la nuit embrasée par l’incendie de l’hôtel que le sheriff conduira le fils menotté, le canon d’un fusil à présent poussé sous la mâchoire, au train nocturne enfin arrivé. Le père et ses hommes de main suivent, guettant sa défaillance. En réalité c’est le fils qui en sera victime. La fin du film signée par le duel entre les deux pères meurtris est digne de l’Antique.

Il faudrait qu’Obama qui semble abonné à Disney Land se fasse projeter cette grande leçon de choses.

RD

LE BLOC NOTES DE LA SEMAINE: Semaine du 2 juin 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on juin 10, 2014 at 11:32

3 juin.

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Dans le cours d’une d’existence, il est rare d’assister par deux fois à la décomposition d’un régime ou d’un système politique. A 19 ans, il m’a fallu quitter en catastrophe une Algérie à feu et à sang malgré les promesses du 13 mai 1958, sans doute le seul vrai «printemps arabe» de l’histoire contemporaine. Plus d’un demi-siècle après, la Vème République dont l’abandon de cette Algérie là avait été le prix humain et politique de sa fondation, agonise. Cependant il est deux sortes d’agonies: les héroïques et les tragi-comiques. Actuellement, L’UMP explose, implose, se disloque, se délite à n’en pas en croire nos yeux. Les rivalités personnelles s’y exposent, nues et crues, sans pudeur, sans aucun discernement concernant l’avenir. Depuis décembre 2012 et la guerre pour la présidence du parti, François Fillon par exemple avait dénoncé le port de la casquette double: le cumul de la présidence de l’UMP et le «positionnement» pour la prochaine présidentielle, ce qui l’a conduit à une guerre sans merci contre François Copé, une guerre qu’il a semble t-il gagnée. Ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui d’être l’un des trois consuls animés des mêmes intentions présidentielles mais qui sont chargés – l’on ne sait par qui d’ailleurs – de gérer les affaires du parti « gaulliste ». D’où les hauts cris des copéistes qui préparent déjà le coup d’après et des sarkozystes épiphaniques. Ne dirait-on pas un retour au temps de la Fronde, lorsque le Royaume de France était livré aux clans, aux brigues, aux belles intrigantes et aux coadjuteurs qui refusaient de choisir entre Dieu et Satan? Mais faut–il mettre en cause seulement les caractères, médiocres; les conduites, sans scrupules, si ce n’est l’instinct de destruction individuel et collectif, si bien étudié par Eric Fromm? La Constitution de la Vème république joue si l’on peut dire en l’affaire un rôle de plus en plus délétère. Initialement taillée sur mesure par et pour le général de Gaulle, elle avait pu être portée avec quelques retroussis de manches par François Mitterrand. A l’usage elle s’avère carnavalesque revendiquée par des personnages de bien moindre stature pour lesquels, seule eût convenu la Constitution de la IVème, avec ses présidents du Conseil giratoires, éphémères mais reconductibles et ses Présidents honorifiques mais impotents. Le goût des coalitions contre-nature revient ainsi aux babines des loups en chasse tandis que le Centre attend sa parousie revancharde. Et Nicolas Sarkozy? Son double jeu commence à lasser. Qu’a t-il réellement appris durant ces deux ans et plus d’un faux retrait? On le dirait encore livré à son défaut favori: confondre le métier politique et celui d’acteur. En est–il sorti? François Hollande pour sa part ne tire aucun avantage de la situation. Sa réforme territoriale menace de prendre l’eau avant même que d’avoir été baptisée au mousseux. Combien de temps la France pourra t-elle encore résister à cette nécrose systémique tandis que les prisons sont devenues des pôles de formation pour djihadistes décérébrés qui rêvent de substituer la Djamaâ à l’Assemblée Nationale?

5 juin.

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Iront? Iront pas? Mahmoud Abbas et Shimon Pérez sont invités par le Pape François à une prière commune au Vatican pour promouvoir la paix entre Israéliens et Palestiniens. En prenant une telle initiative, le Pape est complètement dans son rôle. Les deux principaux protagonistes l’ont d’ailleurs compris rapidement et ne se sont pas fait longtemps prier, eux, pour donner une réponse favorable. Quel peut être l’effet politique d’un acte dont on doutera qu’il restera spirituel? En matière de paix, l’endurance est une qualité première. Pour reprendre une formule du duc de Saint Simon, en ce domaine il ne faut jamais se lasser de monter à l’assaut. Depuis que ce conflit dure, chacun de nous est affectivement sollicité dans ses solidarités premières, sans se montrer imperméable aux sollicitations de l’espérance comme l’ont montré le voyage en Israël d’Anouar el Sadate puis la signature des accords d’Oslo. Pourtant la réalité des antagonismes irréductibles a vite repris le dessus, au prix de nouvelles violences, chacune servant de graine germinatrice pour la suivante. Ce qui, au demeurant, n’empêche pas une réelle co-existence quotidienne sur les aires d’affrontements. Pour l’heure, la guerre d’usure diplomatique s’est substituée à la confrontation armée. Mahmoud Abbas s’est réconcilié avec le Hamas et par la force des choses s’est « déconcilié » un peu plus avec Bibi Nétanyahou. Puisse cette prière trinitaire ne pas rester vaine. Après tout, il n’est pas impossible non plus que Dieu l’entende.

8 juin.

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Repris les « Lettres » de Tolstoï. Au fur et à mesure de son avancée en âge, l’écrivain se configure en prophète. Sa seule religion est celle de Jésus, mais tel qu’il le conçoit et le représente, hors de toute l’imagerie, de toute la «cultolâtrie » des religions instituées. Dans une de ces missives il prodigue ce conseil relatif à la lecture des Evangiles: biffer toutes les paroles indirectes imputées à Jésus pour ne retenir que celles sorties de sa propre bouche et se mettre aussitôt à son école. Certes, mais comment faire la différence? Et qui a autorité pour en décider? Pour les uns l’Evangile le plus originel sera celui de Luc, pour d’autres le plus christique sera celui de Jean. Et puis n’est-ce pas céder à la solution de facilité d’imaginer qu’il existe une morale première, spontanée, évidente, qui n’ait pas besoin d’être éclairée par les prescriptions d’une Loi elle même débattue par de véritables connaissants? La question mériterait d’être approfondie. Malheureusement, mis à par les principaux romans, ses carnets et ce recueil de lettres, bien des plus grands textes de Tolstoï sur la vie, le travail, l’art, la morale des conduites, l’altruisme ne sont plus disponibles en librairie et ne permettent plus de comprendre vraiment la doctrine du patriarche de Iasnaïa Poliana. A quand cette réédition fort indispensable en langue française, dans La Pléiade ou chez Bouquins?

RD

BLOC NOTES DE LA SEMAINE: Semaine du 26 Mai

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on juin 3, 2014 at 10:49

26 mai.

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Comme prévu depuis des mois, sans aucune surprise, le FN est en tête des Européennes, devant l’UMP et le PS, sans parler des autres listes à 3 ou 2%. Aussitôt Marine le Pen se pose en véritable incarnation du peuple et revendique le statut de « premier parti de France », affiches démonstratives ornées du buste de Marianne, en fond de tableau. Face à ce que Manuel Valls a aussitôt qualifié de véritable « séisme », l’on aurait pu penser que les deux partis défaits, dits « de gouvernement », s’adonnent à un examen de conscience et s’interrogent sur ce qui leur a valu cette déculottée qui n’est pas de circonstance puisqu’à l’analyse il semble que des syndicalistes de FO et même de Sud aient voté pour le parti taxé il y a peu encore d’extrême-droite, de xénophobie et d’antisémitisme. Au lieu de quoi, l’UMP s’est livrée à un replay de la nuit des longs couteaux. François Copé, contraint à la démission, a eu la tête coupée, le sabre étant de la marque Bygmalion. A sa place un improbable triumvirat composé des trois anciens premiers ministres: Juppé, Raffarin et… Fillon s’est auto-proclamé tuteur du parti sans tête non plus. La pantalonnade est tragi-comique lorsque l’on sait quelles ambitions antagonistes habitent les trois consuls. D’où les appels au Sauveur émanant d’autres concurrents encore! Sarkozy reviendra t-il? Cet autre ex se fait tirer par la manche, se fait désirer, supplier presque… Nadine Morano s’interroge, telle la Sibylle antique devant le chêne de Dodone: « En a t-il seulement envie! ». L’intéressé joue les désintéressés, se profile en de Gaulle. Revenir, mais pour quoi faire? Et puis comment se défaire des délices de Capoue? Preuve que le régime est à l’agonie: ses fonctions primaires n’opèrent plus. Au lieu de tirer parti, si l’on peut dire, de cette panade, François Hollande bâcle une allocution aux Français qui depuis longtemps ne l’écoutent plus. Les mots sont usés, les postures caricaturales, l’autorité nulle. On va à la « rencontre des Français de base ». On visite les Bleus et on joue les supporters primaires. Ensuite, une école par ci, un dispensaire par là. On repasserait par Lourdes s’il le fallait. Le Centre, si tant est qu’il n’en existe qu’un, croit son heure venue et refuse les avances de l’UMP. Le troisième François, l’insubmersible Bayrou, monte au créneau et fait la morale à ses pseudos-partenaires. Quel crédit accorder à celui qui ne cesse de passer d’un camp à l’autre? Le FN attend que tout ce microcosme poursuive sa décomposition. La suite est proprement imprédictible. La France entre dans cette zone que les aviateurs du temps de Mermoz appelaient le pot au noir, sauf qu’en ce temps-là les pilotes savaient piloter.

28 mai.

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Le tueur de Bruxelles a été arrêté inopinément à la gare routière de Marseille. Il transportait une kalachnikov toute neuve, des centaines de balles, un pistolet d’assaut, une casquette noire, un appareil photo et s’imaginait qu’il poursuivrait son périple en toute impunité. Le tueur en question se nomme Mehdi Ménnouche. De nationalité française, ses parents sont d’origine algérienne, comme ceux de Mohamed Merah. Il ne s’agit pas de donner dans la sociologie de bazar mais d’explorer la piste suivante. Cette génération est issue de celle qui a combattu la France coloniale pour lui arracher l’indépendance d’un pays mythifié par ce combat même. Va t-il de soi qu’elle se retrouve dans le pays à qui elle a fait la guerre, pour lui demander logement, emploi, avantages sociaux, sans en ressentir une sourde humiliation? Enclavée dans des quartiers devenus des isolats, la génération d’après tente de compenser cette déflation narcissique en se cherchant des causes exaltantes, paroxysmiques. La participation au Djihad y contribuera qui désigne les ennemis mortels de l’Islam, des ennemis à éliminer sans ciller. Reste à s’interroger sur les réseaux politiquement prostitutionnels qui recrutent des individus de cet acabit, qui les initient à ce Djihad assassin en les incitant d’abord à transgresser la loi du pays, d’où casses et agressions initiatiques conclus par des séjours en des prisons transformées en école du Parti divin. Le reste est programmé. Le poisson hameçonné ainsi pré-conditionné est ensuite envoyé en Syrie ou ailleurs. On l’y formatera en 3D pour assassiner sans ciller non plus. Les cibles sont déjà répertoriées. L’image la plus trompeuse est alors celle du «loup solitaire». Lorsque l’on fait partie d’une mouvance qui compte près d’un millier de comparses la notion de solitude devient une pure erreur. Les pouvoirs publics découvrent sidérés l’échelle du phénomène. Auront-ils les moyens d’y faire face alors que le gouvernement se creuse le crâne pour trouver par ailleurs des milliards d’euros …

29 mai.

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J’avais lu il y a une trentaine d’années « Le Portrait de Dorian Gray », ce texte étrange et parfois effrayant d’Oscar Wilde. Sa relecture ravive de telles dispositions d’esprit. Ce n’est pas exactement le thème classique du « double » mais celui de la relation spéculaire d’un être à son image, sachant que celle –ci fixe ses traits à un moment donné mais que ces traits s’altéreront fatalement sous l’emprise du temps. Sévit aussi le mécanisme psychique de la projection. Un portrait en soi n’existe pas. Il est constitué par tout ce qu’y dépose qui le regarde, le meilleur ou le pire de l’âme. De sorte qu’au fil des pages, le portrait de Dorian Gray passe du statut de chef d’oeuvre à celui d’objet phobique. Et le plus bel homme de sa génération, au visage fascinant, à la richesse sans limites, qui peut tout sauf arrêter le cours du temps et ne pas en projeter les déjections sur la portrait initialement glorieux, sera inexorablement mené à commettre des actes sans retour. Mais pourquoi raconter la fin du livre au risque de ne pas la laisser découvrir, chacun s’interrogeant sur les images de soi forgées au cours de sa propre vie?

 RD

Bloc-Notes: semaine du 18 mai

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on mai 29, 2014 at 12:50

20 mai.

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Pendant que les sondages confirment la première place du FN dimanche aux élections européennes, plutôt que de serrer les rangs l’UMP se dirige droit vers l’iceberg du Titanic. Une sombre affaire de factures obliques est mise peu à peu sur le dos de François Copé, avec une tête chercheuse du côté de Nicolas Sarkozy. Zola écrit dans une de ses «Lettres parisiennes» que la haine est chose abominable en politique. Pas seulement en politique mais dans ce domaine erratique elle s’exempte de toutes les inhibitions qui peuvent la retenir dans la vie privée, lorsque c’est possible. Depuis la défaite de 2012, François Fillon s’est décrété à sa manière un destin national – tous les gaullistes se prennent pour de Gaulle ressuscité -, ce qui impliquait la prise de contrôle de l’UMP. François Copé, adonné à la même ambition, s’est mis en travers et a cru qu’il l’avait emporté, avec la route grande ouverte pour 2017 compte-tenu des premiers échecs de la présidence Hollande. Aussitôt, l’on s’en souvient, la guerre interne s’est déclarée avec une violence inouïe, au point que l’on s’interroge sur les intérêts et les affects véritablement en cause dans ces sortes de confrontations à mort. Après les chantages à la scission, des replâtrages ont été bâclés, chacun essayant de gagner du temps et se mettre en meilleure position de tir pour la prochaine bataille. Et si François Copé, trop pressé, ne manquait pas une occasion de s’exhiber et de jouer le président en titre de la formation « gaulliste », le François adverse se contentait de déclarations minimalistes et le sapait sans cesse. Nul ne l’a entendu s’exprimer après les municipales. Son concurrent mué en ennemi semblait y tenir le beau rôle. Mais l’affaire dite Bygmalion prenait corps, avec ses relents de fausses factures, de caisse noire, de double billetterie. Et l’ensemble était imputé au maire de Meaux, de plus en plus les deux pieds dans la glu. Bygmalion ou Big millions? Les sommes en cause paraissent exorbitantes au regard de l’indemnité d’un chômeur lorsqu’il y a encore droit! L’UMP passait pour un des principaux partis politiques de la Vème République. Elle est en passe de se transformer en abattoir pour faux-frères ennemis. On ne sait si ceux qui la dirigent sont conscients de l’impact psychique produit par ces fratricides sur ce qu’il faut bien appeler la conscience collective; à quel point celle-ci est affectée par le dégoût et par la désespérance. La Vème République se meurt et ce n’est pas de sa plus belle mort. Elle prend de plus en plus les traits de la IVème agonisante lorsque les partis qui la disloquaient se livraient déjà une guerre sans merci, et qu’à l’intérieur de ces partis eux mêmes les éliminations politiques palliaient de plus en plus difficilement les éliminations physiques. Bel exemple pour les « djihadistes » des cités sensibles qui n’en perdent pas une miette.

24 mai.

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Bruxelles. Un beau quartier. Le Musée juif. Des touristes. Un homme entre et tire sur eux comme sur des lapins. Quatre morts. Pourquoi? Parce que c’était eux. Des Juifs, ou présumés Juifs, eussent-ils été « laïcs » et visitant un lieu non moins juif certes mais ouvert le jour du chabbat. Deux des victimes sont de nationalité israélienne, ce qui signifie qu’à l’instar de leurs concitoyens un « contrat » global pèse sur leur existence, qu’ils sont éliminables à vue par quiconque considère leur existence sur terre comme un avatar de la causalité diabolique. Et que dire du tueur, toujours en fuite? Il doit se dépeindre en combattant de la liberté. Un justicier décidé à rétablir l’équilibre de la terreur qui selon lui sévit sur les habitants de Gaza ou de Ramallah. Ce qui l’autorise à s’ériger en juge et en bourreau, en exécuteur d’une sentence sortie de son cerveau glacial et chaotique. Pendant ce temps, le pape François visite la Terre Sainte et les militants anti-israéliens qui le pistent tentent d’accoler son image à celle du mur de séparation, substituant ce que ce mur représente à ce que symbolise le Mur occidental du Temple de Jérusalem. Toujours « la stratégie de la souillure » parce qu’elle colle à l’idée multiséculaire des Juifs, impurs et damnés plus que Caïn ne l’a jamais été. A des milliers de kilomètres, devant la synagogue de Créteil, deux jeunes juifs religieux, pour les mêmes mobiles pavloviens, se font agresser à coup de poing américain et rouer de coups. Ces formes d’aveuglement finissent par se payer très cher. Après la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, on prédisait que la vie politique française se polariserait violemment entre Marine le Pen à l’extrême droite et Jean-Luc Mélenchon à l’extrême gauche. Il se pourrait que cette polarisation se déplace, qu’elle oppose bientôt le FN d’un côté et les salafistes de l’autre, ceux qui rêvent de tirer à vue dans les galeries du Louvre sur les nus de Titien ou de Courbet.

25 mai.

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« Heidegger et son temps » de Rüdiger Safranski. Martin Heidegger passe pour l’un des plus grands philosophes du XXème siècle. Auteur de 60 ouvrages mais en vérité d’un seul livre: « L’Être et le Temps » on lui fait honte de son accès d’ivresse nationale-socialiste lorsqu’il a cru qu’Hitler avait lu ce livre plume en main. Comment un penseur de cette envergure supposée pouvait-il imaginer que la révélation de l’Être allait commuer dans la découverte de son inverse absolu, celui des camps de la mort? L’exercice de la pensée la plus élevée n’a jamais remplacé l’exigence d’un caractère charpenté et ils ne manquent pas ces penseurs dont les vies démentent, hélas, les vocalises cogitatives. Demeure aussi l’énigme de l’« amour » improbable entre l’auteur du décrié « Discours du Rectorat » de 1933 et Hannah Arendt, la juive allemande qui ne s’en est jamais désisté – ou libéré. Amour heideggerien, si ces deux termes pouvaient le moins du monde s’associer: l’exaltation de l’Être, d’un côté, de l’autre le choix d’une maison sacralisée dans un lieu nommé Todtnauberg. En allemand, Todt veut dire : mort. On peut comprendre pourquoi le grand homme remis en selle par une partie de l’(in) intelligenzia française d’après-guerre en mal d’adoration ne s’est jamais réellement frotté à Freud. La psychopathologie et la métapsychologie ne se dénient pas mutuellement : elles se complètent.

Bloc-Notes: Semaine du 12 Mai 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on mai 20, 2014 at 2:27

12 mai.

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François Hollande s’attend à une nouvelle gifle électorale pour les Européennes, bien plus cinglante que pour les dernières municipales. Nombre de sondages placent le PS en troisième position, derrière l’UMP et surtout le FN. Quoique ses dirigeants en laissent paraître, l’UMP de son côté se lézarde tandis que l’UDI attire ses déçus meurtris ou ses ambitieux aux dents longues. Pendant ce temps la médiasphère ne résonne que des polémiques et des diatribes d’un petit groupe, nouveau patriciat d’une république en déconfiture, qui se donne en spectacle permanent. Il faudrait ainsi choisir entre une émission de télévision racoleuse, où le casting est celui d’une troupe de carnaval, sachant qu’on y volera plus bas que les fonds de culotte des participants, et un film mettant férocement en scène les turpitudes libidinales d’un espoir du socialisme et la complaisance théâtrale d’une ex-épouse qui jette les hauts cris. Ce monde-là apparaît si détaché du réel, tellement enclavé dans son narcissisme panoramique, qu’il ne se rend plus compte du discrédit qui l’afflige. Ses membres s’imaginent faire partie de l’élite. Ils n’ont même plus rangs d’éboueurs. Car le pli est pris: quoiqu’il en coûte, tirer la couverture à soi, faire la «Une» des magazines «pipole», polémiquer à outrance de sorte qu’on n’entende plus que le choc de mots déguenillés, de verbes au curare, de métaphores dont Céline en personne aurait eu honte. Et l’on se demande comment l’on en est arrivé à ce degré de prétention et de bêtise, comme si la République n’était pas une exigence des sommets, requérant le meilleur de soi chez ses adeptes. L’ambition n’est pas un vice lorsqu’elle ne se réduit pas à l’auto–propulsion de Phaebus qui ne se sont jamais consolés d’être nés de l’union d’un homme et d’une femme, qui se prennent pour des divinités. Aussi la sanction risque d’être lourde et collective dimanche prochain. A supposer que le FN arrive en tête et s’en prévale aussitôt pour montrer la «bonne» direction à une France sans boussole, quel programme appliquera t–il? L’idéologie du FN est l’équivalent d’une machine de guerre. Ces machines-là sont conçues pour détruire mais non pour édifier. Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy se tait, ou joue les ventriloques. Ce qui signifie que la France ne dispose actuellement ni d’une véritable majorité ni d’une réelle opposition, navire amputé de sa proue et de sa poupe et qui prétend ne présenter aucune voie d’eau. Aucun régime répertorié depuis Platon et Polybe ne saurait subsister dans ces conditions autrement que par simulacre et fiction. D’où comme on l’a dit l’abus narcotique de la «com». Est–il impossible que dimanche prochain, le corps électoral ayant repris ses esprits retrouve les voies du bon sens? Est-il inconcevable que les mots désintéressement, modestie, réserve, modération, recouvrent leur signification première et thérapeutique? L’ancien slogan de la Prévention routière avait du bon «Boire ou conduire, il faut choisir».

14 mai.

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Le plus répugnant dans les exactions et les rapts du groupe islamiste nommé Boko Haram est qu’il se prévale de la loi divine. C’est en se couvrant de l’autorité d’un Coran adapté à ses vices et à ses pulsions qu’il s’est autorisé à enlever des dizaines de jeunes filles pour les livrer à ses «combattants», aux fins que l’on sait, parce qu’un combattant de cet acabit qui enlève, tue, décapite et égorge sans aucun respect pour les lois humaines de la guerre, y est autorisé de commandement divin par ses chefs. Mais de quel Dieu est-il question? En tous cas pas de celui du Décalogue qui en sa huitième Parole interdit le rapt et prohibe la séquestration. Les fanatiques de Boko Haram ne sont même plus des «barbares». Les barbares, au sens habituel, ne se prévalent d’aucune autre loi que celle de leurs instincts, d’aucun autre commandement que celui de leur volonté. Les forbans de Boko Haram constituent une engeance en laquelle se révèle le pire de l’être inhumain. Car de quel droit vouloir imposer sa foi personnelle à qui n’en veut pas parce que la sienne lui suffit, ou parce que la présence divine dans une société humaine n’est pas recevable en son esprit? Un esprit pas plus qu’un corps ne se force comme la porte d’une villa ou le fermoir d’un sac. Un esprit se respecte en sa propre configuration et un corps lorsqu’il est sollicité en la nécessité de son consentement. Avec les malfaisants de Boko Haram, l’Islam se défigure et le printemps promis il y aura bientôt quatre ans dans ce continent humain devient plus qu’une saison hivernale: une saison infernale. De nombreux pays ont déjà pris la mesure d’une telle menace. Quelle loi aura t-elle raison de ces hors-la-loi qui s’autorisent selon la leur à faire main basse sur des êtres humains pour les prostituer à la face de l’Eternel?

17 mai.

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«La lettre écarlate» de Nathaniel Hawthorne est un des plus beaux récits de la littérature universelle. A lire et à relire. Il faut se méfier des romans qui s’exposent à une lecture psychanalytique. Au temps où Hawthorne rédigeait ce récit la science de Freud n’était pas encore constituée. De quoi y est–il question? Dans la colonie du Massachusetts, dans la ville de Salem, une femme considérée comme adultère mais qui n’a pas été jugée complètement coupable de ce crime au regard de la loi des Puritains est condamnée à arborer sur son vêtement la lettre A qui la stigmatise publiquement. Elle se plie à la sentence et continue de vivre avec son secret. Cependant, au fur et à mesure de ses travaux d’aiguille et que le temps passe, l’opinion des habitants de la colonie évolue. Ce n’est pas qu’Hester Pryme soit absoute du forfait dont on l’accuse mais un peuple digne d’être qualifié d’humain sait transformer ses sentiments premiers. Et puis, si Dieu est le seul juge suprême n’est –il pas aussi miséricorde? Comment et dans quel sens se modifiera le sens initial de la lettre- stigmate? Le révéler serait sans doute couper court à la lecture du récit et priver le lecteur de quelques heures de véritable réflexion sur la peccabilité humaine en même temps que sur sa puissance de réparation. Alors, Welcome to Salem!

RD

Bloc-Notes: Semaine du 5 mai 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on mai 14, 2014 at 10:03

5 mai

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Changement à la tête de la «com» élyséenne. La phrase de Malraux est souvent citée: «La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie». Elle devrait être étendue à la réalité. La réalité actuelle n’est pas très aguichante mais elle vaut encore mieux que les artifices et les simulacres par lesquels on tente de la farder. La «com», est le pire de ces trompe-le-réel. Il y a quelques décennies encore, le mot était réservé au vocabulaire de la théologie et se rapportait à celui de communion, lui même inhérent à la messe catholique. Communier signifiait «faire un» avec l’Agneau de Dieu. Et puis, comme tant d’autres vocables, le mot a muté et son sens a divergé de celui qui avait marqué son origine. «Communiquer» à partir des années 70 signifiait désormais faire savoir, porter un fait, une situation dans la sphère publique, sachant que le fait ou que la situation en question avaient substance et consistance tangibles. Il ne fallait pas confondre l’emballage du paquet et son contenu. Et puis une autre mutation est intervenue, la communication ainsi entendue s’abrégeant en «com», autrement dit à l’emballage tenant lieu de contenu, celui-ci serait–il diaphane. Ainsi est advenu le règne du simulacre avec ses experts et ses gourous. Peu importe qui l’on soit. L’image se décolle de l’être pour en tenir lieu. Le «simulant» apprend ainsi essentiellement, et à prix d’or, à paraître, à se dédoubler, à se mentir puis à se démentir. Ce que pense le cœur, le regard apprend à le simuler et à le dissimuler. On ne dira pas ce que l’on pense mais ce que le «coach» vous fera dire afin de vous faire apparaître une fois de plus sous votre meilleur jour mais un jour qui sera toujours faux. De sorte que l’homme ou la femme politique «coaché(e)» se réduise à un automate, à un golem, avec ses sourires pavloviens et mécaniques, ses postures dignes du musée Grévin, ses phrases coupées au cordeau, plus vides que le vide en personne. Le réel est ainsi proprement évacué de la réalité dont on ne soucie guère plus que de sa première chaussette. Et pourtant… Imaginons qu’à la place de tel gourou trentenaire, multi-diplômé, et qui sait son Mac Luhan sur le bout des doigts, apparaisse un homme ou une femme politique ayant compris le sens même du mot politique; qui se soucie non pas du papier-cadeau mais du contenu des choses, qui réduise réellement le chômage, qui restitue sa pleine valeur au concept de Cité sans rien revendiquer pour soi sinon d’avoir contribué à la réussite de tous, cet être là aurait-il besoin le moins du monde qu’on lui indique comment placer ses mains sur un pupitre, quelle doit être la couleur de sa cravate ou de son foulard et combien de secondes devra durer son sourire de circonstance? La sanction? Il arrive alors que le réel violenté ou refoulé se venge et prenne le visage nu et cru du scandale, autrement dit de la dénudation publique des artifices et des simulacres. A ce moment les trous de souris se louent plus chers que les suites royales des hôtels les plus huppés de la planète.

8 mai.

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Fête de la Victoire des armées alliées contre le régime monstrueux du IIIème Reich. Cette célébration prend un tour particulier cette année 2014, celle des élections au Parlement européen. De nombreux sondages indiquent que l’Europe est le moindre souci des Européens qui le sont de fait et de règle et non pas de cœur. Les débats et diatribes de 2005 sont encore dans les mémoires. Pour ses habitants, l’Europe est d’abord et avant tout une hyper-bureaucratie dont personne ne peut maîtriser à soi seul la connaissance de ses directives et règlements. Babel pour les langages, Byzance pour les règles. On en oublierait presque le but de la construction européenne: dégager ce continent de ses propensions létales. Pascal Quignard le rappelle dans «Les désarçonnés». «Occident», vient du latin occidere, d’où vient le verbe occire: tuer. La construction européenne ne relève pas d’une esthétique des assemblages ou des collages. Au regard de son passé, elle est vraiment sans alternative puisque «occire» reste son programme inconscient. Pourtant, cela fait soixante ans qu’elle réussit à ne pas réussir son passage à l’état de véritable fédération. Si elle ne cesse de s’élargir elle peine à s’élever. Elle traîne, traînaille, tâchant de se convaincre qu’elle non plus n’est pas un simulacre dilaté à l’échelle d’un continent. Chateaubriand écrit dans ses «Mémoires d’outre-tombe»: «A force de s’étendre, Napoléon rencontra les russes». Désormais, et cette fois, c’est à force de vouloir s’étendre dans ces conditions que l’Europe hétéroclite a rencontré Poutine.

11 mai.

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Dans une de ses lettres, Tolstoï écrit: «La mission de l’artiste n’est pas de résoudre victorieusement un problème mais de faire aimer la vie dans ses innombrables, dans ses inépuisables manifestations». Aimer et faire aimer! Qui en est vraiment capable? Qui donc en montre l’exemple? La haine est un affect obscur, sans doute, mais qui représente une telle solution de facilité! D’un mot, d’un regard, un être, un livre, un film, est jugé comme au Jugement dernier, sans compassion et sans procédure d’appel. Ce qui économise bien sûr l’exigence de la connaissance exhaustive, de la nuance, de la prise en compte des perspectives et des potentiels d’une création qui ne saurait se révéler avant que d’être advenue. Il faut revoir les épreuves d’imprimerie des livres de Balzac et de Proust pour comprendre le mouvement d’une oeuvre en gésine puis qui naît au jour, d’une oeuvre irriguant la conscience humaine et qui s’inscrit dans la durée au sens de Bergson avec ce qu’elle implique de souffrance insondable mais aussi d’inexprimable bonheur une fois que le mot juste se trouve à sa juste place, dans une phrase pesée à la balance d’or, dans un livre aux pages gréées comme les voiles d’un navire impatient de gagner la haute mer. La mer des siècles à venir.

 RD

Bloc-Notes: Semaine du 1er Mai 2014

In BLOC NOTES on mai 7, 2014 at 10:36

1er mai.

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Le mois des ponts. A force d’en faire, disait Picasso, on finira par coucher dessous. Le propos est de circonstance après le plan d’économie que le PS a fini par voter, la mort dans l’âme pour beaucoup de parlementaires, si un parlementaire avait vraiment une âme. Prenons garde toutefois au prurit de l’anti-parlementarisme, primaire, secondaire ou exponentiel. Le Parlement est le lieu où le peuple s’exprime par l’intermédiaire de ses représentants. A condition que ceux—ci puissent continuer à se parler entre eux, que les antagonismes idéologiques ne s’avèrent pas irréductibles ni les conflits d’ambition inconciliables. Pour les spécialistes des élections au PS, l’échéancier proche ou à très court terme, européennes et sénatoriales, ne s’annonce pas rose. La France commence à se configurer sous la modalité d’un tripartisme d’un genre nouveau et qui renvoie à nos observations préliminaires: PS, UMP et… FN. Rien ne dit que le FN ne se retrouvera pas en tête du scrutin dans peu de temps. A première vue, ne serait-ce pas la configuration idéale, proche d’une équitable proportionnelle? Sauf que ces trois formations ne présentent entre elles d’autre point commun que celui de vouloir s’éliminer réciproquement. Pour le FN, l’UMP et le PS représentent les deux faces d’un même échec; pour le PS et l’UMP, au moins jusqu’à présent, le FN a tête de Gorgone, tandis que pour le votant de base UMP et PS sont des rejetons des frères oedipiens, Etéocle et Polynice. Pendant ce temps, le Président de la République, se fondant sur l’on ne sait quels indices, à moins qu’il ne se soit mis aux consultations de voyantes, affirme que les trois années à venir seront celles d’un retournement positif de tendance; que les augures économiques sont favorables et que finalement 2017 n’est pas d’ores et déjà synonyme de naufrage.

Qui le confirmera? Un Etat qui ne sait que prendre, sans rien donner en échange, un Etat « anti-providentiel », ne peut attendre aucune marque de bienveillance d’un peuple érodé, entamé, qui lui ne sait plus où se situer entre l’Allemagne et la Grèce, et où les jeunes générations pensent que Jaurès est une station de métro. Il faudrait s’interroger également sur les carences de la pensée politique actuelle. La plupart des ouvrages qui paraissent à ce propos donnent dans la retape keynésienne ou dans le recyclage d’un mendésisme dont par ailleurs personne aujourd’hui n’accepterait les contraintes. Ne broyons plus de noir néanmoins: le mois de mai est celui du printemps plein, de l’imagination reverdie, des plaisirs de plein air, de l’impressionnisme raccordé aux sensations de l’enfance. La politique n’est qu’une des dimensions de l’existence.

3 mai.

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Aux Etats Unis, une fois par an, à cette époque de l’année, il est d’usage de se moquer de soi. Version yankee de la fête médiévale des fous! A cette occasion, des sénateurs et représentants en smoking, des dames d’atour en robe minimalises, des journalistes redoutés, font assaut d’humour et d’esprit, avec gags et bons mots préparés comme il se doit par des professionnels du rire. Il est loisible de s’en gausser mais l’on remarquera qu’en France c’est le jeu auquel François Hollande s’adonne pour ce qui le concerne à jet continu. Pourtant il est deux sortes d’humour politique, le préalable et le posthume. Le premier consiste à relativiser en amont l’importance que le décideur, ministre ou gardien de phare, s’accorde à lui même, à alléger ses actes de toute la gangue de tragique par laquelle il voudrait les sur-pondérer. On ne peut citer à tout bout de champ la bataille de Verdun ou l’exemple de Jean Moulin. L’autre, l’humour de corbillard, est celui par lequel se commentent a posteriori des échecs collectifs projetés sur un seul responsable. Freud a magistralement éclairé les relations entre l’inconscient et les mots d’esprit, à condition que le mot « esprit » s’y justifie. Un bon mot de ce point de vue équivaut à un passage à l’acte, mais uniquement verbal, dépourvu de violence et de malveillance. Là où le tragique ne percevait nulle issue, l’esprit en fait apparaître plusieurs et l’on se sent délesté d’une chape de plomb cérébrale. Encore faut–il avoir l’oreille exercée. Lorsque par exemple dans le livre de la Genèse, le Créateur proclame « Faisons l’Homme à notre image », qui n’a compris qu’il s’agissait là du premier mot d’esprit jamais proféré dans la Création! Hélas l’Homme en question s’est trop vite pris au sérieux. On sait la suite.

4 mai.

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Comme convenu, tome II du « Vicomte de Bragelonne ». Plusieurs lectures en sont possibles. D’abord celle qui le confine au roman historique et à la fresque romanesque. Le plaisir n’en sera pas moins assuré. Dumas sait comme personne combiner la langue du XVIIème siècle avec celle du sien, sans archaïsme et sans anachronisme. Une véritable leçon de littérature. Et puis, s’impose la lecture politique au sens fort du mot, avec ces deux personnages en lesquels s’incarne une volonté de pouvoir féroce: Louis XIV bien sûr, le Roi Soleil qui ne se couche jamais, devant qui tout doit plier par définition, mais aussi l’impitoyable Colbert qui ne cesse de supputer, d’évaluer, de vérifier jusqu’au moment où dans ses filets de chiffres, Fouquet en personne vient mortellement se prendre et lui laisser place nette. Roman de la fascination du faible par le fort, du puissant par le podagre. On comprend mieux alors l’énigme du Masque de Fer. Le Roi Soleil ne saurait avoir de double, ni de frère qui lui ressemble et si la nature s’en était mêlée malgré tout il lui faudrait rentrer en elle même. Le fer déjugera la chair. Louis XVI, le roi crépusculaire, l’expiera sur l’échafaud le 21 janvier 1793.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 21 Avril 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on avril 27, 2014 at 10:53

24 avril.

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Le printemps politiquement morose serait-il malgré tout libidineux? « L’Express » a consacré sa couverture aux femmes – recensées – du président Hollande. Ce n’est plus une succession de ménages mais un harem disséminant! De son côté, l’Ex-ex-ex, prénommée Ségolène, qui siège désormais à la table du Sultan, décrète à l’inverse l’ère de la pudeur, proscrit les décolletés et les jupettes qui ne cachent plus rien. Comme on le voit, l’Etat est au travail et la France s’en rend compte. D’où la « bronca » à laquelle s’est exposé le président de la République à Carmaux, patrie spirituelle de Jaurès. La mémoire des grands hommes se venge toujours lorsqu’elle est invoquée pour la frime, à contre-exemple. Une fois de plus les portes coupe-feux ont coulissé et le Président a quitté la région, persuadé qu’il avait accomplit une forte performance. Jusqu’à la prochaine marche savonnée… Car à n’en pas douter elle ne saurait manquer. Pour le mois de mars, la courbe du chômage ne s’est pourtant pas aggravée. La nouvelle est bonne à prendre. L’on a tendance à oublier, malgré les leçons de Comte ou de Michelet, que l’Etat n’est pas une fin en soi; qu’il est le « sacerdote » du peuple, surtout lorsque celui-ci souffre, doute et ne perçoit plus qu’un horizon trouble et obnubilé par l’anxiété. Ce qu’il est convenu d’appeler la « classe » politique – espérons que le « l » ne soit pas de trop – a t-elle le moins du monde souci du fameux Autre dont tant de grands penseurs rappellent l’existence souffrante? Dans cette fauverie qu’est devenue la vie politique actuelle, les prédateurs aux dents les plus longues ne laissent traîner aucun lambeau de chair vive, aucun os à moelle. Si Zola revivait, il réécrirait « La Curée ». Celle de son temps fait penser à un repas de famille bien élevée. Pas un jour sans apprendre qu’un tel est soupçonné de conflit d’intérêts; qu’un autre décore son petit « chez-soi » avec les tableaux des palais officiels, qu’un troisième, après chaque repas dit « d’affaires » souffle dans son carnet d’adresses comme il n’oserait pour un alcootest. Sommes-nous entrés dans la basse République comme Rome s’engagea pour sa part dans le bas Empire? L’on évoque souvent la perte des repères et l’anomie qui sévissent dans les pays de l’Est après quelques décennies de soviétisme et dont on constate les conséquences désastreuses notamment en Ukraine. Qui ne voit les dégâts de notre anomie intérieure où tout semble céder à ce que Jünger qualifiait de succion du vide? A quelques encablures des élections européennes, Sœur Anne ne voies tu vraiment rien venir?

25 avril.

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Dimanche, canonisations jumelées de Jean XXIII et de Jean-Paul II concélébrées également par deux papes, Benoît XVI et le pape François, en exercice.

Jean XXIII a été élu pendant que je préparais la seconde partie du bachot et je ne fus pas le seul à être saisi par la personnalité bonasse de ce pontife révolutionnaire à sa façon qui venait de succéder à Pie XII, ce qui était à soi seul un chemin de croix même si aujourd’hui encore le pape du temps d’Hitler trouve des défenseurs acharnés. Je me souviens d’une visite à Saint-Pierre de Rome avec un collègue juriste catholique qui m’entraîna illico devant le tombeau de Jean XXIII en évitant ostensiblement celui de Pie XII devant lequel il refusa de s’agenouiller.

Il faut laisser chaque religion balayer devant sa porte et trouver les voies de sa paix intime.

Les débuts de Jean-Paul II ne furent pas non plus de tout repos et l’on a gravement craint à la fin des années 80 que le pape polonais ne se livre à la christianisation de la Shoah notamment par Edith Stein interposée. A ce moment, face à l’obstination des Carmélites d’Auschwitz, la controverse faillit tourner à l’affrontement. Grâce à une partie décisive du clergé de France, le pape prosélyte mesura le tort qu’il allait causer précisément à l’oeuvre de Jean XXIII et de Jules Isaac malgré sa visite à la synagogue de Rome. Et il eut à cœur de se reprendre. Son voyage jubilaire à Jérusalem remit ses pas dans ceux du Juif Jésus face au mur Occidental, toujours debout. Depuis, la réconciliation se poursuit, se conforte et l’on forme des vœux pour qu’elle serve d’exemple au monde musulman puisque la période du pèlerinage, du H’ajj, à la Mecque s’est ouverte aussi.

27 avril.

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A qui s’interroge sur le sens du mot culture, sur les dimensions de l’Être à quoi il ouvre, sur les oeuvres qui en sont l’attestation indiscutable, deux noms sont à remémorer: Brigitte et Jean Massin. Leurs noms conjoints sont associés aux considérables biographies, ferventes, exhaustives mais non pas suffocatoires à force de vouloir tout expliquer, qu’ensemble ils consacrèrent à Mozart, Beethoven et à Schubert pour Brigitte Massin. Des milliers de pages dont chacune contient sa note haute, sa « clef de ciel » et qu’on l’on sent trop vite s’en aller vers la fin du livre. Heureusement, demeurent à découvrir les oeuvres proprement musicales. Et comme un grand ouvrage consacré à la peinture vous fait ouvrir votre boîte de couleurs, ces biographies aimantes vous donnent l’envie d’apprendre à composer une sonate, de coordonner un quatuor, de faire sonner un orchestre jusqu’au seuil des cieux. Ce n’est pas tout: les Massin sont aussi liés à l’édition chronologique de l’oeuvre intégrale de Victor Hugo, une cordillère des Andes éditoriale que j’aie acquise en double exemplaire parce que d’Hugo rien ne se perd, comme pour le corps de la baleine mythique de Melville. Grâce à cette édition mémorable, l’on suit Hugo dans sa pleine création, avec des pièces achevées mais aussi avec des milliers de vers esquissés, écrits sur des dos d’enveloppe, des bouts rimés, parfois des calembours douteux mais les esprits les plus hauts doivent aussi se soulager. Ces sommets-là, dans une époque comme est devenue la nôtre, ne doivent plus être perdus de vue. Ils nous restituent à la véritable grandeur humaine, celle qui ne s’exhibe ni ne se rétribue en petite monnaie narcissique. Car il est aussi des canonisations laïques à quoi rêvent ceux que leur propre oeuvre ne suffit pas à les rassurer sur ce que leur vie vaut.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 14 Avril 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on avril 20, 2014 at 3:07

14 avril.

images-3A voir les choses de prés, à examiner les suites du tsunami municipal et la portée de la nomination de Manuel Valls à Matignon, ce n’est pas seulement d’un changement de Premier Ministre qu’il s’agit, même si les apparences sont on ne peut plus constitutionnelles, mais également d’une révolution de palais dont François Hollande commence tout juste à réaliser l’impact réel. Car la nomination de Valls ne se dissocie pas du limogeage d’Harlem Désir du Secrétariat du PS – où même l’insignifiance doit avoir des limites – et de la prise de pouvoir car c’en est bien une, du clan Cambadélis qui a su verrouiller l’ensemble du dispositif. A présent, et en réalité, Manuel Valls et les siens co-président la Vème République tandis que François Hollande n’exclut plus de ne pas se représenter en 2017, à moins qu’il ne soit dirigé vers la sortie plus tôt, par exemple si les proches Européennes s’avéraient encore plus catastrophiques. Pour l’exprimer en termes choisis, il semble bien qu’une partie important du PS se place d’ores et déjà dans l’après-Hollande, mette en place son plan B et n’hésite plus à signifier à l’actuel locataire de l’Elysée que ses jours y sont comptés. D’où le rappel de Julien Dray sur la nécessité de « primaires » en temps utile. D’autres interrogations se font jour relatives aux combats féroces pour le pouvoir au sein d’un PS où les anciens soutiens de DSK sont revenus en force et dont on se demande ce qu’il a encore à voir avec le socialisme comme courant de pensée et vision du monde. Le limogeage d’Aquilino Morelle le démontre avec la dureté du couteau à ouvrir les huîtres. Toute l’affaire éclate le jour même où François Hollande a prévu de se déplacer en Auvergne pour tenter de s’y faire greffer un bout de peau présidentielle. Ainsi la « plume du Président » se faisait grassement rémunérer pour des interventions idéologiques où le socialisme de Jaurès – qui y avait laissé sa vie – devenait une affaire qui marche. On pensait que la plume en question était celle de Chateaubriand. Ce n’était que celle de Zizi Jeanmaire. Et Bartolone de fulminer en outre contre les nominations à bras raccourcis de copains et de copines comme Dominique Voynet, la contre – Duflot, à l’IGAS.Une note réconfortante cependant : Daniel Cohn-Bendit a pris sa retraite du Parlement européen non sans avoir une fois de plus brassé l’air de ses fausses colères et de son écologisme opportuniste. Car tout ne serait que Comédia del Arte ou Grand Guignol si l’on ne sentait monter un peu partout une de ces colères volcaniques qui, une fois qu’elle s’est débridée, laisse la France exsangue.

17 avril.

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La situation actuelle de la France incite à la modération et au balayage devant sa propre porte au sujet de la réélection de AbdelAziz Bouteflika à la présidence algérienne. Il est vrai qu’il y a largement de quoi se gausser de cette élection sans véritable campagne électorale alors que ce pays se trouve dans un état de délabrement social et de désarroi moral qui fait écrire dans Le Figaro que l’Algérie est « Etat errant ». En se gardant de tout « nostalgérisme » comme ne pas rester pantois en apprenant que cette terre, le pays des vergers et des vignes, en est à importer la quasi-totalité de ses fruits et légumes! C’est comme si nous apprenions que la Hollande importe désormais ses tulipes et la Russie sa vodka. Et pourtant, l’Algérie a si intensément connu des années non seulement de violence mais d’horreur qu’elle privilégie le fauteuil roulant de son président actuel aux convois funèbres des années 90. Jusqu’à quand? Comme l’ont montré spécialistes de droit constitutionnel et politologues, la constitution algérienne recouvre en réalité un pacte dans lequel une économie « compradore » a complètement perdu de vue les promesses de l’Algérie révolutionnaire des années 60. Toute cela à une heure d’avion de Marseille où l’on redoute les essaimages d’un tel pacte. Mais l’on ne peut pas avoir fait la guerre pour obtenir son indépendance et, cette indépendance, en transférer les coûts économiques et sociaux sur les épaules du voisin. Si Alger est à une heure d’avion de Marseille, Marseille est à 60 minutes d’Alger. Aux jeunes générations de faire preuve de lucidité pour ne pas se laisser enfermer dans cette cage de fer.

18 avril.

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Après le Beethoven des Massin, entrepris le Haendel de Labie. Nécessité de préserver un équilibre intime entre les toxicoses de la vie politique et la création littéraire, picturale, musicale et poétique. Relevé au passage cette notation de Buffon : « Le ciel est le pays des grands événements ». Puissions-nous toujours y diriger nos regards visuels et le cours de notre pensée. Même Beethoven considérait que l’auteur de Judas Maccabée était le plus grand musicien que la terre eût jamais porté. Ecoutons alors ce créateur grandiose comme Beethoven savait le faire. La grandeur est une dimension objective qu’il faut savoir reconnaître. Bach, dit- on, recopiait de sa main des passages entiers du musicien anglo-allemand pour qui la Bible demeurait la plus cosmiques des partitions jamais portée de main divine à l’oreille humaine.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 1er Avril 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on avril 7, 2014 at 9:21

1er avril.

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Le répéterons nous jamais assez: la pire des politiques est la politique du pire, toujours dictée par la passion qui aveugle, par l’esprit de rivalité qui rend idiot, par le sentiment délétère qu’autrui est le surnuméraire de notre propre existence. La passion partisane, le dissentiment idéologique, les rivalités de personnes, l’addiction au pouvoir – cette drogue dure-doivent céder à la fin devant l’intérêt général. La France vient de se doter d’un nouveau gouvernement dirigé par Manuel Valls. Au lieu de tirer à vue sur le pianiste, laissons-le jouer ses premiers morceaux avec son nouvel orchestre. Pourquoi préparer son échec en lui imputant des intentions «gauchocides» ou des visées traîtresses? A l’évidence, et pour aussi cruel qu’il soit de l’indiquer, une grande partie de la Gauche, ou de ce qu’il en reste, se projette déjà dans l’après – Hollande et commence à baliser ses futurs territoires politiques ou zones d’influence. En ce sens la Duflot ne laisse planer aucune équivoque. Pour elle l’échec du président actuel est acté et il suffira le moment venu de le pousser dans le fossé. Seulement François Hollande se laissera t-il faire aussi facilement? La Droite a sans doute marqué des points importants lors des dernières Municipales et escompte reprendre la main au Sénat à l’automne. Pourtant ses divisions restent plus voyantes que celles du Vatican. Il n’est que de suivre les tortillements de la NKM, pour ainsi la «sigler», au conseil de Paris – en passant l’on observera que quiconque se laisse aller à ce « siglage », comme MAM ou DSK aussi, finit plutôt mal. Si Jean-François Copé joue les vainqueurs sobres et soucieux de l’avenir, le silence de François Fillon en pleine surveillance d’Alain Juppé est plus cinglant qu’un coup de clairon. Quant à Nicolas Sarkozy, sans doute satisfait d’avoir rendu au pouvoir en place la monnaie de sa pièce, on ne l’entend pas non plus. Jeux du cirque? La France n’est pas le cirque Pinder. Pendant que Laurent Fabius élargit sa zone d’influence, que François Bayrou ressuscite d’entre les morts, que Martine Aubry se nettoie les dents au vinaigre, que Mélenchon se crêpe le chignon avec les spectres d’un PCF qui s’imagine toujours en 1945, et que Marine le Pen joue la vieille dame à qui l’on vient d’arracher son sac, des hommes et des femmes du commun perdent jusqu’à la notion de l’avenir. Quoi que l’on dise, les germes du racisme prolifèrent. Tout se paiera cash aux Européennes si des mesures sensées ne viennent pas réorienter un désir de vie sans alternative. On annonce la sortie ces jours-ci d’un film consacré à Noé. Pour paraphraser un slogan publicitaire non dépourvu d’humour, le Déluge dévastateur c’était bien «avant»? Encore quelques semaines pour un début de réponse.

3 avril.

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Le secrétaire d’Etat américain en visite exceptionnelle dans cette Algérie dont le temps qui s’écoule éloigne inexorablement les générations du déracinement. L’objet officiel de cette visite? La lutte contre le terrorisme. Qui aurait imaginé en 1962, l’année de son accession à l’indépendance, que la République algérienne en serait là aujourd’hui! Abdelaziz Bouteflika se présente pour un nième mandat présidentiel, alors qu’on le dit malade et diminué. Signe sans doute que nul à part lui n’est en mesure de préserver le réseau d’intérêts que constitue le système algérien et dont il n’est pas sûr que la population de ce pays profite pour ses biens les plus primaires. Non loin, la Libye s’est transformée en dépotoirs de milices armées jusqu’aux dents et en arsenal pour unités islamistes – nihilistes. Avec une décolonisation mythifiée, l’idée d’indépendance a été promue sans qu’on ait eu la véritable intelligence de ses étayages. Il est heureusement des exceptions: l’Inde, Israël quelles que soient les déblatérations qui visent ces pays. Même la Chine-continent sait prendre son temps et réussit sa transition. Bien faire et laisser dire. Le monde va vite et le vent de l’Histoire balaie les fétus de paille. A se demander s’il ne faut pas applaudir et vivement encourager les militants des boycotts en tous genres tant ils font rétrograder les causes qu’ils prétendent promouvoir.

6 avril.

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Plus la déréliction semble s’épandre dans la vie politique, plus il faut se libérer les bronches et dénouer nos synapses intactes. Repris le monumental « Beethoven » de Brigitte et Jean Massin afin de redécouvrir la mesure de cet immense créateur dont il est possible d’acquérir l’intégrale de son oeuvre en une centaine de disques pour un prix modique. A propos de Beethoven comme de Michel Ange ou de Balzac, il faut se garder de l’abus des mots «titan», «génie» et autres outrances verbales. En vérité ces créateurs, mais également Kepler et Galilée, incarnent la véritable dimension de la créature humaine lorsqu’elle ne se désiste pas de sa vocation. Qui fut plus handicapé physiquement que l’auteur de la 9ème Symphonie? Des parents minés jusqu’aux moelles par la maladie, une surdité étrange comparable à ce qu’eût été la cécité d’un Vinci continuant à peindre. Bien sûr qu’il y faut des aptitudes innées, des dons de Dieu. Qui a vraiment vérifié ceux dont lui même a été également gratifiés? Beethoven était conscient des dons qui lui furent départis. Il écrit, lui, le musicien sourd: «C’est si beau la vie, de la vivre mille fois». Et il ajoute: «Auprès des œuvres du Très haut tout est petit». Sauf, lorsqu’à son exemple on se hausse jusqu’à Lui sans se prendre pour Lui. Beethoven est divinement créateur par sa musique seule et non parce qu’il s’est voulu le rival de Dieu. Wagner l’a t-il ainsi compris?

 RD

 

 

Bloc-Notes: Semaine du 31 mars 2014

In BLOC NOTES on avril 2, 2014 at 8:26

31 mars.

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Le second tour des Municipales a confirmé et amplifié le premier. La défaite du PS et de ses alliés est «historique» mais il ne faut pas sous-estimer la conservation de Paris, de Lyon, de Lille, de Strasbourg qui ne sont pas de simples bourgades. Inutile de se répéter. Il n’était besoin d’être ni voyant ni prophète pour annoncer que la sanction serait lourde après tant d’affaires et de scandales en deux ans et surtout au (non) vu de résultats si peu probants en matière d’emploi durant cette même période. Il s’ensuit logiquement la succession de Manuel Valls à Jean-Marc Ayrault, personnalité estimable, portée au consensus mais qui ne semble pas avoir complètement pris conscience de la dureté des temps. Son speach funèbre dimanche soir le montrait complètement sonné, cherchant ses mots et ne trouvant pas la meilleure composition de son visage pour la circonstance. Manuel Valls est jeune, sachant être calme ou bouillant, déterminé à réussir car dans la mission que François Hollande lui a confiée il faut également une goutte de folie kamikaze. Sitôt son nom prononcé, Cécile Duflot lui a opposé un cinglant non possumus. Les écologistes ne feront pas partie de son équipe et le bureau du «mouvement» l’a décidé démocratiquement – ne rions pas – par sept voix contre trois! A n’en pas douter, le mouvement qualifié d’« écologiste » fera la joie des politologues du futur. Avec quelques milliers d’adhérents à peine pour toute la France, il a su se doter de députés et de sénateurs occupant des positions-clefs et de ministres qui à eux seuls ont fait la météo politique du pays. Cécile Duflot en est l’incarnation, animée par une ambition dont ce serait trop peu de dire qu’elle est féroce. De quoi cherche t–elle à se revancher? Sous elle et par elle l’écologie en France est devenue non seulement un créneau politique mais une aubaine politicienne. Il n’a été que de constater comment le «mouvement» a décidé de sa non-participation à l’équipe Valls, au grand dam d’autres de ses membres qui se seraient bien vus ministres en lieu et place du piranha vert et cela, ne rions pas trop fort non plus, «à titre personnel». On connaissait les évêques in partibus, les ministres sans portefeuille et les ambassadeurs honoraires mais pas encore cette sorte de candidats-ministres représentatifs de personne mais qui s’auto–pressentent sur leur exclusive bonne mine. Le problème de toute élection se pose néanmoins dès le lendemain de celle–ci. Où le nouveau Premier ministre trouvera t-il les milliards d’euros qui manquent au budget et le placent sur une pente grecque ? Les finances publiques sont au-dessous de zéro et dans ces conditions les talents personnels ne suffisent pas. La gauche du PS ne veut pas de Valls et organise sa fronde qui vise aussi l’actuel Président de la République. Montebourg prend Bercy. Exit Moscovici. Exit Peillon. Taubira reste rivetée à la Justice. Ségolène arrive avec les crocs. Fabius l’Ancien plane et surveille. Plus on est de fous… Surtout que les Européennes sont annoncées au quai le plus proche et que dans la cohue actuelle les signaux d’alarme ne se perçoivent pas distinctement, d’où qu’ils émanent.

1er avril.

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La Crimée gambade aux côtés de la Russie pendant que l’armée ukrainienne essuie avanie après avanie. L’effarant dans l’affaire est l’absence de toute réaction internationale digne de ce nom. Impuissance politique et militaire ou sidération psychologique, comme si les Etats-Unis et l’Union Européenne en chute libre dans l’opinion russe réalisaient qu’elles avaient joué avec le feu en Ukraine et que la punition suivait exactement le chemin du péché! Une autre dimension doit sans doute être prise en compte: Obama est devenu le principal disciple de son idéologie pacifiste.

Dans l’histoire américaine, il veut laisser la trace d’un Président qui n’aura jamais fait la guerre qu’au tour de taille de ses collaborateurs. Poutine et alii sont sans doute d’une autre trempe. S’ils ne veulent pas la guerre pour la guerre, ils ne refusent aucun affrontement, ne redoutent aucune épreuve de force. Ils ont compris qu’en face d’eux se tenaient des nations sans véritables assises, aux menaces strictement verbales et qui auraient bien du mal à tourner longtemps leurs moulinets comme on l’a vu avec la France face à la Syrie d’Assad. La politique conserve t –elle le moindre sens privée de ce courage qui fait réfléchir l’adversaire avant de dissuader l’ennemi éventuel? Obama a tout de même assisté en direct à l’élimination de Ben Laden dans son repère au bout du monde. Politique ou western?

2 avril.

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Relire les livres de son enfance et en découvrir la véritable grandeur. Rouvert à cette fin le premier tome du « Vicomte de Bragelonne ». Quel talent que celui de Dumas! L’on y retrouve nos trois mythiques mousquetaires «incorporés» l’un à l’autre, constituant une véritable entité trinitaire adornée de d’Artagnan bientôt sexagénaire. Le temps a passé encore depuis «Vingt ans après» et Proust en personne a été sensible à ses effets sur le groupe de nos héros dont chaque membre intimement lié aux autres reste profondément singulier. Il faut lire et relire la description des derniers instants de Mazarin et la comédie par laquelle il fait dévolution de son immense fortune à son Roi, espérant que, touché par ce geste celui-ci la lui restituera. Il faut lire et relire le dialogue entre le jeune Louis XIV et le surintendant Fouquet qui sait lui aussi faire abandon somptuaire de sa fortune personnelle pour tenter de sauver ce qui lui reste de vie au bout du collet de Colbert. Chacun sait que Dumas a bénéficié du concours d’Auguste Maquet pour écrire ces romans océaniques. Ce n’était pas abus de collaboration. Par leur surabondance certains récits outrepassent la capacité d’expression de leur auteur initial et il faut s’y mettre à plusieurs pour en restitue le flux. Quelle vie humaine serait assez vaste pour enserrer tant de siècles, tant de mondes, tant d’intrigues! Et que dire des romans de «Dumaquet» sur la Révolution française et Bonaparte! Vivement le tome II du «Vicomte»!

RD

LE BLOC NOTES DE LA SEMAINE: Semaine du 21 Mars

In BLOC NOTES on mars 28, 2014 at 12:53

24 mars.

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Mais à quoi d’autre s’attendait-on pour ce premier tour des Municipales? A vrai dire la Bérézina n’est pas un fleuve russe mais elle traverse Paris et sinue dans toute la France. Il fallait bien que le dissentiment accumulé depuis deux ans bientôt se trouve un exutoire. Inutile d’accabler les accablés. Lorsque la candidate PS à Paris, dauphine en titre de Delanoë, selon la logique de désignation népotique mise en place dans la capitale, en est à traiter de « branquignol » le gouvernement Ayrault, en visant d’un regard noir l’Elysée, la messe est probablement dite. Comme prévu aussi, et quoi qu’on en pense, le scrutin municipal actuel atténue les défaites et autorise l’ouverture de quelques parachutes. On en verra les effets de sourdine au soir du second tour. Pour l’heure ce n’est pas seulement l’incompétence économique qui se trouve aussi nettement sanctionnée mais encore une profonde déconsidération morale dont les péripéties sont dans tous les esprits, en attendant le probable livre de comptes concocté par l’ancienne compagne du Président de la République, ouvrage dont on ne doute pas qu’il glorifiera la littérature française considérée depuis ses sommets. L’affaire des écoutes a provoqué un véritable coup de sang chez Nicolas Sarkozy et ses amis. Quel que soit l’enrobage procédural de la dite affaire, elle conforte chez les citoyens de base le sentiment que le mot d’ordre est à l’élimination par tous les moyens du prédécesseur immédiat de François Hollande dont Nicolas Sarkozy est devenu une sorte de « dibbouk » phobique. Tout cela aggravé, on ne le répétera jamais assez, par une économie en berne, un chômage teigneux et une diplomatie picrocholine. Comment peut-on, comment ose t-on présider un pays avec 85% d’opinions défavorables? Le pire est sans doute à venir car les bons résultats du FN laissent présager une secousse d’une plus grande ampleur à l’occasion des Européennes. Se dirige t-on vers une crise de régime? Mais de quel «régime»? La crise, s’il faut ainsi la nommer, qui affecte la France est sans précédent puisqu’elle est simultanément politique, économique, et sociétale. En 1968, le gouvernement d’alors disposait face au séisme qui a manqué l’emporter de réelles marges de manoeuvre budgétaires, et donc de négociation. Telle n’est plus la situation aujourd’hui. Le fameux « pacte de stabilité » sur lequel François Hollande joue peut-être un de ses ultimes bancos est plombé par l’incertitude proprement politique de ce qu’il lui reste de quinquennat. Que Martine Aubry se récrie lorsque l’on évoque devant elle son éventuelle présence dans le prochain gouvernement en dit encore plus long que les fulminations d’Anne Hidalgo. Mishima l’a exprimé en mots burinés : en matière de pouvoir, il ne suffit pas de prétendre, il faut ensuite assumer.

26 mars.

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Retour d’un bref séjour en Bulgarie et principalement à Sofia. Pays étrange et familier à la fois. Les standards et les stéréotypes de la mondialisation se combinent avec les réminiscences d’un passé auquel on voudrait rendre une vie plénière. Frappé, au centre de la ville, par les quatre monuments typiques de cet espace-temps désorganisé: l’église orthodoxe, la mosquée en voie de réfection, la synagogue de style viennois, trop vaste pour être chauffée, et surtout le nouveau centre commercial. Car dans ces pays sortis à peine du soviétisme, consommer est devenu une forme d’activité confessionnelle et ritualisée aussi. On imagine mal d’ici ce que furent les décennies du Parti unique, avec sa police des corps et des esprits, son architecture massive, exhibitionniste, son mépris «attilesque» de toutes les cultures antécédentes. Une dévastation mentale dont les effets actuels sont à peine évaluables et dont les effets différés ne sont même pas soupçonnables. Les pays sont fragiles comme sont les personnes. Les simulacres de la puissance ne durent pas longtemps lorsque la vie digne de ce nom n’ose plus se montrer aux fenêtres et lorsque les amandiers redoutent de fleurir.

27 mars.

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« Une année studieuse » d’Anne Wiazemski. Le livre de bord d’une jeune étudiante de Nanterre dans les années 66 à 69, petite fille et pupille de Mauriac et surtout épouse à la va-vite de Jean-Luc Godard follement épris de cette réplique de « la Jeune fille à la perle » de Vermeer. Un document très attachant sur la Nouvelle Vague, sur ses audaces, ses naïvetés et ses chinoiseries. Sans parler de l’évocation d’une époque de transition; celles des mœurs, des débuts de la contraception, lorsque les corps se délestaient de peurs ancestrales sans toujours discerner où menaient les chemins clair-obscur des nouvelles libertés. Car que deviennent les navires qui ont perdu leur ancre?

RD

Bloc-Notes: Semaine du 24 Février 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on mars 5, 2014 at 7:20

26 février.

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Pris dans une sombre histoire de surfacturation, François Copé crie au complot mondial et déclare la patrie en danger. Pas d’affolement toutefois. Il s’agit juste d’un nouveau coup de Jarnac signé par ses ennemis intimes au sein de l’ UMP. A se demander ce qui provoque une haine aussi irréductible entre des personnalités qui prises séparément sont en général de bon aloi et qui mises en communauté semblent atteintes du syndrome de la vache folle. Le tout broché sur fond d’idéologie gaullienne dilatée, avec références obligées à l’ homme du I8 juin dont on feint d’oublier qu’il fut aussi celui du 13 mai. Il semble pourtant que ce soit au sein même du mouvement gaulliste qu’on n’ait plus du tout conscience de la dégradation intellectuelle et politique de la situation. François Copé est accroché à un radeau en comparaison duquel celui de la Méduse ressemble au vaisseau de l’Agha Khan. François Fillon, lui, s’est attaché au mât du navire et se bouche les oreilles pour ne pas entendre les sirènes sarkozistes tandis que l’ancien président de la République répète devant sa glace les gestes de Spiderman. En foi de quoi la Gauche n’a qu’à bien se tenir! Tout cela paraît décalé ou franchement onirique. A si brève échéance des Municipales, et en attendant les Européennes les pronostics s’imbibent du marc de café requis par la voyance extra-lucide. Depuis plusieurs mois, la France de droite, de gauche, du centre, d’en haut, d’en bas et d’ailleurs se trouve pour ainsi dire en état de flottaison intersidérale. On évoque la possibilité d’un gouvernement « resserré » mais l’on ne sait toujours pas à quelles fins. L’arrivée de Ségolène Royale est dans les esprits, ce qui suffit à démontrer ou que le salut est proche ou que les thèses de Durkheim sur le suicide altruiste vont être actualisées. Selon un sondage récent, plus de 40% des jeunes de France se déclarent en état de maltraitance collective et chronique, économique, sociale et culturelle. Un symptôme apparaît en ce sens particulièrement parlant: les comiques ne font plus rire grand monde et déclarent ouvertement que leur profession est sinistrée. Les seules émissions de télé qui font parler d’elles sont celles dont les invités quittent en furie le plateau avec le désir tout juste réprimé de découper au canif le présentateur ou la présentatrice. Sur les chaînes surexploitées du cinéma, à force de revoir pour la cinquantième fois Le Corniaud les oreilles vous en tombent et à force d’entendre le fameux train de Fred Zinneman siffler trois mille fois, l’envie vous prend de voyager en avion. Heureusement les librairies n’ont pas toutes déposé leur bilan et il reste sur les quais des bouquinistes qui savent retrouver les « Robinsons suisses » de notre enfance, dans l’édition Nathan. Bonheurs d’occasion Occasions de bonheur.

27 février.

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Très forte tension entre l’Ukraine et la Russie. Les Etats-Unis et l’Union européenne emboîtent le pas aux Ukrainiens. Poutine se cabre. Au point que l’on évoque à nouveau le spectre de la guerre froide et le retour du Dr Folamour. Plus que jamais chacun devrait garder ses nerfs et éviter de convoquer les spectres d’un autre âge. La véritable Guerre froide ne se conçoit pas sans une lutte idéologiques poussée aux extrêmes car nourrie aux schémas simplistes d’un marxisme-léninisme paranoïde d’un coté, d’un « monde-librisme » à la Truman de l’autre. Il faut revenir sans doute à une géopolitique moins effervescente. Les peuples et les nations se différencient toujours par les langues, les littératures, les identifications religieuses. En ce domaine, qui veut faire l’ange fait la bête. Longtemps les Etats-Unis ont professé la doctrine Monroe selon laquelle les américains du Nord doivent rester maîtres chez eux. Mais comme la conception nord-américaine du « chez soi » est extensive, il n’a pas fallu forcer les choses pour qu’à l’occasion, si l’on ose dire, de la première Guerre mondiale les Etats-Unis se sentent comme chez eux dans tout le monde habité. La déréliction du continent européen les y a puissamment aidés. A présent l’Ukraine, la Russie et la planète entière émergent de la débâcle des glaces soviétiques et par bien des cotés les peuples qui reviennent au jour font songer à ces ossements de mammouths surgis de l’outre-monde. Mais il faut penser aux êtres vivants, dans le temps non pas jurassique mais contemporain et se convaincre que nous valons mieux que notre préhistoire. Celle à laquelle nous risquons de rétrograder si un peu de sagesse venait à nous faire défaut.

2 mars.

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Entre une oeuvre et son sujet ses produisent parfois des formes d’identification surprenantes. A commencer par leurs dimensions. Le constat se confirme en rouvrant « Moby-Dick » le roman-cachalot de Melville. Au fond le livre pourrait se réduire au combat final entre le Léviathan et le capitaine Achab, soit une dizaine de paragraphes. Mais, à la manière des « Mille et une nuits », Melville s’adonne à l’exploration cosmique et surgénératrice du monstre. Il s’ensuit qu’une centaine de pages après l’autre on finit par se prendre pour ces baleiniers qui, leur chasse assouvie, n’en finissaient pas de dépecer et de débiter le mammifère génésiaque. Heureusement la masse immense du cétacé se fait homologue à celle de la chair même du roman et il y apparaît de quoi nourrir et illuminer à l’huile des cités entières. La traduction en forme de mission réellement impossible n’en donne qu’une idée faible. Il faudrait avoir passé sa vie sur les navires de ce temps- là, le harpon en mains. Mais aujourd’hui le mythe se réduit à des proportions plus triviales car les baleines ne fascinent même plus les enfants auxquels elles n’inspirent que de la pitié, des enfants qui désormais vont chasser d’autres monstres, « numériques » ceux-là. Le capitane Achab est vraiment parti à temps.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 17 Février 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on février 25, 2014 at 10:14

19 février.

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Couverture politico-glamour de « Paris Match » consacrée cette fois – un coup à gauche, un coup à droite – au couple Sarkozy-Bruni qui sillonne la France, concerts de la dame obligent. En réalité c’est d’une autre musique dont il s’agit, celle qui ne sait trouver le ton juste entre le Dies Irae et le  Magnificat. Au bout de presque deux années de mandat, l’autre couple, celui formé par François Hollande et par son premier ministre, fait penser à deux canards sans tête  mais qui continuent de courir. Car la colère gronde à nouveau en Bretagne et le président de la  République, s’il veut aller tâter le croupe des charolaises au salon de l’Agriculture, doit s’y rendre avant que le public n’arrive, ce qui dans l’histoire des institutions de la Vème République est toujours un sûr indicateur de popularité carbonisée. Donc il semble que Nicolas Sarkozy ourdisse méthodiquement son retour. Mais retour vers quoi? La réédition fort opportune du classique d’Eugen Weber: « La fin des terroirs » en donne une idée. L’ouvrage date déjà de presque trente ans et à cette distance l’on constate qu’une « fin » en cache toujours une autre. Bien sûr le temps n’est plus aux paroisses dominées par un clergé  qui à force de faire brûler des cierges avait oublié d’allumer les chandelles de son esprit, ni à la marine à voile, ni aux bourriches d’huîtres ramenées en charrette suintant le varech des mers du Nord. La Bretagne a été désenclavée par le TGV et tous les voyageurs sont en perfusion sur leur iPhone. Lors de la publication du livre précité, il existait sans doute encore une France profonde, avec ses tropismes campagnards et ses habitudes dominicales invétérés. Et puis lentement mais  inexorablement, comme le ressac érode la falaise de craie, la crise a fait lentement apparaître une France autre qui ne sait plus très bien quels sont ses habitus. Les schémas familiaux les plus ancestraux ont implosé et Portalis ressuscité ne reconnaîtrait plus son code civil. Les nouvelles générations vivent à vue. Il n’est jusqu’à la sociologie religieuse du pays qui ne soit bouleversée. Dans un an, l’on commémorera le dixième anniversaire de la révolte incendiaire des banlieues. D’un côté le temps passe en accéléré, de l’autre l’on dirait que le chronomètre se soit arrêté à une heure devenue indéchiffrable.  Pour s’en convaincre il n’est que de  feuilleter un  autre ouvrage, savant et mémorable, le volume consacré à « La France et les français » dans l’encyclopédie de la Pléiade, sous la direction de Michel François, membre de l’Institut. Cet ouvrage a été publié en 1970 et n’a pas été réédité. On le comprend car une réédition, mises  à part les parties strictement historiques, nécessiterait une refonte complète qu’il s’agisse du chapitre sur l’information ou de celui consacré au fait religieux. Dans ce volume là, peu de développements par exemple sur l’Islam qui, numériquement parlant, est devenu la deuxième religion de France, avec des difficultés d’intégration qu’on n’eût pas soupçonnées lorsque de Gaulle à coup de hachoir avait séparé dans le vif la France de l’Algérie. Alors, cher ancien président, retourner à l’Elysée? Vous en avez le droit. Mais pour y faire quoi? Attention aux redites. La France d’aujourd’hui n’applaudit plus Bécaud à l’Olympia.

21 février.

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Voyage plutôt réussi de François Hollande aux Etats-Unis et cette fois la presse glamour en a été pour ses frais parce que le président français, en matière de couple, ne fut accompagné que par son ombre. Là encore que de toasts chaleureux, d’embrassades copinantes, d’amicales  bourrades sous les effigies conjointes de Lafayette et de Pershing! Sous de Gaulle, la France avait voulu s’émanciper du lourd allié américain, de sa monnaie, de son alliance militaire. Il fallait faire oublier Yalta et, comme lors du discours de Phnom Penh,  aiguillonner les flancs du bison. Ensuite la crise  a sévit  ramenant la France dans le rang et poussant de Gaulle au rayon des vieilles gloires. Aujourd’hui, quoiqu’on en ait, les Etats-Unis demeurent la seule vraie puissance mondiale. Toutes les autres disposent chacune d’un atout-maître mais aucune n’est autant capable de performances simultanées, dans toutes les disciplines. Ce pays manque de « vrais » penseurs et ses artistes conservent-ils la nostalgie de Hemingway dans « Paris est une fête »?  Qu’à cela ne tienne. Grâce aux compagnies d’aviation low-cost l’on se paiera un week-end au Louvre, à la Pinacothèque de Munich ou au musée de l’Ermitage. L’essentiel en termes de puissance objective est que, l’Inde exceptée,  les quelques neuf dixièmes du stock mondial d’images sont d’origine nord-américaine et que cela vous façonne la cervelle. Les quotas n’y changeront rien. Pour vaincre les Etats-Unis il faut se faire américain, et en cela même les Etats-Unis resteront encore longtemps des vainqueurs par (R) KO. Faut-il s’en plaindre? Les jérémiades pas plus que les mouvements de menton ne sont d’une réelle utilité pour modifier un rapport de forces. Que Paris redevienne ce qu’il était lorsque Hemingway écrivait dans une ferveur communicative son livre festif et le rapport de forces actuel se modifiera. D’ailleurs, lorsque la création l’emporte il n’y a même plus de rapports ainsi entendus. Le monde devient « un » et tout l’humain l’habite.

23 février.

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Bien ambigu ce – faut-il dire – «  roman » de Irvin Yalom: « Le problème Spinoza ». Sa technique elle même appelle des réserves. A partir d’un fait qualifié d’historique: la main-mise par les nazis sur la bibliothèque, ou ce qui passe pour telle, de Baruch, Irvin Yalom, qui est aussi psychiatre, imagine tout un scénario par lequel il fait s’entrecroiser l’histoire de la communauté juive d’Amsterdam au XVIIème siècle et celle de l’idéologue hitlérien, Alfred  Rosenberg, obsédé par la parcours du jeune auteur surdoué et béatifié de « L’Ethique ». Donc un récit en forme de fugue supra-temporelle dans lequel, par porosité des deux partitions, il arrive qu’on ne puisse plus distinguer le parti nazi et le rabbinat d’Amsterdam qui crut devoir se priver de son épineux philosophe. Le plaisir – relatif – du suspense se trouve  ainsi diminué par les inévitables précautions de lecture face à un  pareil mélange des genres au bout duquel on ne sait plus si c’est le rabbinat d’Amsterdam qui a préfiguré le nazisme  ou, en bouclant la boucle, si c’est le nazisme qui a vengé Spinoza. Refermant ce livre, labyrinthique dans l’espace et dans le temps, on est porté à conclure que les fantasmes de quelques  psychiatres en  mal d’écriture n’on rien à envier  à ceux de quelques romanciers en mal de psychiatre. Entre-temps, rien n’interdit de lire ou de relire « L’Ethique » et la correspondance du saint hollandais, sans oublier que le fameux axiome spinoziste relatif à l’amour du prochain est  directement importé du Lévitique sacerdotal ( Lv, 19, 18).

RD

Bloc-Notes: Semaine du 10 Février 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on février 18, 2014 at 11:23

11 février.

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Le quotidien – mais pour combien de temps encore? – « Libération » en grande difficulté et menacé d’être transformé en « machin » culturel. Son rédacteur en chef ne devrait pas tarder à jeter l’éponge après s’être furieusement agrippé aux cordes du ring. Faut-il s’en réjouir? Se lamenter? Sans cotiser au « nostalgisme » il faut surtout se souvenir de cette période bénie où chaque matin voyait la vente à la criée sur le pavé de Paris de plus d’une douzaine de quotidiens, vivaces et virulents. On en lisait parfois plusieurs en même temps car on ne choisissait pas entre Raymond Aron, Jules Romains, François Mauriac, Albert Camus, et même Jean Dutourd pour « France Soir ». Les temps ont changé, à l’évidence, mais pour quelles véritables raisons? A présent le nombre des quotidiens se compte sur les doigts d’une seule main et tous ne sont pas d’une santé reluisante. La «crise» dira t-on? Sans doute, mais laquelle? Il est vrai qu’un chômeur n’est pas spontanément porté à constituer chaque matin sa revue de presse. D’abord le prix des journaux ne les met plus à sa portée, ensuite toutes leurs nouvelles l’incitent à la morosité, quand ce n’est pas à la désespérance. La révolution technologique est ensuite passée par là et l’on ne saurait plus dire si elle est cause ou conséquence de l’aggravation d’une crise aussi déplorable. La presse écrite ne se confond pas avec les médias audio- visuels ni ceux-ci avec l’information en temps réel mais d’où la pensée, du fait même de son immédiateté et de sa compacité, s’absente. Jadis – attention: nostalgie! – un des écrivains journalistes précités, et il y en eu d’autres, fameux en leur temps, jadis donc un des ces journalistes, chroniqueurs ou éditorialistes, conscient de l’espace qui lui était réservé ne bridait quand même pas sa pensée au « signe » prés. Il fallait d’abord et avant tout que cette pensée s’exprime, en toute clarté interne et extrinsèque. Et c’est sans doute pourquoi ces textes n’ont pas pris une ride et se relisent comme des classiques. Affirmer que sur ce plan il faut suivre son temps n’est que démagogie. Lorsqu’elles ne sont  pas entretenues, l’âme s’étiole et la conscience s’amoindrit. Le danger n’est pas moins grand pour la démocratie en général et pour la liberté effective de la presse en particulier. Plus les titres se raréfient plus l’exercice de  la fameuse « clause de conscience » devient difficile. A quoi il faut ajouter que jadis – attention: danger redoublé – il n’était pas trop difficile de faire la différence entre journaux de droite et journaux de gauche. Aujourd’hui, des milliardaires de gauche – une gauche purement cérébrale, tiennent en bride des journaux dont les équipes éditoriales ne savent plus à quel saint se vouer. Alors on ne vit plus qu’au jour le jour, une ligne après l’autre, comme on avance un pied après l’autre en traversant des sables mouvants. Dans ces dispositions, allez soigner votre style..

13 février.

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L’Italie à nouveau sans gouvernement puisque celui d’Enrico Letta vient de démissionner. Est-ce une réplique à toutes les misères faites à Silvio Berlusconi pour cause d’omnipotence, de corruption et de parties fines? Aucune panique à bord. D’abord l’Italie en a vu d’autres et puis récemment la Belgique a survécu à l’absence de tout gouvernement formel durant plus d’une année. Ce n’est pas parce qu’un nouveau gouvernement a enfin été constitué que l’on s’est aperçu  réellement et de son existence et du vide qui l’avait précédé. Un Etat ne se réduit pas à son exécutif. Il est essentiellement fondé sur sa société civile, lorsqu’elle est vivace – et c’est le cas de ces deux pays et sur sa culture – ce qui conduit à la même observation, sans oublier son administration lorsqu’elle tend au modèle «  légal – rationnel » cher à Max  Weber. Cependant, la France ne pourrait entrer dans ce «modèle»-là. Sa propension centralisatrice l’a percluse d’inguérissables rhumatismes qui la  contraignent à s’appuyer sur la béquille de l’ENA et à se doper aux amphétamines de « l’Etat fort » cher à cette fois à de Gaulle  après, il est vrai Louis XIV. Fait-on néanmoins attention  à cette nouvelle évolution: la chronicité du mal qui afflige maintes démocraties occidentales place l’Etat, au sens conceptuel, dans la même position que les rois et reines d’avant la Révolution, lorsque l’on commençait à mettre en cause l’institution monarchique en son principe et à incriminer son fonctionnement parasitaire. Prenant les choses par ce côté l’on serait tenté de conclure que dans l’affaire Cahuzac il y a un peu de l’Affaire du Collier car pour Louis XVI et pour Marie-Antoinette  l’escalier de l’échafaud fut serti des  diamants de ce bijou extravagant, fatal, à tous égards. L’exigence de « transparence » y changera t-elle quoi que ce soit? Quant a t-on jamais vu que l’éclairage d’un objet suffisait à en modifier la nature?

16 février.

the-swimmer-lancasterQuel film étrange que celui de Frank Perry (et Sydney Pollack): « Le plongeon » avec Burt Lancaster dans le rôle principal. Drôle de rôle aussi  puisque cette fois ce n’est pas  celui d’un cascadeur aux figures impressionnantes, ni celui d’un chasseur de primes  au sourire ravageur, ni celui d’un prisonnier à vie sachant apprivoiser les moineaux, ni celui du Guépard. Cette fois, un homme en simple maillot de bain surgit dans une propriété   du Connecticut et plonge dans la piscine du lieu. Il s’est mis  en tête, fort loin de chez lui, à y retourner  mais en traversant tour à tour les piscines des propriétés qui l’en séparent. Voilà pour le fil apparent. Mais il en est deux autres. Car devant chaque nouveau bassin se trouve un échantillon de la société américaine d’alors et ce plongeur  qui semble venu de Mars lui révèle ses travers et parfois son ridicule. Ainsi, ce n’est pas seulement le plongeur qui  est dénudé mais tout le voisinage. Il reste que le personnage intrigue et engendre l’on ne sait quel malaise, même si son anatomie semble avoir été inventée pour les écoles de dessin. Cet homme quasiment nu évoque tout simplement le premier Homme, celui qui n’est couvert par rien, tout entier exposé à la lumière impitoyable. Et l’on comprend qu’en réalité la traversée de chaque piscine  trace un chemin à rebours qui va le mener dans le déchaînement de l’orage final devant la porte de sa propre maison, mais délabrée, dévastée, abandonnée, une maison dont il ne parviendra pas à faire jouer la serrure bloquée et devant laquelle il s’effondrera dans une solitude d’avant même la création du monde …  Un bien étrange film, sur l’irréductible esseulement de l’être, dans cette époque où il n’était question, à l’inverse, que de « communautés » et de sexualité en groupe.

 RD

Bloc-Notes: Semaine du 3 Février 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on février 11, 2014 at 9:19

6 février.

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Date anniversaire traumatique dans l’histoire de la République française. Des républiques, faudrait-il dire, tant la Vème ne ressemble guère à la IIIème, en attente d’une VIème possible, souhaitée par plusieurs mouvances politiques. Le 6 février 1934, les ligues anti-parlementaires et ultra-nationalistes s’étaient ruées à l’assaut de la Chambre des Députés, accusés de servilité et de corruption. L’antisémitisme exsudait par tous les pores de leurs peaux et leurs regards étaient injectés de cette haine torpide. Ce qui rappelle à cette définition de Nietzsche: la colère est un affect, la haine est une passion. Que dire alors de la haine antisémite! Elle est plus qu’une passion: une raison d’être qui se fonde sur la recherche obstinée du «désêtre» d’autrui. On en a vu les résultats. A ce sujet un ami observe: «Nous sommes à la fin d’un cycle. L’ancien cycle s’achève avec la levée de toutes les inhibitions réelles ou feintes qui avaient suivi la révélation des horreurs de la Shoah. Un nouveau commence, comme si une nouvelle histoire inhumaine, sans mémoire, sans aucune généalogie, apparaissait». Pour minimiser cette vue des choses il faudrait se méprendre sur la nature de l’inconscient, subverti par la pulsion de mort. Cette pulsion n’a guère besoin d’un objet distinctif ou électif. Elle est à elle-même son propre objet, ou bien elle s’en désigne, d’autorité, comme cela se produit depuis des siècles à l’encontre des Juifs. Mais ceux-ci ne s’en laissent plus conter et ne se laissent plus compter comme on le faisait lors de leur déportation vers ces terres que l’on quittait sous forme de fumée. Ce 6 février 2014 la France est- elle exposée à un anti-parlementarisme aussi virulent que celui de ces années de violence extrême, la violence verbale ne le cédant en rien à la violence physique? Le président de la République est passé sous la barre des 20% d’opinions favorables. Légalement, il peut se maintenir au pouvoir, mais quel pouvoir? Certes les sondages méritent leur nom mais ils constituent tout de même des indicateurs que l’on ne saurait négliger. Quelle autorité est réellement celle de François Hollande à ce taux-là? Qui l’écoute encore? Qui le suit? A chacun de ses pas l’on dirait qu’il lui faut se convaincre d’accomplir le suivant. Après les envolées de mai 2012, l’on en est au « pacte de responsabilité », l’équivalent idéologique et opportuniste du « tournant de la rigueur » pris, en tête à queue, par Pierre Maurois en 1983, deux petites années après la victoire de François Mitterrand. Envisager des élections présidentielles avant 2017 n’est plus tabou. Les élections municipales puis européennes confirmeront-elles ces sondages calamiteux? Nicolas Sarkozy prépare, dit-on, son « retour » et met en place ses réseaux, en distillant son image, en en instillant méthodiquement le poison dans le camp adverse. Pari périlleux. L’ombre des défaites colle aux pas des vaincus et il ne leur suffit pas de sourire à nouveau pour séduire la Fortune.

7 février.

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Ouverture des jeux Olympiques d’hiver à Sotchi. Show-bizness à l’échelle planétaire au seul profit du pouvoir de Poutine ou véritable manifestation d’œcuménisme sportif, destiné au rapprochement des peuples par leurs champions et championnes interposés? Un jugement équilibré doit probablement doser ces deux composantes. Poutine n’est ni Léon Blum ni Tony Blair. Son nationalisme est offensif, identitaire, et s’exprime dans le monde globalisé, dans la planète « financiarisée », dans l’univers de la Toile. Qu’il soit un ancien du KGB est considéré par nombre de ses concitoyens moins comme une tare que comme un élément de continuité, celle de la Russie éternelle et chrétienne, au delà des régimes de passage. Est-il un nouveau tsar? L’affirmation n’est pas excessive mais alors ce serait un tsar à col ouvert, qui s’attache moins au cérémonial du pouvoir qu’à sa réalité. Poutine a été l’élève studieux et successif de Leonid Brejnev et de Boris Eltsine. Cela dit, reste la compétition sportive proprement dite. «Proprement» ne devrait pas être un simple mot au regard des accusations de dopage qui nous éloignent des écrans estivaux pendant le Tour de France, en dépit de tous les efforts de racolage des journalistes sportifs. De grands écrivains l’assurent: la pratique du sport permet au corps de se renforcer et à l’âme de s’affermir. Il n’y pas d’âge pour le pratiquer, encore qu’il faille prendre garde au décalage croissant entre l’âge psychologique et l’état réel de l’ossature. Il faut espérer que ces jeux d’hiver marquent le printemps de nouvelles camaraderies, de ces amitiés qui naissant des rencontres improbables, d’au delà les mers et les cieux.

9 février.

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Les hasards d’un rangement de bibliothèque font rouvrir une nouvelle fois les livres de François Mauriac dont on a un peu de peine à mesurer l’influence qui fut la sienne du temps de sa grandeur littéraire et surtout journalistique. On lui doit le genre du Bloc-Notes. Si ses romans paraissent aujourd’hui fortement datés, du sous-Dostoïevski, avec des audaces qui feraient qui feraient rire les chaisières si elles pouvaient revivre, son attitude morale et religieuse fait encore école. Mauriac ne s’est jamais considéré comme un écrivain catholique – en quoi il tenait à se distinguer de Graham Greene – mais comme « un catholique qui écrit des romans ». Chez lui, dans sa vie et dans son oeuvre, la personne du Christ est toujours présente et efficiente, au contraire du Bernanos de «Mouchette». C’est d’ailleurs ce qui rebute dans son oeuvre romanesque. Mauriac a beau dire et faire, sa théologie détermine sa création et dans ses romans les plus noirs le Christ tel qu’il le nomme ou comme il y fait allusion demeure le Deus ex machina. Ce qui confère à la plupart de ses romans et de ses pièces de théâtre une tonalité de catéchisme qui retient les êtres en manque de grâce, en tous cas de cette grâce là, administrée par de pieuses mains qui indiquent ensuite l’adresse du « vrai » paradis. Reste l’écriture de Mauriac qui est sa grâce véritable. Elle doit beaucoup à Barrès et à Proust mais encore plus à Mauriac lui-même, aux pins de son enfance, perpétuellement menacés par le feu ; à cet autre feu qui coulait dans ses veines et que l’eau bénite ne réussissait pas toujours à attiédir, et à sa fascination des gouffres. Il ne détestait pas non plus les grands restaurants ni les suprêmes honneurs. Il su soutenir Pierre Mendés-France et François Mitterrand, chacun en leur temps, et de Gaulle toujours, lequel avait très tôt mesuré tout le parti qu’il pouvait en tirer. Sur ce denier point le désaccord s’avère irrémédiable avec tous ceux, hommes, femmes, enfants, de toutes religions cette fois, que de Gaulle a « liquidés » en « liquidant » l’Algérie dans les conditions horribles que l’on sait. Car ce verbe, hélas, est aussi de Mauriac qui a donné parfois le sentiment de plus aimer le Christ que les chrétiens.

 RD

 

Bloc-Notes: Semaine du 27 Janvier 2014

In BLOC NOTES on février 5, 2014 at 11:56

28 janvier.

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Nouvelle tempête annoncée à propos de l’enseignement à l’école de la théorie « des genres ». Le ministre de l’Education nationale est accusé de pervertir les jeunes enfants scolarisés dans une institution publique dangereusement sortie de son rôle. Vincent Peillon s’insurge, accuse en retour les protestataires de mauvais esprit et oppose subversion à perversion. Pour la première fois, du côté des protestataires qui en appellent de plus en plus fort à rejoindre la « Manif pour tous » de dimanche, des musulmans font entendre leur voix et remettent en question la loi Taubira, pourtant votée et insérée dans l’ordre législatif républicain. Pour le gouvernement, il n’est pas question de faire la promotion de la théorie des genres, d’inculquer à des gamins et à des gamines pré-pubères que la notion de sexe n’est ni biologique ni irréversible, qu’elle est socialement construite et que chacun et chacune, au nom des principes d’égalité et de liberté, a le droit de choisir le sexe auquel il désire appartenir. Par ce biais, l’enseignement doit porter non pas sur la sexologie enfantine ou adulte mais sur l’égalité des personnes. Voire.. Depuis près de trois décennies, plus rien, nulle part, n’est tenu pour acquit et l’on soutiendra bientôt que l’étoile du Nord doit être située au Sud puisque sa fixité contrarie le principe générique du droit absolu de choisir. Tout point stable devient insupportable. On pourra aussi décider du remaniement de l’ordre des saisons, ou de l’alternance du jour et de la nuit. Nul doute que durant des siècles le sexe masculin n’ait tendu à dominer et même à opprimer le sexe féminin, « le deuxième sexe » comme le qualifiait Simone de Beauvoir dont Judith Butler est l’une des filles spirituelles. Faut-il pour autant relativiser et même dissoudre la différence initiale, morphologique, des sexes et charcuter le corps de telle sorte qu’il satisfasse à notre imaginaire, en attendant que cet imaginaire change à nouveau d’orientation? Il faut prendre garde à la « loi de double frénésie » dont parle Bergson dans « Les deux sources de la morale et de la religion », passer de la révolte contre une domination devenue insupportable au chaos indescriptible qui la justifie rétroactivement. Il faut veiller à ces formes de surenchères qui outrepassent leur objet et se ramènent à des passages à l’acte contre une Loi inhérente non pas au genre masculin ou féminin mais au genre humain tout court, lequel ne doit jamais être perdu de vue. Et il faut prendre garde aussi au vague et au flou de théories qui se réclament de Deleuze, de Foucault ou de Derrida en les décadrant complètement, comme on disloque les panneaux d’une armoire pour construire une barricade. « Déconstruire » est intellectuellement louable à condition de ne pas brutalement détruire en même temps. Ce dimanche, de très imposants cortèges de manifestants et de manifestantes sont attendus à Paris et en régions. La protestation ne faiblit pas. Et le ciel continue de lapider le gouvernement Ayrault. Avec le même refrain: en face, personne. Nicolas Sarkozy doit y être attentif. A force de jouer les arlésiennes depuis bientôt deux ans, on finira par ne plus le reconnaître dans la rue. Le temps politique file vite et tout se périme à la plus véloce des vitesses pour des générations qui vivent d’un jour à l’autre.

30 janvier.

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La Tunisie accouche au forceps de sa Constitution trois ans après avoir « dégagé » Ben Ali son président jusqu’alors adulé, toujours vivant mais disparu des écrans radars. Avec la même interrogation lancinante: Islam et démocratie sont-ils compatibles? Rien n’est moins sûr. Ce doute-là n’est-il pas nourri par l’on ne sait quels préjugés anthropologiques relatifs à l’« homo coranicus », si l’on pouvait ainsi parler? Il ne s’agit pas non plus de reprendre des stéréotypes inverses, démagogiques, et postuler que tout ensemble humain, que toute civilisation est propre à transiter de ses formes premières au modèle démocratique, pour autant qu’il en existe un qui serait incontestable. Après le 14 juillet 1789 et le vote de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et en dépit de la lettre de cette Déclaration, les constitutions de 1791 et de 1793 ont démontré à quel point la république et la monarchie que l’on avait essayé de marier étaient réfractaires l’une à l’autre et finalement antagonistes en dépit des compromis, des équivoques, des faux semblants politiques, juridiques et mêmes affectifs. L’islam radical, si l’on pouvait vraiment l’identifier comme tendance autonome, semble incompatible avec la démocratie puisqu’il interdit toute discussion sur l’unicité du Coran qu’il tient pour indépassable et pour le dernier mot de Dieu alors que la démocratie n’est pas viable sans la liberté de débattre, sans la capacité de délibérer, sans rien tenir pour acquit qui ne fût susceptible de la démonstration contraire. D’un côté le dogme selon lequel rien ne peut se discuter; de l’autre le dogme selon lequel tout peut se discuter. Au bout du compte chacun est pris dans les rets de cette logique autonomisée et se condamne à faire taire son vis-à-vis, lequel ne deviendra jamais son Prochain. Nécessité vitale de trouver les voies d’un dialogue spécifique permettant de se dégager de ces impasses de plus en plus dangereuses.

2 février.

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Lu d’une traite « Les champs de braise » d’Hélie de Saint Marc. Quel parcours exceptionnel, de son Bordeaux natal à la prison de Tulle, en passant par Buchenwald, par l’Indochine et par la base de Zéralda à la tête des légionnaires du 1er REP pendant la guerre d’Algérie. Le livre sur la question éthique durant cette guerre longtemps innommée reste à écrire. Le témoignage d’Hélie de Saint Marc peut y aider. Pendant longtemps ce questionnement a été le monopole des partisans de l’indépendance algérienne, de ceux pour qui le seul prononcé du mot « colonialisme » permet de faire l’économie de tout débat en la matière et pour qui le comportement du général démissionnaire Jacques Pâris de la Bollardière est le seul qui ait sauvé l’honneur de l’armée française et de la conscience humaine. L’exemple d’Hélie de saint Marc, engagé dans la Résistance à 20 ans, déporté au camp de la mort de Buchenwald – à 10 minutes de Weimar, la ville de Goethe – et farouchement opposé, pour des raisons non moins morales et relevant des exigences de la conscience, à la politique ourdie par de Gaulle, à ce qu’il faut bien nommer son machiavélisme et ses parjures, cet exemple n’est pas d’une moindre élévation spirituelle. Il faut avoir vécu les mois de mai et juin 1958 en Algérie, avoir été témoin de la fraternisation qui s’y est produite et du chaos où la politique bouchère ensuite suivie a plongé le pays, pour mesurer à quel point dans le débat éthique relatif à cette période le général de la Bollardière n’était pas en mesure de donner des leçons à tout le monde et certainement pas à des hommes de la stature d’Hélie de Saint Marc, élevé à la fin de sa vie à l’un des plus hauts grades de la Légion d’honneur. La moindre des honnêtetés intellectuelles est de poursuivre leur débat par témoignages interposés et de s’assurer que plus jamais ne se reproduiront les dilemmes politiques et moraux auxquels ils ont été, chacun pour leur part, confrontés. Car face à l’un comme à l’autre se trouvaient des êtres pour qui la notion même de dilemme paraissait importée de la Lune.

 RD

Bloc-Notes: Semaine du 20 Janvier 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on janvier 28, 2014 at 11:08

21 janvier.

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Avec les affaires de cœur du Président de la République, ce n’est pas seulement la séparation entre la sphère privée et la sphère publique qui se trouve mise en question. On l’a déjà dit, le domaine privé, celui du secret et de l’intime, ne mérite plus ce qualificatif lorsqu’il déborde dans les rues, sur les places et dans les médias. Il appartient aux personnes concernées d’y veiller. La véritable question est, semble t-il, celle de l’autorité dans l’Etat. A ce niveau, l’autorité ne se décrète pas. Elle résulte de la crédibilité de ceux et de celles qui s’en prévalent et cette crédibilité est elle-même assujettie à leurs conduites et à leur comportement. C’est justement l’apport de penseurs d’envergure comme John Dewey ou Michael Oakeshott d’avoir insisté à propos de la démocratie non pas sur les épures institutionnelles, finalement abstraites, mais sur la conduite vérifiable des gouvernants et des gouvernés, sur la cohérence entre les valeurs invoquées et leur incarnation, sous peine de voir ces valeurs démonétisées et ridiculisées. L’Elysée est sans doute le plus haut lieu de la République politique. Dans ses murs se tiennent les conseils des ministres, les conférences de presse, les cérémonies prestigieuses. Apprendre que s’y profèrent les hauts-cris et qu’y éclatent des scènes de ménage l’expose à une dangereuse désaffectation symbolique. On ne concevrait pas un show de Madonna à Notre-Dame de Paris. C’est d’ailleurs le sujet du roman le plus cru de Zola dans la série des Rougon-Macquart: «Pot Bouille» qui décrit l’envers bourbeux des immeubles bourgeois, lorsque les servantes nettoient les pots de chambre de leurs maîtres et qu’elles y  vont de leur analyse salace. « Pot Bouille » conduit à « La Débâcle ». S’agissant du président de la République, ses « communicants » patentés sauront certainement emballer le paquet et lui faire prononcer les mots pesés dont ils sont convaincus que c’est ceux-là qui ramèneront le calme dans les esprits et préserveront les fictions en cours. Il est trop tôt pour le savoir. Les traumatismes politiques ressemblent parfois aux hémorragies internes. Les dégâts n’en  sont pas visibles immédiatement. Cet « envers de l’histoire contemporaine » ramène la politique aux degrés d’en dessous du zéro d’autant que les autres indicateurs, notamment économiques, ne sont pas brillants. Dans sa dernière conférence de presse le président de la République, éludant  les questions sur sa vie « priblique », a cru bon de lancer la boule du « pacte de responsabilité » dans le jeu de quilles de ses opposants. La courbe du chômage n’en a cure s’il faut en croire les chiffres qui déjà circulent à ce sujet. Sur les murs de Paris sont collées des affichettes avec le slogan  sub-méditerranéen: « Dégage! ». Ce n’est pas seulement qu’il soit désobligeant et même injurieux pour l’impétrant. On ne peut surtout ignorer l’état des pays où il a été mis en oeuvre.

23 janvier.

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Conférence sur la Syrie à Paris avec Laurent Fabius comme maître des cérémonies. Indépendamment du sujet lui même, le ministre français des Affaires étrangères doit être salué comme le plus discret du gouvernement, celui qui accomplit sa tâche par tous les temps, sur tous les continents, sans dimanche ni jours fériés. Compte tenu de son CV, son mérite n’est pas mince puisque  cette discrétion n’est pas le résultat de son insignifiance. Qui sait ce que sera son avenir? En France, toutes les opinions, toutes les analyses sont frappées de précarité en attendant le résultat des élections municipales et surtout des élections européennes. Revenant à la Syrie, l’état des lieux permet de s’interroger une fois de plus sur la nature du monde arabo-musulman. Ses tropismes ancestraux le portent à l’expansion indéfinie du Dar El Islam mais en son sein ce ne sont que guerres, schismes, luttes fratricides, attentats criminels. Sur le champ de bataille syrien, Bachar El Assad ne cède toujours pas. Kerry a beau fulminer, son homologue russe n’en démord pas, et considère que le territoire syrien est stratégiquement vital pour l’empire de Poutine qui voudrait ressusciter celui des tsars, en intégrant dans leur lignée Staline et Lénine. On pensait le djihad réservé aux non-musulmans. En réalité il sévit aussi contre les musulmans jugés hérétiques ou parjures, sans que l’on puisse se faire une idée claire de ce que sont en cet univers l’hérésie et l’abjuration. L’Egypte s’est livrée à un référendum dont les résultats confirment non pas les progrès nilotiques de la démocratie mais l’ampleur des simulacres qui y sont agencés. Ce qui n’empêche pas le groupe des 22 Etats arabo-musulmans membres de l’Unesco de se liguer pour interdire une exposition sur le peuple juif et la terre d’Israël (voir « L’Unesco entre forfaiture et hypocrisie »). Israël ou « l’ennemi providentiel », comme dirait Carl Schmitt.

26 janvier.

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« Lumières d’été » de Jean Grémillon, Madeleine Robinson, Paul Bernard, Madeleine Renaud, Pierre Brasseur, Georges Marchal et d’autres, sont magistralement dirigés. Ils sont beaux, convaincants, oniriques dans cette lumière nue, toutefois passablement désincarnés au regard de l’époque. Le film est de 1942. Les peines de cœur sont attachantes mais l’on éprouve bien de la peine à voir les films ou à lire les livres de ces années là dont certains sont à n’en pas douter des chefs d’oeuvre et sont canonisés dans le Panthéon des grands classiques. Les « Visiteurs du soir » de Carné   sont également de 1942. Il faut se méfier des « flash-backs » en direction de cette époque lorsque des caméras tournaient, des pages se noircissaient, des théâtres affichaient « complet » tandis que des hommes et des femmes étaient déportés, torturés, réduits en loques et lambeaux avant de se voir transformés en cendre et en poussière de ci-devant humains. Même impression d’autre monde en compulsant les fichiers de thèses et de mémoires universitaires soutenus ces années là, en constatant  que le spectacle des idées s’était poursuivi à la Sorbonne ou dans les autres facultés de province d’où les enseignants de la stature  de Léon Brunschvicg, Jean Wahl, Raymond Aron, Vladimir Jankélévitch avaient été rayés des cadres pour cause d’origine juive. L’époque n’était pas tout à fait rationnelle. A suivre ces « lois » raciales, il eût fallu aussi décrocher les crucifix de toutes les cathédrales, églises et chapelles de France. De cette époque  défigurée, qu’est-ce qui suinte encore et toujours dans la nôtre?

 RD

Bloc-Notes: Semaine du 13 Janvier 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on janvier 20, 2014 at 9:47

15 janvier

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« Vous avez vu ce qu’il a fait à cette pauvre Trierweiler » demande dans l’autobus une dame aux cheveux mauves à sa vis- à – vis, munie des premiers brins de mimosa. Et celle-ci de répondre, comme si elle était de la famille: «  Il faut dire qu’elle n’était pas très sympathique!  La « nouvelle » est beaucoup mieux ». Vie privée? Vie publique? Une vie privée qui se commente dans les autobus de la RATP est elle encore privée? Et imaginons un instant, ce qu’à Cupidon ne plaise, que le président de la République, juché sur un scooter la nuit venue pour s’en aller rejoindre « la nouvelle » glisse, chute et que sa tête heurte le trottoir. Vie privée? Vie publique? Accident du travail ou coup du sort? Le fils de Louis-Philippe est mort après que son cheval avait buté sur une dénivellation de pavé  parisien, rue de la Révolte. Gardons nous cependant de toute  grandiloquence et évitons de citer pour la  nième fois la phrase – d’ailleurs sortie du contexte – de Malraux relative à la vie: « ce misérable petit tas de secrets ». Tous les philosophes, sans parler des psychanalystes, ont insisté sur le caractère composite et parfois totalement clivé de la personnalité humaine. Le jour ceci, le soir cela, et à minuit autre chose, ou quelqu’un d’autre. A quoi l’on objectera que nul n’a l’obligation d’être candidat à la magistrature suprême de son pays et que lorsqu’on y prétend il faut se soucier d’une cohérence minimale des comportements. DSK, pour le désigner par son sigle, a chèrement payé pour s’en persuader. Alors que le chômage ne cesse de progresser en France, que l’affaire Dieudonné y signale un taux élevé d’anoxie, que le budget dérape à cause de l’atonie des rentrées fiscales; alors que l’on ne parle plus que d’exil, d’évasion et du recrutement de djihadistes français par centaines sur les fronts syriens, voilà à quoi est occupée la sphère politique: à justifier ou à condamner les ébats du président actuel, chacun mesurant ses paroles à l’aune de ses propres conduites, avouables ou inavouables. On songe irrésistiblement au film de Zhang Ymou « Epouses et concubines » sur le  jeu de chaises musicales composé par le seigneur des Lieux, Chen Zuo Quiam, entre les nombreuses concubines qui exaltent en son logis, selon l’ordre par lui prescrit et la faveur de l’instant, son hyper-virilité. Qu’en sortira t-il? L’image du président de la République sera t-elle un peu plus dégradée? Se poser la question c’est supposer qu’il dispose encore d’une image. « Vous verrez » dit ce spécialiste des médias « il finira par épouser Valérie ou Julie et cette séquence  sera terminée ». Tout le drame tient dans ce vocabulaire: la vie politique découpée en séquences étanches,  comme un film de série B, avant montage. Dur de descendre de la conception hégélienne de l’Etat comme « accession à la conscience de l’universel » aux photos clandestines de Water-Closer. Un exemple de toute beauté pour les jeunes dealers des quartiers  difficiles, à qui l’on fait la leçon sur le respect d’autrui et la préservation élective du lien social. Mais pour reprendre une phrase célèbre « La question ne sera pas posée ». Ou si peu.

16 janvier.

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En effet selon les confidences d’un agent des RG plusieurs centaines de djihadistes recrutés en France et en Europe  combattraient actuellement sous l’emblème d’Al Qaida, notamment en Syrie, et d’évoquer à ce propos un recrutement « d’usine ». Ce constat ne laisse pas d’être particulièrement préoccupant. Comment expliquer que les RG le sachent et le chiffrent mais qu’ils ne puissent l’empêcher? Ces recrutements ne s’opèrent pas dans n’importe quels quartiers. Les viviers sont connus et recensés. Les filières d’exflitration sont repérées. Pourquoi cette aboulie? Comment des parents peuvent-ils être dupes des prétextes fournis par tel ou tel de leur fils lorsqu’ils savent que celui-ci vient de se convertir à l’Islam, ou à ce qui en tient lieu, et qu’il leur annonce partir en voyage touristique pour plusieurs mois, alors qu’il est sans travail et qu’il vit  la plupart du temps chez papa- maman? Sur le Net circule le texte d’une brève allocution, violemment comminatoire, de Poutine devant le Parlement russe et saluée par une « standing ovation » de plusieurs minutes. Poutine y intime l’ordre aux minorités musulmanes d’obéir non pas à la shariâ  mais à la loi nationale, ou sinon d’aller voir ailleurs si le Prophète saura les accueillir. Puis de citer la France et la Hollande comme exemple de pays islamiquement sinistrés, engagés sur une pente impossible à remonter. A part quoi, le dialogue inter-religieux mondain se poursuit, avec force prières mutuelles et partage de transcendances. Qui niera l’importance du dialogue inter-religieux pour la paix des âmes et pour la paix civile! Mais qui peut s’en contenter lorsque les RG en arrivent au constat de ce prosélytisme fanatisé? Revient irrésistiblement à l’esprit la formule de Tocqueville sur la fête, en apparence unanimiste, de la Fédération en 1790: « On ne parle que de ce qui unit et l’on se tait sur tout ce qui divise ». D’un côté la Tunisie accouche dans la douleur d’une constitution compatible avec les droits de l’Humain, de l’autre Mérah et Dieudonné sont devenus les héros d’une population pulsionnellement déliée, pour qui la vie a moins de piquant  que la survie.

19  janvier.

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Plus les temps sont asphyxiants moins il faut se désister de son esprit et jeter son âme aux orties. Le recueil des discours et allocutions prononcés par les prix Nobel  de littérature et réunis par Eglal Errera y aide grandement. Dans chacun de ces textes s’entend  la profession   de foi d’hommes et de femmes brusquement promus à la dimension  planétaire par la  volonté posthume  d’un inventeur qui avait su ne mettre au point que des explosifs. Exemple réussi de blanchiment moral ? Peu importe. Ces « bilans » de romanciers, de poètes ou de philosophes sont  revigorants. L’Académie suédoise tient à ne négliger aucune langue, aucun genre, aucune religion. Une fois ces  textes lus pour eux mêmes, l’on est porté à les rapprocher en grandes transversales, découvrant d’étonnants points communs entre celui du chrétien Mauriac et celui du juif  Agnon, l’un citant l’Evangile et l’autre le Talmud ;  entre Camus et Bellow, entre Sefeirt  le tchèque et Nelly  Sachs, l’allemande, entre Naguib Mahfouz et Isaac Bashevish  Singer. Avec des antinomies irréductibles. L’allocution de Cholokhov est de la pure langue de bois soviétique, servile et stéréotypée. La rapprocher de celle d’Alexandre Soljenitsyne  permet de comprendre pourquoi l’URSS a disparu. On subodore également pour quelle raison Sartre de son côté a refusé le noble prix en 1965: sans doute parce que Mauriac  et Camus l’avaient obtenu avant lui!  Et puis, cette lecture progressant, et la liste des auteurs intégrés dans l’ouvrage rapportée à celle de la liste exhaustive des candidats du Nobel, bien des regrets apparaissent. Dommage que n’y figure pas le discours de Bergson, ni celui de Mommsen, ni celui de Churchill. On se rattrapera  grâce à Bertrand Russell dont la bafouille de remerciements  comporte  des passages  désopilants. Il faut  imaginer d’ailleurs la tête leurs Majestés suédoises en 1950…Et puis il y a tout ceux et toutes celles qui n’ont pas été labellisés «  Nobel » mais qui méritent néanmoins d’être lus: Héraclite, Platon, Plotin, Dante, Maimonide, Ibn Khaldoun, Louise Labé, Leibniz, Somadeva, Molière, Swift, Jane Austen, Proust, Joyce,  etc.. etc..

Bloc-Notes: Semaine du 6 Janvier

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on janvier 14, 2014 at 2:32

9 janvier.

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Je ne sais si la notion de suspense peut avoir cours dans la vie juridictionnelle, mais comment qualifier autrement l’attente qui a marqué ce jeudi la décision du Conseil d’Etat après que le tribunal administratif de Nantes avait autorisé la tenue, si l’on ose dire, du spectacle, si l’on ose dire encore, de Dieudonné maintes fois condamné pénalement pour propos antisémites? Le tribunal de Nantes avait rendu d’urgence son jugement en début d’après midi. A 17 heures 30 la formation ad hoc du Conseil d’Etat se réunissait et pratiquement une heure plus tard la messe était dite: l’annulation préfectorale du « spectacle » se voyait validée légalement ( Cf. « La force de la loi » ).A n’en pas douter, l’ordonnance, pour la qualifier de son nom spécifique, de la plus haute juridiction administrative fera couler beaucoup d’encre. Mais l’encre est moins onéreuse que le sang, même s’il arrive que les deux substances se mélangent. Dans cette « affaire » deux éléments de débat, entre autres, retiennent l’attention. D’abord celui sur la notion même de liberté d’expression. Ses partisans se recrutent dans les deux camps mais pas dans le même sens. Pour les suppôts de Dieudonné, cette liberté doit être inconditionnelle et ses mauvais usages éventuels sanctionnés certes mais après-coup. Autant le dire clairement, sachant, répétons le, que le « comique » a déjà fait l’objet de plusieurs condamnations pénales à ce propos: il faudrait laisser Dieudonné récidiver et, au fond, jouer les ventriloques pour tous ceux et celles qui n’ont pas le courage de déclarer ouvertement leur antisémitisme personnel. Pour ses  adversaires, la liberté-en-soi est à contre-sens. Toute liberté est bornée par le souci d’autrui et ce bornage se nomme responsabilité. C’est sans doute ce qu’en langage légal le Conseil d’Etat vient de rappeler. La liberté ne consiste pas pour un fumeur à jeter son mégot allumé dans la pinède, en plein mois d’août, puis à alerter les pompiers pour éteindre un incendie qui laissera des hectares et des hectares complètement carbonisés. Dans ces conditions, si comme le dit l’adage on a vingt quatre heures pour maudire ses juges, on a plus de temps encore pour les bénir, en toute laïcité. L’autre élément du débat est relatif à l’action même du Ministre de l’Intérieur. Sans avoir besoin de jouer les détectives, ses ennemis ont bien tenté de transformer l’affaire Dieudonné en piège mortel pour le potentiel futur candidat présidentiel dont Manuel Valls prend de plus en plus les dimensions. Les bruits qui courent sur les galipettes du président de la République ne vont pas calmer les janissaires.

10 janvier.

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Les médecins israéliens de plus en plus sceptiques sur l’évolution du coma dans lequel Ariel Sharon est plongé depuis huit années, à supposer qu’un comateux ait le moindre sens de la durée. Dans l’histoire de l’Etat d’Israël, quelle figure aura été plus tragique et controversée que la sienne! Coté pile, la percée du déversoir en 1973 et l’encerclement fatal de l’armée égyptienne ;  côté face la guerre du Liban et le massacre de Sabra et Chatilla. « Il faut juger un homme à son enfer » a écrit Marcel Arland. Comment ne pas y repenser en découvrant chaque jour les massacres qui, cette fois, se déchaînent en République Centre Africaine et, là encore, entre chrétiens et musulmans!  Dans Bangui, la capitale chaotique, les chrétiens qui parviennent à se saisir de musulmans n’en laissent que des tronçons avant de les brûler, tandis que les éléments de la Séléka bombardent  à l’arme lourde les chrétiens réfugiés dans les temples et dans les Eglises. Le tout sous le regard des troupes françaises  qui ne savent où donner du fusil d’assaut et qui ne peuvent plus secourir personne!  Et ces troupes là, contrairement aux unités de l’Armée d’Israël, se trouvent à des milliers de kilomètres du territoire national! La férocité des guerres entre adeptes du monothéisme, en ses différents avatars, doit conduire à s’interroger le Créateur en personne. Le monothéisme « théologique » masque mal l’autre « unithéisme »: l’adoration fanatique de la divinité létale, de  la Pulsion de mort. Nietzsche a évoqué quelque part la philosophie à coup de marteaux. Dans les camps de Beyrouth, à Bangui, au Nigeria, au Darfour, au Mali  c’est de théologie à la machette et au couteau de boucher qu’il est question.  Rien n’assure que le Créateur, comme on l’appelle, y reconnaîtra les siens. Les siens sont plutôt portés à la construction et au prolongement de l’existence. A chacun sa jouissance.

12 janvier.

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Dans l’atmosphère méphitique de l’affaire Dieudonné, achevé la  lecture du roman de Nicolas d’Estienne d’Orves « Les fidélités successives ». Je m’y suis attaché pour tenter de comprendre comment un tout juste quadragénaire revivait, littérairement parlant, la période enténébrée de l’Occupation et de la Collaboration, et comment il expliquait le comportement des bourreaux et des déporteurs, si l’on peut ainsi les qualifier. L’intrigue: deux frères amoureux de la même femme – une demi-sœur qu’ils se disputent passionnellement et sauvagement –  puis qui sont pris dans la schizophrénie du temps, passant d’un camp à l’autre, cette intrigue pourra passer pour passablement compliquée pour ne pas dire embrouillée. Fidélités successives ou simultanées? Pas plus embrouillée que l’époque de référence. L’auteur qui est petit-fils du grand Résistant Honoré d’Estienne d’Orves décrit bien  les allers et retours du bien vers le mal et du mal vers le bien, au bout desquels chacun finit noyé dans le gris de l’équivoque et du refus de choisir vraiment. On s’interrogera aussi sur les personnages « juifs » qui hantent ce récit et qui participent non plus seulement des fantasmes de l’époque mais de ceux du temps actuel. Toutes les nostalgies ne s’équivalent pas. La nostalgie d’une enfance passée auprès des ruisseaux riants où se péchaient les écrevisses   n’est pas celle des années où l’on entassait des hommes, des femmes et  des vieillards disloqués dans des wagons à bestiaux pour en faire moins que de l’engrais. Le mot de « fidélité » a ceci de particulier: il supporte mal les adjectifs, sans parler des « abjectifs ».

Bloc-Notes: Semaine du 6 Janvier

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on janvier 14, 2014 at 2:29

9 janvier.

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Je ne sais si la notion de suspense peut avoir cours dans la vie juridictionnelle, mais comment qualifier autrement l’attente qui a marqué ce jeudi la décision du Conseil d’Etat après que le tribunal administratif de Nantes avait autorisé la tenue, si l’on ose dire, du spectacle, si l’on ose dire encore, de Dieudonné maintes fois condamné pénalement pour propos antisémites? Le tribunal de Nantes avait rendu d’urgence son jugement en début d’après midi. A 17 heures 30 la formation ad hoc du Conseil d’Etat se réunissait et pratiquement une heure plus tard la messe était dite: l’annulation préfectorale du « spectacle » se voyait validée légalement ( Cf. « La force de la loi » ).A n’en pas douter, l’ordonnance, pour la qualifier de son nom spécifique, de la plus haute juridiction administrative fera couler beaucoup d’encre. Mais l’encre est moins onéreuse que le sang, même s’il arrive que les deux substances se mélangent. Dans cette « affaire » deux éléments de débat, entre autres, retiennent l’attention. D’abord celui sur la notion même de liberté d’expression. Ses partisans se recrutent dans les deux camps mais pas dans le même sens. Pour les suppôts de Dieudonné, cette liberté doit être inconditionnelle et ses mauvais usages éventuels sanctionnés certes mais après-coup. Autant le dire clairement, sachant, répétons le, que le « comique » a déjà fait l’objet de plusieurs condamnations pénales à ce propos: il faudrait laisser Dieudonné récidiver et, au fond, jouer les ventriloques pour tous ceux et celles qui n’ont pas le courage de déclarer ouvertement leur antisémitisme personnel. Pour ses  adversaires, la liberté-en-soi est à contre-sens. Toute liberté est bornée par le souci d’autrui et ce bornage se nomme responsabilité. C’est sans doute ce qu’en langage légal le Conseil d’Etat vient de rappeler. La liberté ne consiste pas pour un fumeur à jeter son mégot allumé dans la pinède, en plein mois d’août, puis à alerter les pompiers pour éteindre un incendie qui laissera des hectares et des hectares complètement carbonisés. Dans ces conditions, si comme le dit l’adage on a vingt quatre heures pour maudire ses juges, on a plus de temps encore pour les bénir, en toute laïcité. L’autre élément du débat est relatif à l’action même du Ministre de l’Intérieur. Sans avoir besoin de jouer les détectives, ses ennemis ont bien tenté de transformer l’affaire Dieudonné en piège mortel pour le potentiel futur candidat présidentiel dont Manuel Valls prend de plus en plus les dimensions. Les bruits qui courent sur les galipettes du président de la République ne vont pas calmer les janissaires.

10 janvier.

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Les médecins israéliens de plus en plus sceptiques sur l’évolution du coma dans lequel Ariel Sharon est plongé depuis huit années, à supposer qu’un comateux ait le moindre sens de la durée. Dans l’histoire de l’Etat d’Israël, quelle figure aura été plus tragique et controversée que la sienne! Coté pile, la percée du déversoir en 1973 et l’encerclement fatal de l’armée égyptienne ;  côté face la guerre du Liban et le massacre de Sabra et Chatilla. « Il faut juger un homme à son enfer » a écrit Marcel Arland. Comment ne pas y repenser en découvrant chaque jour les massacres qui, cette fois, se déchaînent en République Centre Africaine et, là encore, entre chrétiens et musulmans!  Dans Bangui, la capitale chaotique, les chrétiens qui parviennent à se saisir de musulmans n’en laissent que des tronçons avant de les brûler, tandis que les éléments de la Séléka bombardent  à l’arme lourde les chrétiens réfugiés dans les temples et dans les Eglises. Le tout sous le regard des troupes françaises  qui ne savent où donner du fusil d’assaut et qui ne peuvent plus secourir personne!  Et ces troupes là, contrairement aux unités de l’Armée d’Israël, se trouvent à des milliers de kilomètres du territoire national! La férocité des guerres entre adeptes du monothéisme, en ses différents avatars, doit conduire à s’interroger le Créateur en personne. Le monothéisme « théologique » masque mal l’autre « unithéisme »: l’adoration fanatique de la divinité létale, de  la Pulsion de mort. Nietzsche a évoqué quelque part la philosophie à coup de marteaux. Dans les camps de Beyrouth, à Bangui, au Nigeria, au Darfour, au Mali  c’est de théologie à la machette et au couteau de boucher qu’il est question.  Rien n’assure que le Créateur, comme on l’appelle, y reconnaîtra les siens. Les siens sont plutôt portés à la construction et au prolongement de l’existence. A chacun sa jouissance.

12 janvier.

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Dans l’atmosphère méphitique de l’affaire Dieudonné, achevé la  lecture du roman de Nicolas d’Estienne d’Orves « Les fidélités successives ». Je m’y suis attaché pour tenter de comprendre comment un tout juste quadragénaire revivait, littérairement parlant, la période enténébrée de l’Occupation et de la Collaboration, et comment il expliquait le comportement des bourreaux et des déporteurs, si l’on peut ainsi les qualifier. L’intrigue: deux frères amoureux de la même femme – une demi-sœur qu’ils se disputent passionnellement et sauvagement –  puis qui sont pris dans la schizophrénie du temps, passant d’un camp à l’autre, cette intrigue pourra passer pour passablement compliquée pour ne pas dire embrouillée. Fidélités successives ou simultanées? Pas plus embrouillée que l’époque de référence. L’auteur qui est petit-fils du grand Résistant Honoré d’Estienne d’Orves décrit bien  les allers et retours du bien vers le mal et du mal vers le bien, au bout desquels chacun finit noyé dans le gris de l’équivoque et du refus de choisir vraiment. On s’interrogera aussi sur les personnages « juifs » qui hantent ce récit et qui participent non plus seulement des fantasmes de l’époque mais de ceux du temps actuel. Toutes les nostalgies ne s’équivalent pas. La nostalgie d’une enfance passée auprès des ruisseaux riants où se péchaient les écrevisses   n’est pas celle des années où l’on entassait des hommes, des femmes et  des vieillards disloqués dans des wagons à bestiaux pour en faire moins que de l’engrais. Le mot de « fidélité » a ceci de particulier: il supporte mal les adjectifs, sans parler des « abjectifs ».

Bloc Notes: Semaine du 1er Jan 2014

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on janvier 8, 2014 at 1:10

1er janvier 2014

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Bonne et heureuse année 2014! Jamais des souhaits de cette texture n’auront été plus nécessaires  qu’en ce début d’an neuf. Hier soir, les vœux du Président de la république n’auront convaincu que les fidèles d’entre les fidèles. François Hollande était émouvant de sincérité. Le ton y était. La conviction aussi. Le fond manque toujours, et cruellement. Malgré  les tripatouillages sémantiques et statistiques de la semaine écoulée, la trop fameuse courbe du chômage ne s’est pas infléchie dans le bon sens. Elle ressemble au contraire, et de plus en plus, à  la règle rigide, de bois ou de métal, dont usaient les instituteurs et les institutrices à l’ancienne pour châtier le bout des doigts des chahuteurs impénitents ou des cancres professionnels. Politiquement parlant, le régime de la Vème République, en son était actuel, semble en état d’apesanteur. D’un côté une majorité qui transforme en vil plomb   ce qu’elle touche, de l’autre une opposition étêtée, sans chef véritable et dont les contre-propositions ne flottent guère mieux que les canots de sauvetage de la dite majorité, pour autant qu’elle existe toujours. Et puis, il y « la société civile », pour la nommer de ce nom désuet dont il n’est pas sûr non plus qu’il corresponde à la réalité évoquée. Dans son dernier livre – sur lequel on reviendra – «  La fin des sociétés » le vénérable et vivace Alain Touraine tente de nous convertir à son optimisme. La société à la papa, c’est fini. Il faut  promouvoir le « Sujet » aimant, créatif, porteur de droits énergisants et qui ne s’en laisse plus conter  ni compter. Difficile au demeurant de percevoir dans ce bilan théorique comment ce Sujet – là pourra naître autrement que dans des envolées incantatoires. Il  semble au contraire, et il n’y pas vraiment pas lieu de s’en réjouir, que les sociétés pénuriques et  les économies de la précarité, renforcées par les camisoles psychico-numériques, soient comparables à des champignonnières vénéneuses. On le constate avec les engeances qui se pressent aux meetings – spectacles de Dieudonné (cf. « La logique du pitre »). Qu’en sortira t-il? Les nouveaux nihilismes ne peuvent se dissoudre que dans une espérance digne de ce nom, celle qui projette un présent fécond vers un avenir de parachèvement. L’époque est prise dans le tragique  que secrète l’absence de pensée véritable.  On songe au livre de René Guénon sur « Le règne de la quantité et le signe des temps ».  La  mentalité « twitteuse » l’emporte sur les véritables processus de la connaissance et l’on préfère expectorer une sentence intellectuellement carencée de 140 signes à l’attention de milliers et de milliers de destinataires qui y répondront de même, plutôt que de former une seule vraie phrase, insérée dans un raisonnement communicatif.  Tout cela se paye et il faut espérer aussi que la note ne sera pas trop salée. A cet égard le livre de Norman Davies «  Vanished kingdoms. The History of Half – Forgotten Europe » »  incite à la réflexion. Davies  y décrit la disparition pure et simple en Europe, au sens large, de pays entiers, de royaumes, de cités, de républiques  qui se croyaient immortels. A commencer par l’URSS dont le Parti communiste français  ne semble toujours pas avoir réalisé qu’elle n’existe plus.

2 janvier

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De nombreux djhihadistes  français – on avance le chiffre de six cents combattants – sont engagés dans les combats actuels en Syrie. Certains d’entre eux sont des «convertis» à une religion qui se présente sous les dehors de l’Islam mais qui propage le culte de la mort, celle de ses adeptes et celle de leurs victimes. Cette fois, le régime de Bachar el Assad, toujours soutenu à bras tendu par la Russie de Poutine, ne fait pas de quartiers et massacre ces jeunes fanatiques sans s’acquitter des sommations d’usage. En Egypte, la situation n’incite pas à l’optimisme non plus. Le régime du général El Sissi doit faire face à des ennemis désormais mortels qui n’hésitent pas à recourir aux  attentats collectifs que l’on croyait réservés à Bagdad ou à Beyrouth. A Bagdad où le premier Ministre Nouri El Maliki appelle ses concitoyens à chasser les troupes d’Al Qaida qui tentent d’y prendre le pouvoir. Situation dangereuse qui incite  maintenant l’Iran  à proposer son aide au régime  irakien  naguère combattu à mort. Difficile de ne pas avoir le tournis! Malgré les appels du pied, Barak Obama, passablement surmené, jure que l’Amérique ne reviendra plus dans la région. La Tunisie quant à elle tente de s’en sortir cahin-caha. Voilà trois ans que Ben Ali a été chassé du pouvoir mais qu’il coule des jours heureux et anonymes, on ne sait plus où d’ailleurs.  La République tunisienne s’efforce de trouver sa voie entre les nostalgiques de l’ancien régime et les hyper-nostalgiques du temps des Califes. Trois ans c’est long, très long à l’ère de la mondialisation, quand rien n’assure que les années ainsi  consommées se rattrapent.

5 janvier

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Dans les périodes où l’hiver semble avoir gagné les esprits, il faut rouvrir les livres qui parlent de création, d’invention, bref du meilleur de l’homme: «  L’Histoire de l’Art » d’Elie Faure, « Les Voix du silence» de Malraux, « La civilisation de la Renaissance » de Burckhardt, les livres de Ruskin et de Chastel. Non par rétrogradation intellectuelle mais pour simplement se remettre à l’esprit des périodes  qui ne furent pas toujours dédiées à la paix des Cités mais où les êtres humains ont su édifier des monuments qui, des siècles après leur dédicace,  forcent notre admiration, où ils ont su peindre des tableaux qui enrichissent notre regard, sculpter des formes dont nul n’avait l’idée avant qu’elles n’apparaissent. S’interroger à leur propos est vivifiant. Comment une société humaine fait- elle naître Michel Ange, Vinci, Raphaël, pour nous y limiter? Que s’est-il passé dans ses tréfonds pour qu’en surgissent ces pinceaux pensants, ces maillets spirituels, ces truelles de l’Eternel, ou peu s’en faut, et des palettes à défier l’arc en ciel… Il n’est pas d’espoir sans mémoire, mémoire du pire sans doute mais également mémoire du meilleur. Sans cultiver aucune illusion rétrospective il faut se demander à quelles conditions une époque se survit à elle même et s’inscrit dans une durée qui ne se dégrade  plus, à moins que le soleil ne vienne à s’éteindre. Il n’en va pas autrement pour la littérature ou la musique avant qu’elles ne deviennent des succursales de l’industrie. A vrai dire, on ne re-né jamais. Toute naissance est neuve, inédite, inouïe. En ce début de 2014, ne faut-il pas réapprendre à naître sans cesse au désir de vivre?

RD

Bloc-Notes: Semaine du 23 décembre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE, Uncategorized on janvier 2, 2014 at 12:03

24 décembre

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Une fois passée la trêve des confiseurs, le dernier avis du conseil d’Etat concernant l’accompagnement des enfants à l’école par des parentes musulmanes voilées va soulever  plus que des commentaires érudits ou pinailleurs dans les Facultés. Il faut noter que cet avis a été sollicité par le Défenseur des droits qui n’y voyait plus très clair. Où commence et où s’arrête le territoire scolaire en principe «sanctuarisé», au sens laïc du terme? Si un élève n’a pas le droit de pénétrer dans une école publique en arborant les signes religieux de sa confession, une sienne parente est elle autorisée à le faire, et cela, pourquoi pas,  jusqu’à la porte  de la classe? Le Conseil d’Etat est d’avis que le principe de neutralité qui s’impose aux agents du service public ne s’impose pas à ses usagers. En droit strict et statique, il n’a pas tort mais qu’est-ce que le droit «strict»? Et peut-on concevoir raisonnablement de canoniser la dichotomie entre agents et usagers dans un pareil contexte? Ne faut-il pas, en ces périodes troubles, lorsque l’appartenance confessionnelle risque de se dévoyer en prosélytisme, envisager le service public comme l’ensemble insécable constitué par les agents qui y opèrent et ceux qui en usent? Peut- on concevoir un service public digne de ce nom dans lequel les agents n’auraient cure des usagers ou dans lequel les usagers  se comporteraient comme dans leur lieu de culte? Le principe de neutralité invoqué en «strict» droit administratif n’est qu’une déduction d’un autre principe, d’un niveau sans doute supérieur: celui de laïcité, inscrit explicitement dans la Constitution et par lequel le République françaises s’identifie. Une fois de plus  la question de la propagande islamique en France est posée dans des termes qui ajoutent à la confusion ambiante.Il n’est pas question de juger de la manière dont les uns et les autres s’habillent ou s’affublent mais pour une femme  se couvrir de la tête aux pieds: foulard  – scaphandre, doudoune-bibendum, pantalons et socques hermétiques, est-ce seulement se vêtir pudiquement ou se couler dans une sorte de combinaison physiquement et mentalement isolante? L’idée que l’on se fait de l’espace public est indissociable de celle que l’on se forge de la République et de la démocratie. Il est vrai que le Conseil d’Etat s’en remet aux chefs d’établissement pour faire respecter la conception démocratique de l’espace public scolaire mais l’on voit mal comment Mr. le Proviseur ou Mme la Proviseure pourra  interdire quoi que ce soit à une mère voilée qui brandirait de la main droite la photo de Cheikh Yassine et de l’autre l’avis du Conseil d’Etat.  C’est à l’usage que l’on vérifiera si l’avis de l’éminente assemblée a été d’une part de bon conseil et d’autre part utile à la consolidation de l’Etat… de droit. Réponse, au moins partielle, aux municipales et aux européennes.

26   décembre.

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Le Président Hollande semble d’un naturel heureux. S’il ne prend pas ses fonctions à la légère, il  ne se prend pas trop au  sérieux non plus. D’où sa propension parfois incoercible aux «vannes» et aux blagues dans des  circonstances où il faut savoir garder ses distances, quitte à pouffer de rire ensuite dans les toilettes de l’Elysée. Sa blague sur Manuel Vals « revenu sain et sauf d’Algérie, ce qui n’est pas peu dire » lors de la réception officielle des membres du CRIF au palais présidentiel a vite fait de voler jusqu’à Alger où elle n’a pas fait se fendre tout le monde. Au contraire. D’où les « contre -vannes » et les protestations indignées en réplique d’outre-Méditerranée, avec la circonstance aggravante, selon la presse arabophone du pays, que l’Algérie a été moquée devant des « Juifs ». Au point d’en oublier la propension non moins avérée des algériennes et des algériennes à l’humour décapant  ou à la dérision dont ses propres pouvoirs publics ont appris à s’accommoder depuis que les années 90, sous les auspices du GIA, ont fait grimper les barèmes du goût de vivre et ont rappelé les effets salutaires du mot d’esprit dans ses relations avec l’inconscient. Pourtant si notre François Hollande national manifeste par ses blagues à deux centimes d’euro la nostalgie de ses années-potache, on  ne va pas en faire, c’est le cas de le dire, un fromage. Il lui faut juste reprendre un petit coup de sérieux compassé, qu’il repense par exemple  à la fameuse courbe du chômage  qui répugne à s’inverser sauf lorsqu’elle est calculée par trimestre, en en déflaquant des brassées de vrais chômeurs, les chats siamois et les veuves joyeuses. Question de bibliographie et de moment opportun! Si le Président veut alimenter sa verve, qu’il lise Alphonse Allais ou l’Almanach Vermot. S’il entend recouvrer la mine grave, il ne reste plus qu’une solution mais radicale –  à part se replonger dans les statistiques de l’INSEE: penser au retour de Nicolas Sarkozy.

27 décembre.

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Les romans très longs ne sont supportables que si leur héros principal l’est aussi. Demeurer durant prés de 900 pages dans la promiscuité d’un benêt ou d’un demeuré reste possible à condition qu’ils s’agisse du prince Muichkine dans «L’Idiot».Les mille et quelques pages des « Misérables » ne se traversent qu’en compagnie de Jean Valjean et en portant Marius sur nos épaules dans le réseau des égouts de Paris. Au bout de la 300ème page la question se pose pour le sous-lieutenant au 27ème lanciers Lucien Leuwen. Et Stendhal ne nous rend pas la tâche facile. A la 301ème, la question  devient lancinante: ne faut-il pas planter sans préavis, dans le  Nancy de l’époque, ses rues cloacales et ses  aristocrates ennuyées, ce jeune militaire désoeuvré dont le père paie à pleine Bourse les frais de son tilbury, les escapades transgressives et la complaisance de son Ministre? Et puis, page après page, l’on arrive au terme de ce roman inachevé, en regrettant qu’il le soit mais pas complètement puisque dans le texte finalement publié il est loisible de suivre les annotation de Stendhal, la manière dont il se juge écrivant et juge ses personnages, les situations où il les plonge, les dilemmes où il les enferme,  sans parler de ses stratagème enfantins pour détourner les foudres d’une éventuelle censure, lorsqu’il déguise le nom de Guizot sous celui de Zogui!  Reste le style qui reconstitue celui des hommes et les femmes d’esprit de l’époque Louis – Philippe, tout en finesses assassines, en circonlocutions retorses, en sinusoïdales  qui dissimulent le coup de grâce, porté avec une exquise courtoisie et le sens dentellier de la nuance. Du grand art! La scène au cours de laquelle Mme Grandet étouffe de ses propres mains sa morgue sous l’aveu de son amour coupable est un morceau d’anthologie. La fin- provisoire – du roman ne fait plus regretter ce long compagnonnage: la façon dont Lucien Leuwen affronte la ruine imprévisible de son père, la fortitude blessée de sa mère sont de Corneille. Il aura ainsi fallu près de mille pages pour que le freluquet au cheval de luxe se mue en homme droit qui sache  fixer dans les yeux la tête de Méduse. Et l’on restera sur sa « fin », chacun imaginant  à sa façon la suite du parco.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 16 décembre

In BLOC NOTES on décembre 25, 2013 at 11:31

 

 

16 décembre

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Dans « Lucien Leuwen », le héros de Stendhal, pris par la vie de garnison dans le Nancy d’alors, se demande s’il ne vit pas dans « une fausse civilisation ». Il faut se méfier de ces formulations globales, de ces jugements exorbitants du particulier sur tout un ensemble humain. Et pourtant, l’universel,  quel qu’il soit, et le global, n’importe son amplitude, se réfractent forcément dans un esprit singulier, dans « l’homme du commun ». Pourquoi ces interrogations? Usager des transports publics, sur les deux lignes empruntées quotidiennement, les mêmes scènes se regardent depuis quelques semaines. D’une part des voyageurs engoncés dans leurs doudounes ou dans leurs épais pardessus et portant les paquets de cadeaux achetés dans les grands magasins pour Noël; de l’autre, ces « musiciens », venus d’Europe centrale, qui bâclent les plus beaux airs de la chanson française sur des accordéons rafistolés avant de  tendre leur gobelet de carton à des voyageurs qui ne bougent presque pas, sauf lorsque pour l’un d’eux la mélodie, eût elle été massacrée, rappelle l’on se saura jamais quel secret de cœur, quelle inoubliable journée de sa jeunesse.. Sans parler des SDF qui viennent s’étaler, leurs hardes roidies d’urine, parmi ces mêmes passagers lesquels n’ayant pas toujours la possibilité de changer de place, descendent à la prochaine station en attendant le métro  qui suit. Que dire encore de ces hommes et de ces femmes dans la dèche qui tiennent le même boniment stéréotypé sur leurs malheurs professionnels, sur leurs déboires de santé et qui mendient une pièce, un ticket de restaurant  ou même un sourire dans l’indifférence majoritaire des  usagers –usagés  qui croient entendre un disque rayé aux mêmes endroits. La plupart du temps, dès qu’ils se sont assis, ces voyageurs monadiques dégainent leur « IPhone » et le compulsent, mus par un élancement épileptoïde, le casque d’insonorisation branché directement sur leur  encéphale, enfermés dans une véritable camisole numérique qui les isole de toute la puanteur morale ambiante. Temps de misère, misère des temps! A l’entrée des superettes et des supermarchés, à la porte des boulangeries, s’accroupissent des hommes, parfois dans la force de l’âge et des femmes en fichu,  avec des enfants en bas âge, bientôt prostrés dans l’attitude de mendiants non plus même apatrides mais « acosmiques », comme dirait Hanna Arendt, à côté d’arbre de Noël ventrus, emmaillotés chaudement jusqu’à leur plus haute branche. De là où il se trouve, le Père Noël prépare son traîneau bordé d’hermine, tout en regardant dans la boîte à pharmacie pour s’assurer qu’il n’a pas oublié son désinfectant. Jingle bells! Jingle Bells!

 

18 décembre.

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Scènes de violences à Bangui, capitale cauchemardesque de la République Centre Africaine. Suivant le discours officiel, la France n’avait d’autre choix que celui de l’intervention armée pour éviter un nouveau génocide. Dont acte. Et puis les troupes engagées n’ont rien du débarquement des Alliés en Normandie. Pas même un véritable corps expéditionnaire. Pourtant « des voix s’élèvent » pour reprocher à François Hollande de s’être engagé seul dans ce qui risque de devenir un bourbier et un piège, la couverture juridique de l’ONU ne constituant pas à elle seule un efficient appui logistique. Ce pays, ou cet « Etat manqué » comme disent les juristes et les politologues, est en proie à des divisions ethniques, certes, mais aussi à un clivage religieux qui semble irrémédiable entre Centrafricains musulmans – dont la force armée, la Seleca, doit être mise au pas par les troupes françaises – et les Centrafricains chrétiens  qui ne savent guère pratiquer le pardon des offenses. Il est donc à  redouter que la France ne soit accusée de prendre le parti antagoniste de l’Islam, tel qu’il est entendu dans cette région du monde.  Car la France est bel  et bien  le gendarme et le pompier de ses anciennes colonies  qui n’ont pas su rester dans la Communauté prévue par la Constitution de 1958 et qui ont préféré le risque de la déchéance plutôt que le néo-colonialisme. Qu’est t-il demeuré des rêves d’indépendance datant de ces années où l’esprit de libération s’altérait déjà d’illusions dangereuses et de luttes féroces pour la conquête du pouvoir? L’actuel président de la RCA, Michel Djotodia, est maintenu à son poste par la volonté de l’Elysée. Si la France le lâchait, sans avoir préparé l’aéronef qui le transporterait dans les meilleurs délais en des lieux plus sûrs, il pourrait finir comme Mouammar Kaddafi. Raison de plus pour s’interroger sur les véritables critères d’un Etat digne de ce nom et ne pas désigner par ce mot ce qui n’en est que la caricature. Le mot de partition n’est plus tabou en RCA. Quand bien même la cassure serait conjurée territorialement entre le Nord et le Sud, elle sévit déjà dans les partis et dans les  croyances.

22 décembre.

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Plus l’époque est anoxique, plus il faut s’attacher aux courants de la création et aux exemples des grands créateurs, ceux qui ne définissaient pas a priori la dimension d’une oeuvre mais qui la laisse se révéler, sans pour autant se laisser déborder par les mots ou par les images. Aucune lecture ne peut être déterminée par le nombre de pages du bouquin  mais, toutes choses égales d’ailleurs, et pour un même auteur, « La Sonate à Kreutzer », ne peut se comparer à « Guerre et Paix » ni « Le joueur » aux « Frères Karamazov », tandis que « La Peste » de Camus peut être rapprochée, contenu et dimension, des « Souvenirs de la Maison des Morts ».  D’où  ces nouvelles trois heures passées en compagnie du « Guépard » de Luchino Visconti. dans la magnifique version «remastérisée», comme l’on dit en langage technique,  mais en réalité restaurée  puisque pratiquement chaque plan de ce film mémorable veut être l’équivalent d’un tableau de maître, avec des couleurs prises de Vélasquez et de Goya, de Manet pour les fracs et de Boudin et les crinolines. On le sait, ce film est une splendide méditation  sur le Temps. Comme le dit un des personnages, Tancrède, incarné par Alain Delon du temps où il tournait dans des chefs d’oeuvre, en Sicile, lieu de l’action ou plutôt de l’inaction: «il faut que tout bouge pour que rien ne change». Et quelle performance que celle de Burt Lancaster,  à la fois guépard et lion mais qui sait s’ébouer pour secouer de sa crinière la morte poussière! Tels sont les vrais grands acteurs: chaque fois ils font vivre un personnage nouveau au lieu de couler celui que le scénario leur propose dans leur corps habitué, avec leurs tics gestuels et vocaux. L’oeuvre de Visconti est restée inachevé et nos regrets sont immenses qu’il n’ait pu réaliser sa version d’A la recherche du Temps perdu…

BLOC-NOTES: Semaine du 9 décembre

In ARTICLES, BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on décembre 17, 2013 at 11:53

10 décembre.

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«Avez vous pris connaissance des rapports d’experts, consultés en escouades serrées, sur les fondements de la nouvelle «intégration à la française», et mis en ligne sur le site du Premier Ministre?». J’avoue ne pas avoir eu encore de telles fréquentations. Les rapports d’experts sont souvent destinés à les encager dans des commissions ad hoc et, durant le temps de leurs travaux, à s’assurer de leur tranquillité en les rassurant sur leur importance. Mon interlocuteur ne décolère pas: «Ce n’est plus l’intégration à la française mais bel et bien la désintégration de la France! Jugez en: ces experts là  –  un de mes collègues, spécialiste de Lacan, comme cela va se voir, les qualifie d’«ex-pères» – préconisent, notamment, le retour du voile à l’école, la rétrogradation du français comme langue vernaculaire, au même titre que la langue arabe ou les langues africaines, la dénomination de places et de rues inspirée de la nouvelle dimension arabo-orientale de la France, etc.. etc.. En résumé, faire de la France au plan national ce qu’est Montfermeil localement, mais Montfermeil avec Jean-Luc Mélenchon pour maire». L’incrédulité nous saisit. Une fréquentation déjà longue des disciplines constitutives de ce qu’il est convenu d’appeler les sciences humaines et sociales prépare à n’être étonné de rien de ce qui s’y concocte au titre d’un universalisme aussi naïf que dissolvant. Il est loin le temps où la sociologie à la Durkheim n’était rien d’autre que la religion laïque d’une République vertueuse et anti-catholique. Si ces préconisations étaient suivies, elles confineraient au coup d’Etat, au sens le plus strict, puisqu’elles violeraient les dispositions prévues par l’article 1er de la Constitution qui fait de la Vème République une république laïque, avec son corrélat: la neutralité des services publics, et du français sa langue officielle. Passe encore si ces cogitations avaient été publiées sur un site universitaire ou sur celui de ces groupes de recherche dont certains sont réellement stimulants. Les avoir affichées sur le site officiel du Premier Ministre leur confère valeur de documents  préparatoires  ou à tout le moins de ballons d’essais. Ce n’est plus la fiscalité ni même la société civile qui vacille mais l’Etat de droit en personne. Et mon interlocuteur d’ajouter: «Il a l’air fin, notre Ministre de l’intérieur, comme tous ceux qui au PS – parce qu’il y a encore un PS!  –  tentent  de concilier les valeurs de la Gauche et la préservation de l’identité nationale. Le FN  doit en faire ses choux gras!». Puis de conclure, la massue au bout du bras: «Et il faut voir l’orthographe!». S’il fallait, en plus du fond, se soucier de l’orthographe au temps des SMS et des QSQC, il vaudrait  mieux avoir mis du Prozac dans sa poche. Qu’en pensera le Président de la République – faut-il dire «française»?  Sa légère remontée dans les sondages ne méritait pas cette flèche au curare entre les omoplates. Mais comme il n’y a toujours personne en face..

11 décembre.

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Imposantes et infatigables manifestations à Kiev contre le pouvoir en place qui ne tardera pas –  culture post-soviétique oblige – à susciter des contre-manifestations aussi spontanées que le mouvement du soldat qu’on dirait de bois marchant au pas de l’oie. L’Ukraine a longtemps été indépendante de Moscou qui n’a eu de cesse que de l’inféoder. Elle  a repris son indépendance après la dislocation de l’Union soviétique dont elle était l’un des fleurons et l’un des greniers à blés, sans compter ses centaines de kilomètres de pipe-line. Depuis sa nouvelle indépendance, et comme bien des Etats décolonisés, elle peine à trouver son régime propre. Des luttes féroces pour la conquête du pouvoir s’y déroulent, entre deux mouvances. L’une se trouve sous l’influence directe de Moscou et de la République russe – autre vestige de l’ex-URSS. Depuis qu’il en est devenu le maître, avec l’appoint de son  commis principal, le docile Medvedev, Poutine rêve précisément de remembrer  le territoire  de l’empire bréjnevien dont il a été l’un des principaux desservants et qui lui  a instillé une nostalgie que son inénarrable prédécesseur: Boris Nicolaïevitch Eltsine savait noyer dans la vodka. L’autre mouvance est magnétisée par l’Union Européenne et voudrait s’abandonner au tropisme occidental. Ainsi tirée à hue et à dia, l’Ukraine, où se trouvait l’usine emblématique de Tchernobyl, n’a plus l’esprit à son développement. Comme tant de pays de la planète,  devenus de marche arrière en marche arrière des quasi-Etats, elle accumule des années de «retard civilisationnel». De sorte que, le jour où elle cèdera à un camp ou l’autre  elle se retrouvera dans une situation pitoyable qui la mettra finalement à la charge de ce camp  pris à son propre jeu.

13 décembre.

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Entendu dans une boulangerie, le fragment de dialogue suivant:

« Bonjour Madame. Je voudrais une brioche à tête.

«Désolée mais nous n’en faisons plus. Nous faisons à présent ces brioches plates. En voulez vous? »..

Qu’on ne s’y méprenne pas. Il ne s’agit pas là d’une nouvelle politique commerciale de notre boulangère  mais d’un attentat plus grave: la disparition – espérons qu’elle restera locale- d’une forme pâtissière originale sans laquelle la boulange du matin ne serait plus ce qu’elle est.  Qui en douterait  devrait se remettre en mémoire «La brioche à tête », sans doute la plus célèbre de notre histoire de la peinture: celle peinte par Chardin qui a su la rendre vivante, charnue et odorante, l’érigeant en objet digne de l’art le plus haut. Il suffit de la regarder, au Louvre ou même en reproduction, pour constater que Chardin y a déployé les ressources  de son savoir le plus élaboré: des jaunes topaze, des bruns fondants, des ocres croustillants, veinés d’un rouge – feu qu’on n’obtient qu’a force de cuisson idéale. Cette brioche à  tête, cette brioche couronnée, n’est pas du tout peinte en trompe- l’œil. Elle l’est comme le dedans de l’âme. Grâce à ce renflement, on dirait une sorte de santon  sacré. De grâce madame la Boulangère, préservez le conservatoire des formes esthétiques relevant de votre domaine. Ne savez-vous pas que Malraux qui y  fut tellement attentif  a été transféré au Panthéon?  Rendez nous la belle «brioche à tête» et conservez la vôtre, charmante au demeurant  avec  ses yeux ensommeillés   et son petit chignon chinois.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 2 Décembre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on décembre 13, 2013 at 12:43

2 décembre.

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Date néfaste dans le calendrier politique de la France puisqu’elle correspond au coup d’Etat du Prince – Président Napoléon décidé au rétablissement de l’Empire avunculaire; Même Victor Hugo fut arrêté, ce qui allait engendrer cette haine tenace vis à vis de l’Usurpateur dont vingt années passées face à l’Océan n’auront pas raison; Il en naîtra Les Châtiments, un poème « épicolérique » qui compte tant de beaux vers mais qui finit par lasser tant l’ire du poète devient une fin en soi, une posture; La France est le pays des instaurations précaires et des restaurations catastrophiques; Toutes celles qui furent tentées, même celle du Général de Gaulle en 1958, se sont mal terminées; Ces pensées habitent-elles l’esprit de Nicolas Sarkozy, toujours engoncé dans sa barbe de trois jours? Les cotes d’impopularité de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault sont au plus bas dans les annales de la Vème  République; Et deux importantes échéances électorales approchent à grand pas; Les caisses sont vides; Creuser plus profond dans ce vide ne ferait que l’agrandir, comme dirait Alphonse Allais; Alors Nicolas on y va? Mais avec qui? A l’UMP, si les militants et les sympathisants sont pour le retour de Zorro, les parlementaires et toute la chefferie, même divisée, est moins enthousiaste; Quoi! Attendre plus de sept ans encore, et après même! Il semble peu probable que l’ancien Président, s’il revient vraiment, revienne sur ce rafiot; Nul doute qu’il soit tenté par la création d’un nouveau parti, plus axé sur le Centre et dont il n’est plus exclu que François Bayrou en soit; A gauche, il est impossible de ne pas se faire des cheveux blancs – si l’on n’est pas egg-headed;  Au PS les cordages sont mous ou s’effilochent; Les Verts et les Rouges usent et abusent du fusil à aiguilles et crèvent toutes les baudruches coloriées lancées depuis les  toits de l’Elysée et de Matignon pour donner à la France quelque couleur de fête pour la fin d’année; Et le Front National retient ses pires éléments pour éviter tout faux pas; Seulement ce qui dans l’opinion publique française s’exprimait jusqu’ici par le canal de tels partis se manifeste à présent dans des salles surchauffées où un comique charbonneux et porcin s’adonne en toute impunité à un antisémitisme couleur Vel d’Hiv; Les pouvoirs publics n’y peuvent mais se refusent à toute intervention pour ne pas lui faire davantage de publicité; Où se dessine l’impasse des Démocraties; Les créatures de cet acabit n’y ont plus rien à craindre: où bien elles sont poursuivies et la poursuite se transforme en réclame inespérée, ou bien elles ont le champ libre et peuvent élargir  leur semailles haineuses; Après quoi l’on voudrait qu le Ciel ne s’en mêle pas …

4 décembre

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 Nouvelles alarmistes en provenance d’Afrique du Sud: Nelson Mandela en a fini avec cette vie dont plusieurs années se passèrent au cachot; Depuis qu’il en est sorti Madiba, comme on le prénomme affectueusement, est devenu l’icône non seulement de l’Afrique du Sud mais de toute la planète en mal  d’idéal – du-moi; Espérons, au regard des modes de fonctionnement de la société post-moderne – qui paraît –il n’est même plus une société (Alain  Touraine dixit), qu’il ne se réduise pas à un idéal du mois, celui que la prochaine vedette morale remplacera; Chacun, ou presque, y va de son péan et se prépare à son apothéose dans différents stades sud- africains; Qui ne se réjouirait de la fin du régime odieux de l’Apartheid! Mais il ne faut pas oublier que si Mandela en fut l’un des principaux fossoyeurs, rien n’eût été possible sans le concours de Frederik de Klerk, ce blanc qui ne lisait pas tout à fait la Bible comme ses congénères; Mandela était animé par la doctrine Ubuntu de la réconciliation et il su par la même conserver à l’Afrique du Sud une grande partie de sa population blanche dont le racisme était moins génétique qu’on ne l’eût  imaginé; L’exode des Juifs n’y fut pas exhaustif, ce qui est toujours bon signe pour le pays de non-départ; Qu’en sera t-il une fois son inhumation achevée? L’enterrement politique suivra t-il l’enterrement de la dépouille corporelle?  Le Mali, la République Centre Africaine, le Nigeria, sans parler des pays du « printemps arabe », démontrent que le continent africain est dangereusement volatil, au point que les forces armées des anciens colonisateurs ou que leurs services spéciaux y sont appelés pour éviter massacres et nouveaux exodes pestiférés; Depuis 1948, peu nombreux sont les pays qui ont véritablement honoré leur volonté d’indépendance; Chacun  dressera en ce sens sa liste de choix mais l’objectivité minimale, toute passion domptée, exige que l’on n’y oublie pas l’Etat d’Israël et l’Inde;

7 décembre

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 «Le compagnon du Tour de France» de Georges Sand; Grand oeuvre que celle de cette femme au prénom masculin, de fort tempérament et qui fit tourner bien des têtes!  Ce n’est pas rien d’avoir compté Chopin et Musset parmi ses adorateurs; Mais l’oeuvre de Sand ne se limite pas à ces équipées qui relèveraient aujourd’hui de la presse people; Elle est constituée par des livres qui se lisent facilement  et que l’on peut inscrire au programme du secondaire; Ces mêmes livres se liront à un autre niveau dans les Facultés de droit et les Instituts de science politique; «  Le compagnon du tour de France » est une mine d’enseignements sur le milieu du compagnonnage initiatique, sur ses mythes, ses codes mais également sur la concurrence féroce et les bagarres mortelles entre Compagnons; Il contient des pages d’anthologie relatives à l’idée de peuple ( les riches ont tous les droits, les pauvres tous les devoirs), sur la réalité  des classes ( le respect de la propriété est le barrage le plus sûr entre les marquises échauffées et les Compagnons trop entreprenants ), et enfin sur ce socialisme doctriné par Leroux et que Sand qualifie de «quasi-christianisme»; C’était le temps précisément où l’idée de socialisme sollicitait le meilleur de la pensée tant il était chevillé  à une intense espérance dans la libération du genre humain; Et puis les  Bolcheviks viendront qui y mettront bon ordre, la règle de fer forgée par Hegel et par Marx a la main  pour les douteurs et les récalcitrants; Qu’est devenue cette espérance  aujourd’hui? Le socialisme a commencé par être un évangile sans Jésus ;Aujourd’hui n’est–il pas devenu un évangile sans évangile, comme la peau morte d’un  squamate  après la mue? Il reste de lire ou de relire Sand  et son cénacle, Leroux, Fourier, mais aussi Jaurès et Blum; On ne sera pas toujours d’accord mais au moins on aura respiré …

RD

Bloc-Notes: Semaine du 25 Novembre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on décembre 9, 2013 at 6:26

25 novembre.

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Vote sur le projet de réforme des retraites à l’Assemblée nationale. Nul doute que ce vote sera positif. Logique majoritaire oblige. En période de vaches maigres, le principe de réalité l’emportera sur celui de plaisir. Le chômage et la saturation du marché des biens primaires assèchent  les réservoirs des finances publiques. Les ponctions fiscales ne peuvent pas se faire plus fortes sans risque d’explosion et il est impossible de prélever sur un être humain plus que ses deux bras.  Heureusement, l’allongement de la durée moyenne de vie permet de jouer sur le temps, dans ses dimensions politiques, sociales et économiques. Il reste de s’interroger sur le désir irréductible  pour l’immense majorité de nos concitoyens de prendre cette retraite le plus tôt, ou le moins tard possible. Comme pour le repos dominical, il s’agit de bien plus qu’un problème de société: d’une question d’existence. Dans l’organisation du travail telle qu’elle est conçue depuis le XVIIIème siècle, le temps du labeur est vécu comme une soustraction du temps de vie et celle-ci, qualitativement ressentie, doit être dissociée du temps de travail. La disjonction reste fatale entre les notions de  «boulot» et celle de création. Il faut citer Matisse, lui même cité par Aragon: «Je ne suis jamais fatigué» ; fatigué de travailler physiquement ou nerveusement et fatigué du travail dans son idée même. Bien sûr, un créateur sent au bout de plusieurs heures son corps astreint par la loi de gravitation. Les yeux lui piquent, son cerveau parfois bouillonne. Mais au bout d’un peu de sommeil, il n’a qu’une hâte: retourner à sa toile, reprendre sa partition  ou le récit laissé en suspens. Atteint d’une arthrose des membres supérieurs, Renoir faisait fixer ses pinceaux à ses doigts lignifiés pour peindre dans la lumière. Que dire de Beethoven atteint de surdité! Le danger en ces sphères n’est jamais la lassitude mais bien, lorsque la mesure est franchie qui est celle de l’humain lorsqu’il ne se prend pas pour Dieu, celle de la démence. Sans aller jusqu’à ces exemples extrêmes, le droit social permet à des médecins, à des avocats, aux membres d’autres professions atteints par «la limite d’âge légal» de poursuivre leur activité tant elle leur est devenue raison de vivre, de préserver leur vie sociale et surtout de ne pas déchoir à leur propres yeux. Pourquoi n’en irait-il pas de même pour les autres professions dés lors qu’elles ne seraient plus synonymes de classement – ou de déclassement social? Un soudeur  de chez Renault voudrait pouvoir prendre sa retraite à 40 ans. Lorsque le fer à souder est manié pour créer des formes, faire vivre le métal comme Zadkine ou Moore, l’on voudrait, au contraire, que le temps s’arrête.

27 novembre.

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Commémoration ubiquitaire de l’assassinat du président John Fitzgerald Kennedy  le 22 novembre 1963 à Dallas. Les causes déterminantes de cet assassinat ne sont toujours pas élucidées. Les hypothèses s’ajoutent aux spéculations pour aboutir à des scénarios filmographiques où les séries A, B, C, à la télévision ou au cinéma, ne cessent d’interférer. La presse people s’en donne  à cœur joie avec des relents de « Pot-Bouille ». Que reste-il de la présidence Kennedy? Un style, un ton nouveau, l’irruption de la jeunesse dans la vie politique américaine après la Seconde guerre mondiale, après la guerre de Corée et pendant la Guerre froide chère à John Le Carré. «Ich bin ein Berliner » : « Je suis un Berlinois ». La  proclamation est restée fichée dans la mémoire politique contemporaine. Le mur soviétique fut érigé en plein mois d’août de l’année 1961. L’Algérie plongeait dans le chaos à la suite du « putsch des généraux » et la création de l’OAS. Les Etats-Unis avaient poussé, directement ou obliquement, dans le sens d’une indépendance dont, comme toujours, ils ne mesurèrent ni le coût humain ni les suites politiques. Et de Gaulle qui n’avait à la bouche que les mots de « grandeur » et de «souveraineté» s’y plia. C’est également sous la présidence inexpérimentée de John Kennedy que l’équipée désastreuse de la baie cubaine des Cochons mérita bien son nom. Mais ce même Kennedy, toujours à propos de Cuba, su faire reculer Krouchtchev en octobre 1962. «L’image» de John Kennedy est devenu inséparable de celle qui fut son épouse légitime, Jacqueline. Ce qui ne l’empêcha pas de mener la vie de patachon que l’on découvrit après son assassinat. L’épouse exemplaire laissa place, entre autres, à Marylin Monroe, véritable bombe anatomique, en robe de  satin moulée à même le corps, le jour  de l’anniversaire du Président. C’est aussi durant son mandat que s’inaugura vraiment le mélange des genres, celui de la vie publique et de la vie privée: «Je suis oiseau (Papa- gâteau), voyez mes ailes ;  je suis souris (Président nucléaire), vive les rats ».

1er décembre.

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Ouvert avec circonspection de roman de Francis Scott Fitzgerald : « Les heureux et les damnés ( The Beautiful and Damned)». Depuis la Seconde guerre mondiale, la littérature vouée aux états d’âmes, au romantisme doré, au nombrilisme abyssal est devenu insupportable. Comment s’intéresser à ce couple de jeunes rentiers, noceurs, soiffards et léthargiques, évoluant en extra-territorialité sociale,  qui passent de party en party pour tenter de combler le vide d’une existence dont le seul fait qu’elle leur fut dévolue est une preuve irréfutable de la divine Bonté… Et puis, au fil des pages, l’on se dit que tel est l’un des désastres collatéraux du siècle des génocides: nous rendre inattentifs et même insensibles  à ces échelles de la détresse humaine, à ce que la vie d’un couple recèle de mystérieux, de douloureux parfois, de miraculeux aussi. L’on se gardera de toute lecture « sociologique » des romans de Fitzgerald et de la place qu’y occupe l’argent, précisément. Demeure le talent de l’écrivain lorsqu’il confesse comment Jonathan et Gloria d’abord inséparables, véritables « capitalistes »  de leur jeunesse, se mettent à dériver l’un au regard de l’autre, au point de ne plus s’apercevoir visuellement, sans jamais abroger une  présence devenue osmotique de l’un à l’autre. Cette présence absente leur devient souffrance inépuisable au moment de la séparation physique. Même l’alcool ne peut en avoir raison  avant le dénouement qu’on ne dévoilera pas ici. Le livre refermé sur les années 20 aux Etats Unis, l’on est pressé de se reporter à l’original, de découvrir l’écriture personnelle de Fitzgerald, une écriture qui fait date désormais mais sans prendre, contrairement au visage de Gloria, une seule ride.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 18 Novembre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on décembre 4, 2013 at 7:46

18 novembre.

images-1Erratique violence. Un homme encore inconnu a pénétré dans les locaux du journal « Libération » armé d’un un fusil et s’est mis à tirer sur ceux qui se trouvaient  dans le hall d’accueil. Un photographe a été grièvement blessé et le pronostic vital, comme l’on dit, est engagé. Aussitôt le ministre de l’intérieur se rend sur les lieux, rejoint par le maire de Paris et son adjointe. Chacun a la mine grave. La chasse à l’homme est lancée. Pourquoi cette violence contre un organe de presse? Le directeur actuel de «Libé», la mine encore plus grave, évoque le climat de violence et d’intolérance qui s’est emparé du pays. Comme toujours, chacun peut se sentir visé, c’est le cas de le dire,  mais sans que nul ne se sente concerné personnellement. Qui est le vrai fanatique? Cette attaque réussira t-elle à ressouder l’équipe du journal autour de son directeur, fortement contesté? Il m’est arrivé plus d’une fois dans les années 90 d’écrire dans la page «Rebonds». Et puis le courant s’est arrêté. Le cœur n’y était probablement plus. Je ne saurai en démêler toutes les raisons. Enseignant la science politique, écrire dans un  journal idéologiquement orienté dans un sens ou dans un autre ne semble pas déontologique. Qu’on le veuille ou non, l’orientation d’un journal vous imprime sa propre vection, son pli, quelque précaution que l’on prenne. Et puis, comment s’accommoder du mélange des genres? Comment se vouloir journal de gauche, si ce n’est de tradition gauchiste, et compter parmi ses principaux actionnaires un membre éminent de la famille Rothschild? Il y a sans doute des «Rothschild de gauche», mais les évoquer c’est s’attirer la réplique mémorable de Gabin dans «Le Président»: « Il y a aussi des poissons volants mais qui ne constituent pas l’exclusivité du genre ». Etre d’un  parti ou d’un  autre se justifie lorsque l’on est porté à la militance unilatérale. Enseigner est d’un autre ordre. Pourtant ces dilemmes relèveront d’un luxe de l’esprit lorsque les titres de la presse quotidienne se seront d’avantage raréfiés. A se demander comment pourra réellement s’exercer, en cas de besoin, la clause de conscience dans cette profession. Car, à part  quelques noms et quelques têtes, existe aussi un prolétariat journalistique dont les adhérents forcés ne sont pas toujours en mesure de dire ouvertement ce qu’ils pensent ni d’écrire ce qu’ils ont au bout de leurs pensées. La liberté de la presse n’est pas menacée exclusivement par les fusils à pompe.

20 novembre.

imagesLe voyage de François Hollande s’est déroulé finalement sans encombre et sans faux-pas majeur. Aucune engueulade dans la vieille ville, façon Chirac, ni lapidation à Ramallah, façon Jospin. Sur le tarmac de l’aéroport Ben Gourion, grandes déclarations d’amitié à l’endroit d’Israël, avec en plus le soleil dans les yeux; à  Ramallah, non moins grandes déclarations d’amitié en direction de Mahmoud Abbas. La veille, Israël est présenté comme la nation « start-up » exemplaire; le lendemain haro sur les « colonies» et affirmation que Jérusalem doit devenir la capitale de deux Etats. Rien que cela, et du haut de la tribune pavoisée de la Knesset, avec en prime les applaudissements de l’extrême-gauche et des députes  pro-palestiniens! On ne répètera jamais assez que l’approche des questions politiques dans cette région du monde exige plus que le sens des nuances et de la relativité. On peut user et abuser du mot – balle de « colonisation » dans la mise en oeuvre  de cette « stratégie de la souillure » qui voudrait assimiler l’Etat d’Israël à l’Afrique du sud au temps de l’apartheid. Le seul résultat prévisible sera d’inciter les tueurs de « colons » à ne pas se prendre pour des assassins de civils, de femmes et parfois de nourrissons mais pour des justiciers plus grands que la Justice personnifiée. Genre facile à exporter. Encore faut-il tacher d’être exemplaire en ce domaine. Que Les Etats-Unis, que la France, que la Grande Bretagne ou que la Belgique  prodiguent des leçons de vertu anticolonialiste prêterait à sourire si  la guerre n’était pas au programme. Pour les Etats-Unis, chacun sait comment les immigrants blancs venus d’Europe ont réglé la question «indigène».Certains westerns exterminateurs sont devenus proprement irregardables. En 1916, la France et la Grande Bretagne représentés par Mrs. Sykes et Picot se sont partagées  le Moyen Orient et s’en sont annexés les gigantesques lotissements comme s’ils jouxtaient la Touraine ou le Devonshire. Au point que découvrant la carte issue de ce charcutage cynique, un fonctionnaire du Foreign Office s’écria mais sans être entendu: «Parfait. Mais où donc mettez vous les Juifs?». Ce qui n’empêchera pas la déclaration Balfour du 2 novembre 1917 et ensuite la guerre sourde ou déclarée entre les deux empires pour l’hégémonie dans la région, y compris face aux troupes de la Wehrmacht  dont les chefs avaient encore à l’esprit un autre charcutage, celui pratiqué au Congrès de Berlin de l’an 1878 avec les fastes acérés qu’y déploya Bismarck. Avec de pareils dessous, la vertu anticolonialiste devrait éviter de danser le Can-Can.

23 novembre.

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«L’enfer des hommes »  avec Audi Murphy. Le film est auto-biographique et relate les exploits de ce jeune GI’s de 18 ans qui lui valurent au cours de la Seconde Guerre mondiale plus d’une trentaine de décorations  dont la prestigieuse « Medal of Honor » du Congrés  et, entre autres, la Légion d’honneur  française. Dans le film  de Jess Hibbs (1955), Audie Murphie joue donc son propre rôle, sans ostentation et sans fausse modestie. Arrêter à soi seul une colonne de chars allemands en tirant à la mitrailleuse, debout sur une  caisse d’obus, à l’âge où vos camarades tentent de s’inscrire en faculté, vous dispense de cette humilité fallacieuse dont se masquent les couards et les  dragueurs de l’arrière. Auparavant dans « Le Kid », Audie Murphie avait incarné un angelot de la mort  capable de dégainer encore plus vite que l’ombre de Lucky Luke. Et puis sont venus  les échecs, la descente aux enfers, la drogue et cet accident fatal d’avion qui le remonta à 46 ans vers un autre ciel que celui d’Hollywood. Après la légende du héros juvénile, ce serait un autre sujet de film, prenant et instructif, que celui qui  aurait pour thème cette seconde phase, sans doute indissociable de la première: le destin d’un Icare brûlé par le soleil de la célébrité, devenu un héros national avant même que d’avoir appris tout simplement à vivre.

Bloc-Notes: Semaine du 11 Novembre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on novembre 26, 2013 at 11:07

12 novembre.

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La Bretagne est entrée en effervescence et se rebelle contre l’éco-taxe, pourtant pétrie de bonnes intentions écologiques, et contre les destructions d’emploi dans la région. L’emblème? Un  bonnet rouge qui évoque le bonnet phrygien de la Révolution française. Mais les rebelles sont-ils de vrais «sans-culottes» décidés à accrocher à la  lanterne les suppôts de Hollande et les gardes d’Ayrault? En Bretagne le mouvement est impressionnant. Traditionnellement le mois de novembre est celui des bleuets. Il est devenu celui des coquelicots. Le gouvernement semble avoir pris la mesure de la rébellion et de sa possible contagiosité. Il pare au plus pressé et verrouille les portes coupe-feux. Jusqu’à quand? Pourtant le mouvement ne fait pas l’unanimité ni dans les partis de l’opposition ni chez les syndicats qui redoutent d’être débordés. Xavier Bertrand incrimine bien sûr la politique du gouvernement. En même temps il incite à ne pas sortir des canaux habituels du parlementarisme. La rue n’est pas à proprement parler un lieu de la «démocratie bien entendue». Alors, y a t-il le moindre risque de contagion incendiaire? C’est tout le problème des «mouvements sociaux», comme les nomment les sociologues et les politologues, expression spontanée et précisément hors cadres du dissentiment social mais aussi de la créativité collective. Foin des partis qui ne servent qu’à la carrière de leurs chefs; et foin des syndicats qui ne savent plus distribuer que de la soupe si claire qu’elle ressemble de plus en plus à de l’eau sale! Mais l’énergie potentielle, quelle soit électrique ou politique, n’est rien sans le transformateur qui la convertira en force active. Les partis et les syndicats jouent-ils encore ce rôle depuis que l’idée de révolution a été démonétisée par les excès sanglants auxquels elle a mené? Il semble que même le FN patine. Marine le Pen s’est-elle un peu trop tenue en retrait pour conforter son image de femme politique responsable, apte à gouverner? Ou bien, son parti est-il lui aussi touché par la désillusion politique collective qui afflige la France depuis des décennies, malgré de temps à autre, quelques retours de flamme ou adhésions exaspérées  à la logique du pire?  Du haut de sa tour, sœur Anne  ne perçoit aucun changement dans le paysage : un président de la République déjugé par trois quarts de l’opinion dans son état actuel, mais une opposition aboulique, Nicolas Sarkozy, «sfumato», se faisant applaudir dans les salles de concert où se produit Carla Bruni, avec un public par définition acquit à sa cause. Comme pour la température hivernale peut- on concevoir un «au dessous de zéro» de la vie politique?

 13  novembre.

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Le président actuel du Tchad avoue que depuis qu’il a pris le pouvoir l’insomnie ne le quitte plus. Il est ainsi des aveux qui confirment la lucidité de leur auteur. Nul doute que le pouvoir ne corresponde à une addiction. Une fois qu’on y a goûté, il est difficile de s’en défaire. Au lieu de rester le moyen le plus  expédient pour réaliser le  bien commun, il devient vite une fin en soi et l’on serait prêt à tuer père et mère et à rouler sur ses voisins pour conserver celui que l’on a conquit ou celui que l’on voudrait étendre. Mais il est aussi un  envers de ce pouvoir transformé en idole : le  mécontentement du grand nombre  lorsque ses attentes ne sont pas satisfaites, lorsque ses aspirations sont récusées, lorsque la désillusion le gagne. L’époque n’est plus des despotes autarciques, des rois régnants sur des cités ou de grosses villes, Athènes ou Florence, comme s’ils régnaient sur des continents. Tout se tient. L’homme ne se différencie de l’animal que durant les trois heures de sa digestion. Ce délai passé, s’il n’a pas les moyens d’apaiser à nouveau sa faim ou d’étancher sa soif, l’impatience le gagne qui se transformera en colère qui commutera en fureur. Par ailleurs, tous les Etats contemporains  comptent un nombre important de fonctionnaires qui assurent sa continuité. Avec là encore une sujétion: ils doivent être payés à la fin de chaque mois. Un pouvoir qui y manquerait pourrait bénéficier temporairement de leur patience si ce n’est de leur résignation. Mais il faut qu’il s’en acquitter au plus vite pour ne pas se les aliéner et se faire  renverser. Bienheureux les Etats dont les chefs sont devenus insomniaques! C’est le signe qu’ils ne sont pas dépourvus de conscience. Pourtant à elle seule la conscience morale ne suffit pas. Si le pouvoir se conquiert, l’autorité ne se décrète pas. Elle ne se nourrit que de résultats. La difficulté provient en démocratie du fait que les fiches des sondages se sont substituées au  véritable bulletin de notes.

15 novembre.

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Le choix des lectures se fait- il vraiment au hasard? Pourquoi avoir ouvert « Servitude et grandeur militaire » d’Alfred de Vigny? Pour la qualité de l’écriture? Parce que ce livre est aussi un ouvrage de science politique relatif à la condition du soldat et aux obligations du commandement militaire? Il est vrai qu’il comporte des pages dignes d’une anthologie, notamment le dialogue imaginé entre Napoléon et le pape Pie VII avec les deux célèbres soupirs : «Comediante! Tragediante!». Ce dialogue est imaginé par Vigny mais comme il l’écrit dans son «Journal»: «cela aurait pu être vrai».

Au regard  du temps présent, ce qui retient dans ce livre très rapidement écrit, constitué de récits – gigognes, sont les pages qui concernent l’abnégation. Le mot prêterait à rire aujourd’hui comme celui de «désintéressement», lui aussi un mot-clef mais dans la pensée de Léon Blum. Littérature édifiante? Pas tout à fait puisqu’elle témoigne de l’expérience personnelle,  vécue des années  durant, par Vigny. Faire  son devoir, sans un mot, non par obligation professionnelle seulement mais parce que telle est la vocation de l’homme. Quant aux hiérarchies sociales, il est des êtres en position sans doute plus élevée que celle que nous pouvons occuper à un instant ou l’autre. Il faut leur obéir parce que toutes les supériorités ne sont pas usurpées. Il est également des êtres en position subalterne. Il n’en comptent  pas moins que les supérieurs et sont de vrais citoyens. De Gaulle était un grand lecteur de Chateaubriand mais il n’a pas hésité  à préfacer « Servitude et grandeur  militaire », lui, le rebelle de 1940 qui dans les années 60 intima comme jamais l’ordre à la « Grande muette » de plus ouvrir la bouche, quoi qu’il lui en eût coûté..

RD

Bloc-Notes: Semaine du 4 Novembre

In BLOC NOTES on novembre 19, 2013 at 11:15

5 novembre.

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Bousculade à Colombey-les deux Eglises!  Tout le monde va défiler devant le tombeau du général de Gaulle, monument  modeste  comparé à celui de Napoléon. S’agissant du général aux deux étoiles, tant de choses ont été dites et écrites, dithyrambiques ou injurieuses, qu’il n’y aurait pas grand chose à ajouter. Cette vie est faite de trois parties dont il n’est pas sûr qu’elles soient cohérentes entre elles. La première s’est jouée à l’orée de la seconde Guerre mondiale et c’est à ce moment qu’est apparue, à l’état virtuel, la grandeur d’un homme qui venait d’atteindre la cinquantaine et qui allait, avec une intuition prophétique, contribuer à renverser le cours du malheur. Cette phase-là suscite admiration et reconnaissance, même si de Gaulle y a également fait montre d’habileté tacticienne, d’un certain mépris des contingences humaines et de la tendance à s’ériger en majesté. Cette phase prit fin en 1945. Contrairement à ce que de Gaulle en écrit dans ses « Mémoires », son départ du gouvernement lui fut source d’amertume et de ressentiment. Il n’eut  alors de cesse que de détruire la IVème République qui l’avait poussé vers la sortie. D’ailleurs ce régime décérébré  n’avait pas besoin qu’on le bouscule  dans l’escalier pour dégringoler. En 1958, de Gaulle revint au pouvoir à l’occasion de la guerre d’Algérie. Ce fut la seconde phase de sa biographie politique. On en pensera ce qu’on voudra  mais d’avoir jeté un million de personnes dans un exode de déréliction n’est pas précisément un titre de gloire. Ensuite vint son retournement à l’encontre d’Israël. Dans ce domaine encore, et au regard des intérêts de la France conçus en termes de real-politique, les opinions peuvent se partager. Toutefois, à l’occasion de ce contentieux, comment pardonner la phrase qu’il a sans doute longuement mûrie dans son esprit, en retournant plus de sept fois sa plume dans l’encrier, sur le peuple juif proclamé «peuple d’élite, sûr de lui même et dominateur» ? Formule vénéneuse qui allait lever les inhibitions – ou ce qu’il en restait – d’une logorrhée antisémite dont il fera bien des efforts pour se démarquer, y compris devant le grand rabbin  Jacob Kaplan. Le virage était amorcé et le pli pris. A présent, c’est la cohue devant son tombeau où s’annoncent entre autres, et comme dans un carnet électoral mondain, Anne Hidalgo (PS) et Florian Philippot (FN). Transcendance posthume ou signe de ces temps de confusion, quand tout s’égalise et se confond dans la même purée idéologique? Baudrillard le relève au début de « La transparence du Mal »: «quant tout est politique, rien n’est plus politique, et le mot n’a plus de sens».

7 novembre.

images-2-5Dans l’affaire de la bombe iranienne Paris adopte une position très ferme. Deux fausses explications en sont données. La première: Paris s’alignerait sur les positions intransigeantes de l’Etat d’Israël; la seconde: le gouvernement Nétanyahou  brûlerait ses torchons avec l’administration Obama. Ces explications n’en sont pas. Face à l’Iranium, l’Etat d’Israël n’est pas le seul de la région à se préoccuper – le mot est faible – de l’avenir proche. D’autres Etats, à commencer par l’Arabie saoudite,  manifestent leur inquiétude auprès de cette même administration. Il se dit que le royaume saoudien et que l’Etat «juif» coopèrent déjà étroitement. Mais, assurément, Obama veut démonter que son pacifisme n’est pas un vain mot. Sa vision est idéologique pour ne pas dire identitaire. D’où l’extrême responsabilité des analystes en ce domaine. Il est des sujets pour lesquels les divergences d’opinion pour désagréables qu’elles soient n’emportent pas de conséquences irrémédiables. Il n’en pas de même avec l’Iranium. Se tromper c’est exposer la région, dans son sens sismique le plus large, à un danger aux conséquences irréversibles. En adoptant, du moins jusqu’à présent,  une position qui se veut inflexible, la France, ciblée au Mali, au Cameroun et au Nigeria, pour nous y limiter, défend  ses propres intérêts et ceux des Etats qui demeurent dans sa zone d’influence. Il s’agit de savoir si, sous la présidence Hollande, elle dispose des moyens à la hauteur de ses mires diplomatiques. A 15 % d’opinions favorables et une situation intérieure aussi instable que le camion du «Salaire de la peur», le doute est permis à ce sujet.

10 novembre.

data=VLHX1wd2Cgu8wR6jwyh-km8JBWAkEzU4,rl-xpQNFNSXAxmJQ-dvc6fDFVaLo96tAVxyCuRIhVuhBawswrwRmGzaDOZz08RGGnVTNTGi1-JcIDLQw_vhQSANyTCrIW4r7kD2-5A8L-KCwMnVtN_FugB5wQrQH9F6gMMBGEWJGLaVvVpUofzobbp2HABt4-wVvBNvBkWIjYB8ddmhzokGKtoX4KVyX2Noj6UL63ns-2

La guerre! Qui en accepterait la seule idée sans horreur devrait aller consulter un psychothérapeute expérimenté. J’avais lu «Clochemerle» de Gabriel Chevallier, le plus grand ouvrage de science administrative laïque et burlesque jamais écrit en France. J’ai découvert un autre de ses livres, d’un tout autre style: «La Peur». Ce récit est l’un des plus impressionnant écrits sur la première Guerre mondiale qui fut le terreau  nécrophage de la seconde. Âgé de 22 ans, Gabriel Chevallier a tout connu des tranchées, des marmitages, des assauts à l’aveugle, des bataillons fauchés comme champs de blés  précocement ravagés par la grêle, les corps disloqués, les visages démantelés, les cadavres en lambeaux, empilés dans une boue nourricière de vermine. Il le relate avec des mots qui se veulent justement exempts de cette pourriture des corps et des esprits. Et surtout il ne dissimule pas l’affect qui donne son titre au bouquin: la peur, sans doute avec l’amour l’affect les plus révélateur de la condition humaine. Il la ressent et, en certaines pages, sait la communiquer à qui n’a pas un morceau de granit à la place du cerveau. En même temps il encourage à la dominer. Aux pires moments des abaissements de l’humain, il est des raisons de l’en relever. Dans tous les pays qui  furent belligérants de 1914 à 1918, les combattants ont presque  tous disparus. Mais les livres ont pris le relais et forment notre mémoire vitale. Le passé est une étrange contrée. Des livres comme celui-là incitent à l’explorer jusqu’en ses confins pour mieux éclairer les périlleux chemins d’aujourd’hui.

Bloc-Notes: Semaine du 28 Octobre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on novembre 12, 2013 at 10:57

29 octobre.

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Grandes manoeuvres au centre. Jean-Louis Borloo et François Bayrou tentent de recoller les morceaux dans cette mouvance qu’on a pu jadis qualifier de «degré zéro» de la politique. Le Centre voudrait être un idéal. Ce n’est qu’une fiction. L’idéal serait celui du juste milieu, de la synthèse entre les extrêmes, de  la médiation permanente. La réalité est que le  Centre n’a jamais été qu’une voie de plus pour accéder au pouvoir lorsque les voies de droite et de gauche sont surencombrées. Les rivalités personnelles y sont d’autant plus féroces que le territoire ainsi identifié est plus resserré qu’une cabine téléphonique. François Bayrou a toujours rêvé d’un destin présidentiel. S’il en a les  ambitions, dont rien ne peut le faire démordre, il est loin d’en avoir les moyens. Ses derniers déboires électoraux en sont la preuve. Nourri d’une haine tenace contre Nicolas Sarkozy qui, lui, a pu être président de la République, il l’a poussé violemment dans l’escalier en 2012 et appelé à voter pour François Hollande. Mais le PS ne lui a pas su gré et a présenté contre lui un candidat à la députation qui a cloué son cercueil parlementaire. Son parti, le Modem, existe toujours. Qu’il en soit le chef à vie lui permet d’être invité, de ci,  de là, sur les plateaux  de télévision. Il se retrouve maintenant dans le même marigot que Jean -Louis Borloo, ce qui atteste que les caïmans ont fait trêve en attendant de savoir qui a les dents les plus tranchantes. Les manoeuvres centristes – mais il y a, ne l’oublions pas, une  «périphérie» du Centre avec,  entre autres,  Hervé Morin – se sont accélérées en raison du dévissage de François Hollande dans les sondages et du sentiment de rejet qu’il suscite de plus en plus fortement. De quoi se remettre en mémoire une formule,  authentique  ou apocryphe, d’Edgar Faure: si les véritables hommes d’Etat ont parfois été impopulaires, ce n’est pas parce que l’on est impopulaire que l’on est un homme d’Etat. De mémoire  de politologue, je n’ai pas le souvenir d’un pareil délitement, y compris durant les «événements» de mai 1968 dont j’ai conservé quelques bribes de «Journal» à chaud. Pour revenir à la politique centriste et à ses illusions, elle ne peut se concevoir qu’en période faste, lorsque l’Etat redevient, peu ou prou, l’Etat providence,  que chacun se sent calmé parce que chacun a reçu sa part du PNB et en espère une plus grosse. Les historiens du présent quinquennat confirmeront sans doute que les deux tournants désastreux  pris par François Hollande et par sa majorité sont balisés comme à la peinture fluorescente par la loi sur le  mariage homosexuel et par les feuilles d’impôts de la présente année fiscale. Jamais comme ces fois-là le corps social n’a senti le coup de hache au milieu de son crâne et la morsure du fisc à chair vive.  Plus que quelques mois à attendre avant les résultats du labo électoral.. et quelques semaines désormais avant de savoir si la courbe du chômage s’est inversée, fût-ce d’un seul millième de millimètre. Tel est le «banco» inlassablement espéré du successeur de François Mitterrand.

1er novembre.

images-2L’insurrection en Algérie avait commencé aussi à la Toussaint, celle de 1954. Peu d’observateurs, à part les voyantes extralucides du Tribunal de l’Histoire, n’en ont  alors compris les véritables causes, ni qu’elle se transformerait en guerre, ni que cette guerre atroce se solderait par l’exode d’un million de personnes, un exode qui a décimé, à la lettre, la population d’Algérie des années 60. Qu’en est-il résulté? Les «européens», comme on les nommait, pour la plupart se sont intégrés magnifiquement dans la France des Trente Glorieuses et souvent ont ajouté à sa gloire dans tous les domaines de la vie économique, universitaire, scientifique et artistique. Les blessures de l’âme ont été pudiquement maquillées sous des couches épaisses de fard et sous des rires anesthésiques. Plus d’un demi-siècle s’est à présent écoulé. Lorsque la nostalgie est la plus forte et que s’accomplissent des voyages de «retour», ils sont tellement désenchantés, pour ne pas dire traumatiques, que l’on décide d’en rester là et de ne plus recommencer. Pour sa part, l’Algérie indépendante, placée sous le signe de l’arabisme et de l’islamisme, a traversé des drames innommables. Depuis l’hallucinante décennie 90, elle semble cuver l’horreur qui l’a submergée. Nul doute qu’elle cultive de forts sentiments patriotiques, surtout lorsque l’on touche à ses mythes fondateurs qui n’ont souvent de fondateurs que ce qu’en clament ses thuriféraires. Peu à peu les générations de l’exode s’en vont vers de plus vertes prairies. Faut-il croire que les traumatismes vécus s’éteindront? Un véritable principe de «sociologie des identités» serait à vérifier: ce qui, dans le cours d’une génération, se voulait idéologique, et donc relativement ouvert au débat, serait–il virulent, devient identitaire dans les génération suivantes et n’offre plus aucune prise à la parole, surtout lorsque le  Livre  saint  prend le relais et  coule du béton théologique sur les  maux  du siècle.

3 novembre.

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Lendemains de – première – Guerre mondiale dans les arts et lettres en France. Le livre de Kennett E. Silver «Vers le retour à l’ordre» permet de prendre la mesure des débats. Les épouvantes du cataclysme sont imputées à Picasso et aux cubistes qui ont détruit la forme, magnifiée par Ingres, et ont disloqué l’apparence humaine mieux que ne l’ont fait les canons de 75 et les  shrapnels! Il faut donc remettre de «l’ordre» et l’on confond l’ordre vivant avec la fin de l’anarchie, comme si le retour à la ligne prétendue droite et l’interdit de toute autre composition que symétrique n’était pas la pire des débâcles anarchisantes! L’art mondial ne n’est pas remis de ces diatribes qui s’exaspèreront dans l’après-seconde Guerre mondiale. Pour les uns, les «Otages» de Fautrier, représentent le summum d’un art de l’horreur, si l’on osait cette expression. Pour les autres, il s’agit  d’un gros pâté de peinture à l’huile, d’un morceau de cervelle desséché jeté dans la rigole du boucher, avalé puis dégurgité par d’impénitents ergoteurs. Ce que l’on appelle «art» n’est plus que provocation aux extrêmes: art minimaliste et «invisibiliste» (blanc sur blanc, encadré de blanc, collé sur un mur blanc) d’un côté, l’emballage du Pont neuf par Christo de l’autre, jusqu’à ce que Stockhausen déclare, dans un accès d’extase orgiaque, que la destruction en direct des deux tours du Trade World Center, le 11 septembre 2001, était sans doute  l’un des moments les plus sublimes de l’esthétique humaine et cosmique. Revient alors en mémoire la vision de ces trois ou quatre touristes en chapeau de paille, lavant leur aquarelle devant la mer plus bleue que bleue à Sidi Bou Saïd. L’art non pas naïf mais simplement natal.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 21 Octobre

In BLOC NOTES on novembre 7, 2013 at 3:47

22 octobre.

130Avec l’approche des vacances de la Toussaint, l’affaire Léonarda semble faire long feu. Manuel Vals peut commencer à respirer car cette affaire comporte assurément deux volets. Le premier est relatif à l’émoi suscité par l’expulsion de la lycéenne d’origine kossovare. Une indignation compréhensible et honorable. Le pays des droits de l’Homme, présumé accueillant et doté d’un arbre de cocagne à chaque carrefour, ne peut devenir simultanément celui de l’expulsion d’un être sans défense. Si la France et le Kosovo constituent deux entités politiques distinctes, le peuple lycéen, lui, est universel, comparable à la «tunique sans  couture» de l’Evangile. A quoi il faut sans doute ajouter que, depuis le commencement de la crise à présent quadragénaire qui mine le beau pays de France et sape   les fondements de sa société, chacun est porté à s’identifier à quelque victime que ce soit. L’arc -réflexe devient irrépressible. Mais il est un autre versant: celui d’un certain «plan B» qui fait l’objet des conversations à mi-voix. De quoi s’agit-il? Jusqu’à présent l’échec du couple Hollande-Ayrault est patent et sans doute les deux consultations électorales de 2014 l’attesteront cruellement, sauf miracle. Il n’est pas impossible alors qu’au delà de tout amalgame juridique une débâcle aux municipales et aux européennes produise l’effet pour le président de la République d’un quasi «impeachment» – sauf que la constitution de la Veme République, autre «boite à outils», et moins obsolète que celle  évoquée  lors d’une  émission télévisée calamiteuse – met à sa  dispositions des armes légales non encore utilisées. Dans ce cas, il faut se souvenir que le PS depuis Mitterrand est devenu un parti d’élus de toutes sortes, d’élus professionnels qui doivent à cet égard songer à leur avenir, pour ne pas dire à leur emploi. Il est donc compréhensible qu’ils se montrent soucieux d’un avenir que le présent ne semble pas particulièrement porter en son sein.  D’où le second fer au feu. Mais tout le PS ne s’identifie pas à Manuel Vals et  en prévision soit de 2017 soit d’une échéance encore plus accourcie il vaut mieux se débarrasser d’un compétiteur dangereux dont la cote monte dans l’exacte mesure où celle de François Hollande s’effondre. Ce qui contraint le ministre de l’Intérieur, aux cravates impeccablement coupées, d’une part à faire preuve de sa loyauté vis à vis du président de la République dans le pétrin, mais d’autre part à buriner pour toute fin utile son profil présidentiel. Pendant que Ségolène s’affiche glamoureusement  en   pasionaria de la République, lui expulse de la main droite et console de la main gauche. Un vrai pianiste de la haute politique …

23 octobre.

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Bientôt trois ans que le printemps arabe a démarré en Tunisie. Qui aurait pu prédire à ce moment qu’après le «dégagement» de Ben Ali, l’armée tunisienne en serait à pourchasser des djihadistes sur son propre territoire; que l’islamisme y rendrait la vie dure aux démocrates, et surtout que le tourisme, cette forme de plébiscite international en lunettes de soleil, serait en basse berne? Au commencement de ce mouvement, initialement irrépressible, l’on a pu dire, n’en sachant pas les issues, que la pire des politiques serait bien la politique du pire et qu’il fallait – au sens du devoir kantien – espérer que la Tunisie, puis l’Egypte, et d’autres pays sous dictature militaire, s’en sortent rapidement. Ce n’est pas déjuger ce souhait que de reconnaître qu’il est loin, bien  loin d’avoir été réalisé. Les «masses» arabo-musulmans ont échangé la main de fer contre le livre Saint et les mafias d’Etat pour les micros-mafias. Au temps de la mondialisation et de l’information en temps réel, les révolutions, ou ce qui en tient lieu,  ne sont plus ce qu’elles étaient. Si les réseaux sociaux ont pu mobiliser en moins de temps qu’ils n’en faut pour le dire des foules incandescentes, avenue Bourguiba ou sur la place Tahrir, c’est par ces mêmes réseaux que l’inquiétude se propage et que la défiance  dans l’économie de ces  pays devient dévastatrice; l’une des raisons pour lesquelles les combats en Syrie sont tellement féroces et indécidables. Il y a quelques semaines le tyran Moubarak était extrait de sa cellule pour comparaître devant les juges du régime Morsi. A présent, c’est Morsi  en personne qui est extrait de la sienne pour comparaître devant les juges du général El Sissi. Tournez manèges! Tournez méninges! Pendant ce temps, John Kerry et Barack Obama qui ne comprennent rien à rien ressemblent à deux aveugles engagés dans une partie de golf, avec sur le green des trous plus larges et plus profonds que des précipices.

27 octobre. 

images-6«L’homme des vallées perdues» de George Stevens ou à la recherche du temps perdu cinématographique! En revoyant ce western de 1953, à classer parmi les 10 plus légendaires du cinéma américain, je me retrouve au cinéma Cirta de Constantine que ces années là, Henri Draï, dirigeait et dont il assurait avec passion et discernement la programmation. Dans la salle, je me plaçais toujours au même endroit: au balcon-côté droit, le plus proche possible de l’écran. C’est sans doute pourquoi je saurais décrire jusque dans le détail la coiffure d’Alan Ladd, avec ses  ondulations aurifères, et sa manière de boxer; le front buté de Van Heflin, le regard éperdu de Jean  Arthur, luttant contre un amour naissant mais interdit, et surtout le visage de  Brandon de Wilde dans le rôle de Joey Starret qui avait mon âge d’alors:11 ans. Pour les spécialistes du western, la scène la plus mémorable du film  est la scène finale, lorsque le gosse aux cheveux platine clame éperdument le nom de son héros: Shane que l’écho lui renvoie tandis qu’Alan Ladd, à nouveau solitaire, s’en  va vers son destin  et s’amenuise à l’horizon. Ce n’est pas celle qui s’est imprimée dans ma mémoire cinématographique. Celle que j’attends, en revoyant ce film, dans cette vallée violente, couronnée de montagnes enneigées, est celle des chevaux qui s’affolent, l’oeil fou, qui ruent et se cabrent  sauvagement pendant qu’Alan Ladd et Van Heflin se battent, corps à corps, le premier tentant d’empêcher son ami de s’exposer au feu du tueur sombre, de Jack Palance, dont le visage semble avoir été taillé au couteau de boucher. Comme si cette bagarre dépassait largement ses protagonistes, qu’elle engendrait un trouble cosmique… Pourtant, il faut prendre garde à ne pas revoir trop souvent ces films dans lesquels notre enfance s’est lovée. Les souvenirs les plus précieux sont comme les allumettes: on ne peut les allumer deux fois.

Raphaël Draï

BLOC NOTES: Semaine du 15 Octobre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on octobre 28, 2013 at 11:10

15 octobre.

Bonne mère

Ier tour de la primaire socialiste à Marseille. La sénatrice Samia Ghali arrive en tête, devant Patrick Mennucci. Marie-Arlette Carlotti, ministre du gouvernement Ayrault, est éjectée, psychologiquement défaite au delà du narrable, indice supplémentaire de l’image réelle du gouvernement dans l’opinion publique. Comme il fallait s’y attendre, le résultat obtenu par l’égérie des quartiers Nord de l’agglomération phocéenne est aussitôt contesté à cause d’une sombre histoire de co-voiturage et l’on ne sait quoi encore. Déjà l’on sent la sainte-alliance se constituer contre la sénatrice au teint mat et à la chevelure couleur aile de corbeau. Il y a le dicible, et puis les non-dits qui pourtant sont perceptibles depuis Paris. Confier l’élection municipale de Marseille à une candidate de la «diversité», issue de l’immigration maghrébine, ferait vaciller le Bonne Mère sur ses assises et donner à penser que les Barbaresques n’attaquent plus depuis le large mais de l’intérieur des terres. Vive la laïcité! Car le candidat nommé Mennucci ne descend pas non plus du duc de Saint-Simon. D’origine italienne ses parents sont arrivés à Massilia au début du siècle  dernier et y ont déposé leur baluchon. Bien sûr, toutes ces composantes ne seront pas évoquées ouvertement dans les journaux et devant les caméras. Chacun et chacune invoquera les intérêts supérieurs de la capitale  méridionale, ceux du Parti Socialiste, et la nécessité de ne pas se faire dévorer une nouvelle fois par un Gaudin qui prépare déjà sa friture de crabes. Comme un seul homme, les autres candidats de cette primaire vraiment primaire se sont rabattus sur Mennucci. La main sur le coeur ce dernier entend signer l’arrêt de mort du «système Guérini», lequel  Guérini voit toujours en lui un des nombreux enfants naturels – et parricides – qu’il a semés dans les permanences du «socialisme» à la marseillaise. Une étude récente a montré que dans le vocabulaire politique de Léon Blum le mot le plus astringent était celui de «désintéressement». Ne le dites pas trop fort. La célèbre sardine du Vieux Port pourrait en attraper le hoquet.

17 octobre.

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Manuel Vals dans la tourmente de l’affaire Léonarda, prénom de cette élève d’origine kossovare dont les parents se trouvaient en situation irrégulière sur la belle terre de France et qui a été reconduite de son lycée d’adoption sur sa terre ancestrale. Aussitôt, barouf et tintouin, avec des milliers de lycéens dans les rues, scandant les mots d’ordre de l’indignation et réclamant, plus ou moins fort – l’UNEF reste un satellite du PS – la démission de ce  ministre de l’Intérieur sans principes et sans coeur. Je ne sais plus quel sociologue américain a écrit un gros livre sur «L’âge de la sympathie». Notre temps est celui de l’expression obligatoire de ce sentiment cher au philosophe Max Scheler mais qui reste relativement indéfinissable. Il faut y prendre garde: ne pas passer pour sympathique vous rend ipso facto antipathique et l’Âge en question commute en celui de la guerre de tous contre tous. Car, que l’on sache, il a fallu pas moins d’une guerre pour que le Kossovo parvienne à la situation, tout de même bizarre en droit international, de « quasi indépendance » et l’on pourrait présumer qu’un peuple indépendant retienne en son sein tous ses enfants. Il n’en est rien, comme pour de nombreux Etats de la planète sortis de l’orbe coloniale. Leur population migre autant qu’il est possible, officiellement ou clandestinement,  ce qui entraîne que les pays réputés d’accueil et de cocagne s’en défendent par des législations drastiques et peu «sympathiques». La France est de ces pays. Les étrangers n’y sont admis qu’en situation régulière. Qu’est ce qu’une situation régulière? Souvent une situation irrégulière mise aux normes après-coup, le fait accompli se transformant en droit. Parfois, cela marche. Pour Léonarda cela n’a pas marché. D’où, on l’a dit, le tintouin, le barouf, les discordances ministérielles et le président de la République se mettant tout le monde à dos en croyant avoir forgé une motion de synthèse rue de Solferino. Il faut y réfléchir: les réfugiés de ces Etats prétendument indépendants seront d’autant mieux acceptés dans les pays présumés de cocagne, et dont beaucoup se trouvent en crise chronique, qu’il sera possible pour les nationaux de ces mêmes pays d’aller s’établir là bas pour y commercer, pour y dispenser leur culture, y ouvrir les établissements de leur religion. Comme la vie biologique ne peut se concevoir privée d’oxygène, la vie politique internationale ne peut se concevoir sans application maximale du principe de réciprocité.

20 octobre.

Roger_Martin_du_Gard_1937Dans les toxicoses de la vie politique et sociale quotidienne, ménager les moments d’une respiration d’air pur. Rouvert les 3 volumes du «Journal» de Roger Martin du Gard et plus particulièrement le premier, aux années 1914 à 1918 puisque l’auteur de «Jean Barois» avait été mobilisé sur le front de guerre. Deux sentiments poignent le lecteur. D’abord la sauvagerie – le mot est faible –  de cette confrontation planétaire dans laquelle l’Europe a laissé paraître le pire de son âme. Roger Martin du Gard ne dissimule rien  de son désarroi, presque de son désespoir, devant ces terres retournées par le «marmitage» des canons monstrueux, devant les villages réduits à quelques  hideux chicots noircis, devant ces hommes amputés, défigurés; devant  les cohortes humaines relancées l’épée dans les reins vers les champs d’hécatombe; devant les destructions corporelles redoublées de dévastations morales. Une seule plante vénéneuse poussait dans les tranchées, entre les barbelés, sur les centimètres de terrain  gangrenés et grignotés au détriment de l’ennemi mais au prix de milliers de vie humaines – heure: le  Nihilisme. Roger Martin du Gard confie à quel point il a été saisi par cette tentation annihilatrice. Et pourtant, c’est au front même, dans les intermittences des «orages d’acier», qu’il ne peut s’empêcher de travailler à son oeuvre future, qu’il en trace les plans, qu’il en essaye les titres successifs, qu’il en décrit à sa femme, à ses amis, les textures et les  intrigues. «Les Thibault» sont en gésine dans ce paysage infra-lunaire. Résistance de la vie contre ce qui la dénie! Et grandeur du créateur qui ne renonce pas, face aux «  œuvres » infatigables du destructeur. Inlassable combat.

RD

Bloc-Notes: Semaine du 8 octobre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on octobre 22, 2013 at 6:00

8 octobre.

Peinture blanche

Non- lieu pour Nicolas Sarkozy. La juridiction bordelaise n’a pas retenu l’incrimination d’abus de faiblesse imputée à l’ancien président de la République au détriment de Liliane Bettencourt, la femme richissime qui offre des Matisse comme d’autres des images du Tour de France. L’incrimination était absurde et grotesque. Elle  s’est auto-détruite par son excès même. Voici donc Nicolas les pieds désentravés, même s’il est vrai qu’Eric Woerth son ancien  ministre, n’en a toujours pas fini, lui, avec la justice de la République. Quelles sont ses intentions? Quels sont ses plans? En allant de ci, de là, sans se laisser jamais interviewer directement, il laisse s’effacer le nuage de médisances, de ragots, de moqueries qui lui a été fatal en 2012. Avec un risque déjà souligné: en attendant, d’autres occupent le terrain et lui en bloquent progressivement les voies d’accès. Qui sont  ces autres? Les «fillonistes», bien sûr,  et l’on s’étonnera que l’ancien Premier ministre, sur-dosé en gaullisme mythologique, s’auto-investisse d’une  mission providentielle pour sauver la France. Les comptes à l’UMP ne se règlent plus en famille. Nicolas Sarkozy aurait tort de s’imaginer toujours dans la peau du challenger de Chirac. La force montante est couleur bleu marine. Les leaders de l’UMP, ou ce qu’il en subsiste, ont raison de ne pas vouloir s’allier avec le FN. Ce serait rejouer «La chèvre de Monsieur Seguin», ce récit morbide qui a embué nos yeux d’écoliers. Tout semble indiquer que Nicolas Sarkozy mette en place une fusée à plusieurs étages dont il décidera du lancement s’il est sûr de ne pas reprendre une raclée. Mais l’on imagine en 2017 la revanche du débat de 2012: «Vous Président, la France est à genoux; vous Président, le FN est au plus haut; vous Président, des français quittent la France;  vous Président, la France n’est pas présidée». Tel est un des axiomes les plus vérifiés de la science politique: le vrai problème de l’élection se pose le lendemain de l’élection. Lorsqu’après avoir sabré le champagne et chanté à tue- tête: «On a ga- gné! On ga-gné!», il faut faire mieux que le prédécesseur, créer de vrais  emplois, avoir une vraie idée du futur.

 

10 octobre.

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On annonce la mort du nazi Erich Priebke, avec quelques problèmes pour son inhumation. L’enthousiasme n’est pas de mise dans son Allemagne natale qui ne le réclame pas. Un accord avec son dernier avocat incite à penser qu’il trouvera sa demeure funéraire en Italie, dans un endroit secret. Le bourreau des fosses ardéatines aura ainsi frôlé l’âge centenaire. Ses victimes ne sauraient en dire autant. Quelle leçon tirer de cette monstrueuse époque? Dans l’un de ses ultimes essais, scientifiquement testamentaires: «Analyse avec fin et analyse sans fin», Freud le rappelle: nul ne peut assurer que le dernier dragon de l’âge archaïque soit mort, vraiment mort. Pour en avoir la certitude il faudrait que se reconstituent les circonstances de l’époque et qu’au lieu du pire de l’homme en l’homme, le meilleur se fasse enfin jour. Expérience dangereuse. Par le fait même de cette possible reviviscence, le pire attesterait de son intact virulence. Si l’époque du nazisme est chronologiquement close, l’est-elle mentalement? Qui s’en porterait fort? Tout armé du savoir psychanalytique, Freud a été contraint de fuir Vienne in extremis tandis qu’Hitler en était devenu le maître. Mais Hitler à son tour a fini suicidé et carbonisé. Une fin qui évoque celle des «Liaison dangereuses», citées ide mémoire: «Je vois bien  les méchants punis mais leurs victimes sont elles revenues à la vie?».

 

 

13 octobre

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Revisiter  les deux films de Jean Cocteau «Orphée» (1950) et «Le Testament d’Orphée» (1959) exige un peu de bonne volonté. Comment se priver du plaisir de revoir Jean Marais et son profil grec aux sourcils renfrognés, Maria Casarès et ses yeux noirs d’Espagne, François Perrier et sa coupe de premier communiant,   Juliette Gréco avec son nez d’origine, Marie Déa et son regard de perdition, et tant d’autres? Il fut un temps où tout ce que à quoi Cocteau touchait; théâtre, poésie, peinture et «cinématographe», comme il disait, se transformait en or. L’arlequin au costume brodé d’or faisait oublier l’homme rongé de doutes, miné par la souffrance, délabré par l’opium qui a laissé des notes bien grises  dans «La Difficulté d’être». Ses excès montraient le revers de ses manques et de ses lacunes. Un jour, il s’embarda un peu trop loin avec une pièce à charge contre l’Eglise, affublée du titre retors de «femme -tronc». Mauriac dont les mœurs secrètes n’étaient pas éloignées de siennes l’en châtia par une lettre au curare dont quelques mots sont restés: «Tu es dur mais tu as la dureté de l’insecte. Il suffirait d’appuyer un peu». Comme on le dit en langage populaire, ces deux films ont pris un sacré coup de vieux. Les tragédies antiques perdent à être transposées en costume de ville, les chars aux fringants coursiers se transformant en motocyclettes pétaradantes et la figure du destin transposée en demoiselle du téléphone. Autant repasser les peinture de Lascaux au Ripolin. Et puis, les effets spéciaux de l’époque sont devenus presque risibles au regard de ceux d’aujourd’hui, produits par des ordinateurs qui font vraiment prendre des vessies  pour des lanternes. Que reste t-il de cette tentative de nécromancie filmée? Il faut imaginer Orphée en pantalon de golf, dans un enfer éclairé au néon. Un jour les films de Cocteau seront revus  par d’autres yeux encore… Et peut être les trouvera t-on magiques, ou mieux, et cette fois vraiment: poétiques.

Bloc Notes: Semaine du 30 Septembre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on octobre 15, 2013 at 9:38

Le 30 septembre.

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Nouvelle dégradation de la cote de popularité du chef de l’Etat, comme on a pris l’habitude de qualifier le président de la République. Chef, il faut l’être assurément. François Hollande a beau  s’échiner il ne parvient pas à entrer dans le personnage. Les derniers affrontements qui ont affligé son gouvernement  dont le Premier Ministre ne semble tenir solidement en mains qu’une canne à pêche le démontrent, une fois de plus, ad nauseam. Depuis dix-huit mois ou presque, le régime politique de la France présente les apparences de le Vème République. Dans la réalité il se coule dans les ornières récessives de la IVème. Certes, le Président en titre peut enfler la voix, gronder ses ministres chamailleurs ou chamailleuses et laisser entendre que c’est la dernière fois qu’il tolèrera leurs esclandres. Il ne dissipe nullement  le sentiment délétère selon lequel les ministres concernés ne se le tiennent pour dit qu’en raison de leurs ambitions propres, décelables même par l’oreille d’un sourd. Ne dirait-on pas, qu’hormis quelques autres membres du gouvernement dont l’emploi de ministre semble être le premier qu’ils aient occupé depuis leur sortie du Lycée, les autres ont déjà anticipé l’échec de la présidence Hollande et qu’ils en préparent à bas bruit la succession? Bien sûr, François Hollande a les yeux fixés non sur la courbe des sondages mais sur celle du chômage. Il attend que cette courbe miraculeuse se retourne comme sœur Anne guettait les secours du haut de la tour sanglante de Barbe Bleue. La position est pathétique. A la fin de l’été, les statistiques semblaient aller dans le bon sens. Hélas, elles étaient en partie faussées à cause d’une erreur d’informatique. Et à supposer que la courbe fatidique s’inverse vraiment, lui en saura t-on gré? La boutade d’Alphonse Allais est connue qui déclarait en poussant ses volets: «Sans me vanter, il fait beau». En face, la Droite  ne cesse de se déchirer à belle dents entre ses trois cavaliers: le cavalier sans cheval, François Copé; le cavalier seul, François Fillon; et le cavalier masqué, Nicolas Sarkozy. La théorie psychanalytique dont il faut savoir ne pas abuser en science politique connaît bien ces  formes de suicide: le suicide à deux pour la Gauche et la Droite, à trois ou à plusieurs pour le PS, Les Verts et l’UMP.

Ier  Octobre.

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Assemblée générale de l’ONU. Pendant que Obama et Rohani dansent le tango, joue contre joue, chaussés d’escarpins en peau  d’ange, le premier Ministre d’Israël fait irruption dans la salle de bal avec ses brodequins cloutés. Et il ne l’envoie pas dire: la République islamique d’Iran n’a nullement renoncé à son programme nucléaire. Rohani veut donner du régime iranien une image moins rebutante que son prédécesseur Ahmadjinedjad auprès de qui Goebbels pouvait passer pour une nature sensible. Il entend juste desserrer l’étau des sanctions internationales. Pour le reste il l’a dit et il le répète: l’Iran a le droit d’enrichir son uranium. Ce droit n’est pas négociable. Seuls les «détails», comme il les qualifie, relèvent d’une discussion forcément paritaire. Tout observateur de bonne foi se trouve alors partagé: comment dans ce monde instable ne pas  donner ses chances à la paix, ne pas privilégier la discussion sur l’épreuve de force? Depuis la fin de la seconde Guerre mondiale, aucune guerre ne s’est terminée sur une victoire digne de ce nom: autrement dit militaire et politique. Sans remonter à la guerre de Corée, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, le Mali, sans parler du proche Orient, ne sont toujours pas revenu à la paix, s’ils s’y sont jamais trouvés! En même temps comment se prémunir contre une autre stratégie, duplice: celle qui incite la République théocratique d’Iran à gagner du temps, encore un peu de temps, pour arriver à ses fins. Après, il sera trop tard. L’Etat  d’Israël le redoute et le proclame. L’Egypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite, et d’autres Etats du Maghreb le redoutent mais doivent se taire pour ne pas paraître faire le jeu des «Juifs». A la tribune de l’ONU Benjamin Netanyahou a pris date. Il semble que d’autres chefs de délégation lui en aient su gré.  Mais chut …

6 Octobre.

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Pénétré, spéléologiquement, dans les huit volumes du critique d’art et de littérature: Werner Spies. Profonde bouffée d’oxygène culturelle. S’il n’est pas difficile d’entrer corps et âme dans un paysage de Pissarro, dans un salon de Chardin, si ce n’est dans le regard éternisé des visages du Fayoum, comment y réussir chez Tapies, Fautrier, Newman, Boltanski, Bram Van Velde.. Des bibliothèques entières ont été consacrées à l’art dit moderne, sous toutes ses variantes, en toutes ses filiales, succursales, sous-traitants et mal-traitants. On ne juge pas une oeuvre qui se présente comme une oeuvre d’art. On doit s’efforcer de comprendre ce que son auteur, à supposer que ce mot conserve un sens en ce domaine, a voulu exprimer et qui parfois dépasse sa seule personne. Dans ce cas, sa main se compare au capteur du sismographe, au traceur de l’électroencéphalogramme. Soit. Ecoutons. Comprenons. Sans éluder pour autant une autre question: pourquoi la Face humaine s’en absente t-elle? Ces giclures, dislocations, collages, greffes de papier peint et de lambeaux d’affiches, de morceaux de ferrailles et de bouteilles en plastique peuvent elles y suppléer? Sait-on même la  restituer par le mouvement du dessin? Celui -ci semble s‘être réfugié dans la bande dessinée qui a ses remarquables Breughel et Goya. Comment l’y rétablir en sa plénitude sans qu’elle apparaisse «restaurée»? Ne faut-il pas en dire ce que Flaubert disait, je crois, de l’Orient: «Hâtez vous de le contempler. Il va disparaître». La Face humaine, résistante jusque chez Rouault et même chez  le clown de Bernard Buffet, aurait-elle  des substituts?  Serait-ce l’urinoir inversé de Duchamp?

                                    R.D.

Bloc-Notes: Semaine du 23 Septembre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on octobre 10, 2013 at 1:59

23 septembre.

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Présentation du budget de la santé par la ministre en charge de ce secteur particulièrement… névralgique: Marysol Touraine. Nouvelle quadrature du cercle. Avec un tracé de croissance proche de l’électro-encéphalogramme plat, comment contenir le déficit de la Sécu, tout en maintenant la qualité des soins et le standing sanitaire d’une nation de premier plan? Depuis quatre décennies à présent,  l’Etat purgatoire s’est substitué à l’Etat providence. Dans une économie anoxique, une économie de pénurie, la tentation devient de plus en plus forte d’imputer la charge du fardeau à l’incurie de ses concitoyens. Ainsi sont ou seront mises en cause les professions de santé (pharmaciens, médecins, infirmières, praticiens hospitaliers, etc..) accusés de faire leur gras sur les maladies des uns et des autres, véritable crocheteurs de vieilles dames cacochymes et parasites de l’effort collectif dont ils s’exceptent obliquement. L’imputation vaut ce que vaut l’idée reçue qui l’alimente. A ce compte pourquoi ne pas fustiger les boulangers parce qu’ils font leur beurre sur la faim publique, les entreprises de pompes funèbres parce qu’elles commercent avec la mort, et les fabricants de vêtements parce qu’ils profitent de l’interdit de circuler tout nu! Dans l’univers de la rareté, cher à Sartre, chacun devient le surnuméraire du  voisin  au point d’en oublier deux considérations pourtant fondamentales. D’abord, tous les systèmes économiques sont monétarisés et financiarisés. Il n’est possible d’accéder au marché des biens qu’à la condition de disposer des ressources monétaires nécessaires pour les acquérir puisque cette acquisition, sauf cas exceptionnel, ne peut s’opérer ni par dons systématiques ni par troc. Ce qui entraîne que toutes les professions soient professionnalisées, autrement dit, destinées  pour leurs titulaires, après validation légale, à acquérir les dites ressources. En ce sens, le Pape lui même perçoit un traitement qu’il s’empresse naturellement de redistribuer. Exercer une profession se ramène non pas à exploiter la détresse et la misère  mais à répondre à un besoin, y compris celui de se nourrir et de nourrir sa famille dans une économie de ce type. Autre considération axiale: la déficit de la Sécu ne s’explique pas exclusivement par les abus des uns et la sur-exploitation des autres, sans parler des fraudes commises en grand nombre par des délinquants qui s’imaginent toujours au temps des vaches grasses. Il s’explique surtout par le chômage et la précarité d’un fort pourcentage de la population que l’on ne peut pourtant pas ne pas soigner et sustenter si l’on veut éviter de nouvelles insurrections. En somme, d’un côté l’amputation, de l’autre le chloroforme. L’économie  est une branche de la créativité de l’univers. Si elle y déroge, il n’est plus aucune bonne solution, concevable et praticable. Cependant, au lieu de s’y coller, les chefs des partis  se spécialisent, entre deux diatribes, dans la biologie cellulaire  du nombril  qui n’est pas exactement celle du cerveau.

 

24 septembre.

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Fin de la prise d’otages au centre commercial Westgate de Nairobi. Les forces armées kenyanes auront eu raison du commando de «chebabs»,  somaliens et autres,  qui s’est livré en ce lieu convivial à un assaut d’une sauvagerie indescriptible. Et cela au nom de l’Islam. Mais de quel Islam? Il a bon dos, si l’on peut  dire, le prophète Mohamed au titre de qui cette sauvagerie s’est déchaînée. Il semblait pourtant que la noblesse de caractère et que l’esprit de chevalerie aient toujours animé les compagnons de ce dernier et ses disciples, sans parler du courage qu’ils ont déployé pour conquérir à force armée la moitié de la planète en moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter! Dans ces prises d’otages, ces tueries sélectives, ces mutilations d’hommes et de femmes sans défense, où est le vrai courage? Où se trouve la vraie foi? Le fanatisme est une pathologie, certes, mais une pathologie de l’esprit dans lequel la bêtise, la lourde, l’insondable bêtise obnubile l’intelligence et le  sens du réel. Car en quoi le massacre de Nairobi a t-il fait avancer d’un pouce la cause de l’Islam ou de ce qui passe pour tel? Ces «chebabs» ont-ils conscience, au contraire,  de la régression qu’ils infligent à leur cause et de la répulsion planétaire qu’ils  engendrent, sauf bien sûr chez quelques émules en mal d’émotions fortes et dont la haine explicite qu’ils vouent à l’univers entier n’est rien comparée à celle, inavouable, qu’ils nourrissent contre eux mêmes.

 

29 septembre.

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Toujours le cycle John Ford avec  «Les Cheyennes», film relativement récent, sorti en 1964, qui tranche avec les précédentes réalisations du cinéaste mythique. Cette fois, les Indiens ne sont pas les méchants qui attaquent les pauvres fermiers, violent leurs femmes et découpent leur progéniture aux jointures du squelette. Ce western est à loger dans la catégorie « westerns de repentance». Cinématographiquement, une réalisation digne des plus grands maîtres du genre: les espaces immenses du Colorado  avec ses vestiges lunaires, ses plaines plus vastes que l’océan, et des ciels débordant de l’écran. John Ford  décrit un peuple en agonie, harcelé sur les routes de son prochain cimetière et qui trouve encore et toujours l’énergie de se révolter et la force de faire le coup de feu.  Une jeune femme blanche l’accompagne, interprétée par Carroll Baker, la Marie- Madeleine d’un néo- Christ peau – rouge. C’est elle,  avec le capitaine courageux joué par Richard Widmarck,  qui est  vouée à sauver l’âme des Blancs. Les sauvages ont changé de camp. Ils sont en tunique bleue. Dommage que John Wayne n’ait  point fait partie de la distribution. John Ford l’eût  sans doute costumé en officier de l’armée du salut, psautier en main, le cœur  dirigé vers la chorale des Anges. Mais un grand film tout de même, dont les paysages du Far West ne sont que l’habillage. Le plus important se trouve dans son «message» d’une actualité vitriolante: « Vae Victis ». « Malheur aux vaincus ».

 

 

 

Bloc-Notes – Semaine du 16 Septembre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on octobre 3, 2013 at 9:50

17 septembre.

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Roulis et tangage chez les Verts. Dans quelques décennies, cette mouvance engendrera la perplexité des sociologues et des politologues. Pour toute la France, le parti intitulé «Europe Ecologie Les Verts» compte à peine une quinzaine de milliers d’adhérents, c’est à dire infiniment moins que n’importe quelle association de dimension nationale et même régionale. Le score de sa représentante, Eva Joly, aux dernières présidentielles a été étique, ce qui donne une idée de sa représentativité réelle, toujours au plan national. Sans doute cette mouvance obtient-elle de bons scores aux Européennes mais cette élection est spécifique et sert souvent de simple défouloir. Il n’empêche: les Verts, comme on les appelle pour faire court, ont deux ministres au gouvernement Ayrault. Cependant, à elle seule Cécile Duflot y occupe la place d’une bonne douzaine. Si un romancier de génie s’appliquait à écrire «La Comédie humaine» de notre temps, Cecile Duflot y mériterait un volume à elle seule. Faut-il préciser une fois encore qu’en ce Bloc-Notes il n’est jamais question des personnes réelles mais de l’image qui se perçoit d’elles sur les chaînes de télévision. Quelle image la ministre du logement donne t-elle, Celle d’une jeune femme animée d’une féroce ambition. Cette ambition a trouvé ses premiers chenaux dans la mouvance écologique, avec ses côtés attendrissants  mais aussi avec ses impitoyables querelles de personnes. Il est loin le temps de René Dumont! Nul doute que Cécile Duflot ne soit animée de fortes convictions en la matière mais elle apparaissent ancillaires au regard de son criant besoin de puissance. Ce n’est pas elle qui se laisserait débarquer de son ministère du Logement! Elle le transformerait en Fort Chabrol. De fait, le mouvement EELV se trouve désormais sous sa coupe et les «croulants historiques», les Cohn- Bendit, les Mamère, n’y sont pas retenus farouchement. Avant d’être élevée  au rang de ministre, Cécile Duflot, sauf erreur, n’a jamais occupé de fonction élective autre que partisane. Les sondages la situent parmi la plus impopulaire des femmes politiques d’aujourd’hui. Elle n’en a cure. Son enseigne  est un camion comparable à celui du film de Spielberg: «Le Duel». Elle sait que François Hollande doit la ménager et compter avec elle puisque 2013 l’intéresse moins que 2017.

17 septembre.

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Le ton monte entre Barack Obama et le Congrès qui menace de lui couper les vivres. On peine à imaginer que la principale puissance mondiale se retrouve plongée dans une panne généralisée d’électricité administrative! Mais les  Etats-Unis  ne sont pas la France. Ils constituent une fédération qui entend le rester. Sauf calamité nationale ou urgence planétaire, les Etats-Unis vivent d’abord à partir des Etats fédérés qui disposent de leurs propres institutions (Congrès, Cour Suprême etc..). Pour le Colorado ou pour la Californie, Washington n’est pas ce que Paris est à Rennes ou à Strasbourg. Barack Obama a été élu et réélu sur un programme de «gauche», au sens américain, et sur des vues pacifistes. Il entend attacher son nom à une nouvelle version du New Deal. Sauf que, lui non plus, n’est pas Roosevelt et que Roosevelt en personne a bataillé dur contre le Congrès et contre la Cour suprême pour  faire prévaloir ses vues. Ce tumulte conduit à s’interroger sur la fonction si ce n’est sur la nature de l’Etat aujourd’hui. Plutôt que de représenter une instance quasi- providentielle, il incarne  de plus en plus l’impuissance et la paralysie, l’exploitation des contribuables et le parasitisme. En France, sous la présidence de François Hollande, il inspire malheureusement et de plus en plus souvent le sarcasme et la dérision. L’absence de résultats le mine jusqu’en ses fondements. Qu’en sortira t-il, L’Etat n’est pas seulement «l’instance qui détient le monopole de la violence légitime», selon la définition célèbre de Max Weber. Il doit être également un agent de cohésion sociale et cohérence psychique, soucieux du seul souverain Bien. Selon Hobbes, le monstrueux Léviathan n’apparaît que dans les temps de décomposition en effet psychique et sociale. Lorsque le monstre surgit, il est trop tard! Qui est en mesure de l’entendre aujourd’hui, Et nos gouvernants ont-ils d’ailleurs lu une seule page de Hobbes, Dès lors comment en seraient-ils conscients?

18 septembre.

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Quiconque douterait de la nécessité de cette information qui ne se limite pas aux dépêches et aux twitts, devrait entreprendre la lecture du récit d’Erik Larson «Dans le Jardin de la bête», excellemment traduit par Edith Ochs (Livre de Poche ). Larson y relate l’ambassade de William E. Dodd à Berlin de 1933 à 1938. Surtout spécialiste du «Deep South» américain, Dodd accepte cette ambassade à la demande de Roosevelt et sans idées préconçues. Hitler et les siens lui apparaissent comme des curiosités locales, quelque peu déroutantes. Peu à peu il découvre la monstruosité des personnages en cause et l’horreur du système méthodiquement mis en place par eux. La passivité, le consentement amorphe, la bestialisation progressive,  laissent libre cours à la violence exterminatrice d’un clan dont le Totem est celui de la haine pure. Le passage relatant la liquidation  des SA de Röhm est d’anthologie. Les Juifs seront ses victimes électives. Dodd décrit amèrement les atermoiements, les incrédulités, les fausses mesures qui contribuent à l’Extermination. D’un si terrible effondrement de la conscience individuelle et collective, maintes explications ont été données. Toujours incomplètes. Le travail ne doit pas cesser. Les gouffres mentaux ne se mesurent pas avec le fil des géomètres. Telle est la motivation principale du grand colloque organisée par l’association Schibboleth – Actualité de Freud, qu’anime le Pr. Michel Gad Wolkowicz, à Tel Aviv, du 26 au 31 octobre, sur le thème: «La présence de la Shoah et d’Israël dans la pensée contemporaine». La Shoah outrepasse ce que l’on peut en dire à chaque instant de nos vies. Elle doit  demeurer néanmoins à portée de pensée pour en éviter les récidives. Travail inlassable, mais comme Freud l’a écrit dans «Deuil et mélancolie» il faut in fine assurer la victoire décisive de la pulsion «qui oblige tout vivant à tenir bon à la vie».

Bloc-Notes de Raphaël Draï – Semaine du 10 Septembre

In BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on septembre 28, 2013 at 9:39

10 septembre.

Pioche

Les déclarations de François Fillon sur le Front National font des vagues à l’ UMP. Les ennemis de l’ancien Ier ministre mettent en cause son ambiguïté, si ce n’est son cynisme. Pour tenter d’accéder au pouvoir, François Fillon n’hésite plus à copiner avec le Diable. L’essentiel à ses yeux est de tenter le rassemblement des Droites selon le même schéma – pour ne pas dire la même lubie – politique: les électeurs et les électrices du FN ne lui appartiennent pas. Ce sont de bons français mais déçus, insécurisés par les politiques menées en France depuis des décennies.  Il y a belle lurette que ce parti n’est plus tabou ni ses leaders maintenus en quarantaine. Si Jean-Marie le Pen charrie toujours des effluves sulfureuses, sa fille Marine est devenue partie intégrante du PAF. Alors pourquoi se cacher derrière son petit doigt  et faire la fine bouche! Mais François Fillon dont l’ambition légitime est entachée d’un ressentiment torpide vis à vis de ses rivaux à l’ UMP –  le  patent:  Jean-François Copé, et le masqué: Nicolas Sarkozy – risque de commette une erreur fatale, celle de croire que dans une alliance avec le FN, Marine Le Pen, Gilbert Collard et Florian Philippot se contenteront de lui passer les plats et qu’il finira par les réduire à rien, comme Mitterrand l’avait réussi  naguère avec le Parti communiste. En cas d’alliance, officielle ou tacite, avec le FN, c’est François Fillon qui ne tardera pas à porter le petit tablier et la coiffe de la soubrette. Les leaders actuels de l’UMP l’ont bien compris. De Juppé à Raffarin, s’ils ont décidé de maintenir et même de renforcer le barrage anti-FN ce n’est pas seulement pour des  raisons éthiques. En cas de rupture du barrage actuel, ils ne doutent pas  qu’ils seront rapidement noyés. Pourtant la stratégie de François Fillon reste relayée par ses soutiens au sein de l’ UMP. La sape du parti se poursuit ainsi à grands coups de pioche  alors que la côte de popularité  de François Hollande est au plus bas. Le président de la République imaginait reprendre du poil de la bête avec une intervention en Syrie. Quoi qu’il en laisse paraître et déclarer, il en est maintenant à tenter de sauver la face.  La question vaut alors d’être posée qui dépasse largement les intérêts boutiquiers de l’ UMP et les ambitions égotistes de sa chefferie pour toucher à la pérennité  de la démocratie française, toujours privée de véritable opposition: n’est-ils pas temps de liquider cette UMP fantomatique pour fonder un autre parti, sans les «fillonnistes» qui devraient se compter vraiment et qui perdraient beaucoup de leur force d’obstruction? De toutes façons François Fillon ne tiendra aucun compte des «primaires» prévues au sein de ce parti qui n’est encore le sien que par fiction. A quelques  mois des municipales et des européennes, le projet paraît à la fois urgent et irréalisable. Pour toutes ces raisons l’année électorale  2014  s’annonce comme une année fatidique.

11 Septembre.

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Angela Dorothea Merkel candidate à un troisième mandat pour le poste de chancelière. Rien de ce qui  concerne l’Allemagne ne peut laisser indifférent. Ce qu’il est convenu d’appeler l’amitié franco-allemande ne peut s’installer comme une routine. Le couple franco-allemand est celui par lequel l’Europe, par ailleurs trop composite et trop discordante, conserve quelque consistance. Quel rapport précisément entre l’Allemagne et la Grèce, entre la France – fut ce dans son état actuel et l’Espagne! A force de vouloir s’agrandir et se mettre aux dimensions des Etats -Unis, l’Europe s’est exposé à la gigantomachie. Certes,  la construction européenne  a préservé la paix mais au prix d’une atonie générale et d’une babélisation paralysante. Elle ne peut se survivre qu’en dégageant devant chaque défi le plus petit commun dénominateur de ses membres. Elle dispose d’une monnaie commune mais non d’une politique économique commune, d’où le désastre grec et les tiraillements franco-allemands  subséquents. Les Etats-Unis le savent et en jouent. Poutine n’est pas en reste. Le moins que l’on puisse dire d’Angela Merkel c’est que son apparence  extérieure la fait confondre avec une ancienne directrice d’école. Il est sûr qu’elle ne fait pas couper ses invraisemblables jaquettes chez Dior. L’anti-Ségolène! Pourtant, elle apparaît d’ores et déjà comme l’un des meilleurs leaders que l’Allemagne d’après-guerre ait connus. Dès le début de son quinquennat, François Hollande a cru qu’il pourrait la contourner. Angela se retrouve en tête des sondages pour la consultation à venir. Pour l’électorat germanique, la situation française autorise la leçon de choses et la comparaison édifiante. A la différence du président de la République Française, la Chancelière  a compris que l’autorité réelle ne découle ni des passages à la télé, ni des guerres post-coloniales, ni des effets d’annonce mais des résultats effectivement obtenus dans le domaine de l’économie et de l’emploi. Il y a longtemps que la France n’est plus en mesure de donner des leçons à l’Allemagne Merkelienne même si elle renâcle à en recevoir. Laurent Fabius l’avait justement expliqué un jour où le sens de la véritable formule  spirituelle  lui  était venu: «Les Français doivent comprendre que les Allemands sont vraiment Allemands et non pas des Français parlant allemand ». Avec ses maigres 23% d’opinions favorables, François Hollande devra remâcher son frein avant de taper du poing sur les  tables de Bonn ou de Bruxelles.

12 septembre.

JOHN Ford

Par le moyen du «câble», visites intermittentes de la cinématographie mondiale. Cette fois revu tranquillement: «Qu’elle était verte ma vallée» le film magnifique de John Ford sorti en 1942, en pleine guerre, et tiré du roman de Richard LLewellyn. La différence saute aux yeux, c’est le cas de le dire, entre le cinéma daté et le cinéma intemporel. Le cinéma daté, et fortement, paraît pour l’essentiel celui des années 70 avec ses acteurs en costume moulants, leurs bouclettes et leurs rouflaquettes trapézoïdales, ou  leurs actrices aux chevelures tellement laquées qu’elles semblent de plâtre, et leurs faux-cils renoircis. Faux-cils, fossiles! Le film de John Ford est en «noir et blanc» mais il ne s’agit pas de deux couleurs primaires ou rudimentaires. Le blanc et le noir font les jeux contrastés ou  modulés de la lumière et de l’ombre, du jour et de la nuit, de la neige et des puits de mines. Pour un metteur en scène, il y faut plus que le sens inné des éclairages: celui des phases de la vie. L’économie des moyens incite à leur usage en virtuose. Un film intemporel  ne se réduit pas à un scénario plus ou moins palpitant simplement converti en images pelliculées. Un film de cette sorte traduit une histoire qui appelle plus de visions  encore que celles créées par son  auteur initial. John Ford permet de voir plus largement, plus profondément, la vallée charbonneuse et le destin des êtres  sortis du regard de Llewellyn, même s’il donne ou s’il redonne envie de lire le livre que celui-ci a écrit. De l’ensemble ressort enfin cette prenante image du Père dont on prétend qu’elle a déserté l’univers d’aujourd’hui: le Père intraitable, flanqué de la Mère courageuse, qui distribue lors des repas l’autorisation de parler afin de marquer l’ordre des générations, y compris pour ses grands gaillards de rejetons, et qui va saouler sa colère parce que le plus jeune a décidé de ne plus retourner à l’école; le Père respecté jusque dans les révoltes qu’il suscite chez les siens parce que son temps n’est pas celui des fils et de la fille, tous entonnant à l’unisson ces cantiques gallois  qui font s’ouvrir les cieux au moment même ou les mines se ferment.

Bloc-Notes : Semaine du 3 Septembre

In ARTICLES, BLOC NOTES, SUJETS D'ACTUALITE on septembre 15, 2013 at 2:08

3 septembre.

le boeuf écorché

Le hululement  fiscal monte vers le Ciel: «Cette fois, tout le monde va trinquer!». La plainte n’est pas nouvelle. Elle procède sans doute d’un malentendu. Aucun pays ne peut vivre sans fiscalité, mis à part quelques émirats ou sultanats qui disposent d’une rente pétrolière en apparence inépuisable; et surtout aucune économie moderne non plus, si la modernité se reconnaît aussi au sens de la solidarité entre couches sociales favorisées et moins favorisées ou carrément miséreuses, et entre générations. Qu’est ce qu’un étudiant, de ce point de vue, sinon une  sorte d’enfançon, de nourrisson social! C’est pourquoi la notion de contribution est insérée dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. A condition d’en respecter la signification, le mot est préférable à celui d’impôt. Une contribution est volontaire, participative. C’est la main mise à la poche, certes, mais surtout la main mise à la pâte,  pour pétrir le pain quotidien  demandé dans toutes les prières d’inspiration  monothéiste. Et surtout, en termes plus économiques cette fois, une contribution n’est pas une dépense en pure perte. Elle constitue à sa manière un investissement, lequel comme tout investissement doit être suivi d’un « retour » qui d’ailleurs  n’est pas forcément financier, qui se ressente en mieux être, en épuration de l’atmosphère physique et sociale. C’est ce que le gouvernement Ayrault ne réussit pas à démontrer, en dépit d’efforts parfois pathétiques de « communication ». Mettre  en cause le quinquennat précédent – celui de Nicolas Sarkozy cumulé à celui de François  Fillon -ne  marche plus. Répétons le: nul n’est contraint d’accéder aux plus hautes responsabilités dans l’Etat. Y prétendre oblige à les assumer. Voilà prés de dix- huit mois que François Hollande est président de la République, comme il l’a recherché. Autant dire qu’il a consommé près d’un tiers de son  propre quinquennat. Il est temps de démontrer, si la chose est encore possible, que ces nouvelles ponctions fiscales  doivent être vraiment honorées du titre de « contribution », au sens précédemment explicité. De démontrer qu’il ne s’agit pas d’un racket à l’échelle nationale, qu’elles ne sont pas destinées à financer l’accession et le maintien au pouvoir d’une coalition  sans créativité et sans véritable vision de l’avenir, que le  «socialisme» paie  mais ne se paie pas ;  que le chômage recule autrement que sur des calculettes de bonneteurs. Patients, les responsables du Front National ne cessent d’avancer leur longue fourchette prés de la marmite du Pouvoir. Et ce ne sont pas les dernières déclarations de François Fillon qui les en éloigneront. François Fillon qui a commencé sa distribution de vieux pain aux pigeons de France et de Navarre.

4 septembre.

Hariri

Alors, frappe ou non? Obama se tâte, se palpe. Après son fameux discours du Caire  sur le thème de la  réconciliation de l’Amérique avec le monde arabe, comment pourrait –il de gaîté de cœur donner l’ordre de matraquer la Syrie – qui est moins isolée que le Quai d’Orsay  ne l’annonce – à coup de Tomahawks et autres engins frappeurs ? D’autant que la Russie de Poutine ne lâche  toujours pas son allié de la région, donnant ainsi une leçon de réalisme mais aussi de solidarité en direction d’autres coalitions. Comme il était à craindre, la diplomatie française après s’être placée en pointe d’une action punitive se retrouve à la remorque des Etats Unis. Elle attend un éventuel «  feu vert » du Congrès pour se  faire embarquer (embeded) sur les navires US. La France est expressément désignée comme « ennemi » par Bachar El Assad, ce qui n’est pas une menace en l’air si l’on se souvient des coups de boutoirs assénés par le régime syrien contre les intérêts français dans la région et plus particulièrement au Liban. Les assassinats de  l’ambassadeur Delamare en 1981 et même celle de Rafik Hariri, proche ami de Jacques Chirac, en 2005 sont encore dans les mémoires. Nul ne doute que si les Etats -Unis le décidaient, l’armée syrienne, ou ce qui en subsiste, ne résisterait pas plus qu’en leur temps Kaddafi ou Milosévic. Mais les champs de force en présence sont- ils analogues ? Il faudrait que John Kerry convertisse à ses vues punitives son homologue Lavrov, ce qui ne va pas de soi. De plus, comme l’a fait observer le député Alain Marsaud, de nombreux nationaux français se trouvent dans  la zone potentielle des combats et ne sont toujours pas évacués, à la différence des nationaux américains. Et l’Iran qui poursuit sa politique nucléaire! D’un côté l’eau lourde et de l’autre, si l’on ose dire,, l’eau de boudin.

6 septembre.

Rosenzweig

Dans la sombreur du  temps, des éclats de lumière, d’intelligence, de vraie culture. Michaël de Saint-Chéron vient heureusement de réunir en un volume ses études et interviews consacrées à Rosenzweig, Levinas et Ricoeur sous le titre: « Du Juste au Saint, Ricoeur, Rosenzweig, Levinas » (DDB). Pour ceux qui connaissent son parcours, Michael de Saint-Chéron est ce qu’il faut appeler un passeur, un vrai. Des auteurs de prédilection dont il parle avec ferveur mais aussi avec lucidité,  auxquels il faut joindre entre autres Malraux et aussi, bien sur,  Elie Wiesel, il donne envie de les mieux connaître encore, de les lire ou de les relire le crayon à  la main. Deux lignes de force parcourent ces textes, écrits ou transcrits : la place d’autrui, du fameux Autre  dont il est plus facile de parler que de lui parler, face à face – je pense à un jeune maghrébin, voyageur clandestin du TGV et que les contrôleurs ne réussissent pas à verbaliser parce qu’il ne possède  aucun document d’identité, des contrôleurs qui ne savent mieux faire que de le remettre à la police,  et puis la sainteté. Pour Levinas, la sainteté se corrèle à la capacité d’accueillir le visage dénudé d’autrui,  ce qui n’est pas à la portée du premier venu. Ricoeur le rappelle qui fait droit aussi d’une certaine  manière à la sainteté – si le mot n’est pas hyperbolique – du « moi ». Pourquoi choisir entre Levinas et Ricoeur!  Ils forment un ensemble épistémologique et spirituel. Depuis deux millénaire au moins Hillel l’a déclaré: «Si je ne suis pour moi qui le sera? Et si je ne suis que pour moi qu’est le moi? Et si ce n’est à l’instant, quand?». Cet adage est cité à satiété sans qu’on comprenne toujours qu’il incite à vivre en réelle indivision avec nos prochains, à titre non temporaire et,  si l’on ne sait comment s’y résoudre, à ne pas trop lambiner pour l’apprendre. Comme cette marche là est élevée! Avec Michaël de Saint-Chéron, l’enseignement est d’amitié et de compagnonnage au long cours, une amitié  de pensée et de cœur  qui le lie à ceux dont il parle et  qu’il  dispense généreusement à ceux qui le lisent.

BLOC NOTES – Semaine du 26 août au 1er septembre

In BLOC NOTES on septembre 8, 2013 at 10:17

27 août.

Sorbonne

Chaque parti ou mouvement politique y va de son «université d’été»! On peut se demander si la qualification de ces réunions militantes n’est pas abusive et usurpée. Par définition, et sauf dangereuse dérive, l’Université est le lieu où se diffusent tous les savoirs, précédant leur confrontation critique conduite par des enseignants validés. En va t-il de même pour ces rassemblements dans lesquels militants et militantes, souvent idéalistes, surtout lorsqu’ils sont encore jeunes, mais aussi carriéristes et ambitieux à la Julien Sorel ou à la Rastignac, sont confortés dans leurs certitudes partiales, dans leurs préjugés obtus et reçoivent devant des pastis tassés des surdoses d’adrénaline idéologique? Ce qui se ressent ensuite dans les débats télévisés, souvent réduits à des combats de coqs ou de poules aux ergots empoisonnés où aucun des intervenants ne tente de comprendre le point de vue de son interlocuteur ou de son interlocutrice, dégurgitant  les slogans inculqués par des «coachs» vénaux et sans véritable  pensée. La démocratie française gagnerait au contraire à instaurer, durant cette période où les cœurs sont aussi bronzés que les épidermes, des universités d’une tout autre sorte,  dignes de ce nom, dans lesquelles des hommes et des femmes sans attaches partisanes convieraient des parlementaires, des syndicalistes, des militants et des militantes de tous bords, de toutes obédiences, de toutes allégeances,  à abandonner pour un jour ou deux leurs tics, leur conditionnements, leurs manies, leurs lubies, leurs haines parfois, pour limer leur cervelle à ce fameux Autre dont il est plus facile de parler dans les colloques mondains que de lui parler face à face, sans se départir d’aucune courtoisie et en défendant des idées qui valent d’être appelées de ce nom. On dira que c’est là céder aux bons sentiment, cotiser à un utopisme suranné. Sans doute, pour une part mais pour une part seulement. Car il faut bien que le «Principe responsabilité» cher à Hans Jonas et dont on se gargarise ait des applications pratiques. Au temps où le totalitarisme menaçait la paix mondiale et les libertés publiques, la démocratie apparaissait comme son irremplaçable alternative. Par quel régime remplacerait- on la démocratie si elle finissait par mourir sous de pareils mauvais traitements?

 

29 août.

missiles

Il a l’air fin  notre président de la République après le refus du Parlement britannique d’autoriser des frappes contre le régime d’Assad! A la télévision David Cameron, dépité, avait l’air d’un renard qu’une poule aurait pris. Du coup Barack Obama retrouve le tropisme inversif du déplacement des écrevisses. Il tempère les ardeurs guerrières de John Kerry et sollicite  avant tout l’accord du Congrès. Je ne sais ce que  Raymond Aron aurait écrit devant une pareil théâtre d’ombres…  A présent de deux choses l’une: ou bien le Congrès ne donne pas son accord, ou le fait en termes tellement restrictifs qu’il faudrait inventer la notion de «frappette» pour caractériser l’action envisagée, strictement limitée dans le temps et dans l’espace. Une «frappette» à laquelle le régime syrien a eu tout le temps de se préparer. Dans ces conditions, la présidence américaine risque tout simplement de perdre la face. Ou bien, frappe ou «frappette», une véritable guerre se déclenche dont nul ne peut prévoir les issues car rien n’assure qu’une grave crise internationale n’en résultera pas. Quoi qu’on pense du régime criminel d’Assad, aucune action de force menée par des Etats souverains ne peut  viser le territoire syrien sans l’accord préalable du Conseil de sécurité. Aucune coalition ne fait le droit  d’elle même. Une action de force engagée avec une couverture juridique  taillée sur mesure  serait assimilable à un acte de guerre, à une agression. S’il y survivait, elle mettrait Assad en mesure d’y répliquer  en toute légalité et légitimité. Le monde à l’envers! Mais la France pousse à la roue. Elle veut à tout prix retrouver son influence véritable dans la région. En tous cas l’opinion publique française a du mal à suivre: la Syrie est si loin des usines mortes d’Arcelor-Mittal..

 

1er Septembre.

Vieux

Deux romans très sombres et glauques qu’il vaut mieux  lire au soleil en prenant de la distance. Le premier d’Alessandro Piperno est intitulé «Persécution». Il relate l’inexorable émiettement d’un professeur de cancérologie, appartenant à la haute bourgeoisie juive de Rome, face à une accusation  de pédophilie, ou presque, émanant de la petite amie de son fils, âgée de douze ans. En réalité, c’est dans un piège pervers et mortel auquel l’éminent professeur s’est exposé  par jeu ou par inconscience. Le roman décrit à longueur de pages son délitement devant une situation dont il ne saisit pas le sens, surtout lorsque la machine judiciaire italienne commence à le broyer. Au fur et à mesure de la lecture, l’envie prend de lui appliquer une de ces gifles qu’il faut infliger aux baigneurs qui se noient pour les sauver et nous sauver avec eux. Et puis l’on finit par se demander ce que nous ferions à sa place, peu à peu dépouillés de tout ce qui nous fait  être: nom, famille, image de soi. Kafka à la sauce «carbonara»! La fin est hélas pitoyable et prévisible. Il n’en va pas autrement avec le personnage principal  du roman de Philip Roth que Gide eût qualifiée de «sotie»: «Le rabaissement». Cette fois il s’agit d’un célèbre acteur de théâtre sur lequel l’âge s’abat comme une masse d’assaut, au point qu’il ne sache plus jouer, qu’il n’en ait plus le goût, qu’il humilie ses propres méninges – car tel est le sens réel du titre original: «The Humbling». Il rencontre alors une jeune femme qui a épuisé toutes les perversités mais qui tente un «come back» dans l’amour pur et le dévouement vertueux. Ce qui lui redonne le goût de vivre et  même de remonter sur scène. Sauf que… Là encore le roman se termine en suicide. Chacun sait à quel point l’humain est fragile surtout lorsque, comme le dit Philip Roth «chaque année l’on prend de l’âge». Pour ces deux romans une question se pose: pourquoi tant de scènes graveleuses? Figures désormais obligées d’une école ou d’une époque littéraire non pas réaliste ou naturaliste mais si l’on peut dire génitaliste? Courage de dire et de montrer ce qui a été si longtemps tu et dissimulé? Cela fait longtemps également que toutes les censures ont été levées… Il faut être attentif  à un autre «rabaissement», celui de la littérature, lorsque sous ses grands airs elle cède à la morbide pornographie.

Bloc-Notes : Semaine du 19 au 25 août

In BLOC NOTES on août 28, 2013 at 9:59

19 août.

CourbesFrançois Hollande et Jean-Marc Ayrault n’ont pas pris de vraies vacances. Il leur fallait occuper tout «l’espace médiatique», comme l’on dit dans ce  jargon, pendant qu’une partie du peuple de France, celui qui n’est pas affligé par le chômage et par la précarité, goûte au sel des vagues océanes et méditerranéennes ou à l’air pur des montagnes alpines et pyrénéennes. Cette volonté d’être présents par l’image, au lieu de l’être par ses résultats, a quelque chose de pathétique. Mon collègue  philosophe, Jean François Mattéi, vient d’écrire un livre remarquable, dense et clair, sur les simulacres (« La puissance du simulacre. Dans les pas de Platon », François Bourin). L’ubiquité  médiatique est l’un des signes de la démocratie moderne ou post- moderne à condition, précisément, qu’elle ne se réduise pas à un de ces simulacres anémiques par lesquelles on fait prendre au «bas peuple », comme l’on disait sous l’Ancien régime, des vessies pour des lanternes. Par exemple en se fixant pour objectif «l’inversion» de la courbe du chômage. Qu’entendre par inversion? Un chômeur de moins et l’on sera content? D’où cette question récurrente: qu’est-ce que le socialisme? En quoi consiste sa spécificité  lorsque ceux et celles qui s’en réclament se fixent des objectifs aussi bas? Il est vrai que la «pensée socialiste» est en grande souffrance. Au temps de Mitterrand – inutile de remonter à Blum et à Jaurès – les ouvrages foisonnaient sur le sujet. Le socialisme faisait penser, en effet. Aujourd’hui, où sont les Martinet, les Gorz, et même les Chevènement? Leurs émules, si peu émulés, martyrisent leur tablette numérique et anabolisent leurs réseaux sociaux. L’on ne sait plus que fabriquer de pauvres simulacres du réel et de les  conditionner en pilules-twitts: le minimum de pensée dans des sentences naines. Or, la reprise de la croissance est soumise à deux conditions drastiques: ne plus confondre occupation, activité et emploi; et pour ce faire, développer les capacités  de recherche scientifique universitaire et extra-universitaire. Le marché des biens primaires (machines à laver, frigos, et même, automobiles) est presque saturé. Il doit s’ouvrir sur un autre marché – le mot n’est pas péjoratif – celui des biens secondaires, tertiaires etc. Ceux qui correspondent aux aspirations de la personne qui pense, qui espère, qui crée parce que son intelligence est déverrouillée. L’âme, elle, ne se sature jamais. Les « contrats d’avenir », signés cet été à tour de bras,  correspondent –ils à de véritables emplois ou s’inscrivent dans la lignée des ateliers nationaux de 1848? L’une des plaies de notre époque est bien ce nominalisme propagandiste. Sur des réalités peu reluisantes l’on colle des mots ronflants lancés dans la circulation: la fausse monnaie du langage. On verra à l’usage, d’autant que la Droite s’adonne toujours, hiver comme été, à une scissiparité mortelle.

21août.

Sissi

La nouvelle court: l’ancien Raïs égyptien, Hosni Moubarak, pourrait être remis en  liberté sous la pression du Général Sissi dont les méthodes n’ont décidément rien à voir avec le personnage de son homonyme, l’impératrice d’Autriche, incarné par Romy Schneider. La situation devient carnavalesque  puisque l’ancien président Morsi se trouve, lui, en résidence surveillée, pour ne pas dire qu’il est incarcéré. Il semble que le «nouveau nouveau» Pharaon  soit un homme aux idées simples: est bon pour l’Egypte ce qu’il a décidé pour elle, avec l’appui d’une armée ayant parfaitement intégré les règles d’occupation de l’espace médiatique international où la place Tahrir  fait fonction de scène principale. Le général Sissi – à moins qu’il ne fût déjà Maréchal – se sent en situation de force suffisante pour ne pas répondre au téléphone à Barak Obama dont la politique n’est pas pour rien dans cette bourbeuse confusion moyen – orientale. «Sissi imperator» a bien compris que  la Guerre froide pouvait renaître de ses cendres encore chaudes;  que Poutine veut reconstituer l’aire d’influence de l’ex- URSS; qu’il soutient Assad à  bout de bras pour cette raison. Il faut se souvenir de ce qu’était la présence diplomatique et militaire de l’URSS dans les années 60 en cette région du monde. Elle s’est révélée dans  toute son ampleur et sa virulence lors du fiasco de l’expédition de Suez en 1956, puis durant la guerre des Six Jours et celle de Kippour. Obama et Poutine ressuscitent une forme de conflit qui n’a plus rien d’idéologique. C’est la raison pour laquelle Obama va probablement se résoudre à intervenir en Syrie. Pour montrer à ce freluquet de Poutine qui est le vrai patron. Quant à la France, qui sauvegarde son métayage colonial dans cette même région, elle s’apprête à lui emboîter le pas. A chacun son dictateur et son tableau de chasse: Sarkozy  a eu la  peau de Kaddafi, dans les circonstances  atroces que l’on sait, Hollande veut celle d’Assad.

23 août.

Dumas

«Acté» est sans doute l’un des romans les moins connus d’Alexandre Dumas. Sa lecture édifie. D’abord au plan littéraire, comme l’on dirait dans le langage des dissertations. Le récit se déroule du temps de Néron ce qui prédispose aux effets grandioses, aux descriptions maximales, à la dilatation des yeux du lecteur devant les jeux du cirque où 1500 lions sont massacrés en un seul après- midi;  devant ces orgies où la louve de Rome se vautre sur les triclimums incestueux;  devant le supplice des premiers chrétiens enduits de résine  pour servir de torches humaines, et enfin devant la fin grotesque d’un hyper-tyran qui s’aveulit au delà de l’exprimable dans un suicide  pitoyable. Au fil de la lecture, les scènes principales d’un autre roman bien plus célèbre se font réminiscences: celles du «Quo Vadis?» de Henryk Sienkiewicz. On n’ira pas jusqu’à dire qu’« Acté » y est largement plagié mais à l’évidence le roman polonais publié en 1896 puise à pleins seaux dans celui de Dumas,  avec des variantes bien sûr, y compris la scène célèbre dans laquelle l’herculéen Ursus fait de son corps un rempart protégeant la jeune chrétienne qu’un taureau veut déchirer de haut en bas. Le roman de Dumas aurait ma préférence. Il y analyse fort bien les raisons de la propagation irrésistible de la foi chrétienne dans un Empire romain miné par ce qu’il nomme un «indéfinissable malaise». Le mot retient l’attention puisque Freud l’emploiera dans «L’Homme Moïse et la religion monothéiste» à propos du même phénomène. Freud a t-il lu «Acté»? Pourtant Dumas ne serait pas Dumas s’il ne réécrivait l’histoire à sa convenance, par exemple en faisant de Paul de Tarse un apôtre visuel de Jésus – qu’il n’a rencontré que sous forme de vision, diront les uns, d’hallucination selon les autres. Un Saint Paul courageux mais pas téméraire et qui, à rebours  de sa vision sur le chemin de Damas, excipera de sa citoyenneté romaine pour échapper au supplice de la croix et être décapité plus proprement. Un roman  édifiant, sur tous les fanatismes, celui de la tyrannie mais aussi celui de la bonté absolutisée.