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Le choix de la vie – 17/11/15

In Uncategorized on novembre 18, 2015 at 12:50

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Chers amis,

Cela fait quatre mois, quatre mois déjà que la belle âme qui animait ce blog, s’est détachée de la toile pour en rejoindre une autre, céleste celle-ci.

Malgré le chagrin et le vide abyssal que notre mari et père chéri Raphaël Draï zal nous a laissés, nous avons voulu faire en sorte que ce site, qu’il avait pris tant de plaisir à faire vivre et à enrichir chaque semaine, ne s’éteigne pas soudainement.

Alors que faire ?

Transformer ce blog en site-musée ? Le Louvre suffit..

Se substituer à son auteur? Bien qu’il en aurait été extrêmement heureux et fier, nous ne nous en sentons pour l’instant ni le courage, ni l’étoffe.

Et pourtant, depuis sa disparition le 17 juillet 2015 (Roch H’odech Av 5775), les sujets qui l’auraient faits réagir n’ont pas manqué: l’intifada des couteaux en Israël, la crise migratoire, la décision de l’UE d’étiquetage des produits provenant de Cisjordanie et de Gaza.. Et enfin le 13 Novembre, la terreur qui a, une fois de plus (une fois de trop ?) ensanglantée Paris.

Combien de fois avons nous attendu en vain sa chronique hebdomadaire de radio J, son édito d’Actu J, un des ses bloc-notes enflammés, une intervention millimétrée sur le plateau de « C dans l’air» etc.. Autant de rendez-vous réguliers qu’il nous donnait et durant lesquels il démontrait sa capacité à taper fort mais surtout, comme il le disait, à « taper juste ».

Mais voilà, de là où il se trouve dorénavant, ces médias ne sont plus à sa portée. En revanche, en quittant le olam azé, il nous laissé le coeur gros mais pas les mains vides.

Afin d’honorer sa mémoire et de rester fidèles à son principe de vie – « Et tu choisiras la vie » – nous avons donc pris le parti d’enrichir régulièrement le site d’études, d’articles, de chroniques.. puisés dans ses archives et en prise directe avec l’actualité.

Nous avons aussi d’autres projets pour le site, qui cette fois, requerrons le concours de nombreux amis. En particulier la reprise des cycles de commentaires des parachiot et des haftarot.

Enfin, nous tenons aussi à vous informer que le 25 novembre, le Centre Communautaire de Paris organise une soirée en sa mémoire intulée «Sagesse juive, culture universelle : Raphaël Draï, bâtisseur de passerelles» (informations complètes en cliquant sur le lien suivant: Hommage à Raphaël DRAI (Zal)). Nous espérons vous y voir nombreux.

Nous vous remercions de nouveau pour tous vos messages d’amitié et votre soutien indéfectible.

Cordial Shalom

Son épouse Sylvia Draï et ses enfants Yaël Elkyess–Draï et Dan Draï – 17 Novembre 2015

NE PLUS JOUER AVEC LES « FOUS DE DIEU » – L’Arche Nov 2009

In Uncategorized on novembre 10, 2015 at 9:22

L’Iran est-il désormais en mesure de se doter de l’arme nucléaire? Les experts en discutent, les diplomaties en débattent. En attendant, le temps court et il n’est pas sûr que les démocraties en sortent indemnes. Car l’Iran n’est pas n’importe quel pays. Il s’agit d’une république, ce qui devrait rassurer, mais d’une république islamique, ce qui ravive nos inquiétudes. Cet Islam là n’est pas celui qui s’accommode volontiers de l’existence des autres religions ni même des autres courants issus de la prédication de Mahomet. Ses porte-paroles prennent au pied de la lettre et tel un commandement divin l’obligation de transformer l’humanité tout entière en terre coranique suivant un Coran qui n’a que peu à voir avec la conception contemporain des droits de l’Homme. Ce qui ne l’empêche pas le dit islamisme de se farder aux couleurs de la modernité, en promouvant par exemple un certain degré d’émancipation des femmes, à condition qu’elles n’ôtent pas leur voile et qu’elles soient capable de porter les armes pour défendre jusqu’à la dernière d’entre elle l’idéologie qui les encapuchonne. C’est pourquoi, et mis à part le Lybien Kaddafi – le plus vieux putschiste de la planète Terre – il n’est pas un seul régime arabe que les projets de cet Iran là, l’Iranium, n’inquiète. Seulement si l’inquiétude est partagée les manières de réagir divergent. Quelle attitude adopter? La fermeté? A quel degré? Celui de sanctions économiques et énergétiques pouvant aller jusqu’à un blocus? L’expérience montre, depuis l’Irak de Sadam Hussein jusqu’à l’Île castriste de Cuba, que ces sortes de sanctions qui s’assimilent à des châtiments collectifs seuls les peuples en ont les frais, des peuples qui se radicalisent alors et qui se rangent plus résolument encore derrière leurs leaders, seraient-il de sanguinaires dictateurs. L’équation se corse vis à vis du peuple Juif et de l’Etat d’Israël puisque le Président actuel de l’Iran, Mahmoud Ahmadinedjad, si mal élu, ne cesse de proclamer son intention d’effacer « l’entité sioniste » de la carte avec force de métaphores cancéreuses et affirme que la Shoah n’a pas eu lieu. Déclarations insensées qui motivent doublement ce qu’en droit international l’on qualifie de casus belli. Car aussi bien l’Iran que l’Etat d’Israël font partie de l’ONU et sont signataires de la charte de la dite Organisation. Or cette même charte d’une part leur interdit justement toute menace politicide mais d’autre part elle leur reconnaît le droit, en cas de violation de cette clause, d’assurer leur légitime défense. Les menaces itératives d’Ahmadinedjad ouvrent ainsi à l’Etat d’Israël le droit continu à cette légitime défense puisque l’on n’a jamais entendu les dirigeants de cet Etat là menacer, eux, d’annihiler la République islamique. Il appartient donc à ces mêmes dirigeants de décider par eux mêmes des circonstances et des conditions optimales qui leur permettront de mettre un terme à de pareilles menaces lesquelles, ne seraient elles que gesticulatoires, n’en seraient pas moins condamnables. La République islamique de Khamenei et d’Ahmadinedjad ne doit certes pas être diabolisée. La dernière « consultation » électorale en Iran a révélé un fort besoin de démocratie classique qui ne soit pas passée au filtre de la théocratie. Ne pas la diaboliser c’est admettre néanmoins qu’elle est fanatisée au point que l’on ne sache plus si c’est son fanatisme qui nourrit son nationalisme ou, à l’inverse, si ce n’est pas son nationalisme exacerbé qui alimente son fanatisme délirant. Car l’on aurait tort de douter que l’« Iranium » ne soit pas persuadé de sa propre mission tant au sein du monde arabo-musulman qu’au regard du reste de la planète. Une fois les buts fixés, la stratégie suit, et celle ci commande l’acquisition de tous les moyens permettant la réalisation de cette auto-mission, si l’on peut ainsi la qualifier. Pourquoi les démocraties à commencer par l’Etat d’Israël y résistent elles? Parce qu’elles maintiennent, quoi qu’il en soit, un solide front idéologique et parce qu’elles disposent des moyens militaires pour le renforcer. Par suite, ce front sera érodé d’abord par la permanente pression du terrorisme – qui expose chacun d’entre nous à d’insupportables fouilles au corps, à Orly ou à Marignane -, un terrorisme qui nouera des liens avec Al Qaida ou d’autres mafias innommées; ensuite, ce front sera rompu précisément par l’obtention de l’arme nucléaire couplée – ne l’oublions jamais – à celle de la terreur dirigée contre les civils. C’est en ce point qu’il faut récuser un autre argument entendu de-ci de-là: après tout pourquoi avoir peur de la bombe iranienne puisque nous avons vécu des décennies avec les bombes soviétiques et que nous vivons avec les bombes d’une Chine toujours sous l’emprise de son parti communiste, sans parler de l’arsenal pakistanais? A la différence des missiles iraniens l’argument est de courte portée. Aussi bien la crise des fusées de Cuba en 1962 que celle des fusées Pershing en 1983 ont montré que les dirigeants de l’Union soviétique demeuraient des acteurs rationnels de la stratégie nucléaire de ce temps là, qu’ils avaient une claire conscience de leurs intérêts et des lignes rouges tracées par le camp d’en face au point de savoir sans ambiguïté jusqu’où ils pouvaient aller trop loin. Surtout, l’argument « soviétique » n’a plus d’effectivité puisque l’URSS à finalement disparu, le monde dit libre s’étant systématiquement employé à précipiter sa fin. La République islamique ne satisfait pas, loin s’en faut, à ce critère de rationalité et ce qui le démontre est justement sa négation de la Shoah. Pareille négation ne constitue pas seulement un scandale moral. Elle constitue un symptôme majeur de déconnection de la réalité historique et même mentale au regard de l’histoire contemporaine, avec un refus pathologique de ses enseignements. C’est pourquoi ce symptôme ne doit pas être interprété au regard de la menace dirigée contre l’Etat d’Israël exclusivement. Il dessine un signe global particulièrement préoccupant – parce que clinique – pour toutes les démocraties. Aujourd’hui c’est la Shoah dont la négation sollicite la répétition. Demain, ailleurs, d’autres dénis opéreront qui justifieraient d’autres passages à l’acte. Or parmi tous les enseignements du XXème siècle et de la seconde Guerre mondiale il en est un qu’il faut vraiment se mettre dans le crâne: les dictatures disent ce qu’elles font, ou en tous cas le laissent discerner et, dès qu’elles en ont les moyens, elles font ce qu’elles ont annoncé. Les démocraties doivent se le tenir pour dit à leur tour et ne pas confondre les négociations destinées à mettre vraiment un terme à des menaces aussi inacceptables et celles qui ne sont que dilatoires, celles qui les mènent en bateau jusqu’au point de non – retour. Les négociations avec la République islamique d’Iran ne doivent plus se dérouler selon le double calendrier – le premier formel, le second secret – des « fous de Dieu » mais en fonction de celui des démocraties dignes de ce nom, un calendrier comportant ses propres dates butoirs. Après quoi chacun devra prendre ses responsabilités devant l’Histoire, le genre humain et devant Dieu aussi[1]. Les mois qui viennent appartiendront aux êtres dotés de cette capacité vitale: la capacité de décision.

                                       Raphaël Draï zal

[1] Cf. Andrew Roberts, Masters and commanders. The Military Geniuses who led the West to Victory in WWII.Penguin, 2008.

Evenement : Centre Communautaire de Paris – 25 Novembre – Hommage à Raphaël Draï (Zal)

In Uncategorized on novembre 8, 2015 at 12:20

« SAGESSE JUIVE, CULTURE UNIVERSELLE:

RAPHAËL DRAÏ, BATISSEUR DE PASSERELLES »

25 Novembre 2015, à 19h

Centre Communautaire de Paris : 119 rue Lafayette, 75010 Paris

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Présidé par Sandrine Szwarc,
Journaliste à Actualité Juive

La disparition en juillet 2015 de Raphaël Draï a été reçu avec beaucoup d’émotions et de tristesse par un public nombreux, des lecteurs, auditeurs, étudiants, enseignants et chercheurs avec lesquels, il avait su établir une relation de dialogue créatif et profond.
Il y a quelques années, le Centre Communautaire de Paris et l’Institut Universitaire d’Etudes Juives Elie Wiesel, avaient rendu hommage à son œuvre avec de nombreux témoignages, des personnalités, des différentes disciplines et sensibilités.
Nous allons rendre hommage à cet éminent maître en organisant une soirée mémoriale où seront évoqués les différents aspects de son œuvre.
Avec Raphaël Draï disparait l’un des derniers représentants de la Grande Ecole de Pensée Juive d’expression française dans le sillage de Neher, Manitou, Levinas, Valensi.
Raphaël Draï fait partie de ces intellectuels qui ont refusé résolument la fatalité du déclin du judaïsme et qui ont consacré leur vie et leur carrière à la rencontre féconde entre pensée et pensée universelle.

PROGRAMME
19h00 : Film de Hélène Trigano, Présidente des Archives de la mémoire sépharade.
« La voix de la mémoire et la mémoire de la voix » : Raphaël Draï
C’est un film tiré des Archives de la mémoire sépharade.

19h30 : Témoignages
« Raphaël Draï : la dimension d’interface entre judaïsme et psychanalyse »
Par Paul-Laurent Assoun, Professeur à l’Université Paris 7 – Diderot, psychanalyste

Raphaël Draï, homme de savoir et de vérité, ne pouvait que rencontrer ce « savoir de l’inconscient » qu’est la psychanalyse. Il en a tôt perçu la portée pour la science du politique et les affinités avec le judaïsme. De la « politique de l’inconscient » à l’archéologie du lien mosaïque de Freud, on montrera la continuité et la signification de la présence de la psychanalyse dans sa réflexion, « fil rouge » dans le tissage de cette œuvre animée par le désir du texte et la passion talmudique.

« Raphaël Draï : un Homme de combats dans une Histoire déchirée »
Par Marc Zerbib, Professeur

Tout au long de sa vie Raphaël Draï (Zal) a été un combattant courageux et résolu à  vaincre les difficultés de la vie et de  l’histoire de la Communauté Juive d’Algérie d’abord puis de France et d’Israël.
Son combat a été celui de l’adaptation à une vie métropolitaine après avoir perdu son Algérie natale ; sa ville de Constantine qui l’avait tant marqué et dont il a gardé toute  sa vie la nostalgie d’un impossible retour.  Toute sa carrière universitaire a été  motivée par le Droit. Il s’est donc battu pour le Droit à la mémoire de la Shoa en  s’opposant en autre, à l’implantation d’un Carmel sur le site d’Auschwitz. Il a toujours combattu pour la reconnaissance et la légitimité historique et juridique de l’état d’Israël.
Il est intervenu à tous moments et à tous niveaux pour combattre le mensonge Historique.
Enfin son dernier combat il l’a mené contre une épouvantable maladie dont il n’a malheureusement pas triomphé.

« Raphaël Draï : l’apport de Raphaël aux étudiants d’une faculté de droit et de sa capacité à enrichir la réflexion sur ce qu’est le droit, du droit hébraïque au droit positif français »
Par Christian Bruschi,

L’apport de Raphaël Draï à la faculté de droit d’Aix-en-Pce où il était professeur, et aux juristes de façon plus générale, a été déterminant.
Sa vaste culture a permis de replacer la science juridique dans un ensemble plus vaste et de débattre des fondements philosophiques du droit.
Dans les facultés de droit où le droit hébraïque est rarement enseigné, il a contribué à le faire connaître, enrichissant de la sorte la culture juridique des étudiants, des enseignants et des chercheurs.

« Raphaël Draï : un universitaire aixois atypique  (1998-2015) »
Par Rémy Scialom, Maître de Conférences, Docteur en droit, Université Aix-Marseill, e Faculté de droit et de Sciences politique.

« Dans le cas de R. Draï, l’homme et l’universitaire ne faisait qu’un. Aussi, pour comprendre l’universitaire qu’il fut, il semble indispensable d’envisager ce dernier dans sa pleine acception d’homme et d’intellectuel. Un premier temps sera donc consacré à évoquer les traits saillants de son caractère, de sa personnalité, de sa manière d’être… Ce préalable posé, une seconde « séquence » consistera à mettre en évidence la parfaite cohérence de sa pensée, l’unité et l’ampleur intellectuelle de son œuvre, au sein d’un univers juridique souvent beaucoup plus étriqué et peu habitué à ce que pensée juive et sagesse universelle soient conjuguées à ce niveau d’érudition.
Le propos conclusif s’attachera à définir l’héritage qu’il nous lègue et la responsabilité qui nous incombe, non seulement de tenter de faire vivre ce legs, mais plus encore de le faire fructifier ».

« La méthode de Raphaël Draï »
Par Shmuel Trigano, Professeur émérite des Universités

Raphaël Draï, dans la ligne de la créativité de l’Ecole de pensée juive de Paris, a développé une méthode intellectuelle qu’il a parfois définie dans certaines œuvres et qui a représenté une voie nouvelle dans l’approche de l’étude du judaïsme.

« L’endurance du penseur de fond »
Par Roger-Pol Droit, Philosophe (CNRS, Sciences Po)

Dans la pensée, il existe des sprinters et des coureurs de fond. Raphaël Draï appartient à cette dernière catégorie, qui ne se définit pas simplement par la persistance dans l’effort ni par la longue durée de l’attention. Ce qui caractérise le penseur de fond, c’est l’exigence de ne pas faire semblant, de prendre les questions à bras le corps, sans rechigner devant leur difficulté ou leur ampleur. Des exemples précis suffisent à rappeler avec quelle constance cette ténacité généreuse anime l’œuvre de Raphaël Draï.

« Mon père, parcours d’un engagement et d’un combat »Par Yael Elkyess-Draï, Avocat

De mémoires d’enfants, nous n’avons pas souvenir que notre père, Raphaël Draï zal, ait un jour refusé de livrer un combat, lorsque la cause a défendre lui paraissait juste. En particulier lorsqu’il s’agissait de la communauté juive, Eretz Israel ou des principes vitaux du judaïsme, pour lesquels il a combattu sans relâche durant plus de 50 ans. Lui l’homme de droit, l’homme de loi, ne pouvait supporter l’injustice.

Après avoir pratiqué intensivement les sports de combats durant sa jeunesse à Constantine, à l’âge adulte il prit le parti d’utiliser deux autres armes, moins physiques, mais tout aussi percutantes, celles de la parole et de l’écriture. Il en avait une maitrise parfaite ce qui lui permettait, comme il aimait à le dire, de taper « juste et fort ». 

Son dernier combat fut plus personnel, et son attitude face à ce mal insidieux fut plus qu’exemplaire. Il nous donna une ultime et incroyable leçon de vie, puisant une fois de plus son courage et sa détermination dans cette injonction du deutéronome qui le guida à chaque étape de sa vie :

 » Et tu choisiras la vie afin que tu vives toi et ta descendance… » Deut, 30.19

LE DIXIEME HOMME – Arche Octobre 2003

In Uncategorized on novembre 6, 2015 at 12:04

Comme un pyromane fasciné par le feu, le nouveau siècle manipule des idées mortelles. Ainsi joue t-il dangereusement avec l’idée du dernier homme, de la post-humanité. Autant que la substance toxique du thème frappe sa récurrence. Déjà, dans les années 60, un débat analogue opposait sur un sujet approchant le Foucault de Les Mots et les Choses et le Mikel Dufrenne de Pour l’Homme. Qui devait l’emporter en ce dialogue de sourds? La Structure, anonyme, minérale, ou le Sujet, faible, divisé mais responsable? L’époque met en circulation trop de mots démonétisés pour ne pas en chercher la garantie dans la vie spirituellement validée.

Où trouver alors les repères auxquels s’orientent la dignité de l’Homme, sa consistance, sa persistance? La pensée et la vie liturgique d’Israël l’attestent: l’Homme ne se réduit guère à ce visage éphémère tracé sur le sable tandis que monte la mer, selon Foucault. Ni inconsistant, ni précaire, le Créateur l’a institué comme son efficient associé dans l’œuvre de la Création puisque celle – ci n’est point parachevée, qu’elle reste à parfaire (Gn ; 2, 3). L’Humain (Haadam) cheville le Monde d’en haut et le Monde d’en bas, ce Monde – ci et celui qui vient en réduisant leur antagonisme possible. Deux affirmations des Pirkei Avot le soutiennent:  « Précieux (h’aviv) est l’Homme pour Dieu qui l’a façonné à sa semblance (betsalmo), et plus précieux est-il encore puisque Dieu le lui a dit ». Un véritable amour se déclare et s’officialise. Il est des discrétions de mauvais aloi qui préparent des retournements traîtreux. L’amour de Dieu engage celui ou celle qui l’avoue à ne pas s’en déjuger dés les premiers moments de la mise à l’épreuve. De pareils moments se produisent inévitablement dans une création qui doit être toujours gagnée sur le chaos initial. C’est pourquoi les Pirkei Avot affirment maintenant: « A l’endroit où il n’y a pas d’hommes (anachim) efforce toi d’en être un (ich) ». Le langage courant comporte encore, scintillantes, des paillettes du langage d’avant Babel, lorsque les langues humaines communiquaient entre elles au lieu de se rendre opaques et incompréhensibles les unes les autres. Cette dernière injonction des Pirkei Avot paraît étonnamment proche, étrangement consonante avec l’adage célèbre de Freud: Wo Es war Soll Ich werden: là où l’Inconscient se trouve, quelqu’Un se doit d’advenir. Comment ne pas relever la surprenante homophonie, sinon l’identité, qui surgit là entre le Ich hébraïque et le Ich de la langue allemande ! Certes, ce quelqu’un n’est pas quelconque. De lui beaucoup dépend parfois, comme on va le constater. Aussi, la pensée juive ne s’est pas tant préoccupée de l’extinction des hommes – extinction à quoi elle les sait particulièrement portés – que de leur pleine reviviscence. Dans le livre d’Ezechiel, qui fait pendant au récit de la Genèse, le prophète électif de l’exil est justement, avec insistance, convoqué par son plein nom: Ben Adam: enfant de l’Homme. Et c’est dans ce même livre qu’est décrite, telle qu’« en direct », la résurrection des morts. Les prières juives, sans exception, sont préoccupées par la défaillance du premier homme, de Adam harichone, une faute générique qui aimantera les rechutes consécutives du genre humain, y compris celles du peuple juif avec la confection du Veau d’Or puis avec la destruction des deux temples de Jérusalem. Peut –on conjecturer la nature exacte de cette faute initiale? Elle aurait mené l’Humain originel à se prendre pour un être à part (leâstmo), un univers en soi, autarcique, une deuxième souveraineté, concurrente de la souveraineté primordiale du Créateur, comme si les autres humains n’existaient pas. Cette forme d’être, exalté à ses propres yeux, engendre en fait un retranchement, une sécession au regard de la Création dans son ensemble (1). La vocation de l’Humain le porte à proclamer la sainteté de Dieu, sa keddoucha, à l’instar des Anges eux-mêmes (Es, 6, 3). Dans le décours des prières quotidiennes, cette proclamation se fait à deux moments particulièrement importants: lors des récitations du kaddich, et pendant de la récitation du Chemonei Êsrei, des 18 bénédictions. 18 indique le chiffre symbolique du vivant (h’ay). Pourtant, cette suréminente proclamation s’assujettit à une condition drastique: la présence préalable d’au moins dix hommes, d’un minian. Tant que cette dizaine de hérauts n’est pas constituée, la prière se déroulera, certes, mais privée de la sanctification du nom de Dieu, Souverain de l’Univers, dispensateur de la vie, loué pour ce don situé au-delà de toute louange humainement exprimable. Dans certains lieux de culte, lorsque la population juive est clairsemée alentour, qu’il s’y ajoute l’inclémence du temps où les départs en vacances, plus un peu d’inconscience et une forte ignorance, il n’est pas rare qu’en semaine neuf hommes, levés tôt, tandis que le Créateur, gardien d’Israël, ne dort ni ne sommeille, soient en souffrance de la récitation du kaddich et de la keddoucha: il manque une unité, une seule, à la dizaine attendue. Leur attente est navrée. Le kaddich se récite à la mémoire d’un défunt par ses proches pour assurer, le temps du deuil, soit une année pleine, l’élévation de l’âme affligée du parent disparu jusqu’à sa complète réception sous la sauvegarde de la Présence divine, de la Chekhina. Considérée dans son énoncé littéral, cette règle surprend donc par sa presque brutalité. Le reste de la prière n’affirme t-il pas la compassion divine? A ce titre chaque jour de la semaine sont remémorés et le non- sacrifice de Isaac et le pardon obtenu de Dieu par Moïse après la faute, la très grande faute, du Veau d’Or. Le chemonei esrei ne proclame t-il pas ensuite que Dieu guérit les malades, qu’il relève ceux qui tombent, qu’il libère les prisonniers, détenus de droits communs ou esclaves du destin idolâtré? L’on aura beau faire: rien ne sera diminué d’une telle exigence: dix hommes, sinon ni kaddich, ni keddoucha. Faudra t-il insister sur la signification décisive, vitale de ce chiffre? 10 sont les doigts conjoints de nos deux mains qui saisissent le pain avant toute consommation, afin d’affirmer qu’il sera distribué conformément aux dix Paroles homologues du Sinaï, sur une table évoquant à son tour la Table des » pains de visages », celle qui était disposée à l’intérieur du Sanctuaire, du Michkane, à côté de l’Arche sainte et du Candélabre arborescent. Du premier Homme jusqu’à Noé dix générations s’écoulèrent; puis dix encore de Noé à Abraham. Mais dix plaies frappèrent l’Egypte de la persécution, une Egypte décérébrée, dominée par un Pharaon qui se prenait pour Dieu. En contre-partie, toute l’économie biblique repose sur le principe de la dîme, du mâasser. La dîme n’est pas le dixième partie d’une somme ou d’une masse mais la dizaine qui se forme précisément par l’adjonction d’une unité complétive à neuf éléments préexistants. Seule cette dizaine forme un ensemble véritable, un klal. Si l’individu, le prat, est bien l’élément premier du klal, le klal, à son tour devient l’élément premier du Peuple, du Âm. Cette intégration logique s’avère indissociablement sociologique. Elle commande au surplus toute l’argumentation talmudique des lors que celle-ci se préoccupe de concilier la règle générale et le cas particulier. Les 13 règles de l’exégèse talmudique se remémorent lors de la prière du matin en même temps que les 13 dimensions de la compassion divine révélées à Moïse après la transgression du Veau d’Or. D’où, en effet, l’importance irrécusable du dixième homme dont l’absence en ce lieu et à ce moment s’assimile presque à une défection, principalement le lundi et le jeudi parce que ces jours là sont jour de sortie du Sepher Thora, témoignage que la Loi fut publiquement donnée au Sinaï. Bien sûr, prier individuellement vaudra mieux que de ne pas prier mais lorsque l’on mange seul également que devient la joie du partage, de l’échange, des mots qui se mêlent aux mets, rappelant que l’Homme, doué d’une âme, ne se nourrit pas seulement de pain? Cette exigence élucidée conduit à se préoccuper sans cesse que le peuple juif, envisagé comme âm, existe réellement, tel un ensemble non pas fictif mais effectif. Heureuse l’âme du disparu dont les parents où les amis se soucient ensemble de son élévation jusqu’au trône céleste. Cependant, qui dira le kaddich pour les personnes décédées dans la plus désolée des solitudes, sans plus de parents, ni d’enfants, ni d’amis; ces laissées pour compte, ces hors-peuple, que nul ne pleurera, que personne n’accompagnera non plus jusqu’à ce trou creusé dans une terre anonyme qu’on n’osera qualifier de tombe à leur égard?

Neuf hommes se sont tus à l’orée du kaddich. Ils font penser à des passagers sur un vaisseau en panne. Ils attendent, le dixième, puis le bénissent lorsqu’il passe enfin la porte du lieu sanctifié qui mérite maintenant,et seulement maintenant, d’être appelé maison de prières. Le kaddich prononcé l’affirme: désormais pour s’approcher, le Messie met ses propres pas dans les pas de l’arrivant.

                       Raphaël Draï zal

(1) Daât Thora, Berechit. 2001.

ANALYSE D’UN MIRACLE ( SUITE ) – Actu J – Avril 2013

In Uncategorized on novembre 1, 2015 at 12:04

« Analyse d’un miracle » est le titre d’un livre qui a fait date d’Arthur Koestler consacré à la naissance de l’Etat d’Israël. Qu’est ce qu’un miracle? Un événement qui outrepasse les lois de la nature. Qu’est-ce que la nature en matière politique? La statistique. Statistiquement parlant, après sa destruction par les armées de Titus, l’équivalent en ce temps de l’Etat juif était voué à la disparition complète, dans l’impossibilité, méthodiquement organisée par la puissance romaine, de se reconstituer jamais. D’où la subrogation du nom de Palestine, récurrent jusqu’à nos jours, à celui de Judée. Presque deux millénaires plus tard, en 1948 de l’ère chrétienne et la Rome de César se survivant seulement à titre fantomatique, l’Etat d’Israël ressuscitait miraculeusement puisque sa (re)création déjugeait les supputations de la statistique théologiquement puis idéologiquement interprétée. Cependant, si un miracle transcende les lois naturelles, il ne les méconnaît pas. La résurgence de l’Etat d’Israël ne se comprend pas sans l’improbable rencontre de deux trajectoires temporelles. La première est relative à l’histoire spécifique du peuple juif, lequel malgré les vicissitudes et les persécutions, n’a pas renoncé à son être ni abandonné l’espérance de recouvrer un jour sa pleine souveraineté. Au cours des siècles, sa liturgie, son droit, son éthique, sa littérature en témoignent même si en chemin il y eut beaucoup, beaucoup trop de déperditions et de reniements. L’essentiel avait été sauvegardé d’une identité persistante qui attendait pour se rétablir son croisement avec une autre trajectoire: celle de l’Histoire mondiale. Cette trajectoire commence de se dessiner aux XIXème siècle avec la promotion du principe nationalitaire contre les Empires et les tyrannies. Durant la seconde guerre mondiale, la guerre des dits Empires leur fit chercher des coalitions et des concours qui permirent au mouvement sioniste mondial, créé à Bâle en 1897, de faire prévaloir ses vues selon les trois orientations capitales de Herzl: dans le respect de la légalité internationale; sans céder sur la localisation géopolitique du futur Etat au Moyen Orient; tout en veillant à l’expression de l’ensemble des sensibilités du peuple juif. L’histoire de cette période est trop connue pour qu’on y revienne. Enfin, en 1948, l’Assemblée générale des Nations Unies vota en faveur de la création d’un Etat, seul de son genre et aussitôt qualifié de Juif, dont les Etats arabes qui l’entouraient jurèrent la perte.

De multiples guerres, à multiples visages, s’ensuivirent qu’ils ne gagnèrent pas mais qui sans doute les firent entrer dans un temps de déclin et de régression. En rendront compte les historiens de l’avenir. Depuis, c’est peu de dire que cet Etat, ressuscité et résurrecteur, a connu autant de métamorphoses internes qu’il a affronté de conflits armés et d’assassinats terroristes.

Depuis les « Hovevei Tsion », plusieurs mouvements, courants, partis, ont affirmé leur propre vision du visage que devait revêtir cet Etat si longtemps espéré. Croyants ou non, halakhiques ou laïcs, aucun ne voulait proroger la mentalité de l’exil. Chaque juif, sur cette terre tellement antique et si neuve, devait contribuer de ses propres mains, avec son propre esprit à l’oeuvre de la réédification. Les grands penseurs du sionisme, dont la nostalgie reste prégnante et les œuvres vivaces, parmi lesquelles le Rav Kook ou Aharon David Gordon, surent allier l’exigence des corps libres à l’inspiration de la pensée prophétique. C’est notamment en Israël, avec les kibboutsim, et non pas en URSS, avec les kolkhozes, que s’incarna le socialisme véridique.

Depuis 1992, l’Etat d’Israël, démographiquement métamorphosé, a su prendre la tournant de la mondialisation. Du socialisme utopique, il a également muté vers un libéralisme parfois débridé. Son armée est devenue l’une des plus puissantes du monde et sait retenir ses coups. Il lui faut désormais relever deux autres défis capitaux: construire avec ses voisins une paix juste qui ne soit pas d’abdication; continuer à construire une société qui ne déjuge pas les valeurs inscrites dans la Déclaration d’Indépendance et dans le Décalogue sinaïtique.

S’agissant de l’Etat d’Israël d’aujourd’hui, indissociablement juif et démocratique, nul ne doit se départir de son esprit critique mais chacun doit aussi conserver le sens de l’émerveillement.

Le propre du vrai miracle est d’en engendrer d’autres.

Raphaël Draï zal, Avril 2013