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Bloc_Notes – 23 au 27 Mai

In BLOC NOTES on mai 27, 2013 at 8:13

27 mai.

Actus LMPT logo drapeauLendemain de la – dernière? – grande Manif pour tous. On sent à la fois de l’amertume et de la colère chez les participants et du soulagement au gouvernement. Un premier signe: Frigide Barjot, l’égérie initiale du mouvement, s’en est retirée dans la semaine et a annoncé pour sa part la fin de cette forme d’action. Le relais a été aussitôt pris par une autre pasionaria, Ludovine de la Rochère, dont le nom n’est pas aussi notoire. On assure « que Frigide ( sic) se retrouvera dans les suites de l’action ». Sans tomber dans la psychanalyse pour presse pipole, l’on peut s’interroger sur ce pseudonyme. Choisir pour prénom « Frigide » et pour patronyme « Barjot », et que cette désignation soit ensuite banalisée comme si l’on avait dit « Béatrice Dupont » devrait inciter à la réflexion. Surtout lorsque l’on prétend défendre le couple, la famille et une saine – pour ne pas dire sainte, progéniture. Après la remarque freudienne, celle du politologue s’impose. Les participants à la Manif pour tous, les militants du « Printemps français », les « défilants » de Civitas, les comités de « Mères veilleuses » constituent-ils à proprement  parler un mouvement social, autrement dit l’expression d’une  vitalité et d’une créativité qui déborde largement les cadres et les usages des formations politiques traditionnelles? Par bien des aspects une réponse positive est possible, notamment par la présence de  manifestants jeunes et très jeunes, portant drapeaux et banderoles pour la première fois dans la vie, et cela à l’incitation de leurs parents. Cependant, un mouvement  qui stoppe d’un coup mérite t-il cette appellation?

L’on en revient à la question de fond: un mouvement social, ou même plus spécifiquement syndical, qui ne trouve pas ses relais et ses «transfos» dans un ou plusieurs partis politiques s’épuise rapidement, d’abord par l’indisponibilité  professionnelle de ses animateurs, ensuite parce que dans une démocratie la loi se fait au parlement. D’où les traînements de godasses d’importants leaders UMP et UDI. Restent les règlements de compte personnels à venir. De ce point de vue, la NKM est loin d’être sortie d’affaire. Coup de pied de l’âne: cette année, la Palme d’or du festival de Cannes a été décernée à un film glorifiant l’amour, torride et romantique à la fois, de deux femmes. Steven Spielberg, président du jury, a semble t-il oublié l’innocent E.T dans sa lointaine galaxie. Quant à Aurélie Filippetti, notre Ministre de la Culture, au bras d’Alain Delon, non loin de DSK, et sculpturale dans sa robe de  haute culture, elle a probablement provoqué un large consensus sur son identité de gauche chez Jean-Luc Mélenchon et Nathalie Arthaud.

24 mai.

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Villejuif. Hier soir, à l’invitation d’Albert Myara, débat inter-religieux  sur le thème « Chacun son Livre? ». Le maire, communiste, est présent ainsi que d’autres élus  du Val de Bièvre, notamment du Kremlin-Bicêtre: studieuses et méthodiques prises de notes mais refus d’intervention orale. Comme toujours au début de rencontre de ce type, légère appréhension, surtout lorsqu’il faut prendre la parole en premier. Dans la  salle comble, de nombreux musulmans et des femmes en tchador. Comment, en si peu de temps, et de but en blanc, évoquer ce que l’on est, ou ce que l’on croit être,  puis exposer les fondements de sa foi  sans heurter personne, en donnant le sentiment qu’il y a dans le ciel et sur terre de la place pour tous.. Il faut également savoir entendre et écouter.. L’exposé livresque des articles d’une foi quelconque est une chose. La façon dont elle est vécue, au plus intime de soi, autre chose. Pourtant, un dialogue ne mérite ce nom qu’à la condition de s’y  exposer réellement. Au fur  et à mesure que la soirée se déroule, dans un silence plein,  d’hospitalité intellectuelle et spirituelle, la confiance se tisse et l’on évoque aussi ce qui divise sans éclats passionnels. A la sortie, le responsable d’une association musulmane fait part de sa satisfaction. Je la sens véridique. Etrange situation. Nous pouvons parler ensemble, manger, boire ensemble, parfois prier ensemble, jouer au foot ensemble, rire et pleurer ensemble. Pourquoi est- ce  si difficile de vivre ensemble?

23 mai.

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Georges Moustaki est mort. Pour ces chanteurs et compositeurs de haute stature, ce départ est leur seule fausse note. On les voudrait immortels parce qu’intemporels: comme leur chansons. « Le Métèque », « Ma Liberté »..  Georges Moustaki n’avait certes pas une voix de stentor. La sienne était légèrement voilée, presque chuchotée mais capables d’inattendues ascensions à l’octave supérieure. Quel est le secret d’une mélodie qui survit aux dissolutions de l’oubli? Et qu’est- ce qu’un créateur de cette sorte touche en chacun de nous, qui s’y inscrive à cette profondeur là, avec une telle pérennité? Dans  des styles différents,  l’Egypte aura donné pour la chanson dite populaire (en est –il une qui soit impopulaire?) Claude François, Georges Moustaki et aussi Dalida. Il m’arrive de réécouter ses chansons comme si le temps s’y suspendait. Elles font revivre une adolescence sous le soleil d’Algérie, ce soleil auquel s’ajoutaient les sonorités visuelles de son Egypte  natale  et de son Italie vocale… Bien loin de cette musique industrielle qui sature nos plages sonores dès la première secondes, des aires auditives qui ne peuvent se dilater à nouveau qu’à coup de bières sur-alcoolisées et d’autres produits que la morale réprouve mais que la loi est impuissante à combattre. La chanson digne de ce nom? Quelques accords, certes mais quelques désaccords aussi..

L’ETAT (Inédit)

In SCIENCE POLITIQUE ET DROIT on mai 26, 2013 at 10:05

L’ETAT (Inédit).

L’ETAT (Inédit)

In SCIENCE POLITIQUE ET DROIT on mai 26, 2013 at 10:05

Qu’en est -il de l’Etat?  S’il est une affaire qui mérite le qualificatif de « publique» c’est bien celle de sa santé.Pour Hegel , l’ Etat n’est pas seulement l’instance la plus haute de la vie collective. Ce mot désigne aussi l’accès de ses membres à la conscience de l’ Universel . Noblesse oblige …Au fait d’où vient ce vocable? Selon certaines étymologies il serait d’origine latine , fortement marqué par la racine STR du verbe  STaRe qui signifie se maintenir , faire fond et face contre vents et marées . Mais il n’est pas impossible que cette étymologie recouvre  une  conception plus  tardive de 1′  Etat  puisque la  formule  latine originelle dont le mot Etat se rapproche la plus est Res Publica , soit la chose publique , comme on le vérifiera chez Cicéron et chez Saint Augustin . La variation des significations n’est pas mince qui passe du plan de l’identité commune à celui de la simple préservation de l’existence, comme si, au cours de siècles, le moyen et la fin avait permuté. Car ce terme­ clef en lequel semble s’être condensés toute la science politique et tout le droit public ne se donne pas à comprendre aisément .

Un Etat,  dit -on  , est une entité caractérisée par une population donnée , sur un territoire délimité et dotée du monopole de la contrainte légitime . En quoi il s’atteste souverain. Mais cette définition n’est elle pas forgée à partir de termes qui demandent eux mêmes à être plus clairement définis ? Car , pour commencer , il existe , morphologiquement parlant,  plusieurs formes et sortes d’ Etat, allant de l’ Etat unitaire, plus ou moins centralisé -la France- à l’ Etat fédéral, constitué de plusieurs autres« States» -les USA – ou landers -1’Allemagne  . Sans parler de la forme confédérale et des formes plus ou moins rampantes de fédéralisation -l’ Union Européenne . Il est vrai que la monopolisation de la violence est un trait constant de l’Etat contemporain s’il  entend mettre un terme à l’anarchie  des«  canailles» ( dixit Loysel) ou à la  dislocation féodale . Dans ce cas,  et Joseph de Maistre l’avait bien vu,  il prendra la figure du bourreau qui exécutera ses sentences . Mais si cette figure là devient effigie de sa Souveraineté , celle ci marquera plutôt l’ empire de la peur qui n’est jamais un fondement sûr puisqu’elle décroît parfois chez ceux qu’elle habite et qui , en s’y accoutumant, finissent par ne plus la ressentir.

C’est le cas de rappeler que le doublet souverain -absolu  qui passe pour une tautologie est rien moins qu’abusif . Bodin à qui on l’impute abusivement n’a  cessé de rappeler aussi les exigences du souverain Bien, le seul qui vaille . L’Etat ne justifie son appellation et surtout sa raison d’être que d’y travailler . En somme , la formule “Etat- providence” , qui a fait fortune  jusqu’en  1973 , est une véritable tautologie . Un Etat n’en est plus un s’il ne promet que le Purgatoire pour éviter l’ Enfer en  oubliant qu’il  est au service de la Res Publica            , déjà citée , à laquelle il doit donner sens et substance  au lieu de mettre celle -ci au service inversif de sa propre prorogation . Ce qui advient lorsqu’il naturalise le chômage , lorsqu’il  capte par  sa fiscalité castratrice des richesses ou des revenus qu’il ne produit pas et lorsqu’il gâche les plaisirs que laisse entrevoir1’allongement de la durée de vie  par une extension à effet rétroactif des années de cotisations pour une retraite tout juste décente .

De pareilles (im)politiques publiques sont de nature à saper immanquablement 1′autorité  dont il réclame par ailleurs 1’observance généralisée , depuis la famille, jusqu’au stade de football en passant bien sûr par la salle de classe, surtout lorsque la porte de celle- ci ne s’ouvre que sur des terrains vagues ou sur les caves taggées de la«  hot money » . Pour ne pas se dégrader en autoritarisme , qui est la forme la moins avouable de 1′ impuissance , l’ autorité étatique doit être génératrice de véritables biens , individuels et collectifs, susceptibles de partageet d’une qualité suffisamment pérenne pour faire l’objet d’une transmission . Celle par laquelle le dit Etat contribuera à inscrire la population dont il a pris la responsabilité dans une véritable Histoire , alimentée par une mémoire vivace , non itérative , et orientée par un projet où chacun finisse  par oublier sa revendication à un nom singulier , exclusif , différentiel , pourvu qu’il aboutisse à une œuvre d’ensemble sur laquelle le temps usera ses griffes.

MER MEDITERRANEE , DES ALLERS SANS RETOURS?

In Uncategorized on mai 26, 2013 at 9:29

MER MEDITERRANEE , DES ALLERS SANS RETOURS?.

MER MEDITERRANEE , DES ALLERS SANS RETOURS?

In RACINES on mai 26, 2013 at 9:28

MER MEDITERRANEE ,  DES ALLERS SANS RETOURS ?

( Paru en 2008   dans La Revue des deux Mondes )

 

I .
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Le propre des mythes  est de simplifier la réalité  dans  l’intention de la rendre plus facilement compréhensible .  Pourtant  cette simplification même va à l’encontre du but recherché tant la  complexité est inhérente à la vie . De ce point de vue , y aurait–il un mythe de la Méditerranée qui en ferait une sorte de mer  de la Tranquillité dans un monde tumultueux , une mer sur laquelle des navires  pacifiques s’adonnent au commerce des grains ainsi qu’à l’échange des hommes sans armes et des idées dépourvues de violence ? Petite carte postale intellectuelle souvent coloriée par la lecture sans doute hâtive du « Vent à Tipasa » ou du « Retour à Djémila » . Mais  glorifier la mer qui vient laper le bord des ruines de Rome , c’est rappeler à la réalité de ces ruines . Et puis pourquoi cette présence romaine si loin des cotes d’ Italie  ? Il a bien fallu que la Méditerranée transporte d’autres embarcations , autrement chargées de soldats en  équipements guerriers et voués à l’emprise de l’univers .Mais c’est cela qui subsiste de la Rome républicaine d’abord , impériale ensuite : des ruines .Depuis , les Etats issus de l’autre Rome , non plus celle de César mais celle de Charlemagne , et qui bordent la mer qui bleuit tant de rêves , se sont livrés  à des affrontements sans merci , en courses où la  capture des futurs esclaves  faisait circuler les monnaies , certes , mais par le truchement des rançons ,ou en expéditions qui se voulaient punitives mais que hantait le rêve de Rome  destiné à transformer la Méditerranée en une mer sans coutures . D’autant qu’à partir du VIIIeme siécle ,la rive méridionale de la Méditerranée ne fut pas seulement sa rive géographiquement non européenne .Elle devint également sa rive non chrétienne , barbaresque , conquise par les armées de l’ Islam  qui y établirent la Loi coranique , interprétée par les descendants du Prophète d’Allah , originaires d’une Arabie plus que lointaine .Le mot « Afrique » ne vient –il pas de l’ arabe ferga qui désigne la dispersion et presque l’exil ?

Par suite , les entreprises ne manquèrent pas visant à unir les deux rives méditerranéennes sous une foi unique , celle du Christ ou celle de Mahomet . De siècle en siècle , les cotes du Var eurent à se  défendre contre les barbaresques lancés d’ Alger ou d’ Oran , tandis qu’ Oran et Alger devaient essuyer les canonnades des marines d’ Espagne , d’Angleterre ou de France .  Faut –il rappeler qu’Oran fut occupée par la  puissance espagnole durant plus d’un siècle , cela avant que les Armées de Charles X n’entreprennent pour un motif fallacieux la conquête de cette partie de l’ Afrique du Nord alors sous la domination du pouvoir turc , lequel n’était pas indigène  ni, à franchement parler , … berbère . 130 années plus tard , la France repliait à son tour douloureusement ses drapeaux , geste qui outrepassait la symbolique  d’un rappel de couleurs nationales dans ce qui eût été un processus autrement pacifique de passation des pouvoirs puisqu’il entérinait l’exode d’un millions de personnes, chrétiennes , juives et musulmanes . Une des plus fortes  migrations de population de l’ histoire contemporaine et l’une de ses catastrophes humaines les plus graves .De ce point de vue encore,la Méditerranée  se détachait tragiquement de son mythe littéraire.D’une rive à l’autre,les trajets s’accomplissaient désormais , et à l’encontre des prévisions et des calculs, en allers sans retours , mouvements de nature à mettre à mal l’image du lac propice aux échanges des biens et aux partages des convictions , même véhémentes .

Cependant , après les premières année d’euphorie qui suivirent l’indépendance de l’ Algérie , dès 1964 et le coup de force de Houari Boumedienne , il apparut que cette catastrophe  n’était pas exactement celle que l’on croyait .Tant bien que mal,les « rapatriés » d’Algérie s’intégraient à leur nouveau territoire , la terre de leur naissance se transformant en pure et dolente contrée mémorielle . Sur le sol de France , et en dépit de nombreux drames personnels , la  vie s’est refaite pour eux tandis qu’en Algérie indépendante elle se défaisait dans de nombreux secteurs malgré – ou peut être à cause – ce qu’il est convenu d’appeler la « manne » pétrolière et gazière dont les bénéfices , pour tout Etat doté d’un sous – sol richissime , ne sont bénis qu’à la condition de s’investir dans une société civile digne de ce nom .De fait , la séparation territoriale et juridique entre les deux nations n’empêcha pas les mouvements forcés de populations . Ils étaient dirigés cette fois de l’Algérie algérienne vers une France qui pour n’être  plus métropolitaine avait toujours besoin de main d’œuvre docile et bon marché . Echanges nominaux , déterminés de part et d’autre par la nécessité , sans que le cœur y fût vraiment . Sans le cœur , rien ne vaut et rien ne dure  Avec le temps qui passait , de décennie en décennie ,les questions pendantes s’inscrivaient dans une durée longue , pour parler comme Braudel , et même , s’agissant de questions non résolues , dans une durée « trop  longue » –  pour reprendre aussi l’une de ses catégories  , moins souvent citée  .En France  les jeune issus de l’immigration , comme on se mit à les appeler  ,commençaient  à éprouver le syndrome de « l’identité bloquée »[1] :immenses difficultés éprouvées pour s’intégrer dans « le pays d’accueil » , si  peu accueillant , et quasi impossibilité de  retourner « au pays » . Le pays des pères n’est pas toujours , et ipso facto , celui de leurs enfants  lorsque ceux – ci n’y sont pas nés ou qu’ils n’y vivent pas de la seule vie qui fasse preuve : la vie quotidienne .

De leur côté ,les Rapatriés avaient engendré leur propre seconde génération , pour laquelle l’autre rive de la Méditerranée , celle  du déracinement physique de leurs parents ,  devint , à quelques exceptions prés , celle d’un bout de «  mémoire heureuse » où se retissait  , avec le mythe reconstitué de l’ Andalousie , le  mythe de la Méditerranée civilisatrice . Il faut prendre garde à la persistance des mythes .Leur reviviscence est bien  plus intense que la réminiscence dont parlent les psychanalystes et les philosophes .A leur manière , ils traduisent le refus  d’entériner les défaites de l’esprit , d’acquiescer  à l’idéologie fataliste qui voudrait couvrir les inconséquences des hommes en les attribuant à l’on sait quel mouvement, aussi obscur qu’irrésistible , de l’ Histoire . En ce sens le mythe de la Méditerranée inscrit cette attitude  protestative dans la longue durée . Tels sont , en substance , les propos que me tenait Salim , un ami de Constantine , lorsqu’ ensemble nous tentions d’évaluer les conséquences produites par le départ en masse et dans la panique des Français d’Algérie , et en particulier celui de la communauté juive qui s’y trouvait bien avant la prédication chrétienne et, naturellement , bien avant la conquête musulmane , comme nous y reviendrons :  «  Qu’est ce qu’un demi -siècle de séparation dans  plus de deux mille années d’histoire commune dont nous ne savons que des bribes ? » Salim se souvenait –il que Braudel avait également enseigné au Lycée d’Aumale de Constantine  ? On peut juger de différentes manières la  politique de coopération qui s’est instaurée entre la France et l’ Algérie au lendemain de l’ Indépendance . On peut notamment  trouver cruel que les coopérants  , souvent en mal d’idéal , venus d’une France « hexagonisée » ,se fussent installés dans tant de lieux d’où leurs compatriotes avaient été déracinés  comme si ceux- ci n’y avaient jamais été présents , comme s’il  allait de soit qu’ils aient fait , en somme , place nette . Mais à leur manière , avec une générosité et un idéalisme qui eût fait merveille en France même , où d’autres difficultés s’annonçaient , ils ont contribué à la reviviscence de ce mythe où se combinaient les restes d’une passion mal éteinte avec les froids calculs des stratèges maritimes et  des pétroliers  .

 En 1973 , après la guerre du Kippour , la France pompidolienne refusa d’emboîter les pas à l’Agence des pays consommateurs sous la houlette américaine . Il lui fallut donc veiller sur ses sources propres d’approvisionnement dont l’Algérie n’était pas la moindre .Et c’est en 1975  , treize ans déjà , ou à peine,  après que le drapeau français avait été replié sur la terre d’ Algérie  , qu’on on le vit flotter à nouveau dans les rues d’Alger , prés du drapeau blanc et vert frappé du croissant rouge , à l’occasion de la visite officielle de Valery Giscard d’ Estaing , jadis partisan déclaré  de l’Algérie française .

De 1974 à 2000 , un quart de siècle s’écoula avec des hauts , des bas , des coups de froid , des coups de chaud  mais  jamais dans l’indifférence . La France et l’ Algérie donnaient l’image d’un couple de divorcés incapables de vivre séparément . Même la rancune y servait de liant . Pourquoi attacher de l’importance à cette dernière date ? Dans un discours fameux prononcé à Constantine en septembre 1999 , le président Bouteflika , nouvellement élu , avait tendu la main  à tous les enfants d’Algérie afin qu’ils retrouvent leur terre natale , à condition de ne pas y  remâcher le dross d’une nostalgie revancharde . Retour de flamme affective ? L’Algérie venait de vivre une innommable tragédie déclanchée en 1991avec l’interruption d’une consultation électorale  qui , laissée à son propre mouvement , conduisait inexorablement le  parti islamiste au pouvoir dans l’intention délibérée de transmuter la République démocratique et populaire d’Algérie en une théocratie Le Coran y serait interprété à sens obligatoire pour y faire enfin régner l’ordre dans les cœurs trop corrompus . Il en résulta un déchaînement de violence qui restera dans les annales d’abord par son caractère fratricide puis parricide avec l’assassinat de Boudiaf. Le mot « frères »( akhouan ) , véritable mot de passe des années d’insurrection , devint l’inducteur d’une haine où l’on percevait qu’après quelques vingt années de années de « Mêmeté »  –   « l’ Autre » hétérogène était parti en masse de 1961 à 1962- , la société algérienne secrétait un « autre Autre » , si l’on peut ainsi parler , des entrailles d’un Même désormais en décomposition , pour ne pas dire en putréfaction . La qualité homogène de « musulman » y perdait toute valeur critériologique , toute fonction de repère sociologique et psychique . Le mécréant , le « kouffar », à la fois hérétique et parjure , devient cet « Autre – Même » à exterminer. Rien de moins . D’où les échelles de cette violence et surtout ses modes d’administration  , notamment par le lent morcellement du  corps des dits « Kouffarin » , comme s’ils avait fallu éterniser l’horreur qui avait surgi dans leur regard , leurs bourreaux se rendant sourds à des supplication exprimées parfois en fragments de sourates coraniques .

La répression du Pouvoir en place ne fit pas de quartiers et l’on crut par moments  que l’ histoire braudelienne retrouvait les  cycles des itérations freudiennes entées sur une  pulsion de mort ivre , comme si la satisfaire devenait une fin en soi.Toutes les grandes villes d’Algérie furent à nouveau quadrillées , évoquant Massu au temps de la « bataille d’Alger » , pour tenter de prévenir des attentats où les commissaires de police algériens se subrogeaient tels des fantômes à leurs prédécesseurs du temps de la domination française . Le pire fut encore le trouble jeté dans les esprits  .Le pouvoir en place justifiait cette répression itérative en invoquant la nécessité de sauver les acquis de  la Révolution algérienne alors qu’il l’avait conduite dans l’impasse à force d’impérities , de prébendes et  d’irresponsabilité idéologique  puisque c’était sous ses auspices qu’il avait implanté dans ses écoles d’où la langue française avait été chassée des instituteurs wahabites , comme si Oran jouxtait Médine …

Après l’allocution du Président Bouteflika à Constantine , et d’autres gestes et invites de sa part , c’est avec une véritable enthousiasme presqu’enfantin que se prépara  ce qui voulait être un voyage de réconciliation . Il s’agissait d’intégrer le temps devenu relativement long de la séparation dans le temps encore plus long et plus «  résistant » de la civilisation méditerranéenne -et monothéiste – et non pas de s’adonner au prurit d’une « nostalgérie » si proche à maints égards de la morbidité .En réalité l’on  sous –estima  la concurrence des longues durées antagonistes . Lancé à l’automne 1999 , le projet fut enterré au printemps 2000 . Pour le comprendre , il est indispensable de faire la part des prétextes et celles des causalités plus indurées .

A l’évidence , l’ Algérie de l’an 2000 n’était plus celle de 1962 . 70 °/ ° de sa population avait moins de trente ans et n’avait pas connu la souveraineté française . Celle- ci leur était dépeinte sous les aspects répulsifs du colonialisme le plus abject , ce qui les incitait à cliver leur image de la France entre un Etat raciste d’une part et un  pays de cocagne de l’autre .L’ Islam qui s’y était installé , apparemment maté par les Ninjas du Pouvoir , n’avait plus rien de commun avec celui des Aïds de leur enfance , pour autant qu’ils en avaient conservé le souvenir en l’intégrant dans le mythe enjolivé et rétroactif d’une coexistence largement imaginaire.Les voyages mémoriels ou les pèlerinages dans les cimetières devaient préluder à une collaboration plus soutenue , avec des allers  et retours mutuels , des deux bords de la Méditerranée .Il fallut déchanter. En mars 2000 , les portes de la réconciliation furent violemment refermées . Les anciens du FLN et les nouveaux islamistes avaient crié au retour du colonialisme et  au complot sioniste  .Les pèlerinages ne furent pas interdits pour autant mais ils devaient conserver leur caractère funéraire et s’accomplir en groupes peu voyants . De son côté la France restreignait drastiquement l’octroi de visas en direction de son territoire surtout après le 11 septembre 2001 . La Méditerranée était elle redevenue un lac rebutant tout échange et partage ?Et le grand projet d’Union euro- méditerranéenne pourrait –il y suppléer ? Certes , à condition de régler au préalable quelques problèmes de fond .

II .

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En premier lieu  , rétablir de chaque côté de la Méditerranée l’intégrité de ce que Karl Jaspers appelait le chiffre du temps , autrement dit  le vital remembrement des dimensions respectives de la mémoire , du projet et de la décision . A coup sûr , la France et l’ Algérie souffrent aussi de réminiscences , pour employer un langage freudien . Pour la France , ce sont les réminiscences de la période coloniale . Point n’est besoin de revenir sur les récentes polémiques nées à propos de la « réévaluation positive »  de cette période . Il ne s’agit pas ici de donner dans la repentance et dans la contrition mais de remembrer également les  diverses échelles de la durée concernant le psychisme de deux nations enchevêtrées . Aucune période historique ne peut s’évaluer intelligemment à l’état isolé .Autrement il faut s’adonner au jugement moral ou idéologique , lequel présente une  difficulté majeure : il requiert  l’exemplarité des juges supposés . Pour mettre en doute les discriminations racistes inhérentes à cette forme de colonialisme et son mépris global pour les neuf dixièmes de la population algérienne d’alors il faut être politiquement décérébré et éthiquement aphasique .Cette dernière considération ne saurait en minimiser deux autres qui relèvent , elles , des exigences les plus fondamentales des sciences humaines et sociales .

En 1830 , la France était ancrée dans l’idée que le pouvoir ottoman régnant à Alger et  issu de la conquête islamique n’avait aucun titre indiscutable à occuper cette partie de l’Afrique du Nord où la présence chrétienne s’attestait plus d’un demi -millénaire avant la sienne . Ce que la force des armes avait accompli , d’autres armes étaient en mesure de le défaire . « Arrogance » monarchique et chrétienne ? En 1877, le laïc Jules Ferry justifiait le développement et la consolidation de la ( re) conquête coloniale par rien de moins que la mission civilisatrice de la France , laquelle mission , en ce temps là , ne se concevait pas en d’autres termes , aucune nation au monde – y compris dans le monde musulman- n’assurant l’égalité parfaite et indiscutable de tous les individus vivant sur son territoire , quelles que fussent leur appartenance confessionnelle .

Par ailleurs , et comme on l’ a déjà souligné maintes fois[2] , si la guerre d’ Algérie a été menée pour détruire le dit régime colonial , quels qu’en furent les alibis et les auto- justifications , il est peu d’exemple où les citoyens d’un Etat ayant conquis son indépendance les armes à la main contre un autre Etat tentent aussi rapidement d’affluer en nombre sur le territoire de ce dernier sans conduire à  relativiser les griefs  et même les accusations dirigées contre lui au temps des hostilités  . Telle est la situation qui prévaut aujourd’hui entre la France et l’Algérie .  Par suite , il faut dégager la juste voie entre , d’une part , l’apologie rétroactive et revancharde de la période coloniale et d’autre part la diabolisation permanente à des fins de propagande interne de l’ Etat et de la Nation auxquels cette période se rapporte , comme on vient de le souligner à propos du voyage avorté de réconciliation conçu en l’an 2000 .

Récuser la diabolisation n’est pas prôner la relativisation et donc le dégagement de toute responsabilité .Au contraire : par soneffet de percussion psychique,par l’intense culpabilisation qu’elle vise , la diabolisation engendre immanquablement le plaidoyer et la contre – attaque .Au bout d’un demi- siècle de souveraineté affichée , qu’est devenue l’ indépendance réelle de l’ Algérie ? La société algérienne est –elle plus égalitaire , plus juste en 2008 qu’elle ne l’était non pas en 1837 , ni en 1930 , l’année de la célébration outrancière et aveugle  du Centenaire de la Conquête , mais en 1962 après le retour du général de Gaulle aux affaires et l’accentuation des immenses reformes engagées pour mettre un terme aux discriminations et aux iniquités ? Il suffit de regarder des photos de classe prises dans les lycées et collèges de 1954 à 1962 et d’y reconnaître ses camarades , ou bien de consulter les dernières nomenclatures de la Préfectorale pour constater que l’ Algérie française n’avait rien de commun non pas même avec l’ Afrique du Sud mais avec l’ Etat de l’Arkansas aux Etats Unis au temps de la ségrégation .On n’aura pas la naïveté de croire que le « plan de Constantine » présenté dans  la capitale de l’ Est algérien en 1958 par le général de Gaulle n’était animé que par des vues désintéressées et qu’il était fondé sur les principes génériques du socialisme révolutionnaire . Il  n’en demeure pas moins qu’il visait à réduire fortement  pour ne pas dire à mettre un terme définitif aux discriminations et iniquités du colonialisme , y compris dans sa modalité « républicaine ». Si le mot «  intégration » n’était plus prononçable – et pour cause –il faut être particulièrement déloyal pour laisser dire que l’ Algérie remise aux mains des chefs du FLN en 1962 était exsangue et réduite à une terre brûlée , et cela en dépit des destructions nihilistes opérées par l’ OAS qui fut, elle aussi , et largement,  un produit du désespoir engendré par les virages à 180 degrés pris par le Général dès l’automne 58, comme s’il n’avait pas paru au balcon du Gouvernement général à Alger le 4 juin .

Faut –il mentionner également la mise en valeur et l’exploitation réussie des sites pétrolifères et gaziers de Hassi Messaoud et de Hassi R’ mel ? Lorsque le temps de la lucidité adviendra , l’on finira par admettre que l’ Algérie indépendante est «  mal partie »  dés 1962 parce qu’un million de ses habitants avait été forcé  de la quitter et que , de ce fait , la population algérienne considérée comme une entité avait été décimée , à  la lettre , par cet exode paniqué et multitudinaire .Les  prétendus accords d’ Evian de mars 1961 qui se proposaient de ménager une transition réelle entre les deux Etats  n’étaient déjà plus  que chiffons de papier, leur effet immédiat ayant été de faire basculer encore plus massivement la population musulmane dans le camp du FLN  .

Ainsi les longues durées  des histoires événementielles , économiques , culturelles mais aussi morales , doivent elles être coordonnées plutôt que de tourner à vide , comme les rouages d’une montre conçue par un dément . Répétons le : juger éthiquement ce que fut la présence française en Algérie exige que l’on fît preuve d’un niveau moral et de réalisations supérieures à celles qui s’attachent à cette présence , au lieu de l’utiliser comme on le ferait d’un bouc émissaires pour maquiller un dépôt de bilan .Pour un Etat, acquérir ou conquérir son indépendance n’est  jamais une fin en soi . Toute indépendance a ses propres lendemains  au cours desquels il faut honorer les engagements  contractés durant les années de lutte . En est-il allé autrement  pour la France durant les années 40 à 44 ? A cet égard , un acquis essentiel de cette lutte ne devrait souffrir aucune discussion : la fin juridique , pour ne pas dire physique , du régime colonial , tel qu’il avait naturalisé l’inégalité et , ensuite , instauré l’inique  double collège des votants alors que l’on devait plutôt honorer les valeurs d’un régime républicain et  celles de la Déclaration  de 1789 . Il ne fallut pas attendre longtemps pour constater que ces lendemains -là  déjugeaient largement les programmes révolutionnaires du FLN .On l’a dit,  dés 1964 , deux ans à peine après la proclamation de l’ Indépendance , un coup d’ Etat d’une violence symbolique extrême vint mettre au pouvoir le maître de l’ ALN à l’instar d’une vulgaire « république » d’Amérique latine . Il ne fallut pas attendre  longtemps non plus pour constater que la lutte pour le pouvoir y devenait une obsession  et qu’elle se traduisait moins par des compétitions électorales légalement régulées que par des éliminations physiques exécutées souvent en territoire étranger. Par ailleurs les schémas monomaniaques de « l’industrie industrialisante » touchaient moins aux besoins vitaux de la population algérienne qu’ils ne servaient de banc d’essai  à des idéologies erratiques ,  exportés en terre africaine .La rationalité weberienne requise par les véritables politiques de développement  céda le pas  au  déchiquetage du pouvoir par régions , par familles et par clans . Ainsi se reconstituèrent  dans l’Algérie post – coloniale, des structures et des comportement qui semblaient mimer  les organisations et les conduites de la période précédente officiellement vouée aux gémonies surtout dans la propagande scolaire . Et  l’on vit apparaître , dans le fond d’une mauvaise brume mentale , le visage d’une Algérie de nouveau partagée entre d’un côté les privilégiés d’un Pouvoir considéré comme fin en soi , prébendiers d’un système qui accaparait la rente pétrolière et gazière sur fond de socialisme collectiviste , et d’autre part le peuple algérien glorifié dans sa mythologie mais profondément malmené pour ne pas dire méprisé dans sa vie quotidienne  , de plus en plus réduite à une survie au jour le jour . D’où les émeutes de 1988 au cours desquels ce furent des unités de l’ALN qui , faisant refluer l’ Histoire à rebours de son cours officiel , tirèrent  sur les manifestants algériens . A l’espoir révolutionnaire , avec ses temporalités longues et haletantes à la fois , avait fait suite la viscosité des jours interminables , rongés par l’inoccupation , corrodés par l’ennui , avec pour seules échappées possibles la drogue des pauvres , la gamberge en direction de la France ou bien le passage de l’autre côté du miroir , ou du mirage : vers la République islamique  avec sa Shariâ hypermoïque , son impitoyable égalitarisme , sa violence purificatrice . On sait ce qu’il en advint : dix années ou presque de fratricide . Or celui- ci se consomme avec un tellement caractère sanglant seulement dans les régimes où les invocations à la fraternité aboutissent en réalité à la bafouer cyniquement  .

III .

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Dans cette ré-articulation des longues durées entre elles en vue de leur pacification , et avant de conclure ,il importe de mettre en évidence les particularités de celle qui s’attache à ce que fut la présence spécifiquement juive en terre algérienne .On se souvient à ce sujet des propos nettement antisémites tenus par le ministre des Anciens combattants du gouvernement Belkhadem pendant la préparation du voyage officiel de Nicolas Sarkozy en Algérie l’automne dernier , propos atténués mais non pas condamnés par le Président Bouteflika . Il est vrai que la mémoire de la présence juive en Algérie pose d’inextricables problèmes identitaires à un Etat algérien qui voudrait faire débuter la généalogie de l’Algérie au VIIIeme siècle de l’ère chrétienne . Dans la lutte pour l’indépendance , le FLN a toujours excipé de l’antériorité de ses droits sur cette terre  puisque le corps expéditionnaire français n’y avait débarqué qu’en 1830 , Constantine n’ayant été conquise qu’en 1837. La présence juive s’atteste en Algérie depuis l’époque du Roi Salomon , 16 siècles  au moins  avant la conquête islamique .Manier la référence à l’antériorité présente une difficulté singulière : elle est indivisible et opposable à qui l’invoque mais avec une mémoire courte . Pour tenter de faire pièce à cet argument,les partisans d’une Algérie « judenrein », , ethniquement et religieusement homogénéisée , opposent l’acceptation en 1870 par les Juifs  de la nationalité française en conséquence du décret Crémieux , nationalité qu’ils ont de nouveau endossée en 1943 , malgré l’abrogation du dit décret par le Pouvoir raciste du Maréchal Pétain .Par cette confirmation , ils auraient abdiqué la longue durée de leur généalogie algérienne tout en se désolidarisant moralement et politiquement de la population musulmane et des injustices que celle –ci endurait .

Mais si les Juifs ont accepté alors – et non sans débat-  la nationalité française n’était- ce pas pour enfin échapper à la condition infériorisée et perpétuellement anxiogène de « dhimmis » qui était la leur sous l’arbitraire   pouvoir turc ? Si une  pareille condition était le moins du monde enviable pourquoi la population musulmane n’a t –elle pas accepté celle , homologue , qui lui  était faite par le pouvoir colonial français ? Le pogrom du 5 août  34 à Constantine a démontré – et avec quelle sauvagerie – les sentiments réels nourris par cette population envers les Juifs de cette même ville .Dans le décours de la polémique , les uns et les autres feront valoir les violences mutuellement subies durant la guerre d’Algérie  et notamment pour faire pièce , si l’on ose dire , au pogrom du 5 août 1934 les représailles  dont furent victimes en 1956 , toujours dans cette ville , des passants musulmans après un attentat particulièrement  sanglant commis dans le  quartier juif . D’où le départ  de la quasi- totalité des Juifs d’Algérie en 1961 et 1962 , d’une  terre où il leur est difficile de revenir pour visiter leurs cimetières – et particulièrement celui de Constantine – autrement que de manière  individuelle , tandis que pour réciter un Kaddich devant une tombe il faut constituer un groupe d’au moins dix  priants  . Afin de pouvoir déférer sans crainte à ce devoir religieux  faudra t –il solliciter bientôt l’ouverture de  couloirs humanitaires en prenant l’engagement de faire le déplacement dans la journée comme font ceux qui se rendent à Auschwitz ?

On ne compare pas des traumatismes entre eux . On tente de leur porter remède . Comme l’a si bien montré Jean Pierre Lledo , le « travail de mémoire » qui mettra à niveau la Méditerranée réelle et son mythe de vie doit s’effectuer simultanément des deux côtés de l’espace et de l’ histoire concernés , pour éviter la collisions des durées , courtes et longues , qui ne cessent de s’y croiser  tels des navires sans gouvernail , afin qu’un jour quiconque y voyage  pour ses affaires ou  pour la paix de son âme soit convaincu de pouvoir le faire dans les deux sens .

                                                                  Raphaël Draï

 


[1] Cf . Raphaël Draï , « Identités bloquées ? » in Raphaël Draï et Jean- François Mattéi ( dir) La République brûle t –elle ? Essai sur les  violences urbaines  françaises ,  Michalon , 2006 .

[2] Cf . Le Pays d’avant , Michalon , 2008 .

Bloc-Notes 15 au 19 Mai

In Uncategorized on mai 20, 2013 at 9:12

Bloc-Notes 15 au 19 Mai.

Bloc-Notes: 3-9 Mai

In Uncategorized on mai 9, 2013 at 9:30

Bloc-Notes: 3-9 Mai

UNIQUE ET UNIE, JERUSALEM – Actu J – 1er Mai 2013

In ARTICLES, SUJETS D'ACTUALITE on mai 5, 2013 at 5:19

Comment éviter les lieux communs en évoquant Jérusalem? Aucune ville au monde ne se trouve autant au confluent de la politique et du spirituel  pour ne pas dire de la mystique. Cependant, si les trois religions dites du Livre la revendiquent pour leur capitale, le langage a ses contraintes que l’on ne peut nier qu’en se coupant du réel. Qu’on le veuille ou non, Jérusalem  correspond à un nom hébraïque: Yérouchalaïm, la Ville de la paix double, celle des corps et des cœurs, celle du monde d’en -haut et du monde d’en- bas, une paix toujours à construire et à parachever. Il est probable que sur ce site d’autres peuples aient vécu mais à l’opposé de ces significations qui engagent l’idée même de l’humain et  ses tensions vers ce qui le dépasse. Lorsque le peuple juif revendique Yérouchalaïm pour capitale, il ne revendique pas un lopin de terre seulement. Il demande que soient reconnues ce qui en Yérouchalaïm fait sens à partir de lui pour l’univers des hommes. Et c’est précisément  afin de signifier au peuple juif qu’il n’existait plus en tant que tel, qu’il était exproprié de sa terre, de son histoire et de sa pensée, que la Rome impériale détruisit le Temple attestant de la Présence d’un Dieu qui n’était pas le Dieu Mars, puis le recouvrit  par d’autres édifices et monuments voués à effacer cette mémoire là. Le peuple juif n’a jamais consenti à une pareille oblitération. Si Rome avait vaincu grâce à sa  force militaire, un jour elle serait détruite par une force qui outrepasserait celle de ses légions. Ainsi d’autres puissances lui succédèrent, chrétiennes ou musulmanes. Chacune tenta d’imposer à cette ville des rites, des cultes, des droits antagonistes ayant pourtant ce point commun: les Juifs n’y disposeraient jamais d’autre place que celle concédée par la commisération envers ceux qui semblent plus démunis que des bêtes abandonnées. En  découvrant la Jérusalem turque et la condition  des «dhimmis» qui y végétaient Pierre Loti écrit: « Nous pleurerions avec eux s’ils n’étaient Juifs ».Pour souligner à quel point la disqualification théologique engage la dégradation des sentiments d’humanité… La constance et la force d’âme d’Israël s’avérèrent à la mesure de ces dénis. Aucun substitut de la Ville magnifiée par David ne fut jamais accepté. Lorsqu’à la fin du XIXème siècle, le peuple juif, mû par Herzl, revint dans l’histoire du monde afin de rétablir sa souveraineté politique, Jérusalem demeurera le point de ralliement des sensibilités que le journaliste autrichien aux intuitions fulgurantes su fédérer en y épuisant sa jeune vie. Les puissances du temps n’y consentirent jamais spontanément, ni sans arrière pensées. La géo-politique était toujours déterminée par ses  tropismes confessionnels. Les Juifs à nouveau maîtres de Jérusalem? C’eût été déjuger deux millénaires d’« enseignement du mépris » à leur encontre, qu’il fût dispensé en grec, en latin ou en langue coranique. Les responsables du mouvement sioniste mondial se sentaient néanmoins dans leur droit. Ils ne réclamaient ni Rome, ni Constantinople, ni la Mecque mais uniquement la cité-source de leur mémoire vivace, le phare de leur espérance. Ils tinrent bon en dépit des circonstances adverses, avec un sens aigu du temps politique et des fautes commises par leurs ennemis, des fautes qui n’étaient imputables qu’aux contre- sens que ces derniers ne cessaient de commettre sur l’orientation de  l’histoire d’Israël et sur l’attachement à ce lieu  comme à nul autre. En juin 1967, à la suite d’une guerre que l’Etat d’Israël n’avait pas cherchée, la partie Est de la Ville que la Jordanie s’était illégalement appropriée en 1948 fut enfin réunie à sa partie Ouest. Comme il  fallait s’y attendre, le religieux dictant la ligne consciente ou non du politique, ce qu’il est convenu d’appeler la société internationale refusa de reconnaître  cette réunification et se réservait Jérusalem- Est à titre de dot pour un Etat palestinien recevant son nom propre directement de la Rome qui avait déjudaïsé cette terre. L’Etat d’Israël y réagit en 1980 par une Loi fondamentale établissant Jérusalem pour sa capitale unie et éternelle. Loi fondamentale que ni le Conseil de sécurité ni l’Assemblée  générale des Nations unies, avec ses majorités automatiques et grégaires, ne reconnaissent. Quoi qu’il en soit, c’est bien la première fois depuis deux mille ans qu’au titre de la souveraineté d’Israël, les trois religions coexistent réellement à Yérouchaïm, enfin la bien- nommée. La Ville –Monde  mérite ainsi le sceau de la sainteté. Pourquoi ne pas l’admettre loyalement? Et qui oserait  la démembrer à nouveau?

                                                              Raphaël Draï.