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Parachat Chemini

In Uncategorized on mars 31, 2016 at 9:40

                 PARACHAT CHEMINI ( Lev, 9, 1 et sq )

25 Chémini.

On l’a vu dans la parachat Vayakhel, une fois le Sanctuaire construit et monté selon l’ordre même, le séder, des prescriptions divines, la Présence de Dieu l’investit tout entier, au point de ne plus laisser place à Moïse en personne. Dans la parachat Chemini, il n’en va pas autrement mais il s’agit maintenant de l’ordre prescrit pour l’accomplissement des sacrifices, compris au sens hébraïque des korbanot, des liturgies de rapprochement. Cette fois encore Moïse sert pour ainsi  dire de moniteur à Aharon, non pour conforter son pouvoir sur lui mais pour signifier l’importance en ces actes là de la relation fraternelle pleinement vécue. C’est probablement pour cette raison que le tout premier des ces korbanot consistera dans un « veau adulte  et expiatoire ». Si la référence  à l’épisode du Veau d’Or dans laquelle Aharon s’est impliqué dans les circonstances que l’on sait est patente, elle indique aussi que cet épisode est dépassé, que la réparation spirituelle est sociale en est à présent parachevée. C’est pourquoi aussi,alors que leVeau d’Or avaitété singularisé parmi tous es éléments symboliques du moment, au point d’être  transmuté en idole, le veau du korban actuel  s’insère parmi d’autres animaux symboliques et purs, c’est à dire corrélés à la présence humaine et formant site de vie avec elle.

Bien sûr les actes et gestes subséquents accomplis en ce sens par Aharon et par ses fils comportent chacun un sens spécifique que les grands commentateurs, les mépharchim, de la Tradition sinaïtique éclairent. C’est aussi leur enchaînement qui revêt une signification intrinsèque. Comme le fait observer Benyamin Lau, en recevant la Thora sur le mont Sinaï et en la transmettant à tout Israël, Moïse consignait l’en-haut avec l’en-bas. En accomplissant  à présent les gestes  sacerdotaux pour lesquels ils avaient été désignés, Aharon et ses fils, conjoignent réciproquement l’en-bas avec l’en- haut de telle sorte que l’espace spirituel fût ouvert et praticable dans les deux directions, comme l’était l’échelle vue en songe par Jacob. Les anges y reliaient également les deux univers non pas séparés depuis les commencements de la Création mais différenciés pour que celle-ci sorte décidément du chaos, du tohou vavohou originel.

Cette gestuelle liturgique ne suffit pas à elle seule. Elle doit se conclure par un autre geste qui en collige toutes les étapes et indique ses véritables destinataires: « Aharon étendit ses mains vers le peuple et le bénit (lev, 9, 22) ». Sans cette bénédiction, les rituels antérieurs auraient été mécaniques et incantatoires. Cependant, une fois cette bénédiction  prononcée, rien ne se passe. Le récit évoque une seconde bénédiction prononcée  conjointement par Moïse et par Aharon. Alors et alors seulement  se produit la révélation divine annoncée dès le début par Moïse: «Ils ressortirent et ils bénirent le peuple et la Gloire divine se révéla à tout le peuple». S’ensuit la validation de cette liturgie: «Un feu s’élança de devant  le Seigneur et consuma sur l’autel le  sacrifice d’élévation et les graisses. Et tout le peuple vit et chanta et ils tombèrent sur leur face» (Lev, 9, 24). Le contenant s’avère adéquat au contenu et les deux voies corrélatives ainsi ouvertes par les deux frères, individuellement puis ensemble, permet à la Présence divine de se manifester au sein du peuple, ce qui transmute les tlounot, les récriminations habituelles, en chants de joie.

Une joie de courte durée. Deux des fils d’Aharon, Nadav et Avihou, saisis d’enthousiasme, croiront devoir accomplir leurs propres liturgies hors de cet espace là, ainsi  déterminé, hors de ce séder. Il en résulte qu’un feu s’élança également de devant l’Eternel mais pour les dévorer. De nombreux commentaires tentent d’éclairer les causes de cette tragédie. L’un d’entre eux retient l’attention: Nadav etAvihou n’auraient pas supporté que leur père ait eu à nouveau besoin de Moïse afin que la Présence divine se manifeste. Rivalité destructrice. Mais la cause principale doit sans doute être déduite de la prescription qui s’ensuit  dans  le récit même du Lévitique: «L’Eternel parla ainsi à Aharon: «Tu ne boiras ni vin ni liqueur forte, toi ni tes fils, lorsque vous pénétrerez dans la Tente de la rencontre, afin que vous ne mourriez pas, règle perpétuelle pour vos générations, et afin de pouvoir distinguer (lehavdil) entre le sacré et le profane, entre l’impur et le pur  et instruire les enfants d’Israël dans toutes les lois que l’Eternel leur a fait transmettre par Moïse » ( Lev, 10,  8 à 11 ).

Le service divin, la Âvodat hakodech, ne requiert aucune de ces attitudes par lesquelles l’esprit s’obscurcit et s’oblitère mais au contraire une pleine capacité de discernement. Et chacun doit se trouver à la place qui lui est indiquée non par son désir personnel mais par l’accomplissement de ce service même: Aharon et ses fils à leur place, et Moïse à la sienne, confirmée, de même que seront confirmées les places d’Aharon et de ses fils survivants lors de la révolte de Korah.

                                                                                Raphaël Draï zal 4 Avril 2013

PARACHA TSAV

In Uncategorized on mars 24, 2016 at 11:02

(Lv, 6, et sq)

24 Tsav

Cette paracha est doublement importante, par son contenu propre et par son lien avec le  Chabbat Hagadol qui précède Pessah’, et d’ailleurs il y est aussi question ici de matsot, de pain azymes, à pétrir et à consommer par les cohanim, et plus particulièrement par les fils d’ Aharon, le Cohen gadol.

Mais elle commence par une prescription fort importante qui concerne la ôla, la liturgie ascensionnelle, qui doit se poursuivre toute la nuit, tandis que le feu de l’autel doit brûler sans intermittence, et être alimenté chaque matin. Cette prescription s’énonce en ces termes : «Un feu perpétuel (ech tamid) sera entretenu (toukad) sur l’autel, il ne devra point s’éteindre (lo tichbé) (Lv, 6, 6)».

Le sens de pareilles prescriptions pourrait paraître anthropologique et concerner l’état  actuel d’un peuple à peine sorti de l’esclavage, accédant non sans mal à la liberté des corps et à celle de l’esprit. Ces rituels là seraient alors strictement didactiques, sans transcender le temps où ils furent institués. Une telle vue serait superficielle. Le terme même de ôla, formé sur le radical ÂL, élever, indique au contraire qu’au delà de tous les korbanot individuels ou même collectifs, se plaçait cette liturgie d’élévation, d’ascension et de transcendance qui devait commencer le soir, lorsque la lumière du jour reflue et laisse place à l’obscurité, jusqu’au matin. Comme si la ôla devenait l’équivalent d’un maor, d’un luminaire.

En quoi plus précisément une telle intention transcendante se discerne t-elle? En ce qu’elle ne s’accommode pas des temps où la lumière ne brille pas d’elle même. Il faut rappeler, justement en termes d’anthropologie religieuse, que dans la religion égyptienne, s’il faut ainsi la dénommer, d’où le peuple des Bnei Israël est sorti, la nuit était particulièrement angoissante où refluaient tous les monstres du sous–monde. La liturgie de la ôla surmonte cette disparition de la lumière du jour en instituant une lumière spécifique, de nuit, la nuit de la conscience. Et s’il faut insister sur une telle continuité, c’est que la liturgie nocturne de la ôla doit s’opérer à partir d’un feu allumé dés le matin (baboker), et qualifié en tant que tel de perpétuel, tamid, pour bien souligner que les différentes phases du temps cosmiques ne provoquent pas l’hétérogénéité du temps de la Création divine; que toutes les temporalités particulières et locales retrouvent leur cohérence d’ensemble dans la volonté de perpétuer une clarté inextinguible, pour peu qu’on l’entretienne.

Et c’est pourquoi deux verbes sont employés  à son propos: d’abord  ce feu devra être entretenu – toukad – positivement. La traduction en langue française ne rend pas tout à fait compte des connotations de ce verbe en hébreu puisqu’il est construit sur le  radical KD que l’on retrouve dans KoDeCh; comme si ce feu devait être non pas dévorant mais sanctificateur. Ce premier verbe se rapporte à la qualité intrinsèque d’une  telle source de lumière et d’énergie.

L’autre verbe sous sa forme négative se rapporte cette fois à l’attention humaine, au sens de la responsabilité par laquelle  la notion de garde, de chemira,  trouve toute sa résonance. L’on devra donc se garder de laisser ce feu – référence de l’esprit et de l’âme, s’éteindre. Et cela non par à coups mais perpétuellement. La vie de l’esprit comme l’histoire du peuple d’Israël s’inscrivent ainsi dans la longue durée, vers l’éternité, le tamid se profilant vers le netsah’.

Les fils d’Aharon devront de leur côté confectionner avec de la farine issue d’offrandes des matsot, des pains non levés, le h’ametz, le levain, désignant l’effervescence, le gonflage sans augmentation de substance, l’équivalent de l’alcool dans le vin, l’alcool dont il devront se garder à leur tour avant de procéder aux actes qui relèvent du service divin. Par suite, si pour l’ensemble du peuple la consommation exclusive de telles matsot, avec ce qu’elles symbolisent et qui est rappelé lors du séder de Pessah, n’est prescrite que durant huit jours, elle l’est à titre  quotidien et en somme perpétuel pour les cohanim, sachant que tout le peuple est lui même qualifié de mamlekhet cohanim, de souveraineté pontificale, le mot pontife prenant à son tour son sens du mot pont, de cette construction humaine  qui relie l’ici  et le là-bas, l’homme et son prochain, l’homme et le Créateur.

                                                                           Raphaël Draï, zal, 21 mars 2013

POURIM « CINQ–SIX »

In Uncategorized on mars 22, 2016 at 11:22

Comment peindre Constantine durant Pourim,

Trouver les mots – parfums, les couleurs et les rimes…

L’hiver neigeux y laissait ses traces de froid

Et dans les rues pentues courraient les enfants rois


Qui faisaient bouquets de narcisses et mimosas

Pour Tata Fortune ou pour Mémé Rosa

Avant de pavoiser les cours et les fenêtres

Ouvertes sur le printemps d’un oublieux bien-être.


Dans les oratoires se lisait la Méguila

Pour fustiger Haman, ses sbires au coutelas,

Et magnifier Esther qui su vaincre sa peur,

Notre Esther Hamalka qui se fit mère et sœur


Et nous louangions son oncle Mardoché

Qui ne plia genou aux auvents du marché

Sachant que Yéhoudi est un titre de vie

Qui provoque la haine mais suscite l’envie.


 

Sur les tables nappées nous lancions les deux dés

Les douadèches blancs et noirs aux points non décidés,

L’as-doch disait la perte et le cinq-six le gain,

Le plaisir de la vie bruissait en son regain.


Sur la ville en fête s’épandaient les lumières

Où nos yeux se perdaient de toutes les manières

Mais le sort nous saisit puis il nous projeta

Loin des ravins ombreux de l’étrange Cirta


Et nous avons roulé hors des maisons natales

Comme les dés battus par d’autres mains fatales,

Très longtemps le futur nous parut indécis

Jusqu’au moment heureux où sortit le cinq–six.


Aujourd’hui des Hamans refont assaut de haine

L’engeance du dément reste hélas bien pérenne

Mais nous savons d’Esther qui domina sa peur

Que le salut divin peut « s’annoncer d’Ailleurs ».


 

Pourim Saméa’h

Raphaël Draï zal, 27 février 2015

écrit dans le TGV Paris- Bordeaux 

PAR TEMPS D’EPREUVE: L’ESPRIT DE POURIM, Radio J 2 mars 2015

In Uncategorized on mars 22, 2016 at 12:44

Alors que la communauté juive de France s’interroge sur son avenir, il importe de garder à l’esprit des repères essentiels, et cela sans s’adonner au mélange des genres, celui qui mène à substituer la théologie à la politique. La célébration de Pourim en donne l’occasion. Elle marque en premier lieu la conversion sensible et palpable de l’hiver au printemps. Cette conversion là n’est pas seulement climatique. Elle souligne en effet un état d’esprit, celui qui inspire une forme aigue et intense de résistance morale face aux multiples visages et langages de l’antisémitisme. Il faut bien comprendre que ce fléau n’est ni circonstanciel, ni accessible à la raison. Il est inhérent à la manière aberrante dont s’est constituée l’identité occidentale durant plus deux millénaires. Lutter contre l’antisémitisme exige que l’on ait le souffle long et qu’on ne s’étonne pas, après chaque victoire contre ses sbires, qu’il reprenne sans cesse, si l’on peut dire, du poil de la bête, et quelle bête puisque le livre de Job laisse le choix entre Léviathan et Béhémoth! Pourtant nous ne vivons plus au temps de Pharaon ou de Haman. Nous vivons au temps de l’Etat d’Israël ressuscité après vingt siècles d’exil et de dispersion. Déjà, lorsque le peuple juif s’est retrouvé pulvérisé parmi les nations et exposé aux lubies de potentats divinisés, il s’est trouvé des êtres à la fois inflexibles et capables de prier, comme Mardochée et Esther lorsqu’ils surent faire face à une adversité qui s’annonçait fatale. Rien ne les fit plier, pas même le sentiment de peur sans lequel un être de sang et de chair ne saurait pas vraiment ce qu’est la condition humaine. Cette capacité de résistance morale procédait également et indissociablement d’une intelligence vive de la situation du peuple juif et de son environnement mortel. Car cet environnement là était simultanément traversé par des contradictions majeures entre intérêts personnels, statuts politiques, ambitions forcenées, qui ne tarderaient pas à se manifester férocement. En ce sens, Mardochée comme Esther furent des personnalités prophétiques si le prophète se définit aussi par la capacité de percevoir l’instant décisif, celui à partir duquel une époque bascule, une situation se renverse et que les juges du trop fameux tribunal de l’Histoire réalisent qu’ils vont à leur tour être jugés. Aujourd’hui en France, la communauté juive vit pratiquement en état de siège. Nul ne peut prédire l’impact de cette « bunkérisation » insensée en plein XXIème siècle sur le psychisme d’enfants qui doivent de toutes façons ne pas manquer la classe. La stratégie des antisémites de tous acabit est de leur mettre la vie à charge. C’est justement dans ces circonstances que sa propre histoire spirituelle lui procure les ressources d’une résistance exemplaire. Car statistiquement parlant tous ceux qui au long des siècles ont tenté de l’exterminer ont fini pendus ou carbonisés. En attendant, il faut discerner les deux affects essentiels de Pourim et s’y tenir fortement: le courage et la joie. Car comme y insistent les Sages d’Israël: si la peur est contagieuse, la joie est communicative.

 

Raphaël Draï zal, Radio J, 2 mars 2015

    AMALGAMES ET CONFUSIONS – Radio J, le 26 mars 2011

In Uncategorized on mars 19, 2016 at 11:39

Je dédie cette chronique à la mémoire de Jonathan Sandler et des enfants massacrés dans les circonstances que l’on sait dans l’école Otzar Hathora de Toulouse. Il avait suivi le cours de pensée juive que j’avais donné sur « Le concept de dignité humaine dans la Thora » au Beth Halimoud de Bordeaux le 6 mars dernier.               

Dans la langue de bois la plus récente, le mot qui fait fureur est le mot « amalgame ». Sitôt dévoilée l’identité du tueur, alors présumé, de Montauban et de Toulouse, tous les micros et caméras ont été mobilisés selon le mot d’ordre: «  surtout pas d’amalgame » entre Mohamed Merah et les musulmans de France. Il faut reconnaître que dans cet exercice les dirigeants de la communauté juive ont fait preuve de grand empressement, à se demander s’ils n’étaient pas en déficit de sympathie réelle avec leurs collègues du culte musulman. A vrai dire, depuis des années, en France, les relations entre juifs et musulmans ne relèvent plus du simple dialogue. Si les circonstances n’étaient pas aussi dramatiques, l’on dirait même qu’elles confinent au tango argentin. Dans ces conditions qui donc dans notre belle communauté aurait eu l’esprit assez tordu pour se livrer à la moindre confusion entre musulman et islamiste? Cependant, à force d’éviter cet amalgame là, l’on ne fait plus attention à tous ceux dont pâtit cette fois et bel et bien la communauté juive. A commencer par celui, abject, entre les victimes de l’école Otzar Hathora et les enfants palestiniens victimes selon le journal algérien de langue française « Expressions » d’une aviation israélienne aux pulsions infanticides. Rappelons que l’autorité palestinienne elle même a rejeté cet amalgame méprisable. Et que dire de cet autre amalgame: celui qui sévit entre cacherout et h’alal et qui mobilise aveuglément contre l’alimentation cachère nos amis des bêtes qui traitent la culture juive comme l’on n’ose plus traiter les indigènes d’Amazonie ou ce qu’il en reste?

Les occasions de marquer notre solidarité avec ceux des membres de la population musulmane souffrant de violences et d’avanies sont assez nombreuses pour que la communauté juive affirme en l’occurrence son irréductible singularité auprès des vétérinaires déculturés comme auprès des écologistes en voie de totémisation. Il n’en va pas autrement de l’épithète communautariste, stigmatisante et collante comme ces morceaux de scotch à la fin du rouleau. On la retrouve au plus haut sommet de l’Etat où en réalité dans son usage à double entente l’on pense essentiellement au communautarisme prosélytique qui sévit dans ces quartiers hors – droit qui relèvent de facto des règlements du « Dar el Islam » version Mohamed Merah. Pourquoi ce déni de langage et cet aveuglement devant le réel? Pourquoi ne s’autorise t-on jamais à appeler les choses par leur nom sans les avoir auparavant amalgamées, c’est vraiment le cas de le dire, à la situation de la communauté juive? Désormais l’on n’ose plus évoquer la situation propre des musulmans sans devoir aussitôt la lester d’une référence abrasive à la communauté juive afin de faire partager aux adeptes de l’Islam français la clause paraît-il enviable de « la victime la plus favorisée ». Ces amalgames dangereux, ces fausses symétries pernicieuses trahissent un véritable trouble de la pensée et la baisse des seuils de la lucidité minimale dans l’approche d’une réalité de plus en plus préoccupante. Car qu’on ne s’y trompe guère: aucun défilé le cœur à la boutonnière ne saurait effacer cette réalité: dans maints quartiers Mohamed Merah passe désormais pour un héros, la vraie victime des hommes du Raid. Mais, dira t-on, et les victimes de Montauban et Toulouse? Allons! Evitons les amalgames.

                         Raphaël Draï zal, Chronique de Radio J, le 26 mars 2011

PARACHA VAYKRA

In Uncategorized on mars 17, 2016 at 8:32

PARACHA VAYKRA

(Lévitique, 1 et sq)

23 Vayikra.

Le livre de L’Exode, le Sepher Chemot, s’est achevé avec la récapitulation minutieuse des éléments entrant dans la constitution du Sanctuaire et avec celle de son montage méthodique, tel que Dieu l’avait prescrit, de sorte qu’en en reprenant le récit, c’est comme si le lecteur participait à son tour et à sa manière à ce montage et qu’il en devenait l’artisan actuel.

Et une fois cette oeuvre accomplie, une oeuvre digne du Maassé Beréchit, de l’oeuvre de la Création du monde, la Présence divine l’investit toute, au point de ne sembler laisser aucune place à Moïse lui même. Comme pour signifier que le Sanctuaire devait se prolonger par un autre espace-temps dont il serait la structure d’accueil. Et c’est pourquoi la Thora enchaîne sans désemparer par ce verset: « Et Dieu appela (vaykra) Moïse du sein de la Tente d’Assignation (Ohel Moêd)..» et qu’elle se prolonge par une première série de prescriptions concernant les korbanot. Ces deux premiers points méritent une profonde attention.

Que signifie « appeler »? Ce verbe est bâtit sur la racine KRA qui signifie certes appeler, au sens phonique, mais aussi advenir au sens événementiel. Ces deux significations sont liées: un événement, par définition imprévisible, n’advient qu’au regard et à l’esprit de qui le souhaite, de qui l’attend ou l’espère. La Présence divine ne se convoque pas. Elle ne s’invoque pas non plus comme les esprits de la Forêt enchantée. Le Dieu de la Thora est un Dieu vivant et personnel, qui « s’en vient » et qui peut aussi s’en aller, parce qu’il est libre. Libre même s’il se lie dans et par une Alliance. Moïse était en attente de Dieu comme Abraham était attentif au pas du passant s’inscrivant dans son regard, au plus loin de sa tente hospitalière. Pourtant, le degré de prophétie et de sainteté atteint par Moïse fait de lui le prophète incomparable à qui « Dieu parlait face à face, comme l’on s’entretient avec un ami ». Qu’en sera t-il de tout autre être qui veuille à son tour s’approcher de la Présence divine ou s’en rapprocher s’il s’en était éloigné, à moins qu’Elle se fût éloignée de lui?

Aucune incantation, aucun rituel magique ou prétendu magique ne l’y aidera. Dans ce but il devra procéder à un korban, terme improprement traduit par sacrifice. Le sacrifice, au sens ordinaire, est négativement connoté par les idées de diminution, si ce n’est d’amputation, parfois à notre corps défendant. Le mot korban comporte de tout autres significations. Il est bâtit sur la racine KRB qui désigne le rapprochement mais sans confusion, la réduction des distances mais sans dissolution de la personnalité. Tout le contraire, une fois de plus, de la régression du Veau d’or, idole fusionnelle et confusionnelle, compacte, opaque, réfractaire. L’accomplissement des korbanot ne prend son sens que par l’intégration inéluctable de ce premier niveau animal, non pour s’y mélanger mais pour y prendre appui et le dépasser. C’est pourquoi le texte insiste tant sur le découpage de l’animal apte au korban, de sorte que quiconque y assiste découvre un organisme articulé, avec un intérieur et un extérieur. Platon fera de cette sorte de découpage, lui aussi méthodique et respectant l’intégrité de l’organisme, une des fonctions de la pensée proprement humaine. Aussi, peut on dire que les korbanot dont on découvrira la nomenclature et même la théorie notamment chez Maïmonide, étaient des fins en eux mêmes pour quiconque devait recouvrer le sens physique, corporel, presque kinésithérapique du rapprochement, pour les raisons que l’on a dites.

Mais leur portée était plus élevée. Ils impliquaient l’acceptation de la hauteur d’âme propre à l’être humain qui sache user de la parole non pour empêcher, pour obstruer, pour abolir mais au contraire pour donner naissance, solliciter, inviter. Car appeler, au sens du vaykra, c’est faire accomplir à l’appelé ou à l’invité un mouvement confiant, allant justement de l’extérieur vers l’intérieur, au plus prés de soi. C’est pourquoi également l’entame du Lévitique insiste sur la dimension humaine des korbanot accomplis par le biais d’animaux «.. parle aux Bnei Israël et tu leur diras: « a) Un homme lorsqu’il rapprochera (yakriv) b) à partir de vous mêmes (mikhem) un acte de rapprochement c) pour Dieu (korban laChem)..» Les trois dimensions complémentaires du korban sont ici clairement mentionnées: la dimension humaine (adam) n’est pas dissociée du peuple (lakhem). Elle en procède. Et c’est à cette double condition que le rapprochement divin proprement dit (korban laChem) aura sa pleine portée.

Ce qui s’ensuit demande également à être examiné méthodiquement, korban après korban, comme la cartographie de l’espace spirituel et de l’espace social par laquelle la Présence divine trouve ses propres voies et chenaux, à la rencontre de la Présence humaine. Liturgie qui s’inscrit également dans une histoire. Isaac Breuer le rappelle: sans la présence du bélier, le dénouement vital de la ligature d’Isaac, fils d’Abraham, n’eût pas été possible. Solidarité non seulement écologique mais spirituelle. Le Psalmiste le rappelle dans ce passage lu à Minh’a de chabbat: « L’homme et l’animal, tu les sauves, Eternel ». Ensemble.

Raphaël Draï zal, 11 mars 2013

 

Paracha Pekoudei : Le Sens des Mitsvot

In Uncategorized on mars 10, 2016 at 10:06

123

«Quant aux mille sept cents soixante quinze sicles, on en fit les crochets (vavim) des piliers, la garniture de leurs chapiteaux et leurs tringles» (Ex, 38, 28). Traduction de la Bible du Rabbinat.

La traduction précitée est un bon exemple de ce qui se perd du texte biblique lorsqu’il n’est pas abordé directement en langue hébraïque, dans la sûre intelligence des notions et concepts qu’il utilise. De quoi est-il question? Non plus de la conception du Sanctuaire mais de la confection de ses divers composants puis de leur assemblage, avant leur montage conclusif. A première vue nombreuses sont les répétitions qui alentissent ce récit, depuis la première paracha consacrée à ce sujet: la paracha Térouma. Nous sommes incités à une attention plus soutenue une fois éclairée sa logique d’exposition car il ne s’agit pas des mêmes niveaux narratifs et explicatifs. C’est pourquoi la paracha Pekoudéi commence par rappeler qui furent les maîtres d’oeuvre de toute cette affaire concernant le Monde d’en-haut et le Monde d’en-bas: Betsalel fils de H’our et Oholiav fils d’Akisamakh, assistés de quiconque au sein du peuple était «savant de cœur». Autrement dit, toutes les opérations intellectuelles et techniques entrant dans la construction du Sanctuaire devaient réaliser chacune à part, puis toutes ensemble, une oeuvre de pensée, de mah’achava, l’opposé du Veau d’or coulé d’un seul métal, une effigie d’une seule pièce, matérialisation non d’une réflexion mais d’un passage à l’acte. On comprend mieux aussi pourquoi le Sanctuaire résulte à son tour d’un assemblage, qu’il ait fallu coudre ensemble des tentures, ajointer des panneaux, réunir des pièces confectionnées d’abord chacune pour elle même. Aussi, et dans le même ordre d’idée, le mot «crochets», utilisé dans cette traduction, abrase-t-il le sens du terme hébraïque originel: vavim? Bien sûr par définition et par destination un crochet est destiné à conjoindre deux éléments distincts, à les mettre en contact de sorte à former par leur conjonction un élément nouveau. Mais précisément pourquoi cette pièce particulière se nomme t-elle en hébreu vavim?

On aura immédiatement observé que ce mot est le pluriel de vav, de la lettre ainsi nommée dans l’alphabet hébraïque. Où cela conduit-il? Aux différents réseaux de sens que cette lettre engage. La lettre vav est la sixième de l’alphabet et correspond aux six premières phases de la Création, les phases actives, lesquelles de ce fait ne constituent pas une simple succession d’opérations surajoutées les unes aux autres mais ce qu’il est convenu d’appeler une séquence, dotée d’une logique et d’une cohérence internes. La lettre vav est bien, en ce sens, la lettre de la conjonction, celle qui rapporte l’un à l’autre en les articulant des éléments autrement disparates et inopérants. L’articulation est l’un des signes les plus visibles et les plus tangibles de la vie. Sans articulation pas de voix, pas de langage, pas de gestes coordonnés, pas de conduite adaptative, pas de combinatoire mentale, etc. Toute la Genèse est placée sous ce signe: «Au commencement l’Eternel créa les cieux ET la terre» (Gn, 1, 1).

Si, dans la confection du Sanctuaire, des éléments particuliers de celui-ci sont nommés vavim, c’est bien pour l’insérer dans la symbolique créatrice que l’on vient de souligner. Symbolique de pensée mais qui éclaire aussi, et de l’intérieur, la symbolique sociale du peuple d’Israël. Car on aura également observé que la lettre VaV s’écrit elle- même avec deux VaViM. Répétition? Redondance? Certes non, mais indication particulièrement parlante selon laquelle, à la différence de l’image induite par le «crochet», une véritable conjonction et une réelle articulation s’obtiennent non par l’assujettissement d’une pièce principale à une pièce secondaire mais par le chevillage de deux pièces d’égale importance, placées l’une en regard de l’autre, en position de réciprocité.

Une réciprocité qui ajoute une valeur supplémentaire à ces deux pièces-là et les exhausse à un niveau de signification et d’efficacité plus élevé encore puisque l’addition des deux lettres vav forme le chiffre 12, celui des composantes du peuple d’Israël, du nombre de ses «rameaux», des douze chevatim, ce terme étant préférable à celui de tribu, mot d’origine romaine et qui se rapporte, comme son nom l’indique, au chiffre 3.

D’autres niveaux de signification sont encore discernables lorsqu’on aura rappelé que la lettre VaV est la lettre pivot du nom de Lévi, un nom qui sera donné au «rameau» sacerdotal par excellence d’où sont issus les cohanim. Or cette même lettre se retrouve dans toute la terminologie hébraïque de l’éthique, du soutien à autrui et des son accompagnement durant toutes les phases de sa vie, surtout lorsqu’elles sont semées de difficultés et d’obstacles (alVaa, leVaya, etc..)

Ce qui culmine à une dernière remarque conclusive dans le cadre de cette analyse: dans l’alphabet hébraïque la lettre vav suit immédiatement la lettre hei, symbolique de la Présence divine et ces deux lettres se succèdent tout aussi immédiatement dans le Tétragramme.

Toutes ces indications ne constituent pas les degrés ascendants d’on ne sait quel ésotérisme mais les degrés successifs d’une autre échelle: celle de la responsabilité interhumaine dans une Création ouverte et vivace.

Raphaël Draï zal, 26 février 2014

LES INTELLECTUELS JUIFS: JALONS ET AVENIR, Actu J 10 Janvier 2013

In Uncategorized on mars 9, 2016 at 11:36

Un intellectuel, qui se veuille juif en connaissance de cause, se définit tant par les questions qu’il se pose sur lui même que par les difficultés externes qu’il doit affronter. Par suite, les « intellectuels juifs » n’étaient pas nombreux jusqu’après la seconde guerre mondiale et les horreurs qu’elle a engendrées. De 1894, date du début de l’Affaire Dreyfus, à 1945 quels noms en France valent d’être cités? Bernard Lazare, Spire? Fleg? Blum? La plupart des grands intellectuels d’« origine juive » s’en démarquaient. Faut-il citer Bergson, Durkheim, Mauss? Ces noms célèbres ne doivent pas en cacher d’autres, nombreux dans toutes les disciplines: Léon Brunschvicg, Emile Meyerson, Kojève, Koyré, Marc Bloch, sans parler des psychanalystes, tandis que naissaient de brillantes comètes: Lévi-Strauss, Raymond Aron, Jean Wahl. C’était le temps de l’hégémonie des sciences sociales, celle du marxisme combattant, mais aussi celui de la reviviscence de la pensée chrétienne à laquelle d’autres intellectuel(le)s d’origine juive cédèrent, telle Simone Weil, sans toujours aller jusqu’à leur conversion. La 2ème guerre mondiale placera ces néo-marranes devant des choix déchirants puisqu’ils étaient rattrapés par ce même judaïsme, persécuté à mort. Bergson et Mauss ne furent pas épargnés. Et New-York reçut nombre de fuyards qui rejoignaient ceux d’autres pays d’Europe. L’Etat d’Israël n’existait pas encore. C’est surtout après 1945, qu’à l’initiative d’un petit groupe d’hommes et de femmes fidèles à la pensée du Sinaï, la résurrection de la pensée juive fut tentée. Au lieu que toutes les disciplines et formes de savoir précités fussent invoquées à l’encontre du Tanakh, du Talmud ou du Zohar, les voies d’une réconciliation s’ouvrirent. Le respect du pluralisme n’était pas alors une concession à l’esprit du temps mais tenait compte des épreuves subies, des combats menés. Surtout qu’à partir la création de l’Etat d’Israël, en pleine guerre froide, il fallait éviter scissions et comminatoires mises en demeure. Dans la même enceinte pouvaient dialoguer deux jours durant Neher, Lévinas, Eliane Amado Lévi-Valensi, Léon Askénazi, faut-il dire d’un côté?, et Rabi, Robert Mizrahi, Albert Memmi de l’autre, avec les apports des « généralistes » comme Jankélévitch. Il ne serait venu à l’idée de personne de contester aux participants quels qu’ils fussent le titre de véritables intellectuel (le)s juifs, d’autant qu’en dehors des colloques des œuvres personnelles mais majeures, y compris « extra muros », paraissaient: Totalité et infini, L’essence du prophétisme, Les niveaux de l’être. Le dialogue entre Juifs et chrétiens s’en nourrissait également. Avec les guerres d’Israël et les guerres de la décolonisation les premières interrogations s’approfondirent dans l’urgence sur les relations entre juifs et arabes, sans parler des débats virulents avec un marxisme qui passait, selon le mot mécompris de Sartre, pour « indépassable ». La guerre des six jours marqua un réel tournant. Quelques uns des plus grands intellectuels juifs décidèrent de mettre en accord leur pensée et leur existence et de monter en Israël. Le vide qu’ils ont ainsi causé a t-il été réellement comblé? Depuis cette période le « titre » d’intellectuel juif est surtout devenu un « label » décerné on ne sait comment puisqu’il fut obliquement dénié à d’autres penseurs juifs, souvent originaires d’Afrique du Nord, dont les parcours universitaires et les œuvres propres honoraient cette appellation autant que leurs prédécesseurs et qui n’en continuaient pas moins leur route. De nouvelles questions se posaient, avec le déclin des sciences humaines et sociales lorsqu’elles se transformaient en idéologie, avec l’hégémonie des médias, le qualificatif de « médiatique » se surimposant à celui de « juif » pour caractériser la volée des intellectuels de la seconde ou de la troisième génération. A quoi il faut ajouter probablement le désenchantement du qualificatif d’intellectuel en soi en raison d’une crise délétère qui déjugeait toute prétention à une explication plausible de ses causes. Puis survint le nouvel antisémitisme de facture islamique et la véritable phobie d’Israël qui tient lieu désormais de « conception du monde » alternative. « Les nouveaux-nouveaux » intellectuels juifs devront s’y affronter, sans perdre de vue que l’existence juive ne saurait se réduire à la lutte nécessaire contre l’antisémitisme et que la pensée d’Israël en un temps où les idéologies de toute nature sont exténuées, demeure sans doute l’un des avenirs les plus riches de la pensée tout court.

                           Raphaël Draï, zal, Actu J 10 Janvier 2013

LES ASSASSINS ET LEUR « ETAT », Chronique Radio J – 14 mars 2011

In Uncategorized on mars 9, 2016 at 12:26

Le massacre de la famille Fogel dans la localité d’Itamar par des assassins se réclamant du Coran et de la libération de la Palestine suscite naturellement des sentiments d’horreur et de dégoût. Pourtant ces sentiments ne s’étaient même pas encore exprimés que la machine de propagande à la Orwell s’est mise à fonctionner. « Horreur »? « Dégoût »? Pourquoi, ces victimes – n’appartenaient elle pas à l’engeance des « colons », occupant une terre qui n’était pas la leur et qui désormais l’est devenue puisqu’elle a absorbé leurs sangs, sang des parents et sang des enfants confondus? Il est vrai qu’entre temps, le tsunami japonais avait provoqué un tsunami médiatique occultant ces tragédies à l’échelle inhumaine. Très vite l’Autorité palestinienne n’a pas été en reste condamnant, selon la formule mécanique bien rodée, les violences d’où qu’elles viennent, comme si des terroristes israéliens avaient pénétré dans un village palestinien pour y égorger sans sourciller enfants par dessus mère la même nuit… Les sentiments que cette tuerie devrait susciter chez toute personne normalement constituée aiguise alors la préoccupation en cours concernant la proclamation à l’ONU d’un Etat palestinien, sans l’accord d’Israël, pour forcer la volonté de celui-ci et nier sa souveraineté. Passons sur la violation flagrante du droit international qu’une telle proclamation unilatérale impliquerait. Mais si un Etat palestinien était constituée dans de telles conditions, il est craindre que la tuerie d’Itamar se reproduirait autant qu’il serait au pouvoir de ses commanditaires de s’y livrer. Que démontre, en effet, ce massacre? Ou bien l’autorité palestinienne, ou ce qui passe pour telle, en était informée et a laisse faire: dans ce cas, elle serait coupable de crime contre l’humanité; ou bien elle n’était au courant de rien et se trouve contrainte de se démarquer après coup du forfait, en usant des formules de style que l’on a relevées. Dans les deux cas, il est démontré que dans cette sorte d’entité, ce sont toujours les violents authentiques, les vrais extrémistes qui sont en mesure de faire prévaloir leur volonté et qui ont toujours le dernier mot, comme à Gaza où la tuerie d’Itamar a provoqué une nouvelle fois des manifestation des liesse populaire. C’est donc ce type d’entité que la communauté internationale, pour l’appeler par cette expression abusive, se prépare à installer face à l’Etat d’Israël et à sa population. Les semaines et les mois qui viennent doivent être dévolus à la mise en échec de ce projet. L’on voit bien à jusqu’à quel degré d’incohérence les diplomaties occidentales sont capables de se fourvoyer. La Tunisie n’a toujours pas de gouvernement. En Egypte les assassins de Sadate sont libérés. En Libye Kaddafi est aux portes de Benghazi tandis que la Côte d’Ivoire est devenue bicéphale. Et l’on voudrait que ces mêmes Etats, incapables de décider pour eux mêmes, décident du sort de l’Etat d’Israël, de l’unité de Jérusalem, et de l’avenir du peuple juif? S’agissant de la communauté juive, ce n’est pas le hasard si plus de 300 participants ont honoré de leur présence attentive avec l’appui indéfectible de Radio J le colloque international de Raison Garder consacré précisément à l’unité de Jérusalem et, sur ce sujet, ont ensemble pris date.

                   Raphaël Draï zal

           Chronique de radio J, le 14 mars 2011

Commentaire Paracha Vayakhel

In Uncategorized on mars 3, 2016 at 11:23

22 Vayakhel

VAYAKHEL 

(Ex, 35, 11)

L’entame de cette nouvelle paracha peut paraître ordinaire: «  Moïse assemble (vayakhel) toute la communauté (êda) d’Israël pour leur dire…», comme s’il s’agissait de la simple convocation du peuple pour lui communiquer, telle quelle, la Parole divine. En réalité ces premiers mots qualifient la communauté d’Israël  au regard de sa propre histoire et vis à vis de Dieu. Et cette terminologie est essentielle si l’on se souvient que la paracha précédente relatait la régression idolâtre du Veau d’or qui mena le peuple des Bnei Israël au bord de l’anéantissement, en lui faisant perdre toute substance, toute consistante, toute forme distinctive, mais également toute mémoire. Et ce fut la grandeur de Moïse que d’y parer, alors même qu’il se trouvait sur le mont Sinaï pour y recevoir l’enseignement divin. Moïse n’eut de cesse d’abord que d’obtenir que Dieu diffère sa réaction immédiate (chouv mi h’aron apekha), avant qu’Il ne lui révèle les 13 attributs de la compassion  et avant que lui même, Moïse, ne retrouve le peuple pour y exercer le jugement de sa transgression, de sorte qu’il ne fût plus porté à la récidive.

A la suite de cette tourmente d’un extrême violence, le peuple se sent désemparé, jugé et déjugé à la fois, découronné de tous les attributs qu’il avait acquits par son acceptation de la Loi au Sinaï. Or il lui faut reprendre l’oeuvre du Sanctuaire et sa marche dans l’Histoire. C’est pourquoi, Moïse, pour qui les temps de cette histoire, quels qu’ils soient, doivent se suivre et non pas s’entr’annuler, a à cœur de reconstituer le peuple dans ses configurations essentielles, post-traumatiques, afin qu’il se remette à l’oeuvre lui permettant  d’offrir digne hospitalité à la Présence divine. Et c’est pourquoi aussi le verbe VaYaKHeL est utilisé, et qu’il l’est au regard de ce groupement humain nommé ÊDA. Ce dernier terme est construit sur la racine ÊD qui désigne le témoignage, dimension irrécusable de la Création et plus particulièrement du site adéquat à l’Humain, le GaN ÊDeN. A ce moment précis, le peuple ne  forme pas simplement un goï, une ethnie, terme que Samson- Raphaël Hirsch rapproche de GouPH, le corps. Il constitue une ÊDA, une communauté en mesure de témoigner des phases précédentes de son parcours en attendant d’en engager les suites; une communauté dotée désormais d’une Histoire, avec ses instants lumineux et ses phases sombres, une Histoire entière, appelée à se poursuivre et non pas à recommencer chaque fois de zéro, comme une plante que l’on voudrait rempoter chaque matin.

C’est dans le prolongement de cette Histoire attestée que Moïse emploie précisément le verbe VaYeKHeL pour qualifier la nouvelle manière de rassembler le peuple convalescent, de constituer la ÊDA en KaHaL. Le sens de ce mot se déduit de sa racine KHL, où se discerne la racine encore plus intime HL, que l’on retrouve dans NaHeL, la direction supérieurement inspirée, ou dans HaLeL, l’action de grâce.

Tous ces termes pivotent autour la lettre Hei qui désigne la Présence divine, Présence  rendue possible en milieu humain parce que les autres valeurs de cette lettre-source  y sont réalisées: le sens de l’interrogation, celui de la perspective, celui de la singularisation et celui de la féminité. Par l’emploi de ce terme c’est ce bouquet de significations liées entre elles, que Moïse, doué de l’esprit de suite sans lequel aucune Histoire n’est concevable, réunit.

Et qu’annonce t-il aussitôt de la Parole divine? D’une part, la nécessité de l’observance du chabbat et d’autre part, mais ensuite seulement, la nomenclature confirmée de tous les matériaux et éléments qui constitueront le Sanctuaire une fois que le travail requis à cette fin aura été mené à son terme. Cet ordre n’est pas aléatoire. Il faut comprendre que c’est le chabbat qui confère sa signification générique au Sanctuaire, parce que c’est le chabbat – comme on le verra plus longuement à propos d’une autre paracha – qui fait se révéler pleinement l’âme humaine à partir de ses premières palpitations, tandis que la capacité de l’observer atteste de la maîtrise des pulsions humaines lesquelles, à la différence des pulsions animales, sont en mesure de dominer son intelligence et de  l’asservir.

Forts de cette réorientation, intime et historiale, les Bnei Israël se remettent à l’oeuvre, pansant leurs blessures et attendant que le Sanctuaire édifié, et édifié par tous, porte témoignage que la régression du Veau d’Or n’est plus qu’un mauvais souvenir, un mauvais souvenir qu’il ne faudra  tout de même pas complètement oublier, témoignage oblige.

Raphaël Draï zal, 3 mars 2013