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QUESTIONS DE MORALE (Actu J – 16 juillet 14)

In ActuJ, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 16, 2014 at 2:05

Au moment où ces lignes sont écrites, quelques jours avant la parution d’Actu J, nul ne peut prédire les événements qui se produiront dans la confrontation mortelle entre le Hamas et l’Etat d’Israël. Pourtant des questions de fond apparaissent, liées aux « massacres » prétendument commis par l’armée israélienne, présentée néanmoins comme « l’une des plus morales du monde » et dont aucun coup de feu ne part sans l’avis préalable d’un juriste spécialiste de droit international public. Avec quel résultat? Sur LCP, chaîne du service public, face à Meyer Habib, et à côté d’Alain Gresh dont l’antisionisme passionnel va en s’aggravant, un jeune militant de l’on ne sait quelle organisation humanitaire affirmait « qu’un enfant palestinien était tué tous les trois jours par les forces de Tsahal »!  Ainsi, en 2014, il est possible pour cette nouvelle génération de perdre le sens commun au point de paraître sortir du Moyen Âge lorsque les Juifs étaient accusés de dévorer des enfançons chrétiens à Pessah. Quelle argumentation morale peut prendre sur une conscience aussi enténébrée dont la lie est formée par tout ce que l’enseignement multiséculaire du mépris, si fort dénoncé par Jules Isaac, y a accumulé d’ordures et de déchets! En va t-il autrement, à un autre endroit du monde, en Afrique du Sud, lorsque l’un des principaux leaders de l’ANC, Jessie Duarte, déclare qu’Israël ne se comporte pas autrement à Gaza qu’un régime nazi? Là encore comment ne pas déceler dans cette attitude la rémanence de cet enseignement du mépris dont le dialogue inter-religieux mondain masque la présence persistante et les insupportables transpositions politiques? Le reste à l’avenant. En fait de guerre, quiconque s’autorise à donner des conseils doit démontrer qu’il paye de sa personne. Je ne m’aventurerais pas à donner des « conseils » au gouvernement d’Israël. Il lui faut juste réaliser qu’une argumentation morale n’a de sens que pour des consciences qu’anime cette préoccupation et non pas vis à vis d’engeances qui s’en prévalent cyniquement comme une arme contre un ennemi dont elles cherchent obstinément l’extermination. Car tant du point de vue de la morale que du droit de la guerre, doit être réellement considéré comme « crime » non pas le ciblage de combattants en action mais les tirs de missiles délibérés et simultanés sur des populations entières, sur des installations civiles, sur des écoles, des usines, des aéroports. Pour le dire dans le langage de la philosophie politique, le Hamas, qui s’estime délié de toute Loi, à part la sienne, est comme retourné à l’état de nature. Considérant qu’entre deux cessez-le feu, il ne sait rien faire d’autre que reconstituer ses arsenaux, que de creuser encore et encore par centaines des tunnels de contrebande pour espérer qu’un jour il atteindra son objectif ultime: la destruction de l’Etat juif, quelle réaction morale s’impose sinon de lui en ôter cette fois définitivement le goût? Dans une récente déclaration Tony Blair a assuré qu’il n’était pas au pouvoir d’Israël d’annihiler cette organisation, qu’il appartenait à la population palestinienne elle-même de s’en charger. Déclaration réaliste ou souhait à mots couverts? Elle conduit en tous cas à répéter que ceux des habitants de Gaza qui transforment leurs habitations en entrepôts pour les artificiers du Hamas, en sont moralement et légalement les receleurs et les complices. Les porte-paroles de l’armée israélienne le rappellent à toutes fins utiles. Mais l’assertion de Tony Blair appelle une autre remarque. Après les bombardements de la côte anglaise et de Londres par la Luftwaffe en 1940, quelle promesse Churchill en personne a t-il faite au peuple anglais? Qu’il n’y aurait aucune négociation avec Hitler et que l’Allemagne nazie ne tarderait pas à comprendre ce qu’il en coûte de s’être donnée à un psychopathe de cette envergure. En 1944 et en 1945, c’est par des centaines de milliers de morts que la RAF en fit la démonstration. On perçoit aussitôt l’objection: « Ne procédez vous pas à un dangereux amalgame entre deux situations qui n’ont rien de commun? ».Tant à éviter les amalgames autant les éviter des deux côtés. Et puis, s’agissant du Hamas est ce vraiment un amalgame de cette sorte? Constatant qu’il n’est pas un seul mètre carré du territoire d’Israël, de Sdérot à Haïfa, à l’abri de ses missiles, imaginons un instant, ce qu’au Ciel ne plaise, ce qu’il adviendrait à la population civile d’Israël, hommes, femmes et enfants, si Tsahal vaincue les forces du Hamas se trouvaient en mesure de franchir ses frontières et de pénétrer rue Ben Yéhouda à Jérusalem ou rue Allenby à Tel Aviv … A ce moment, qui reprendra dans le monde le chant funèbre de la « Morale » à sens unique?

Raphaël Draï – Actu J

QUEL GRAND RABBIN DE FRANCE? (Actu J – 19 Juin 2014)

In ActuJ, ARTICLES, SUJETS D'ACTUALITE on juin 19, 2014 at 9:09

L’instance consistoriale qui se réunira le 22 juin pour élire le prochain grand rabbin de France assumera une lourde responsabilité au regard de la communauté juive de ce pays. Non pas à cause des circonstances qui ont provoqué le départ de l’ancien titulaire du poste. Ni même de l’affaire dite du « guet » qui en a assombri l’intérim. En cette affaire calamiteuse, l’ensemble des protagonistes devrait faire un solide examen de conscience: ceux qui ont monté le stratagème, ceux qui s’y sont laissés prendre et ceux qui ont tenté de l’exploiter. Les dégâts collectifs sont connus: tous les médias s’en sont saisis, effritant encore un peu plus non seulement l’image de l’institution rabbinique mais le crédit moral de toute la communauté. C’est donc ce crédit que le prochain grand rabbin de France devra reconstituer. Sera t-il non pas personnellement mais institutionnellement en mesure de s’y atteler? Pour autant qu’on l’ait su, les candidats ont dû souscrire une sorte de charte qui les subordonnera étroitement, soit pour leur financement, soit pour leurs prises de position publiques à l’équipe dirigeante du Consistoire central. On peut expliquer ce luxe de précautions au regard de déboires et errements passés. Il faut néanmoins mesurer la nuance qui distingue le retour aux règles communes de la mise en tutelle débilitante, laissant penser qu’au fond le Consistoire central est un champ clos où le mot Pouvoir demeure magnétique, et revenir au sens minimal des réalités. En dépit de son appellation officielle il s’en faut de beaucoup que le grand rabbin de France soit reconnu de tous les Juifs vivant en métropole et dans les DOM-TOM. Son autorité ne s’exerce formellement qu’au regard des Juifs affiliés au Consistoire. Feindre de le méconnaître c’est affliger ce poste d’un fort coefficient fictionnel. Et encore, cette autorité là, ou ce qu’il en subsiste, n’est pas légitimée par nombre de mouvance dites orthodoxes, si ce n’est hyper–orthodoxes puisqu’en ce domaine la surenchère tend vers l’infini. Et pourtant plus que jamais les Juifs de France ont besoin, en cette phase tourmentée et inquiète de leur histoire commune, d’une véritable autorité spirituelle et cohésive. Sans vouloir regarder dans le rétroviseur, souvenons nous de ce que fut une figure de ce format lorsqu’il échut à Jacob Kaplan de l’incarner non pas dans tel ou tel raout mondain mais en France occupée. Et pour en prendre la mesure relisons ses « drachot » des années d’épouvante. Ce que l’on appelle en 2014 « la communauté juive de France » se réduit à l’oligopole de quatre institutions principales, coexistant avec un archipel d’allégeances diverses dont tous les îlots ne communiquent même plus entre eux. Salutaire diversité? Faute d’une véritable orientation d’ensemble, face à l’élargissement et à l’assombrissement de l’horizon des menaces, de plus en plus nombreuses sont les familles qui partent ou qui songent au départ, puisqu’en république, mais une république qui s’affaisse, la réplique adaptée aux agressions physiques et verbales ne saurait consister dans l’incitation aux expéditions punitives. Depuis des années une douloureuse demande de conseil se dirige non pas vers ses destinataires naturels mais vers ceux à qui l’on croit devoir accorder son crédit, intellectuellement et moralement. Faut–il réaliser son alya? Faut–il demeurer sur place et combattre pour la préservation de sa pleine citoyenneté? Devant des dilemmes aussi lourds de conséquences, qui oserait s’ériger en phare et en guide des âmes? Il faut aborder également l’autre aspect de la question: si chacun doit veiller seul à son salut et à celui de ses enfants à quoi bon s’affilier à la communauté juive institutionnelle? Et à quoi rime l’élection d’un grand rabbin qui le serait d’apparence? La France de 2014 n’est plus celle de 1807 lorsque Napoléon convoquait un Sanhédrin sous influence pour lui dicter ses volontés. Elle n’est plus celle de 1905 lorsque fut votée non sans mal la loi séparant l’Eglise et de l’Etat. Elle n’est même plus celle de 1940 lorsque l’ennemi identifiable paradait sur les Champs-Elysées. En 2014, l’ennemi mortel est formellement citoyen français, pouvant tuer où ses commanditaires djihadistes de Tripoli ou de Mossoul ont décidé qu’il le ferait. D’où, assurément, la grande responsabilité qu’assumeront les électeurs du 22 juin. Une erreur de leur part portera un coup sans doute fatal au grand rabbinat de France mais encore à la vénérable institution qui se prévaut souvent de son origine impériale. Tant d’abeilles en leur temps se sont déjà envolées du manteau vert et or! Mais le discernement et l’esprit de suite sont aussi des facultés prophétiques.

                                     Raphaël Draï – Actu J 19 Juin 2014

 

 

 

JOHN KERRY ET L’ABUS D’«APARTHEID» – Article Actu J – 7 mai 2014

In ActuJ, SUJETS D'ACTUALITE on mai 7, 2014 at 8:54

Suivant l’adage anglais il est difficile de faire rentrer dans le tube de dentifrice la pâte qui en est sortie. Il n’en va pas autrement des bourdes d’idées et des abus de langage. Après avoir mis en garde l’Etat d’Israël contre la probabilité de se constituer bientôt en « Etat-Apartheid », John Kerry, l’actuel secrétaire d’Etat américain, aurait voulu trouver un trou de souris pour s’y cacher. Mais ce qui avait été dit l’avait été. La pâte ne voulait plus rentrer dans le tube. D’où excuses et contorsions. Alors il s’agit d’essayer de comprendre en quoi ces bévues « font symptôme », comme disent les psychanalystes.

Le régime politique et juridique qualifié expressément d’« Apartheid » a été instauré en Afrique du Sud par des populations blanches, d’origine européenne et de confession officiellement chrétienne. Il tendait à littéralement « mettre à part » ces populations, auto-proclamées d’essence supérieure, d’avec les indigènes, noirs ou métis, la discrimination opérant dans tous les lieux qualifiés de publics, y compris ceux où l’on se soulage de besoins pressants. La discrimination se prolongeait dans les autres domaines de l’existence, si le mot « existence » pouvait s’appliquer à cette façon d’être, jusqu’au début des années 90 lorsque sous l’inspiration de Nelson Mandela mais avec l’appui déterminants de nombreux sud-africains « blancs », y compris de nombreux Juifs, cette partie du monde bifurqua vers la démocratie et l’égalité en faisant le pari d’une difficile fraternité à construire. Entre-temps, et sous couvert du conflit israélo-palestinien, le mot « Apartheid » avait muté. De vocable juridique et politique, il devint stigmate idéologique et crachat moral susceptible de déclencher les foudres de la justice internationale. C’est de cette mutation insensée dont l’Etat d’Israël pâtit désormais, qu’il s’agisse de son état de droit interne, de la construction du mur de sécurité contre le terrorisme ou de ses structures sociales. Passe encore si l’injure n’était proférée que par ses fieffés ennemis dont on n’ignore plus dans quelle situation calamiteuse ils laissent les Etats dont ils ont cherché le bonheur! Mais John Kerry! Il faut bien s’interroger sur la lie de l’inconscient occidental dont Pascal Quignard, grand étymologiste devant l’Eternel, vient de rappeler que l’origine vient de « occidere » qui signifie faire passer de vie à trépas: plantes, animaux, êtres humains, idées et langages. Car par quelle falsification d’idées, par quel prurit verbal appliquer le mot « Apartheid » à l’Etat d’Israël alors que celui-ci compte, et non pas à ses marges, prés de deux millions de citoyens d’origine arabe, musulmane et chrétienne, prés du quart de sa population et dont les droits fondamentaux sont surveillés par les juges–cerbères de la Cour Suprême, y compris un juge d’origine arabe? Pourquoi ne se pressent-ils pas à l’aéroport Ben Gourion pour fuir cette géhenne? Dans ces conditions l’espace Schengen doit-il être considéré comme une terre d’« Apartheid « à l’européenne? Tant que nous y sommes: depuis quand les Etats-Unis dont les soldats se sont entretués avec une sauvagerie inouïe durant la Guerre de Sécession déclanchée en 1861 ont-ils entrepris de mettre un terme méthodique à la discrimination entre blancs, noirs et latinos au pays de Lincoln, sinon prés d’un siècle plus tard et sans être encore arrivés au bout du chemin?

Tous les Apartheids ne présentent pas qu’un seul visage, une seule couleur de peau, une seule religion. Pourquoi l’Autorité palestinienne, ou ce qui en tient lieu, s’acharne t-elle à rejeter l’idée de la moindre présence juive sur le territoire qui lui serait dévolu au terme des ces négociations dont John Kerry a fait une affaire personnelle au point d’y laisser parler son cœur? Phobie? Racisme invétéré alors que cette Autorité ne cesse de proclamer urbi et orbi le « droit au retour » des réfugiés palestiniens sur le territoire résiduel qui serait ensuite concédé à Israël et qui reconstituerait la souricière de 1948? Il faut se le tenir pour dit: John Kerry n’est pas membre du BDS, encore que la porosité mutuelle de ces grands esprits ne soit plus à démontrer. John Kerry se veut médiateur infatigable dans le conflit israélo–palestinien. Pourtant, lors de ses études supérieures, il semble n’avoir jamais rencontre l’enseignement du grand théoricien du droit que fut Alexandre Kojève pour qui un médiateur digne de ce nom devrait réunir trois qualités indissociables: être neutre, impartial et désintéressé. John Kerry, l’un des hommes les plus influents de l’Administration Obama, devrait étudier d’un peu plus prés ceux qui savent que les mots vénéneux font mal et balle.

RD pour Actu J

LE PEUPLE D’ISRAEL EST A L’OEUVRE – Actu J – 27 mars 2014

In ActuJ, SUJETS D'ACTUALITE on mars 26, 2014 at 8:43

Les entreprises de boycott international d’Israël qui tentent d’entraver ses productions et de souiller ses marques sont vouées à l’échec pour peu qu’en face prévale une lucidité aigue et s’affirme une détermination sans faille. Car s’il est des adversaires estimables, il est aussi des ennemis méprisables. Les auteurs de pareilles initiatives en sont le premier degré à cause de leur lâcheté maquillée sous l’éthique des droits de l’homme. Car pendant que l’on s’ameute contre Israël, le monde politique continue de s’adonner aux actions de force pure et nue sans que nos divas en chambre ne forcent suffisamment leur voix pour être entendues. L’Histoire retiendra qu’au moment même où les incitations à ces boycotts insanes étaient une fois de plus lancés contre l’Etat d’Israël l’Ukraine sombrait dans la sécession tandis que Poutine et la Douma châtiaient l’Union européenne et les Etats-Unis d’Obama en annexant purement et simplement la Crimée. D’un côté la politique de Tamerlan, de l’autre la « guerre » aux jus de fruits et aux yaourts. Mais il y a longtemps que le ridicule ne tue plus. Il est vrai qu’il est infiniment plus facile de s’attaquer au peuple d’Israël qu’aux milices russes et que dans les deux cas le risque de l’opération n’est pas tout à fait le même. Et que dire du Mali tandis que Bachar El Assad continue de narguer une ONU en totale déconsidération! Ce que les fauteurs de boycott n’ont toujours pas compris c’est que depuis prés d’un siècle, affronter les difficultés et les réduire l’une après l’autre, quant ce n’est pas plusieurs d’un coup, est devenu pour Israël une manière d’être. Il est des peuples que les difficultés sidèrent, que les obstacles font chuter, qui ne comportent pas leur centre de gravitation en eux-mêmes. Tel n’est pas le cas d’Israël. Toute son Histoire lui a enseigné l’amour du prochain lorsqu’il s’en montre digne et une sévérité morale sans faille lorsqu’on y fait défaut. Le peuple juif a vu trop de civilisations qui avaient prétendu à l’Empire universel ne laisser après elles que les vestiges de leurs ruines pour se laisser impressionner par ces caravaniers crépusculaires s’effaçant inexorablement de nos regards la nuit tombée, nuit des paysages, nuits de l’Histoire. Ceux et celles qui visent l’âme d’Israël et s’efforcent de la souiller en accusant son immoralité, son mépris des plus faibles, sa soif de puissance, ne font que tracer leur propre portrait. La plupart sont les demi-soldes de causes dont certaines furent parfois estimables comme lors des exterminations du Biafra mais qui depuis se retrouvent moralement en chômage technique et se vouent à des équipées dont mêmes leurs prétendus bénéficiaires ont décelé les simulacres et la toxicité. Pendant ce temps, voyant le monde comme il va, tellement mal, le peuple d’Israël, avec toutes ses forces créatrices, toutes ses sensibilités, construit et se construit. Les Prix Nobel qui le couronnent régulièrement récompensent bien sûr des personnalités hors pair. Mais il faut n’avoir rien compris aux processus de la création pour imaginer que les modalités de l’intelligence humaine ne sont qu’individuelles. Les avancées d’Israël dans tous les domaines attestent au contraire qu’un peuple entier est à la tâche, que chacun compte autant que tous et que rien ne prévaudra contre cette puissance vitale. Lorsque, l’Eternel désigne à Abraham la terre dévolue à son oeuvre future il évoque non pas une terre close et avare mais une terre appelée à se révéler perpétuellement. Il ne faut plus la perdre des yeux. Elle correspond à la vocation d’une entité humaine désignée pour devenir la bénédiction des familles échappées au Déluge. La direction est on ne peut plus claire: les injures, les diffamations, tout ce qui procède de ces « pathologies de l’idéal » qui sont les plaies de notre temps, n’aboutissent qu’à l’aggravation de ces maux, à une humiliation encore plus délétère de la parole interhumaine comme n’a cessé de le rappeler le grand juriste Jacques Ellul pour qui l’existence d’Israël et son retour dans l’Histoire fondait à nouveau notre désir de vivre et le courage d’exister. Car il faut chausser de très fortes échasses pour parler de haut au peuple du Sinaï. Nombreux s’y sont cassés et s’y casseront les reins. Le monde actuel sans inspiration est guetté par un dangereux délitement. L’avenir appartiendra aux bâtisseurs d’espaces vécus, aux semeurs de temps fruitiers et aux intelligences délivrées du moindre ressentiment. Pour ce monde-là Israël a déjà pris date. Quant à l’autre, on n’y accède déjà plus qu’à rebours de la vie.

                       Raphaël Draï zal – Actu J – 27 mars 2014

COMMUNAUTE D’EN-HAUT, COMMUNAUTE D’EN-BAS (Actu J)

In ActuJ, SUJETS D'ACTUALITE on février 20, 2014 at 1:15

En général il y a deux manières de ne pas régler un problème: ne pas le poser, ne pas en chercher la solution. L’observation vaut pour le problème de la âlya en France, posé depuis les décennies de l’antisémitisme à visage découvert. On a beau se retrancher derrière les stéréotypes de la France, patrie des droits de l’Homme et qui en a vu d’autres, l’on ne peut empêcher que la communauté juive française ne soit constituée comme elle l’est: notamment par deux ensembles humains traumatisés en son histoire récente. Le premier est constitué par les Juifs originaires d’Europe centrale ou de plus loin encore à l’Est; l’autre par les Juifs déracinés des pays arabes. Dans les deux configurations, la blessure reste à vif et chacun craint qu’en se rouvrant elle ne devienne irrémédiable. Ajoutons qu’il arrive parfois, du fait des mariages, que ces traumatismes se rejoignent et se cumulent. Depuis plusieurs décennies déjà, la question antisémite se pose donc en France et chacun croit devoir la résoudre à sa façon: par un engagement partisan encore plus prononcé, à gauche ou à droite;  par le retrait sur soi, par l’émigration hors de France, ou par la âlya spécifique vers Israël. Dans tous les cas, il faut disposer des moyens intellectuels et matériels pour décider de la meilleure option. Cependant, comment agir lorsque ces moyens-là viennent à manquer, et cruellement? Il faut sans doute faire partie de la « communauté d’en-haut » pour ignorer les difficultés de la « communauté d’en-bas » dont les membres continuent de vivre dans des quartiers particulièrement sensibles, parfois dans des rues dangereuses, exposés au prosélytisme religieux et aux trafics de la « hot money », comme disent les sociologues de la ville.  Imagine t-on que pour  ceux et celles qui émargent à l’Appel national pour la Tsédaka, il aille de soi de quitter un quartier devenu irrespirable vers un autre, situé dans un bon arrondissement de Paris, de Marseille ou de Strasbourg, pratiquement satellitaire au regard des effondrements de la France du chômage et de la précarité? Comment un «  précaire », un chômeur de longue durée ou même un smicard, pourraient-ils acquitter les loyers qui y sont en vigueur, sans parler même de la possibilité d’y acheter le moindre mètre carré? Et sans aller non plus jusqu’à cette partie du spectre  sociologique de la communauté juive, suffirait-il d’un claquement de doigt pour un jeune couple qui démarre dans la vie, qui s’est endetté pour l’achat d’un cabinet ou d’une licence commerciale, de tout « bazarder » et de s’en aller avec bagages et enfants par le premier vol d’El Al ou de tout autre compagnie? Que dire du pays d’accueil? S’agissant d’Israël, il faut réaliser que ce pays, unique dans le cœur des Juifs, s’est engagé depuis le début des années 90 dans l’économie la plus libérale et la plus financiarisée qui puisse se concevoir, Etats Unis compris. En Israël aussi, si l’on n’y prenait garde, le clivage entre « l’en- haut » et « l’en bas » deviendra de plus en plus voyant et de plus en plus antagoniste. Imagine t-on encore que pour un cadre moyen, avec trois ou quatre enfants à scolariser, il suffise de frotter la lampe magique d’Aladin pour se loger à Jérusalem ou à Tel-Aviv parce que des amis ou que d’autres membres de la famille y sont déjà installés, comme avaient su partir d’Algérie ceux qui avait percé à jour les discours duplices du général de Gaulle dès le printemps 1958? Ces réalités doivent désormais être abordées en pleine lucidité à la fois par les responsables de l’Etat dés lors qu’ils sont convaincus que l’antisémitisme n’est pas un mal « ordinaire » mais d’une contagiosité terrible; par les leaders de la communauté juive qui doivent faire taire leurs petites différences devant cette tâche d’importance historique; et bien sûr par les responsables de l’Agence juive et des ministères israéliens concernés lesquels ne peuvent ignorer quel type de société et quelle sorte d’économie rebutent des décisions de âlya dans l’Israël de 2014. Enfin, on commettrait une grave erreur si ces décisions  ultimes, avec leurs incidences politiques et  financières, ne bénéficiaient  pas d’un accompagnement  spirituel digne de ce nom, débarrassé de la plaie du clientélisme. Une âlya n’est pas une fuite. Elle implique un choix de société, d’histoire, de vie et un remaniement profond des habitudes. Malgré les apparences, Tel-Aviv n’est pas Miami ni Jérusalem New York. Emigrer est un des droits de l’homme les plus fondamentaux. La âlya requiert qu’en plus que cet homme ait une âme vaillante car en 2014, dans toutes les difficultés du moment, le peuple d’Israël reste un peuple en chantier.

                                                                   Raphaël Draï pour Actu J – 20 Février 2014

« A LA CROISEE DES CHEMINS » – Actu J – 6 Février

In ActuJ, ARTICLES, SUJETS D'ACTUALITE on février 5, 2014 at 11:15

Tel était le titre d’un des livres les plus importants de Ah’ad Aâm dont on sait le rôle qu’il joua dans le Mouvement Sioniste Mondial, lorsque le peuple juif après dix neuf siècles d’exil revint dans l’Histoire mondiale active. Ce titre pourrait servir de question fondamentale pour les Juifs de France ouvertement confrontés à l’antisémitisme sous tous ses oripeaux: antisémitisme de droite, de gauche, avec ses faux-nez politiques, notamment celui de l’antisionisme, avec ses stéréotypes plus compacts que le ciment armé. Qu’on en juge par ces propos de Roger Martin du Gard, relatant en septembre 1938, durant les jours fatidiques de Munich, une discussion avec Raymond Aron qui ne partageait pas ses vues: « Admirable faculté de cette race juive, lorsqu’il s’agit de critiquer, de détruire, de saper froidement les assises de tout ». Roger Martin du Gard avait obtenu le prix Nobel de littérature. Que laissait-il aux Rebatet, Céline et Brasillach! L’antisémitisme est aussi ancien que le fait juif sous la figure d’un peuple à la pensée irréductible. Les historiens trouvent dans les récits évangéliques sa source la  plus délétère. Dans « The Return of The Devil » Daniel Goldhagen vient d’y recenser  pas moins de deux cents assertions anti-juives d’une extrême virulence. Mais si les prédicateurs évangélistes s’autorisaient à déblatérer ainsi, de Matthieu à Jean Chrysostome, n’est-ce pas parce qu’ils s’adressaient à des auditoires favorablement disposés envers cette haine à visage d’amour, encore plus destructrice que la « haine gratuite » que le Talmud analyse? Comment expliquer ces prédispositions? Faut –il remonter  à Pharaon, à Amalek, à Haman? Pourquoi leurs faces de gorgone sont-elles pérennes? De quoi se nourrissent leur  progéniture et se confortent leurs engeances, avec leurs relais dans la littérature, dans la philosophie, dans l’art? Tant que ces multiples écuries d’Augias ne seront pas nettoyées l’antisémitisme s’engraissera  de leurs déjections présentées comme éclats de pensée pure. Pourtant, pendant que l’antisémitisme  selon tous ses avatars sévissait, la résistance du peuple juif s’organisait et s’affirmait au plus haut niveau d’intelligence et de spiritualité. La Michna a été conçue en même temps qu’était construit le Colisée de Rome auquel ont travaillé des cohortes d’esclaves déportés de Judée après la destruction du Temple par Titus et le Talmud répondit au moins en partie aux polémiques des prédicateurs chrétiens, de plus en plus coupés de leurs racines juives. Et que dire de la transmission des écrits incandescents colligés  dans le Zohar! Si la notion de résistance a un sens, elle le trouva aux pires périodes de la persécution lorsque les Juifs ne bénéficiaient d’aucune citoyenneté au sens contemporain, lorsque l’Etat d’Israël n’existait pas. Imagine t-on la somme de courage, celle du corps et celle de l’âme, requise pour écrire en plein exil « Le Guide des  Egarés », les « Arbâ Tourim », le «Choulh’ane Aroukh» et d’autres monuments de la pensée humaine? Aujourd’hui, en France même, l’antisémitisme montre à nouveau son groin, émergeant des bauges de la crise économique, des dislocations  de l’intellect, du panurgisme technologique et de tous les fanatismes qui se présentent comme leur irrationnelle alternative. Les premiers livres dénonçant « le nouvel antisémitisme » remontent à l’année 2000. Depuis quatorze années, les signaux d’alerte sont tirés à tous les étages. Durant cette sombre période dont nul n’aurait osé songer qu’elle se reproduirait après la seconde Guerre mondiale, la communauté juive de France aura manqué de bien des choses, sauf d’avertissements. En 1947 paraissait un livre prémonitoire de François – Jean Armorin : «Des Juifs quittent l’Europe». Aujourd’hui, des Juifs quittent la France ou songent à la quitter lorsqu’ils en ont la possibilité personnelle et matérielle. Contrairement à une idée répandue, leur mobile principal n’est pas la peur mais le respect de soi et des siens. L’on ne veut plus vivre les temps où l’on découvrait l’incroyable au fur et à mesure qu’il se révélait horriblement. Mais que deviennent les autres, ceux et celles qui doivent endurer ce climat nécrosé alors qu’ils ont déjà connu, eux ou leurs parents, la déportation ou le «rapatriement »? Ce n’est pas parce qu’une certaine Histoire semble se répéter qu’il faut se laisser prendre dans ses engrenages. Les leaders  officiels de la Communauté juive le savent. Y réagissent-ils autrement qu’en ordre dispersé et dans des discours sans lendemain? Comment organiser en pleines responsabilités et lucidité un débat de dimension nationale et de portée historique pour ne plus se tromper de route? Le temps est venu de se dépasser.

                                                                        Raphaël Draï – Actu J, 6 Février 2014

DIEUDONNE, SUITE, MAIS NON PAS… FIN – Actu J 23 Janvier

In ActuJ, SUJETS D'ACTUALITE on janvier 22, 2014 at 11:06

Dans « l’affaire Dieudonné », l’on pouvait penser que le recours à la justice était le plus sûr moyen  de régler définitivement le grave conflit  en cause et de respecter l’Etat de droit. C’est en ce sens que la décision initiale du Tribunal administratif de Nantes, saisi en urgence par les conseils du « comique », selon la procédure dite du référé-liberté, et autorisant la tenue de son spectacle, pouvait susciter de légitimes préoccupations. N’avait été l’appel intenté contre cette décision, également en urgence, par le Ministre de l’intérieur on imagine sans peine l’exultation d’un Dieudonné  pénétrant sur la scène du « Zénith », acclamé par 5 000 spectateurs, et faisant entonner « Shoah Ananas ». Seulement, le Conseil d’Etat, lui, a validé la décision préfectorale annulant ce prétendu spectacle pour risques de troubles à l’ordre public et  atteinte antisémite au principe du  respect de la dignité humaine. Lorsque dans les heures qui ont suivi l’ordonnance de la plus haute juridiction administrative, Dieudonné lui même affirmait renoncer à ce « spectacle » aux saillies antijuives et qu’il n’y avait plus d’« affaire » affligée de son nom, l’on pouvait certes se rassurer au titre du respect de l’Etat de droit et du retour au calme. Il  a fallu rapidement déchanter pour au moins trois raisons. La première est liée à la réaction de certains juristes tirant à vue sur le Conseil d’Etat et mettant en cause la validité de son ordonnance. A  leurs yeux, le respect de l’Etat de droit en France prohibe, en matière de liberté d’expression,  les interdictions préventives et générales assimilables à une véritable censure anti-démocratique. Si Dieudonné devait être sanctionné c’était, éventuellement, à titre proprement répressif, au cas où il aurait repris ses sketches marqués d’antisémitisme. Cette critique apparaît, elle-même, fortement critiquable en ce qu’elle méconnaît la différence capitale entre autorité administrative et autorité judiciaire. La première est fondée à intervenir préventivement  en cas de risque sérieux et avéré de trouble à l’ordre public. Or, d’une part, l’ordonnance du Conseil d’Etat rappelle par sa jurisprudence que Dieudonné a déjà fait l’objet de sept condamnations pénales pour antisémitisme, dont plusieurs à titre définitif, et d’autre part que l’antisémitisme, depuis la déclaration de Jacques Chirac  en 1995  sur l’emplacement du Vel d’Hiv, est par lui- même constitutif du trouble à l’ordre public tel qu’il est entendu en droit public. L’antisémitisme, quelles qu’en soient les manifestations, est antinomique avec le concept de liberté, quelles qu’en soient les expressions. C’est pourquoi aussi l’ordonnance du Conseil d’Etat a été suivie par les tribunaux administratifs de Tours et d’Orléans et qu’elle a été invariablement confirmée par la Haute Juridiction. Il n’empêche que cette position a été, tout aussitôt, obliquement imputée au magistrat qui avait présidée l’instance d’appel, en raison de ses « origines ». Imputation odieuse relevée par le Vice-Président de l’éminente juridiction, lequel  rappelait que le même magistrat avait présidé, il y a peu de temps, l’instance autorisant le Front National  à tenir son université d’été. On relèvera alors dans la foulée la polémique opposant Philipe Bilger, ancien magistrat, et Jean- François Copé lequel avait approuvé l’ordonnance du Conseil. Pour ce magistrat reconverti dans la parole polémique, le président de l’UMP avait pris une position « communautariste ». Disons le  en  clair: en raison de ses « origines ». Certes Jean- François Copé a répliqué à ces insinuations mais il eût été sans doute préférable que  cette réponse enfonce le clou. La réplique s’est formulée sur le mode encotonné de la prétérition. Combien sont-ils à penser à voix haute ou à voix basse comme Philipe Bilger, institué porte-parole de l’on ne sait quelle majorité silencieuse devant l’on ne sait quelle lobby? On relèvera encore la réaction de Marine le Pen, d’abord fort précautionneuse en la matière. Elle aussi s’est déchaînée contre un Conseil d’Etat jugé liberticide et s’est inscrite dans le camp de Dieudonné. Il faut souligner enfin que si, à la suite  de ses décisions courageuses et qui lui confèrent une véritable stature d’homme d’Etat, Manuel Valls perd quelques points dans certains sondages, il est en recul surtout parmi les militants et sympathisants de la formation dirigée par Marine le Pen dont le naturel idéologique, trop longtemps tenu en bride,  revient ainsi au galop. A l’approche de deux importantes consultations électorales, il importe plus que jamais sous la Vème république de conforter le lien entre liberté et responsabilité. A suivre…

Raphaël Draï – Actu J 23 Janvier

LES DROITS DE L’HOMME SONT INDIVISIBLES (Article ActuJ)

In ActuJ, ARTICLES, SUJETS D'ACTUALITE on décembre 27, 2013 at 12:55

En ce mois de décembre  2013, à quelques jours de distance, le Premier ministre, Jean -Marc Ayrault, se trouvait en visite, disons d’affaires, à Alger tandis qu’au cimetière de Pantin était inauguré  le mémorial des cimetières juifs d’Algérie, à l’initiative de l’association EFJA, dont « Actu J » a déjà présenté les motifs principaux, notamment l’impossibilité de réunir un miniane  de dix hommes dans l’un quelconque de ces cimetières, ou ce qu’il en reste,  pour y réciter un kaddich. Au cimetière de Pantin, cette inauguration s’est déroulée en présence des institutions communautaires juives, comme il se doit,  mais également en présence des représentants des ministères et des collectivités locales concernés ainsi que des cultes engagés dans un véritable dialogue inter-religieux avec les Juifs de France. Seuls les représentants de la Mosquée de Paris n’ont pas répondu du moindre mot à la lettre d’invitation, fort amicale, qui leur avait été adressée en temps utile. Silence qui se passe de commentaires, comme si  la Mosquée de Paris avait cru devoir répondre par là même de cette violation d’un des droits de l’Homme les plus immémoriaux, respectés dans toutes les cultures, y compris non monothéistes: inhumer décemment et entretenir les sépultures de ceux et celles qui ont quitté cette vie pour un « au delà » que chacun, selon sa croyance, définit à sa façon. Car, dialogue des cultures et des religions ou non, depuis plus de trois décennies  les demandes visant à la visite des cimetières juifs d’Algérie non pour y faire du tourisme mortuaire mais pour déférer aux obligations de la religion juive restent sans suites, quand bien même toutes les procédures administratives ont été satisfaites à cet effet. Souvent les motifs du refus ne sont pas indiqués. Les recours  sont inconcevables. En réalité, deux sortes d’obstacles sont dressés. Les premiers le sont par des caciques du FLN ou par leurs successeurs, toujours imprégnés d’une idéologie militarisée datant des années 50 et 60. A leurs yeux, et depuis le décret Crémieux de 1870, les Juifs ont fait cause commune avec le régime colonial français et leur exode n’est que mérité. Il est sûr que les historiens de cette époque ne se retrouveront pas dans cette idéologie ad hoc qui a surtout servi et qui sert encore à justifier la volonté sanglante de faire déguerpir de la terre algérienne les non-musulmans au profit d’une Algérie désormais partie intégrante du « Dar el Islam ». Et c’est pourquoi d’ailleurs l’oeuvre d’Albert Camus, universellement étudiée, y est déclarée par eux non grata. L’autre obstacle, issu d’ailleurs du précédent, est formé par les islamistes radicaux qui considèrent, eux, que l’Algérie, quelle que soit la couleur de sa façade, est  terre d’Islam intégral, désormais régie par les lois coraniques et qu’à cet égard toute présence juive, ou d’une autre confession,  doit en être bannie. On relèvera ainsi que si la lutte contre le colonialisme a été menée au nom des droits de l’Homme, ceux-ci sont considérés comme non réciproques, parfaitement divisibles et qu’il est possible de bafouer celui qui autorise des enfants et des petits-enfants, des frères, des cousins, des amis, à se recueillir sur les tombes de leurs proches et de leurs rabbanim, lorsqu’elles ont pu être creusées, car de nombreuses victimes de ces années affreuses sont disparues, sans sépulture. C’est ce que le mémorial  inauguré au cimetière de Pantin signifie: quel que soit le comportement en ce domaine d’autorités algériennes qui se discréditent  aux yeux des croyants dignes de ce nom  et aux yeux de tous ceux qui respectent non seulement la  Déclaration  universelle des Droits de l’Homme de 1948 mais la législation d’inspiration divine qui en procède; quels que soient les obstacles accumulés, les alibis invoqués, les abus de pouvoir politique et bureaucratique ou l’animosité confessionnelle qui tentent de l’en dissuader, la communauté juive ne renoncera pas à l’exercice de ce droit sur les lieux mêmes où il doit s’exercer. Il appartient aux Algériens et aux Algériennes d’en décider, à l’orée d’une nouvelle élection présidentielle, s’ils entendent déjuger l’affirmation d’un politologue en 2000: « L’Algérie n’est pas un Etat, c’est un système ». Un véritable Etat ne se dissocie pas de l’observance de valeurs et de normes aussi essentielles. Quoi qu’il en soit, le mémorial de Pantin servira de lieu de recueillement, de prières et de transmission  du sens inaltérable de cette imprescriptible obligation, de génération en génération, jusqu’au moment où elle sera satisfaite pleinement, pour le repos des esprits des deux côtés de la Méditerranée.

Raphaël Draï

L’OMBRE DE CAIN

In ActuJ, ETUDES ET REFLEXIONS, SUJETS D'ACTUALITE on novembre 28, 2013 at 10:15

Chacun sait que l’Etat d’Israël doit faire face à une guerre multiforme dont le champ d’action médiatique est  particulièrement virulent. On a beau se croire paré contre toute nouvelle outrance, la réalité risque toujours de vous démentir sur un plateau de télévision ou dans un studio de radio. Lorsqu’au surplus votre formation universitaire et scientifique vous dispose au décentrement, à la prise en compte des arguments d’autrui, le choc est rude face à des protagonistes qui ne sont pas là pour un échange mais pour taper sur le même clou, comme si l’antisionisme était non plus une idéologie, laissant place à une argumentation minimale, mais une passion identitaire qui ne veut plus lâcher son os. J’en ai fait une nouvelle fois l’expérience au cours de deux débats récents, l’un télévisé, l’autre à la radio. Dans les deux cas, le thème de départ du débat portait sur le voyage de François Hollande en Israël, visite d’Etat que les services responsables des deux Etats concernés ont calibrée au millimètre. On  gardera sans doute en mémoire la déclaration d’amitié qui se voulait chaleureuse et communicative du président de la République dès sa descente d’avion, avec l’annonce des trois volets de sa visite: la bombe iranienne, les négociations israélo-palestinienne, la coopération économique et scientifique entre les deux pays. Ce qui n’a pas empêché des déclarations dans l’autre sens le deuxième jour et la reculade de dimanche à Genève, débordante d’embrassades. Durant le débat télévisé surtout, seul le second volet a été abordé, sous l’angle exclusif de la «colonisation». Sur le plateau je me suis trouvé flanqué d’un  journaliste du Monde et d’une historienne israélienne pour laquelle même le «Meretz» doit faire partie de l’extrême-droite. Chacun a le droit de défendre ses idées. Alors, passe encore que le journaliste en question ait accompli sa besogne. A ses yeux, la «colonisation» – un mot  de «la langue de bois» utilisé comme s’il allait de soi – était une tare rédhibitoire;  le mur de sécurité une manoeuvre odieuse pour imposer aux palestiniens un tracé de frontières inique; l’implantation des «colonies», cartes à l’appui,  une stratégie machiavélique pour vider la notion d’Etat palestinien de sa substance. Et Natanyahou, un loubard. Je croyais participer à un débat informatif où la géopolitique aurait eu sa part, où les  décisions d’Israël auraient également été rapportées à leurs causes réelles sur un terrain effroyablement complexe, où l’on aurait pris en compte notamment la protection de sa population civile contre des attaques meurtrières, d’intention génocidaire. La science politique avait été congédiée pour la démonologie éclairée par  Léon Poliakov dans «La causalité diabolique». La même mécanique mentale était à l’oeuvre dans cette tentative de déchiquetage politique et moral d’un Etat d’Israël congénitalement malfaisant. Une hargne, sinon une haine aussi froide, tellement systématique, si méthodique dans le dévidage de ces accusations, selon une liste-type, est devenue aussi insensée et aussi dangereuse que celle ayant engendré le crime de déicide, cette horreur mentale. Là n’était pas le plus douloureux. Il le devint en voyant l’historienne israélienne, ointe de sa propre vérité, s’en prendre à son tour aux «colonies» et au «mur de séparation», en usant d’un vocabulaire d’où toute mesure, tout respect du «principe de raison suffisante» et des exigences de sa discipline était aboli. La causalité diabolique ne trouvait plus ses termes pour s’exprimer à ce degré d’incandescence. Le mur de sécurité? Un monstre dévorant. Pas un mot sur la jurisprudence rigoureuse de la Cour suprême d’Israël en ce domaine. Les colonies? La manifestation d’un nationalisme racial expliquant finalement pourquoi l’Iran voulait se doter de l’arme nucléaire. Comment répondre à cette femme juive et se réclamant de la nationalité israélienne qui s’acharnait à sataniser un Etat dont elle est encore ressortissante et dont elle semblait chercher à s’exclure en le souillant moralement? C’est lorsqu’il fallait lui répliquer que se profila l’ombre de Caïn avec la crainte du fratricide. Cette universitaire qui parlait d’Israël comme s’il lui était étranger, fallait-il lui répliquer en la traitant publiquement de la même manière? Comment répondre raisonnablement et avec mesure à une argumentation tellement fanatisée? Le même jour, j’avais préparé une conférence sur le sionisme dans la pensée du rav Kook et son image m’est revenue instantanément à l’esprit. La résurrection du peuple juif, enseigne t–il, est une longue patience. J’ai pris le parti d’en  user.  Ai-je eu raison? Ai je ou tort? Comment ne pas prendre «l’avenir en otage»?

Raphaël Draï – Actu J 24 Novembre

«LA COMMUNAUTE» PATRIMOINE COMMUN DES JUIFS DE FRANCE – Article Actu J 6 Novembre

In ActuJ, ARTICLES on novembre 7, 2013 at 1:57

Si l’on en juge par les premiers débats publics et par  la plupart des professions de foi « mailées », la campagne pour les élections à l’ACIP du 24 novembre prochain ne se présente pas sous les meilleurs auspices. Pendant un temps l’on avait espéré, à la suite de la tempête du printemps dernier, que chacun aurait procédé à son examen de conscience, conçu un programme digne de ce nom  qui touche un cercle plus large que les quelque 3000 votants habituels, banni les excès de langage  et les imputations ad hominem. Jusqu’aujourd’hui, ce qui s’entend va plutôt en sens contraire avec ces deux risques: effriter encore plus le capital moral de la communauté juive; donner le sentiment que de pareilles passions, couvertes par l’invocation au bien commun, ne sont pas dissociables d’intérêts dont nul ne veut démordre. Dans ces conditions, comment s’étonner que de nombreux hommes et femmes juives de grande qualité et de réelle compétence s’éloignent de cette zone, pour ne pas dire qu’ils la fuient, et qu’ils peinent à se reconnaître dans ceux et celles qui prétendent les représenter? Est-il trop tard pour rappeler un certain nombre de principes, moins évidents qu’il n’y paraît?  En premier lieu, la communauté juive de France est une réalité humaine multiple, dotée d’une histoire  qui ne commence pas avec les candidats et candidates à ces consultations électorales. Il y avait des Juifs et des boucheries «cachère»  à Lyon avant même que le christianisme n’y soit prêché. Cette histoire multiséculaire, avec ces moments de clarté et ses périodes enténébrées, est le premier élément de ce patrimoine moral commun à préserver. Il faut savoir ne pas le ternir. Ensuite, la communauté juive de France a été le pays où de grands noms, que leur judaïsme fût assumé ou non, observant  ou non, se sont illustrés, dans tous les domaines, à commencer par celui de la pensée et de la recherche, de Durkheim à Levinas, de Lévi-Strauss à Léon Askenazi, de René Cassin à Simone Veil, de Claude Cohen-Tannoudji à Serge Haroche. Que penseraient-ils devant ces salves de formules assassines ou injurieuses, ces bombages de torse et mises en scène de soi, devant ce concours de course à l’échalote  qui opposent parfois des personnalités qui ont fait partie de la même équipe, au point de déjuger leurs qualités individuelles? Depuis plusieurs décennies, la communauté juive de France est en bute à une désinformation malveillante, à des parti-pris médiatiques infatigables. Faut-il  les mimer et donner le sentiment qu’ils sont anodins comparés à ce qui se profère «intra-muros»? «A quoi bon se défendre contre les missile ennemis si nous faisons exploser nos propres centrales à l’intérieur de nos frontières?» demandait Gorbatchev après Tchernobyl. Jusqu’à quand sévira le décalage entre valeurs affichées et conduites réelles? D’une part, Lord Jonathan Sachs, grand rabbin orthodoxe de Grande- Bretagne, rappelle que dans l’éthique juive parler  et écouter sont deux verbes à connotation théologique intense, d’autre part, entre adversaires à ces élections, le langage  top souvent employé est celui du mépris mutuel, de la revanche féroce, du «pousse- toi que je m’y mette», comme si le «mal-d’importance» l’emportait sur l’abnégation et sur le respect du fameux Autre dont tous les colloques de pensée juive ont fait leur emblème?  Il ne sert à rien de commémorer d’un côté l’accès à la citoyenneté des Juifs de France, sans parler du décret Crémieux, de l’autre surenchérir sur la démocratie communautaire et récuser non sans opportunisme le «pouvoir personnel», et par ailleurs se battre comme des chiffonniers ne le feraient pas. Cette inconséquence provoque une dangereuse cassure  dans la représentation collective de la communauté juive car rien de ce qui se passe «intra- muros» ne s’y limite. Tout est perçu à l’extérieur et provoque en retour dérision, irrespect et déconsidération. La communauté juive de France est un patrimoine commun, un bien collectif, diraient les économistes, à l’instar de l’oxygène ou de l’eau potable. Elle ne peut et ne doit faire l’objet d’aucune tentative de captation ou d’appropriation privative. Il est des batailles qui ne laissent que des perdants dans des paysages dévastés. On ne le répètera jamais assez: au lieu que les uns et les autres se préoccupent obsessionnellement de leur pauvre «image», ils devraient se soucier de ce qu’en écriront les futurs historiens du judaïsme français. Aucun besoin d’être Michelet ou Braudel pour se douter que ceux-ci auront la main lourde. Faut-il alors désespérer d’un ressaisissement commun?

Raphaël Draï

LE MALIN ROHANI ET OBAMA L’AMBIGU (Actu J – Octobre 2013)

In ActuJ, ARTICLES, SUJETS D'ACTUALITE on octobre 15, 2013 at 9:21

Après trois décennies de rupture, la communication entre Washington et Téhéran est rétablie. L’administration Obama est persuadée que c’est le meilleur moyen de mettre un terme à la fabrication de l’arme atomique par l’Iran. Or la République islamique s’est dotée d’un nouveau président qui semble rompre, au moins dans la forme, avec les outrances goebbelsiennes de son prédécesseur, Ahmadjinedjad. Hassan Rohani a reconnu, dit-on, le fait même de la Shoah. Par suite, ce n’est pas la civilisation de Martin Buber et d’André Chouraqui qui refuserait ses chances au dialogue. Seulement, il s’agit de ne pas se tromper d’interlocuteur. Le système politique iranien comporte deux visages: le visage d’apparence, celui que peut revêtir le président en fonction, et le visage réel: celui du véritable maître de l’Iran: le guide Ali Khaménei. C’est de lui que viendra, si elle existe, la volonté décisive de mettre un terme ou non au programme de l’«Iranium», quelle que soient les évolutions de la société civile iranienne. Pour l’instant la poupée du Ventriloque suprême prononce le mot «diplomatie». Faut-il la  croire sur parole? Les réactions de la «rue» iranienne ne sont pas enthousiastes et nous laissent dubitatifs. D’ailleurs, qui se trouve à l’initiative de ce changement? L’Iran ou les Etats Unis? A moins qu’il s’agisse d’un mixte, les pigeons voyageurs des deux pays se croisant dans les cieux orientaux? Supposons que l’initiative vienne de l’Iran qui ne peut endurer plus longtemps ce qu’il est convenu d’appeler les «sanctions internationales», lesquelles, à l’évidence, n’empêchent pas la prolifération de ses usines  atomiques, surtout les secrètes: la démarche reste à clarifier. Cause ou effet, le lien apparaît patent entre la crise syrienne et ce changement d’attitude. Les maîtres de la République islamique ont-ils perçu la force dissuasive de l’Occident sous leadership américain, lui même sous présidence démocrate, ou au contraire sa faiblesse? Après les menaces qui l’ont visé, Bachar El Assad, soutenu de manière indéfectible par son allié principal: la Russie de Poutine, est toujours en place. Il a même atteint l’un de ses objectifs vitaux: gagner du temps. Tant que l’affaire syrienne restera cantonnée au Conseil de sécurité, le chef des Alaouites ne verra pas blanchir sa chevelure. Pour cet autre allié de Damas qu’est Téhéran, pareille politique est on ne peut plus payante. Tandis que les négociations s’engagent selon la fameuse «stratégie des petits pas», le temps s’écoule et les usines continuent de marcher à plein régime. L’essentiel est de gagner quelques années encore. C’est en ce point qu’il faut s’interroger sur  Barack Obama, sur son idéologie, sinon sur son équation personnelle. L’on aurait tort d’imaginer que les feuillets de son fameux discours du Caire ont été emportés par le vent. Barack Obama est un pacifiste, ou s’est construit une image conforme à cette idéologie. Il est convaincu que la guerre ne vaut qu’à titre de menace. Ce serait se déjuger intimement que d’y recourir vraiment. Certes, ses dilemmes diplomatiques ne sont faciles à résoudre. Au début de son premier mandat, il a cru pouvoir imposer ses vues au gouvernement Netanyhaou. La bévue n’a pas été pour rien dans sa déculottée de 2010 aux élections législatives dites à «mi-mandat». Il lui faut donc affirmer le soutien indéfectible des Etats-Unis à l’Etat d’Israël tout en savonnant la planche à son gouvernement actuel, encouragé dans la communauté juive américaine et en Diaspora par les «pacifistes»  de J-Street  et leurs émules. Cependant, la  motivation idéologique n’est pas exclusive. Tout être humain à son histoire singulière et son équation personnelle. Barack Obama l’a raconté dans son autobiographie si bien intitulée: «Les rêves de mon père». Le président américain est lié à l’Islam et à l’Afrique. Toute guerre dans cette direction comporterait pour lui un impact quasiment parricide. En cas de crise, il lui faudra toujours trouver d’autres voies que celles du passage à l’acte. Si cela se conçoit humainement, l’on ne saurait confondre psychanalyse et politique, pas plus qu’en sciences naturelles il ne faut  confondre les couleuvres et les vipères. Dans un univers qui fait de l’«empathie» son fond mental, le gouvernement d’Israël ne peut donner le sentiment qu’il rejette le dialogue par principe. Il lui faut simplement être au clair avec ses propres lignes rouges. L’existence d’une nation est en jeu. A la Tribune de l’ONU Benjamin Netanyahou ne l’a pas envoyé dire. Les véritables hommes d’Etat doivent savoir prendre date.

Raphaël Draï zal, Actu J le 4 Octobre 2013

HOLLANDE S’EN VA T’EN GUERRE, SAISON 2

In ActuJ, ARTICLES on septembre 15, 2013 at 1:17

Après bien des atermoiements, il semble qu’une frappe essentiellement américaine, aux cibles encore inconnues, tentera, quoi qu’en dise, de renverser le clan Assad en Syrie ou ce qu’il en reste. Par l’organe de son président la France se montre, au moins verbalement, la plus  déterminée à «punir» les hors–la loi, qui ont  franchi les lignes ultra-rouges en usant – telle est l’accusation – de l’arme chimique contre leurs ennemis, causant de nombreuses victimes civiles. Donc, après les opérations conduites avec succès au Mali, François Hollande veut repartir en guerre contre un régime honni. Pourtant, si l’actuel dictateur de Damas est devenu infréquentable il faut respecter l’ordre des facteurs dans une équation explosive, juridique, politique et éthique. Recourir au gaz sarin, surtout dans une confrontation où les combattants ne se distinguent pas toujours des non-combattants, est moralement odieux. Encore faut-il en apporter les preuves devant l’instance juridique compétente: le Conseil de Sécurité de l’ONU, bloqué, depuis prés de deux. C’est alors que la politique, autrement dit le rapport des forces combiné au champ des intérêts, avouables ou non, reprend la main, une main gantée de fer. Certes, suivant une représentation «réaliste» des relations internationales, il n’est pas inconvenant de reconnaître que les Etats, ces «monstres froids», ont des intérêts non moins glaciaux qu’il  est inutile d’enrubanner. Il faut juste de ne pas l’oublier, au passage, lorsqu’il s’agit de l’Etat d’Israël qui n’a pas voulu interférer dans ce conflit mais qui soutient le principe d’une frappe «correctionnelle», l’usage de l’arme chimique constituant un précédent intolérable. Si François Hollande s’en va de nouveau en guerre, ses mobiles moraux sont patents. Les froids intérêts de la France ne le sont pas moins. Depuis des siècles, la région correspondant au Liban et à la Syrie actuels, sans parler de Jérusalem, a toujours fait partie des chasses gardées de la France, puissance initialement chrétienne  puis coloniale; une région défendue contre les armées de l’Islam puis, une fois le monde arabe  entré en régression historique, contre d’autres puissances coloniales. Chacun sait le rôle délétère joué par le Foreign Office au début du XXème siècle dans la dévolution machiavélique de territoires aujourd’hui âprement disputés, sans solution à court terme, entre le Mouvement sioniste et les leaders du nationalisme arabo-musulman. En 1916 – année cruciale, à ne jamais oublier- la République française et la Grande Bretagne, aux termes des accords Sykes-Picot, se partagèrent cette région du monde, sans tenir aucun compte d’ailleurs des aspirations du peuple juif. La partie correspondant au Liban et à la Syrie actuels  tomba  dans l’escarcelle française. Une fois la SDN constituée, le «deal» entre ces deux nations impériales fut converti en droit. Chacune obtint mandat international sur ces deux lotissements géants, la grande Bretagne ne cessant de lorgner vers la  partie attribuée à Paris. Durant la deuxième Guerre mondiale, le territoire syrien fit l’objet de violents combats entre  forces gaullistes et fores vichystes. La Grande Bretagne tenta de les exploiter à son profit. Pour de Gaulle, la préservation des intérêts français en Syrie fut déclarée cause nationale. Il n’y céda pas d’un pouce. Lorsque le Liban et la Syrie devinrent des Etats indépendants, la France s’efforça d’y préserver ses influences, notamment dans le cadre de la francophonie. Mais aux yeux d’Assad- père,  il fallait non seulement bouter la France hors de  cette zone mais incorporer le Liban à la «mère» syrienne. Lors d’un voyage en Beyrouth en 1998, il m’a été donné de voir à quel point cette  annexion se voulait  méthodique. Il fallait ainsi que la France retrouve sa pleine place. Elle joua le double jeu tant que le clan Assad semblait «indéboulonnable». La situation s’est profondément modifiée depuis le début de la guerre civile. La France cherche désormais à infliger au criminel Bachar el Assad le sort de Khaddafi et, faisant valoir ses titres à la reconnaissance du peuple syrien, à rétablir sur place son influence multi-séculaire. Cependant, comme ses forces militaires ne sont plus et à la hauteur de ses ambitions diplomatiques, surtout depuis le vote négatif au Parlement britannique, face au barrage russe, aux viscosités du G20 et aux réticences de l’opinion publique française, François Hollande qui voudrait pouvoir retirer  ses marrons du feu reste suspendu au vote du Congrès des Etats-Unis et cherche fébrilement le parapluie européen. Courageux, mais pas téméraire! Mais qui peut prévoir les  décours d’une guerre?

Raphael Draï  – Actu J Semaine du 11 Septembre

LA TERRIBLE LECON SYRIENNE (Actu J – 3 Septembre)

In ActuJ on septembre 8, 2013 at 10:33

Devant les Ambassadeurs de France réunis la semaine dernière, le ton du président de la République se voulait martial: il fallait enfin «punir» le régime syrien pour son utilisation de la diabolique arme chimique contre ses opposants dans les faubourgs de Damas.

«Punir»: politiquement ce verbe pèse lourd. Jusqu’à preuve du contraire, la Syrie est un Etat indépendant et souverain, membre de l’ONU. Selon la charte de cette organisation, nul Etat n’a le doit d’en menacer un autre. Si ce dernier s’est mis en marge de la légalité internationale, il appartient au Conseil de sécurité de prendre les mesures de force indispensables pour l’y ramener mais sans mettre en cause son existence. Bien sûr les membres de la nouvelle «Triplice» (Etats Unis, Royaume Uni , France) peuvent arguer du blocage de cette instance pour recourir aux mesures indispensables à la survie de populations civiles menacées par leur propre Etat. Dans ce cas, compte tenu de ce que les opposants  au sein du Conseil de sécurité sont la Russie et la Chine, passer outre serait prendre le risque d’une grave crise internationale. Pour toutes ces raisons il convient de prêter attention aux propos du ministre de la Défense d’Israël qui invitait ses concitoyens à tirer pour eux mêmes les enseignements de la situation syrienne. Selon ses dires, une telle situation se produit rarement en un siècle: sous nous yeux nous voyons un Etat disparaître et de nombreux autres engagés vers un affaiblissement dissolvant. Il y a quelques années la Syrie passait pour un des Etats les plus forts du Moyen Orient, tenu d’une main de fer par un clan: les Alaouites. Bien sûr son principale allié: l’URSS avait disparu mais la Russie de Poutine avait pris le relais. Cette même Syrie exerçait de fait un protectorat impitoyable sur le Liban et y réduisait la zone d’influence «historique» de la France notamment. Avec l’Etat d’Israël, la  revendication du Golan se voulait imprescriptible mais aucun affrontement majeur ne s’y était déclanché depuis la guerre de Kippour. Ce qui n’empêchait pas les ferments de division et bientôt de dissolution de miner ce pays à la fois arabe et laïc. L’implosion et le basculement se produisirent en 2011. Le clan Asad y a réagit par une violence féroce: au moins 100.000 morts depuis deux ans, sans aucun respect des droits de l’homme et du droit de la guerre. Toute la région est  à présent entraînée dans ce trou noir : l’Iran soutient le clan Assad mais la Turquie travaille à son élimination. Au moment où ces lignes sont écrites, on ne sait toujours pas si, au vu du rapport des  experts de l’ONU, Barack Obama lancera l’opération punitive annoncée à son de trompe. Mais les enseignements de la situation syrienne s’avèrent d’ores et déjà d’une extrême clarté, à commencer pour l’Etat d’Israël. Pour quelles raisons les Etats disparaissent-ils, plus particulièrement dans cette région du monde? D’abord parce qu’ils sont issus de découpages coloniaux qui correspondent  moins à la nature des peuples concernés qu’aux intérêts des puissances coloniales de l’époque, en l’occurrence la France et la Grande Bretagne à la suite des accords Sykes – Picot de 1915. Les effets néfastes de ces charcutages aberrants dont sont issus pratiquement tous les autres Etats du Moyen Orient, dans leur instable configuration (Liban, Jordanie, Irak, Etat d’Israël, sultanats etc;), se font moins sentir lorsque les populations ainsi manipulées ne se trouvent pas, en outre, divisées pour des raisons tribales ou confessionnelles .Si la Syrie est menacée de disparaître, l’une des causes  essentielles doit en être cherchée dans le schisme pérenne chiite- sunnite et dans sa militarisation. D’où, certes, cette leçon vitale pour l’Etat d’Israël: plus l’environnement international est instable, plus l’unité de la nation en question doit être sauvegardée et renforcée dans ses dimensions cruciales: sociales, économiques, intellectuelles. Non seulement parce que les divisions de cette sorte suppurent d’elles mêmes mais parce que d’autres Etats qui y ont intérêt savent les manipuler à leur avantage supposé. Ce jeu, la Syrie l’a joué au Liban entre les différentes confessions livrées  à une atroce guerre civile. A présent, elle en meurt. De ce fait, à supposer que son existence soit formellement préservée, ce pays intimement disloqué, serait-il libéré du clan Assad et remis entre des mains plus dociles, s’inscrira dans la catégorie des pseudos-Etats arabes «printaniers», à la suite de l’Egypte, de la Libye et de la Tunisie. Sous couvert de démocratie, le temps des nouvelles mises en tutelle y succède désormais à celui de la décolonisation. A bon entendeur …

                                                                                   Raphaël  Draï

ETATS JETABLES, ETATS DURABLES – Article Actu J du 18 Juillet

In ActuJ, ARTICLES, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 19, 2013 at 12:18

A propos du renversement de Mohamed Morsi par l’armée égyptienne, au nom du « vrai » peuple d’Egypte, l’observatrice sagace qu’est Fiamma Nirenstein faisait observer que l’on ne pouvait parler de « coup d’Etat ». Pour qu’il y ait coup d’Etat, il faut qu’il y ait un Etat. L’Egypte en a t-elle encore un? La comparaison vaut d’être tentée avec l’Afrique du Sud tandis que ce pays se prépare au départ de Mandela vers de plus vertes vallées. Depuis le renversement de Hosni Moubarak, motivé par la main de fer qu’il exerçait sur la terre des pharaons, l’on pensait que l’Egypte allait s’engager vers la démocratie réelle. Qui dit démocratie dit – un peu vite – élections. Les nouvelles autorités organisèrent donc les scrutins législatif et présidentiel requis. Ils menèrent les « Frères Musulmans » au pouvoir suprême et Mohamed Morsi devenait leur homme de paille. Fanatique et manoeuvrier, il dirigea l’Egypte vers un régime prioritairement islamique. Très rapidement une grande partie du peuple égyptien, revendiquant un « pluralisme » dont malheureusement seuls les Juifs sont absents,le prit en aversion.D’où derechef ces nouvelles convocations de foules sur la place Tahrir devenue le haut -lieu d’un printemps arabe sans vraies fleurs ni fruits consommables. Durant ce temps, l’économie égyptienne relevait de l’encéphalogramme plat. Les touristes évitaient sphynxs et pyramides, préférant leur sécurité aux extases de la Vallée des Rois. Quant à elle, l’armée renâclait après le limogeage du Maréchal Tantaoui, comme quoi le parricide, même en uniforme, ne paie pas. Pour la première fois depuis le règne de Nasser, pris entre ces conceptions idéologiques et confessionnelles incompatibles, tandis que l’accroissement quotidien de sa population dévore ce qui s’y  crée de PIB, l’Etat égyptien se liquéfiait. Un jeune général, Abdel Fatah’el Sissi, porté par les clameurs populaires, décréta que Mohamed Morsi avait fait son temps, que les Frères étaient devenus un vrai danger. La menace des chars fit le reste. Sauf que les « Frères » ne l’entendent pas de cette oreille. Retranchés sur leur propre place emblématique, brandissant des Corans maculés de sang, ils menacent les nouvelles autorités de mille morts et ruines. Dans ces conditions, qui voudrait investir le moindre kopeck dans ce four à chaux, hormis le Qatar dont les émirs sont convaincus que tout s’achète! Le peuple égyptien, jusqu’ici phare du monde arabe, se clive. Deux Egyptes se font face désormais. Nul ne sait ce qui résultera de leur confrontation. Une guerre civile? La différence est notable avec l’Afrique du Sud. Ce n’est pas que Nelson Mandela n’aurait  pas eu à assouvir plus que de la rage contre les suppôts de l’Apartheid. Des décennies de prison défalquées d’une simple vie humaine, cela se paie. S’il avait été un autre que lui même, les lendemains de l’indépendance de son pays eussent entraîné des exterminations collectives et un immense exode paniqué de la population blanche, comparable à celui des années 60 pour l’Algérie. La sagesse, celle qui caractérise les véritables hommes et femmes d’Etat, l’emporta sur la vindicte et la rancune. Main dans la main avec un autre sage, Frederik de Klerk, le dernier président blanc, Mandela organisa la transition de leur pays commun vers un avenir partagé, une fois aboli, bien  sûr, le régime intolérable de l’Apartheid qui osait se réclamer de références bibliques. Trop de pays avaient basculé dans le chaos après leur libération du régime colonial, au point de mimer le régime violement combattu. Une émouvante et inventive politique de réconciliation fut ainsi conçue au titre de « la justice transitionnelle ». Pour aussi dur que cela s’avéra, les tortionnaires et leurs victimes furent incités à se rapprocher, à se parler, à tenter non pas de se comprendre mais de discerner  quelles  logiques politiques infernales avaient distribués de tels rôles entre eux. Il en résulta qu’un grand nombre de blancs demeurèrent dans ce qui restait leur pays, les Juifs notamment en dépit de ses bouffées anti-israéliennes – triste Durban! L’économie générale en bénéficia. L’Afrique du Sud pu se prévaloir d’une indépendance qui n’était pas d’apparence. L’équipe nationale de rugby, les chanteurs populaires et les prières conjointes firent le reste. Mandela s’était transformé en icône. A présent, il quitte doucement ce monde, laissant son exemple en héritage. Puissent ses successeurs ne pas le dilapider. Pour s’en convaincre, ils n’auraient qu’à ne pas quitter des yeux l’Egypte, la Syrie, la  Libye, la Tunisie aussi hélas, et peut être bientôt l’Algérie. Rien n’est plus destructeur, des autres d’abord, de soi ensuite, que le fanatisme.